Carnets berbères et nord-africains

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29 avril 2009

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24 mars 2009

1er novembre 1954 : C’était le début d’une belle révolution

"La lutte pour l’indépendance est glorieuse, ... C’ est l’épopée. Après l’indépendance, c’est la tragédie. ..."
 Aimé Césaire

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique Alger

Une fois n’est pas coutume, l’Unique – qui nous avais habitué à des programmes soporifiques- nous a raconté la Révolution. J’ai eu de ce fait l’opportunité de revoir quelques filmes sur la Révolution dont le fameux l’Opium et le bâton du regretté Mouloud Mammeri interprété magistralement par une pléiade et non des moindre. Rouiched, Mustapha Kateb et Sid Ali Kouiret et tant d’autres. Le sujet en lui-même parle en creux du dévouement jusqu’à la mort des milliers de Ali, qui on redonné par leur sacrifice suprême une dignité que la France avait piétiné pendant 132 ans . Tous les moyens ont été utilisés pour faire plier en vain la Révolution.

Il m’a été donné aussi d’écouter une émission sur les débuts de la RTA. J’avais la chair de poule en entendant Abderahmane Laghouati nous expliquer avec des mots simples comment l’Algérie s’est réappropriée sa voix le 28 novembre 1962 à la veille du premier novembre qui ne pouvait pas qui ne devait pas selon Monsieur Abderahmane Laghouati être géré par des fonctionnaires français. Ce fut un moment à la fois pénible que de savoir qu’une bonne partie de 26 pionniers qui ont fait la RTA ont disparu . Ce fut aussi un instant d’émotion quand on apprendre comment les Algériens d’alors-tut entier dévoués à la Révolution ne se posaient pas la question de leur devenir et celle du pouvoir, il fallait réussir le pari impossible celui de réussir la transition d’une télevision reliquat du colonialisme à celle d’une télévision d’un pays libre ; j’ai découvert à cet effet un pionnier en la personne de Aissa Messaoudi qui a marqué de son empreinte toute la génération des années 60-70. Les héros étaient des gens simples qui ont fait leur devoir sans rien attendre en échange et surtout qui n’ont pas fait des mânes de cette révolution encore un fond de commerce au nom d’une « famille révolutionnaire » excluant de ce fait, les autres, les Algériens. A bien des égards eu égard au combat titanesque de ces pionniers qui ont fait démarrer l’Algérie à l’indépendance, nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants.

A l’indépendance nous étions tout feu tout flamme et nous tirions notre légitimité internationale de l’aura de la glorieuse Révolution de Novembre. La flamme de la Révolution s’est refroidie en rites sans conviction pour donner l’illusion d la continuité . Comment peut –on parler de révolution et du « Mach’al du premier novembre à transmettre aux jeunes si ces jeunes sont tenus soigneusement à l’écart du mouvement de la nation ? Il est curieux de constater que la Révolution a été portée à bout de bras par des jeunes pour la plupart et qui ne dépassaient pas la trentaine ! Que doit-on passer d’une famille révolutionnaire qui a pris en otage l’espérance d’un pays et ne veut pas la lâcher au point d’adouber des personnes qui n’apportent aucune valeur ajoutée. Est-il normal que dans l’Algérie de 2008 des « mal-élus » se votent des salaires 20 à 30 fois plus importants que ceux d’universitaires (Bac+ 5 et +) à qui on donne des miettes pour les occuper. Est-il normal que des jeunes (filles et garçons) décident un jour de s’évader du pays ne risquant leur vie pour une vie meilleure ayant définitivement conclus qu’ils n’ont pas leur place en Algérie?

 

Pour ne pas changer la « famille révolutionnaire » fera des cérémonies où nous verrons toujours les mêmes dans un rituel morne sans épaisseur. Ensuite chacun continuera à vaquer à ce qu’il sait faire jusqu’au prochain évènement où il se montrera devant es caméras de l’Unique qui n’a pas, loin s’en faut épouser son temps engluée dans des combats d’arrière garde visant à imposer une « ‘accabya mythique au sens d’Ibn Khaldoun » moyen orientale et qui n’est pas celle du génie propre des Algériens.

L’Algérie de 2008, qu’est ce que c’est ? Un pays qui se cherche ? qui n’a pas divorcé avec ses démons du régionalisme ?, du népotisme ? qui peine à se déployer qui prend du retard ? qui vit sur une rente immorale car elle n’ est pas celle de l’effort , de la sueur de la créativité . C’es tout cela en même temps ! Le pays s’enfonce inexorablement dans une espèce de farniente trompeur- il est vrai que l’on promet au peuple qu’il n’a rien à craindre qu’il y a de l’argent pour quatre ans, qu’il peut continuer à dormir. Après ce sera le chaos la rente n’étant plus au rendez vous. Le ministère des Affaires sociales sera au chômage il n’y aura plus rien à distribuer . La Révolution a été galvaudée, les seuls à y trouver leur compte émargent à un département ministériel qui dépense plus que l’enseignement supérieur ou plusieurs ministères réunis. Scandale suprême- on ne doit pas cesser d’ne parler parce qu’avec un hold up pareil , c’est l’avenir de l’Algérie qui en prend un coup- , les élus ont refusé une augmentation de la bourse pour le étudiants.. Savons nous qu’un député de base à 300.000 Da a un salaire égal à celui de 400 étudiants ou encore, Le salaire des 500 députés équivaut à 200.000 étudiants, c’est la moitié du nombre d’étudiants ouvrant droit à la bourse ! C’est immoral ! Un comble : on leur refuse une augmentation dérisoire. Le parti des Travailleurs a raison de proposer- sur le tard et sans donner l’exemple- la dissolution de l’Assemblée

Le sociologue Lahouari Addi écrit: «L’Algérie est-elle une société ou une juxtaposition d’espaces domestiques en concurrence pour les biens de subsistance? L’exacerbation des antagonismes entre les intérêts privés impose la formation d’un espace public où l’individu n’est pas un moyen mais une fin. C’est ce passage vers la sphère publique que l’Algérie peine à réaliser (...) Dès lors que les conditions de l’autosubsistance ont été détruites, les individus se procurent la subsistance en dehors des espaces domestiques, dans un contexte de rareté de biens fournis essentiellement par le marché mondial. Interface entre les familles algériennes et le marché international, l’Etat est pris d’assaut par les réseaux de corruption que favorise la structure néopatrimoniale du régime dans laquelle des castes sont au-dessus des lois. Détenir une position dans l’appareil de l’Etat, c’est s’assurer une place stratégique dans le mécanisme de l’économie de rente. Dans l’économie rentière, ce qui est consommé par une famille est retiré à une autre, selon le modèle du jeu à somme nulle (Il n’y a pas de création de richesse, ndlr). C’est ce qui explique la corruption à tous les niveaux de l’Etat...Dépendantes de l’Etat, à travers les prix des biens alimentaires importés, les couches sociales pauvres se mettent à rêver d’un Prince juste qui limitera les libertés pour donner équitablement à chacun sa part. La popularité des islamistes a trouvé son origine dans cette structure distributive des richesses financées par la rente énergétique et exprime, par ailleurs, le niveau de dépendance de la société par rapport à l’Etat.»(1)

Cette Révolution de Novembre n’intéresse pas la jeunesse de 2008 parque qu’elle est devenue un fonds de commerce pour tous ceux qui y trouvent leur compte, notamment «la famille révolutionnaire» dont il faudra bien, un jour, que l’on nous explique la composition, la clé de cooptation et sa réelle «valeur ajoutée». La période 54-62 n’est qu’un épisode, certes, de bravoure de toutes celles et ceux qui ont donné leur vie pour une Algérie indépendante et de progrès. Pourquoi ne fêterions-nous pas dans un même mouvement les grandes heures de l’Algérie et conforter le jeune Algérien, car, en définitive, c’est de lui qu’il s’agit?
S’agissant de l’invasion par la France de l’Algérie, l’inventaire du passé colonial reste à faire. «Certes, écrit le professeur Lahouari Addi, tout Etat, aussi démocratique soit-il, propose une vision édulcorée de la vérité historique. Jusqu’à récemment, la France des années quarante était considérée comme majoritairement résistante...L’objectivité historique est difficile à atteindre lorsque l’on touche aux références fondatrices d’une nation. Mais la grande différence avec l’Algérie réside dans l’existence d’une recherche universitaire indépendante...Il ne s’agit pas d’une entreprise de dénigrement du combat indépendantiste, qui a une légitimité incontestable puisque la colonisation est la négation de la civilisation. Mais l’écriture de l’histoire de la guerre de Libération, telle qu’elle a été écrite en Algérie depuis 1962, est marquée par le sceau des occultations et des falsifications.»(1)

Pour rappel, l’appel du 1er Novembre fut le détonateur d’une révolte portée par tout un peuple. «A vous qui êtes appelés à nous juger, notre souci, en diffusant la présente proclamation, est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l’indépendance nationale...» C’est par ces phrases que les combattants annonçaient à la face du monde leur volonté de combattre le fait colonial: une poignée d’hommes sans moyens, avec une immense conviction sur la légitimité du combat mirent en oeuvre une révolution qui devait servir de modèle à bien des mouvements de libération de par le monde. Le 1er Novembre 1954 est, à juste titre, le dernier épisode symbolique du combat incessant du peuple algérien pendant plus de 25 siècles.

Combien de jeunes connaissent ce texte fondateur revendiqué d’ailleurs par tous les partis politiques. Combien connaissent les grandes dates de l’histoire, trois fois millénaire, de leur pays. Parlant de l’Algérie de 2007 qui peine à se redéployer, Lahouari Addi écrit: «L’Algérie est-elle une société ou une juxtaposition d’espaces domestiques en concurrence pour les biens de subsistance? L’exacerbation des antagonismes entre les intérêts privés impose la formation d’un espace public où l’individu n’est pas un moyen mais une fin. C’est ce passage vers la sphère publique que l’Algérie peine à réaliser (...) Dès lors que les conditions de l’autosubsistance ont été détruites, les individus se procurent la subsistance en dehors des espaces domestiques, dans un contexte de rareté de biens fournis essentiellement par le marché mondial. Interface entre les familles algériennes et le marché international, l’Etat est pris d’assaut par les réseaux de corruption que favorise la structure néopatrimoniale du régime dans laquelle des castes sont au-dessus des lois. Détenir une position dans l’appareil de l’Etat, c’est s’assurer une place stratégique dans le mécanisme de l’économie de rente. Dans l’économie rentière, ce qui est consommé par une famille est retiré à une autre, selon le modèle du jeu à somme nulle (Il n’y a pas de création de richesse, ndlr). C’est ce qui explique la corruption à tous les niveaux de l’Etat...Dépendantes de l’Etat, à travers les prix des biens alimentaires importés, les couches sociales pauvres se mettent à rêver d’un Prince juste qui limitera les libertés pour donner équitablement à chacun sa part. La popularité des islamistes a trouvé son origine dans cette structure distributive des richesses financées par la rente énergétique et exprime, par ailleurs, le niveau de dépendance de la société par rapport à l’Etat.»(1)

S’agissant de l’université, Lahouari Addi, écrit: « Le combat pour une université digne de ce nom, productrice de savoirs, animée par des enseignants-chercheurs respectés, est un combat qui engage l’avenir. Vous luttez pour que les compétences restent au pays, parce que, dans l’ère de la mondialisation, payer un professeur 400 euros par mois, c’est inciter l’élite intellectuelle à quitter le pays. L’enseignant universitaire est devenu, en quelques années, un employé paupérisé, alors qu’ailleurs, aux USA, en Europe, au Japon, il est une autorité sociale. En Algérie, c’est à peine un petit fonctionnaire luttant pour survivre dans une société où il n’est plus un modèle pour les jeunes, dans une société où l’échelle des valeurs a été bouleversée. Si l’Université est dans la léthargie, cela voudrait dire que la société civile n’en est pas une... »

       

La réussite (ou l’échec) de notre pays à construire la modernité sera évaluée sur le critère d’élaboration de la société civile. Il est vrai que l’Algérie est le pays des paradoxes: pour avoir la paix sociale en flattant dans le sens du poil les classes dangereuses porteuses de nuisances ou parce que leur débrayage bloque le train-train de l’Etat, pas, on l’aura compris, en termes de performance mais en termes de temps mort. A titre d’exemple, chacun sait qu’une grève à Air Algérie se règle dans la semaine, dans l’opacité la plus totale. Par contre, une grève dans le système éducatif peut durer des mois, cela n’émeut ni les autorités, ni les partis, encore moins les syndicats. Je suis tenté de dire en définitive que l’avenir de ce pays se construira à partir d’un passé admis par tous ses citoyens sans exclusive. Les multiples dimensions devraient être assumées sereinement, et chaque habitant de ce grand pays se doit de revendiquer ses multiples identités non plus à l’état de ghetto honteusement toléré mais par une acceptation sereine et assumée. Notre pays doit retrouver le chemin de la sérénité. Il doit libérer les énergies en réhabilitant les valeurs du travail, de l’effort et du mérite. Il n’y a pas d’autre issue.(2)

    

Inventons un nouveau premier novembre mobilisateur qui puisse répondre aux défis du siècle concernant la sécurité alimentaire, le problème de l’eau des changements climatiques t pa dessus tout le défi de l’énergie, tant il est vrai que cette rente n’est pas au service du développement, elle s’effrite sous forme de Bons du Trésor américain qui rapportent la moitié de ce que nous perdons dans l’inflation en priant Dieu que l’Algérie puisse sortir sans trop de casse de cette crise financière. Il est plus que temps de freiner cette hémorragie et de comprendre que notre meilleur coffre fort est notre sous-sol
Pour faire court, la Révolution de novembre devra être réappropriée par la jeunesse à qui on doit donner une perspective de sortie du tunnel autrement que celle de l’évasion. Une révolution de l’intelligence est certainement la solution. Seul le parler vrai permettra à l’Algérie de renouer avec ce nationalisme qui contrairement n’est pas passé de mode, c’est un puissant stimulant. On l’aura compris, la mascarade du drapeau par foyer ne peut en rien remplacer le drapeau algérien que l’on doit accrocher dans nos cœurs et nos tripes et prouver par nos actes au quotidien que l’on mérite réellement ,cette merveilleuse Algérie

1.Lahouari Addi: La représentation du 1er novembre 54 à partir de la presse algérienne francophone

2.C.E.Chitour. L’Algérie: Le passé revisité. Editions Casbah. Alger. 2005.

 

 

Jeudi 30 Octobre 2008
vdida2003@yahoo.fr

Source: Alterinfo

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15 novembre 2008

Bibliothèque nationale [d'Alger] : la musique comme moyen d’expression

La Bibliothèque nationale d’Alger a abrité, dans la soirée de dimanche, une conférence-débat portant sur la musique, moyen de communication entre les civilisations et les cultures arabes, animée par Maya Saïdani. Prévue à 21 h, la conférence ne débutera qu’une heure après

Ce retard accusé était dû en partie à la défection, au dernier moment, du professeur et musicien Ahmed Serri, lequel devait animer conjointement avec Maya Saïdani la rencontre. Dans une courte communication, la musicologue Maya Saïdani a, d’emblée, précisé que la musique est un thème vaste qui ne faut être débattu en deux heures de temps. Toutefois, la musique a pour principal objectif de faire appel à la paix. l’intervenante s’est posée plusieurs questions dont :  Si on pouvait considérer toute musique comme un moyen d’expression, qu’elle est le devenir de la musique algérienne au sein de la société ? Que savons-nous de la musique algérienne ? Existe-t-il une ou des musiques algériennes ?

Sur un ton serein, la conférencière a levé le voile sur la problématique des messages véhiculés à travers les différents styles que renferme la musique algérienne dont le raï. Elle n’a pas manqué de souligner que certains musiciens se sont lancés dans la modernisation de la musique, et ce, dans un but lucratif. C’est ce qui explique en partie les mauvais produits qui existent sur le marché national. « L’enfant, dit-elle, doit être bercé, dès son jeune âge par la musique. Une écoute attentive doit se faire au lieu de considérer la musique comme un moyen de divertissement. La musique est un phénomène scientifique qui nécessite avant tout une compréhension. Des parents habituent leurs enfants à écouter une musique de qualité mais je ne sais pas si on va vers une qualité ou une production. » Nos musiques, précise-t-elle, sont des traditions orales. « A mon sens, quelque part, il y a un problème dans nos notes musicales, car il y a rupture entre les traditions orales. »

Actuellement, la structure de la société algérienne ne lui permet pas de suivre un maître précis. Les médias nationaux ont un rôle important dans l’éducation de la musique. Ils se doivent de contribuer d’avantage pour apprendre aux auditeurs et de les éduquer à écouter la musique traditionnelle. La diversité des styles musicaux contribue à l’aboutissement d’une définition précise de la musique. Concernant l’histoire de la musique andalouse, l’interlocutrice a affirmé qu’il faut être prudent sur ce volet. A son avis, la question de la musique andalouse classique reste toujours posée. « Les textes existent certes, mais on ne sait pas qui a fait quoi. Il y a des genèses de la musique. Aujourd’hui, les musicologues hésitent à décider s’ils doivent parler de musique algérienne ou des musiques algériennes », argumente-t-elle.

A la question de savoir ce qu’elle pense sur l’apparition de certains groupes gnawa qui se plaisent à métisser les différentes musiques du monde, elle a argué que la qualité des produits de ces groupes dépend de leur niveau artistique et de leur savoir-faire en matière musicale. Il est à noter, par ailleurs, que Maya Saïdani est actuellement maître-assistante à l’Ecole supérieure de musique. Après des études à La Sorbonne où elle obtient un DEA, elle décroche par la suite un doctorat en histoire de musique et de musicologie. Elle vient tout juste d’éditer aux éditions Casbah un important et volumineux ouvrage, intitulé La musique du Constantinois, contexte, nature, transmission et définition.

Source: El Watan

Edition  du 16 octobre 2006

Par Nacima Chabani

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29 septembre 2008

Nadia At Mansour, chanteuse, poète et écrivain kabyle

Nadia At Mansur Ikni est née en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans. Médecin Interne des Hôpitaux de Paris, dermatologue, elle s'oriente, après un post-doctorat à Harvard, USA, vers la psychologie jungienne. Elle travaille alors comme médecin-assistant en psychiatrie en Suisse. Elle a publié de nombreux articles scientifiques et donné des conférences. Elle est également auteur, compositeur, et interprète de l'album Chants soufis de Kabylie.

Biographie
1966. 8 mai. Naissance à Alger de Nadia, fille de Ramdane Ouahès et Colette Ouahès née Paulmier
1982. Etudes de médecine à Paris
1983. Entreprend l’apprentissage du berbère en traduisant, avec l’aide de son père, les chansons de Aït Menguellet
1989. Interne des hôpitaux de Paris, spécialité dermatologie, elle quitte Paris pour les Etats-Unis et occupe un poste de chercheur à Harvard (Boston)
1997. Médecin psychiatre en Suisse, elle s’initie à la psychologie junguienne
1999. Abandonne la médecine pour se consacrer à la psychologie des profondeurs
2001. Première représentation sur scène, à la Maison pour tous de Chatou, dans la région parisienne, des Chants soufis de Kabylie dont elle est l’auteur, le compositeur et l’interprète.
2002. Mariage avec Hakim Ikni et premier spectacle au Théâtre de la Vieille Grille à Paris.
2003. Le 10 juin, participe avec d’autres artistes à la première partie du spectacle de Aït Menguellet à l’Olympia. Dix jours plus tard, naissance de sa fille Rosa.
2004. Abandon de la scène après un dernier spectacle donné, à l’occasion de la fête de la musique, à l’hôpital Sainte-Anne à Paris.
2005. Parution de son ouvrage A la recherche de l’âme, interprétation d’un conte kabyle initiatique.
Elle exerce aujourd’hui la psychanalyse junguienne à Paris.


A la recherche de l'âme : Interprétation d'un conte kabyle initiatique (Essai) - Éditions Edisud, Paris ISBN : 2-7449-0550-X, 2005

Présentation

L'auteur s'intéresse ici au sens psychologique profond d'un conte kabyle ancien, véritable mine de sagesse, intitulé " Aïni ". En suivant le cheminement du héros à la recherche de la femme aimée, le récit raconte la voie qui mène à la réalisation intérieure, illustrant remarquablement le processus d'individuation décrit par C.G. Jung. Au fil des pages, le lecteur pourra puiser des éclairages passionnants sur la signification profonde de cette quête immémoriale de l'être à la recherche de son âme.

C'est un véritable apprentissage de l'amour, qui s'accomplit dans toute sa plénitude après des épreuves initiatiques dont l'auteur dégage le sens. Avec des siècles d'avance, le conte anticipe le développement de la vie maritale vers un lien individuel régi par le sentiment. Il vise donc au développement psychique et à l'accroissement de conscience, et son message est toujours d'une grande actualité. Il est démontré par ailleurs, grâce à de nombreuses amplifications, sa dimension éminemment universelle, ainsi que ses liens avec le soufisme.

C'est la première fois que la psychologie des profondeurs est appliquée à l'analyse de la symbolique d'un conte kabyle, surtout de cette qualité exceptionnelle. L'écriture se veut simple et concrète afin que les concepts psychanalytiques utilisés soient accessibles au grand public. Le présent ouvrage apporte une valeureuse contribution à la restauration du féminin dans un monde encore dominé par les valeurs masculines.

Le Soir d'Algérie - 10 mai 2007

Jung par ici

C’est pour le moins un parcours et une position atypiques qu’a fait et qu’occupe Nadia  At Mansur dans l’univers des idées et de la culture. Fille des mélanges assumés, il n’est pas étonnant qu’elle embrasse le mysticisme couplé à Jung, qui se rencontrent dans l’introspection et le besoin de subvertir en création les interrogations de l’âme et de l’esprit. Poète, musicienne, médecin, psychanalyste, Nadia At Mansur exprime, en fait, toujours la même chose.

Qu’elle chante, écrive ou parle, il s’agit toujours de dire cette lumière de sagesse et de sérénité qui fait habiter un monde parallèle au brutal monde concret et qui peut lui apporter cette part de quiétude qui fait si cruellement défaut. Nadia At Mansur a renoncé aux vanités du monde, à ses brillances superfétatoires, aux ambitions sociales, pour se consacrer à ce qui, au fond de chacun de nous, brûle d’un feu plus pérenne que tous les autres, le désir de se connaître pour mieux partager. Les ancrages identitaires, nationaux, ne sont pas une fin en soi pour elle. Ils sont juste la marque du départ pour mieux asseoir en elle et autour d’elle ces synthèses du monde qui font circuler dans l’universalité les sentiments et les idées. En allant vers Jung, Nadia At Mansur va en fait vers elle-même, c'est-à-dire vers nous tous.

Bachir Agour

L'univers de la sagesse ancestrale

L’imaginaire kabyle est peuplé de contes qui, à la fois, le singularisent et le rattachent au destin universel. Nadia At Mansur Ikni, dans son ouvrage A la recherche de l’âme, sous titré Interprétation d’un conte kabyle initiatique, paru chez Edisud en 2005, nous introduit et nous guide dans cet univers de la sagesse ancestrale. Elle a choisi Aïni, un conte traditionnel kabyle que les vieux racontaient, dans les assemblées de village, aux jeunes hommes désireux de se marier. La légende est ancienne.

Recueillie par l’anthropologue allemand Léo Frobenius au XIXème siècle, elle figure dans un recueil de contes kabyles traduits il y a une dizaine d’années par Edisud. Un conte hors du commun, fort dans son expression, exacerbé dans les sentiments qu’il développe, cruel dans les châtiments qu’il évoque. Il est dit initiatique car il vient éveiller à la connaissance de soi. Dans une première étape, l’auteur nous présente le conte. Elle prend soin de le situer dans son contexte culturel, dressant un tableau lucide et sans concession de la société kabyle traditionnelle :

«Dans la société masculine kabyle, l’émotion authentique est masquée et le domaine des sentiments est particulièrement ombrageux. Ecrire que la susceptibilité est démesurée est encore la sous-estimer. » Le conte restitué, Nadia At Mansur nous en livre l’interprétation. Elle en déchiffre les symboles universels — la clé, la porte, la cire, la colombe, — qui donnent accès aux mille et une facettes de l’inconscient.

«Le conte est l’âme qui se raconte», nous dit l’auteur. Médecin, psychologue junguienne, poétesse, chanteuse, compositeur et interprète de ses propres textes, elle met au service de sa culture originelle sa connaissance de la psychologie des profondeurs. Elle conclut sur l’influence soufie qui, au-delà du conte, imprègne le cœur de la Kabylie. Un conte sur l’amour étonnamment moderne qui nous rappelle que seul l’homme délivré du désir de posséder une femme la possède réellement.

Un livre érudit et pointu mais raconté avec une simplicité et une clarté telles qu’il demeure à la portée de tous.

Meriem Nour

A la recherche de l’âme, Interprétation d’un conte kabyle initiatique,
Edisud, 2005, Collection le sens caché des contes, 143p.

“Nos contes sont des bijoux”

Le Soir d’Algérie : Psychanalyste, médecin, chanteuse dans la tradition soufie, poète, écrivain. Vous êtes tout cela à la fois. Comment s'articulent ces différentes activités ?
Nadia At Mansur : Mon activité actuelle se concentre sur l’exercice de la psychanalyse et l’écriture. J’ai débuté dans la vie professionnelle par un parcours médical classique, une spécialisation suivie d’un post-doctorat en recherche.

Par la suite, j’ai totalement quitté ce domaine qui ne me satisfaisait pas, et dans lequel j’étouffais pour tout dire, pour aller vers ce qui m’appelait sans doute depuis longtemps, qui est l’univers de la psychologie. Ma découverte du psychiatre suisse C. G. Jung avait auparavant constitué un tournant dans mon existence.

C’est lui qui m’a procuré les instruments nécessaires à la navigation sur les eaux tumultueuses de l’inconscient, qui m’a ouvert les portes d’une compréhension symbolique des choses de l’esprit, du phénomène religieux. J’ai, depuis, dirigé mes activités dans cette voie junguienne, qui inclut aussi bien l’activité psychanalytique proprement dite, que l’approche psychologique des contes, des mythes, des textes sacrés. Quant à la créativité artistique qui m’a saisie un temps, elle a sans doute voulu exprimer la joie intérieure devant ce qui s’apparentait à une sortie d’Egypte.

Vous êtes née à Alger. Vous avez étudié la médecine à Paris où vous vivez. Vous avez séjourné en Suisse, travaillé dans la recherche aux Etats-Unis, voyagé en Afrique. Quelle est votre quête ?
Le départ pour Paris avait pour objectif les études médicales. Le séjour américain servait mon ambition d’alors, aller auprès des meilleurs dans mon domaine, la dermatologie, tout en observant un certain recul vis-à-vis d’un horizon hospitalo-universitaire parisien étroit que je supportais de moins en moins. Le départ pour la Suisse, par contre, répondait à une exigence intérieure et marquait mon changement d’orientation vers la psychologie. C’était un pèlerinage sur les lieux de vie et d’enseignement de C. G. Jung à Zurich.

J’y ai effectué ma psychanalyse personnelle tout en travaillant en tant que médecin-assistant en psychiatrie. Quant à l’Afrique noire, je l’ai découverte à l’occasion d’un voyage au Sénégal qui m’a nourrie et m’a pleinement confirmée dans mon sentiment d’africanité. J’ai eu la chance de pouvoir assister à des cérémonies de désenvoûtement, une célébration dans un mausolée de saint musulman, ainsi qu’à une messe catholique.

J’y ai vu le musulman Mamadou assis en compagnie du chrétien Augustin. La terre sénégalaise est exceptionnelle de douceur et de tolérance. Pour répondre précisément à votre question sur la quête, la connaissance de soi — et son corollaire, la perte des illusions — est pour moi d’une importance vitale et l’objet d’un travail sans fin.

L'Afrique et la Chine ont une place particulière dans votre parcours. Pourquoi ?
Je ressens l’Afrique comme étant la Mère intérieure, mes racines les plus profondes. Au contact des Sénégalais, j’ai pu apprécier à quel point nous autres Algériens étions africains. Les Touareg m’ont fait aussi une forte impression, dans leur enracinement naturel, leur noblesse de caractère.

La Chine apparaît dans mes songes comme étant la manifestation d’un territoire psychique inconnu, fort lointain, très éloigné de la conscience et qui représente le But. N’oublions pas qu’elle est la patrie du taoïsme et du célèbre Yi King («Le Livre des transformations ») dans lequel on pourrait puiser tous les jours. J’ajouterais à ces deux contrées la Suisse, pays auquel je dois beaucoup. C’est là que se sont produites les mutations les plus décisives en ce qui me concerne.

Vous-même êtes à la croisée des traditions. Berbère kabyle par votre père et Française de Sologne par votre mère. Quelle place ont l'une et l'autre dans votre vie ?
L’origine berbère a façonné en moi une âme instinctive, proche de la nature et des émotions. Elle me relie au corps, au monde concret. Elle me fait vibrer, chanter, bercer mon enfant et l’allaiter longtemps. Je lui dois ma flamme, mes élans, aussi ma subjectivité la plus partiale.

Par ma mère, j’ai hérité d’une tradition spirituelle qui remonte loin dans le temps, celle des Paulmier, humbles pèlerins chrétiens qui s’en allaient à pied visiter le Saint Sépulcre à Jérusalem. A travers elle, m’a été infusé un certain esprit éthéré, un amour prononcé pour l’objectivité et une propension à l’introversion, à la solitude et à l’approfondissement. Ces deux lignées m’ont nourrie de deux tendances vitales aussi contraires que complémentaires et je m’en réjouis tous les jours.

Vous appartenez à la lignée des Aït Mansour Amrouche. Taos Amrouche a-t-elle influencé d'une façon ou d'une autre votre choix artistique ?
Si influence il y a eu, elle aura été inconsciente. «Ma» créativité artistique n’a pas été voulue ni construite. Pour vous en donner une image, c’est un peu comme si votre fenêtre s’ouvrait un beau jour sous le coup d’une forte rafale de vent et que s’engouffrait dans votre salon une nuée de papillons exotiques.

En fait, je l’ai plutôt vécue comme l’irruption d’un torrent dans ma maison... Expérience aussi puissante que saisissante. Ceci étant dit, j’ai des affinités sans doute nombreuses avec cette grande dame de la chanson kabyle. Sa musique et la mienne se rencontrent peut-être dans quelque chose comme une tentative de relier terre et ciel. Nos démarches sont toutes deux, je crois, assez originales. Je n’appartiens pas au «main stream», aussi bien en psychanalyse qu’en musique.

Quelle est l'origine de votre intérêt pour les contes berbères kabyles ?
Les contes recèlent des trésors pour qui s’intéresse à la psychologie. Ils apportent beaucoup à la connaissance des structures profondes et universelles de l’esprit. D’autre part, il existe des particularités régionales qui font qu’un conte n’est pas strictement le même s’il naît à Annaba ou à Ajaccio. De la même façon, un récit qui voyage verra se modifier subtilement certains détails de sa narration. Ceci car il est l’expression en miroir de la vie psychique collective sur laquelle il énonce des faits sans détour. Il est donc important de tenter de l’analyser, même si l’essence d’un conte est un mystère qui nous échappera toujours.

Vous avez choisi d'analyser le récit initiatique kabyle Aïni. Pourquoi ce choix ?
Le conte intitulé «Aïni» est absolument exceptionnel et nous devons à celui qui l’a recueilli, l’anthropologue allemand Léo Frobenius, de pouvoir le lire aujourd’hui, ainsi que beaucoup d’autres récits anciens d’une grande richesse. «Aïni» est une histoire pour adultes qui raconte une initiation à l’amour, avec toutes les difficultés, les pièges et les rebondissements qui accompagnent ce genre d’aventure.

C’est véritablement un conte mature, tout en nuances, délivrant un enseignement symbolique sur la relation entre les sexes à travers l’apprentissage par le héros de la psychologie féminine. Un conte tel que «Aïni» devrait être largement connu car il nous divulgue avec une grande intelligence l’art subtil de l’Amour. Et de la maîtrise de cet art dépendent en grande partie notre sentiment de bonheur, notre capacité à être en paix avec nous-mêmes. Faut-il le dire, le conte finit bien...

Vous allez nous livrer prochainement d'autres contes. Lesquels et pourquoi ?
Mon prochain livre est consacré à l’interprétation du conte kabyle «Le grain magique» (Aâeqqa yessawalen). Celui-ci illustre à merveille la vision objective de la psyché collective sur elle-même, sans fard ni apitoiement. C’est la Kabylie vue de l’intérieur. Une vision dont on a grand besoin. Il y a aussi des retombées concrètes sur le plan individuel pour qui veut se connaître et progresser. Nos contes sont des bijoux. Aujourd’hui, ils doivent être non seulement écoutés et transcrits, mais également compris au meilleur de nos capacités afin d’enrichir notre vécu, d’alimenter spirituellement notre quotidien. Tout comme les rêves, les contes doivent être interprétés. Et leur parole pleine de sens deviendra vie.

Propos recueillis par
Meriem Nour

Source: Dz Lit.free

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