01 juin 2008
2e édition du festival culturel de l'amitié
Hommage au dramaturge Mohia«Ce festival tend à redynamiser et à encourager ces jeunes et à valoriser le rôle des étudiants (l’université) dans la société», a lancé le président de l’association «Cirta». La 2e édition du Festival culturel de l’amitié en hommage au dramaturge Mohia, organisée par l’association estudiantine culturelle et scientifique Cirta de l’université M’hamed-Bougara de Boumerdès, placée sous le patronage du Haut commissariat à l’amazighité, a levé le rideau dimanche dernier à la Maison de la culture Rachid-Mimouni, en présence de ses anciens amis, de quelques personnalités de la culture et une assistance dont la majorité est étudiante. Ces derniers sont venus
gratifier cet homme au grand parcours militant et pour ses sacrifices
pour le combat identitaire. Cirta est une association estudiantine, à
caractère culturel et scientifique, agréée par les autorités locales
depuis le 19 septembre 2003. Créée dans un contexte particulièrement
difficile, l’association s’est fixé des objectifs qu’elle entend
réaliser dans le cadre de son programme dont la promotion de la culture
et du savoir au sein de la wilaya, ainsi qu’à l’université. La création
d’un lieu de réflexion et de débat, la stimulation par de nouvelles
expériences individuelles et collectives qui contribuent à définir ce
que nous sommes et qui génèrent l’autodéveloppement. |
|
par Idir AMMOUR Source: Berberes.com |
19 janvier 2008
La domination masculine, Pierre Bourdieu
Résumé
Pierre Bourdieu s'interroge sur la permanence de la domination masculine. Pour la mettre en évidence, il s'appuie sur une étude ethnographique qu'il a menée auprès des Berbères de Kabylie, une société entièrement construite autour de l'homme, archétype d'une culture méditerranéenne. La pensée relative à la différence des sexes y est profondément enracinée, permettant ainsi de dégager les structures symboliques qui perpétuent la domination de l'homme sur la femme.
Il souligne trois principes: la distinction des sexes résulte plus des normes sociales que de la nature. De fait, la distinction homme femme est plus une construction sociale qu'un fait biologique. Et ces normes arbitraires finissent par être acceptées comme une "nécessité de la nature" et s'ancrent ainsi dans les esprits. Ainsi, les femmes participent à la domination masculine parce qu'elles adoptent les catégories du dominant. Dans cette fabrication interviennent plusieurs acteurs, la famille d'une part (sur laquelle s'est concentré le travail des féministes) mais aussi l'Etat, l'école ou l'église vers lesquels Bourdieu pense se tourner pour voir les choses changer. Mais pour autant il n'apporte ni réponse ni projet à mettre en ouvre pour que les identités sexuelles, tyranniques, en fait, pour les deux camps, soient libérées de tout rapport de domination.
Cet essai est sorti au moment où le travail de Pierre Bourdieu et ses engagements politiques sont attaqués avec virulence. Au même moment, en septembre 1998 paraissait le livre de Jeannine Verdès-Leroux qui dénonçait son "terrorisme intellectuel".
| Auteur | Pierre Bourdieu |
|---|---|
| Editeur | Points |
| Date de parution | août 2002 |
| Collection | Points Essais, numéro 483 |
| Nombre de pages | 192 pages |
| Format | 11 cm x 18 cm |
| ISBN | 2020557711 |
Source: Fnac
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La domination masculine?
Extrait de la page 4:
[...]Pour tenter de sortir du cercle, on peut, par une sorte de subterfuge méthodologique, appliquer l'analyse anthropologique aux structures de la mythologie collective que livre, à peu près franches de toute interprétations demi-savante, une tradition étrangère, et pourtant familière, celle des montagnards berbères de Kabylie qui, par-delà les conquêtes et les conversions, et sans doute en réaction contre elles, ont fait de leur culture le conservatoire d'un vieux fonds du culte de la virilité (5). Cet univers de discours et d'actes rituels tout entiers orientés vers la reproduction d'un ordre social et cosmique fondé sur l'affirmation ultra-subséquente du primat de la masculinité offre à l'interprète une image grossie et systématique de la cosmologie "phallonarcissique" qui hante aussi nos conscients.[...]
Pierre Bourdieu
Actes de la recherche en sciences sociales
Année 1990
Volume 84
Numéro 84
pp. 2-31
Source: Persée
- Sociologie et anthropologie chez Pierre Bourdieu - Le paradigme
- Du bon usage de l'ethnologie
- Dialogue sur la poésie orale en Kabylie
18 janvier 2008
Du bon usage de l'ethnologie
Pierre Bourdieu , Mouloud Mammeri , Tassadit Yacine
Actes de la recherche en sciences sociales
Année 2003
Volume 150
Numéro 150
pp. 9-18
Aller à la page 9 (début de l'article)
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Source: Persée
Lire aussi
- Dialogue sur la poésie orale en Kabylie
- Sociologie et anthropologie chez Pierre Bourdieu - Le paradigme
- Dialogue sur la poésie orale en Kabylie
Dialogue sur la poésie orale en Kabylie
Mouloud Mammeri , Pierre Bourdieu
Actes de la recherche en sciences sociales
Année 1978
Volume 23
Numéro 23
pp. 51-66
Aller à la page 51 (début du dialogue).
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Source: Persée
Lire aussi
- La domination masculine, Pierre Bourdieu
- Dialogue sur la poésie orale en Kabylie
- Sociologie et anthropologie chez Pierre Bourdieu - Le paradigme
04 janvier 2008
La guerre des mémoires et “l'article 4"
“Liberté pour l’histoire” est aussi une association fondée par René Rémond et présidée, après la disparition de ce dernier par Pierre Nora, appuyé notamment sur le plan juridique (car on en est là !!!) par Françoise Chandernagor. Pour en savoir plus, allez sur (site en construction, adresse dans quelques jours) ou laissez moi un message à iceg@noos.fr.
“Liberté pour l’histoire” a été crée à l’occasion de la controverse sur”l’article 4” Voici la communication par laquelle je présentais cette controverse à des Africains et des Américains. En bas de cette page, vous pourrez accéder à d’autres textes sur des sujets connexes.
FRENCH COLONIAL HISTORY SOCIETY
SOCIÉTÉ D’HISTOIRE COLONIALE FRANCAISE
La guerre des mémoires et “l'article 4"
Yves Montenay, Dakar, 19 mai 2006
Préambule
Je tiens à dire à mes amis sénégalais que je suis particulièrement heureux de revoir leur pays, que le président Senghor, amis de ma famille, m’avait fait visiter en 1976 pour que je présente à ses citoyens le lancement du « planning familial » rendu nécessaire tant par l’explosion démographique que pour la santé des mères et des enfants. Comme je l’ai fait depuis, je profiterai de ce colloque pour écouter ceux qui me permettront d’améliorer la présentation du Sénégal que je fais à mes étudiants.
Communication
L’« article 4 » dont il va être question est celui de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 (J.O n° 46 du 24 février 2005 page 3128) portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. Cette loi vise essentiellement à indemniser les harkis et leurs familles et à leur accorder une certaine reconnaissance de la part de l’État français qu’ils ont servi. Son libellé est le suivant :
Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l’étranger est encouragée.
Ce n'est que progressivement que les enseignants s'y sont violemment opposés, les uns parce que, pour eux, la colonisation ne saurait avoir d'aspect positif, les autres parce que la loi n'a pas à définir la vérité historique. Par ailleurs, le texte de la loi, comme le contexte du vote montre qu’il s’agit d’une question intérieure française, qui se situe dans le débat permanent (voir plus bas) de la mise en accusation du colonialisme comme critère, voire outil de la lutte politique interne (Yves Lacoste, en substance).
Je rajouterais que ce débat se déroule dans une certaine confusion autour de la question coloniale, laquelle est transmise d’une part aux enseignants par les recherches universitaires et d’autre part, et, de manière souvent opposée, par les témoignages. Ces derniers, aussi imparfaits soient-ils, donnent une vue beaucoup plus concrète de la situation d’alors et de sa grande variété (Yves Lacoste, idem). Il est d’ailleurs relativement facile de compenser le caractère partial et partiel de chaque témoignage par leur variété en veillant à en recueillir dans tous les camps. C’est ce que je pense avoir fait de mon mieux en profitant des médias de toute tendance depuis 1954 et en recueillant des témoignages locaux ainsi que des témoignages familiaux remontant à la fin du 19e siècle et allant du communiste soutenant Ho Chi Min au nationalisme traditionaliste soutenant Diem, en passant par des racistes « ordinaires » et de purs techniciens sans opinion ayant travaillé en Afrique, à Madagascar et aux Caraïbes. J’ajouterais que des témoignages plus sereins publiés récemment (Benjamin Stora, Gilbert Meynier, général Giap …) montrent que nous n’étions pas si mal informé à l’époque à condition, bien sûr, de varier nos lectures et nos écoutes.
C’est dans ce contexte national et personnel qu’il faut situer cette communication. En France, beaucoup d’intellectuels et certains partis politiques n’ont qu'une vue partielle et anachronique de la période de la colonisation (voir notamment mes interventions précédentes à FCHS). A ce titre, ils présentent une colonisation diabolisée, se caractérisant d'abord par le pillage économique et la répression, quitte à "victimiser" certaines populations. Signalons qu’une part de ces « victimisés » ressent comme concurrente la mémoire de la Shoa (Holocaust), profondément intégré dans l'enseignement officiel français et défendu par une communauté juive nombreuse (700.000 personnes ?). La concurrence entre ces deux mémoires est d'autant plus vive que les premiers sont en général pro-palestiniens, et les seconds en général pro-israéliens.
Ce schéma est compliqué, côté « colonial » par la sensibilité des groupes dont nous mesurerons le poids, « rapatriés » (dont une bonne part de la communauté juive) et autres. Je me propose donc d'abord de développer les points ci-dessus et ensuite d'exposer le débat qui s'est terminé en France par la disparition de cet article.
Le contexte
Le débat sur le colonialisme en France s’inscrit dans le champ politique interne tout d’abord pour des raisons électorales.
Les données électorales
Rappelons d’abord que les électeurs éventuellement sensibles à ce débat sont nombreux dans tous les camps : de 1945 à 2004, la population de la France métropolitaine a connu un solde migratoire de 6 millions environ (les chiffres sont très imprécis). L’apport migratoire (7 millions ?) est plus important que ce solde, car les nouveaux venus ont fait souche.
Il y a d’abord « les rapatriés ». Sur deux générations, ceux d’Algérie et leurs enfants (les Pieds Noirs ») sont 1,5 million. Leurs homologues du Maroc sont 400 000, ceux de Tunisie 330 000, ceux d’Afrique sub-saharienne 330 000. Ceux venant d’Indochine ou d’ailleurs sont quelques dizaines de milliers. Il y a donc au total près de 3 millions d’ex-coloniaux résidant en France. Ils sont localement puissants et déclenchent dans leurs régions des commémorations "coloniales". Ce sont eux qui, avec les harkis, ont obtenu le vote de "l’article 4".
Côté ex-colonisés, il y a, toujours en comptant les descendants, environ 1,8 million de personnes d’origine algérienne, dont peut être 250.000 harkis ,1,2 millions de « Marocains », 450.000 « Tunisiens ». Il faut y ajouter quelques 500.000 sub-sahariens et au moins autant d’Asiatiques, surtout Libanais ou Vietnamiens et Chinois d’Indochine, soit 4 millions et demi de personnes. Mais une bonne partie d’entre elles est psychologiquement ou politiquement proche des « rapatriés », que ce soit par opposition au régime de leur pays d’origine ou par « assimilation ». On peut penser à une bonne part des démocrates algériens ou vietnamiens, aux bourgeoises anticommunistes ou anti-FLN et aux Libanais ; de plus, outre les harkis, beaucoup de Vietnamiens et autres Indochinois ont servi dans l’armée française. Enfin beaucoup d’ex-colonisés ou descendants estiment que la colonisation est une histoire ancienne, et qui n’a d’ailleurs pas laissé que des mauvais souvenirs.
Sur le plan électoral et médiatique, il faut aussi compter avec la masse des enseignants et des personnes de milieu intellectuel ou professionnel voisin, qui renforce considérablement le « camp » de ceux se ressentant victimes de la colonisation. Ce sont d’ailleurs les enseignants qui ont lancé le débat, se sentant directement visés.
Le poids électoral, réel ou fantasmé, de ces différents groupes explique l’intervention des politiques dans le débat, vote des députés « des rapatriés » d’abord, réaction des partis de gauche ensuite et arbitrage final plus que prudent du président.
La part des relations internationales
Accessoirement, le contexte international a rajouté quelques passions : la condamnation par l’ONU du « colonialisme » français à Mayotte a décrédibilisé le discours anti-colonial, d’autant que l’île d’Anjouan a demandé le même traitement, au grand embarras de Paris. Les informations sur la situation actuelle de bien d’ex-colonies vont dans le même sens.
A l’inverse, les nombreux Français, de droite comme de gauche, attachés aux bonnes relations avec l’Algérie ont été catastrophés par la controverse et ont poussé à son enterrement pour raisons diplomatiques, quelle que soit leur opinion sur le fond de la question. Et le président algérien a vigoureusement pesé dans ce sens. Les militants de la Francophonie ont eu une réaction analogue.
Ces considérations diplomatiques ont pesé dans la décision finale d’abrogation.
Les lois précédentes
Le débat a été compliqué par les précédentes « lois de mémoire »
La loi Taubira
Cette loi (n° 2001-434 du 21 mai 2001, J.O n° 119 du 23 mai 2001 page 8175) a reconnaissant la traite et de l’esclavage comme que crime contre l’humanité
Article 1er - La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.
Article 2 - Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée.
Comme « l’article 4 », cette loi s’attaque aux « programmes scolaires et (aux) programmes de recherche en histoire et en sciences humaine ». Cette loi divise les « anti-articles 4 », les uns y voyant un précédent qui, même justifié, affaiblit leur position, et donc à abroger également, les autres voulant son maintien.
La loi Gayssot
La loi Gayssot du 13 juillet 1990, concerne, elle, la mémoire de la « Shoah ». Ce texte, voté à l'instigation de l'élu PCF Jean-Claude Gayssot, complète la législation contre les «actes racistes, antisémites ou xénophobes» et réprime le négationnisme et la contestation de «crime contre l'humanité». Plus encore que la loi Taubira, puisqu’elle interdit et réprime, elle divise les « anti-articles 4 . Ainsi, le 21 janvier 2006 un débat sur les lois de mémoire au Club Pollens a illustré l’opposition entre les signataires de la pétition "Liberté pour l'histoire" (voir plus loin) et les défenseurs de la loi Gayssot.
(http://www.eleves.ens.fr/pollens/seminaire/seances/lois-de-memoire/index-sans-SVG.html)
Pour être complet, il faut citer la loi du 29 janvier 2001 (relative à la reconnaissance du génocide arménien), qui, ne concernant pas la France, a fait moins de bruit. Il faut néanmoins rappeler l’importance de la « communauté arménienne » en France (difficile à évaluer du fait de son ancienneté) et, en sens inverse, le souci des relations avec la Turquie.
Les débats
Les médias se sont emparés de la controverse ; nous nous borneront ici principalement à aux pétitions.
Les réactions et pétitions « dures »
Plutôt que de se lancer dans une longue énumération, le plus simple est d’aller sur le site de la section de Toulon de la ligue des droits de l’homme : http://www.ldh-toulon.net/
Ce site est une mine pour l’étude du mouvement « anti-article 4 » le plus dur et son idéologie. Remarquons en particulier qu’il y figure non seulement que la loi doit être abrogée, mais aussi qu’il faut entrer dans l’illégalité en ne la respectant pas. Rappelons qu’en France, les professeurs d’histoire de l’enseignement secondaire sont également chargés de l’éducation civique, donc d’enseigner le respect des lois. Rappelons aussi que certaines organisations musulmanes de France opposées à la loi interdisant le port du voile dans les écoles ont rappelé à leurs troupes qu’il fallait néanmoins la respecter, malgré une « sensibilité » contraire au moins aussi forte et intime que celle des « anti-article 4 ».
Voici l’appel des historiens pour l’abrogation de cet article 4 publié par Le Monde du 25 mars :
Il faut abroger d’urgence cette loi,
- parce qu’elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au cœur de la laïcité,
- parce que, en ne retenant que le « rôle positif » de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé,
- parce qu’elle légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé.
Les historiens ont une responsabilité particulière pour promouvoir des recherches et un enseignement
- qui confèrent à la colonisation et à l’immigration, à la pluralité qui en résulte, toute leur place,
- qui, par un travail en commun, par une confrontation entre les historiens des sociétés impliquées rendent compte de la complexité de ces phénomènes,
- qui, enfin, s’assignent pour tâche l’explication des processus tendant vers un monde à la fois de plus en plus unifié et divisé.
(www.manifeste.org/article.php3?id_article=133)
On remarquera que ce texte est d’un ton très dur, que le souci de « liberté » n’y figure que pour un point sur six et qu’elle intègre au débat la question de l’immigration. On peut rapprocher ce dernier point de l’affaire des « indigènes de la République », mouvement qui relie, à tort ou à raison, le « malaise des banlieues » au passé colonial.
Cette pétition a recueilli en trois semaines un millier de signatures. La demande a été reprise par l’Association des professeurs d’histoire et géographie, forte de 11000 adhérents, puis des Inspecteurs généraux, la LDH, la Ligue de l’Enseignement, la LICRA, le MRAP ... Cet appel a également suscité la création d’un collectif d’historiens qui s’est associé aux dénonciations de la multiplication des commémorations en hommage à l’OAS, comme celle prévue à Marignane le 6 juillet.
La même mouvance lance la pétition des enseignants. Les titres des sites où elle est présentée son explicites : « nous n’appliquerons pas l’article 4 de la loi du 23 février. » « Je n’enseignerai pas le bon temps des colonies ! » :
Ainsi la loi considère que la période coloniale, mis à part la conquête et la décolonisation, aurait été une période heureuse, faite de progrès et de civilisation. Le bilan de la colonisation française serait “ globalement positif ”. Plus encore il faudrait rendre hommage à ceux qui en furent les acteurs : colons, administrateurs, militaires, dans leur ensemble. C’est le retour du fardeau de l’homme blanc et de sa mission civilisatrice ! Alors que de jeunes historiennes viennent très récemment d’éclairer définitivement et incontestablement des aspects essentiels de la période coloniale en Algérie (torture systématique, justice, prostitution). Alors que nous sont désormais connus les aspects racistes de l’imaginaire colonial : “ zoos humains ”, exposition coloniale. Alors qu’un Livre Noir de la colonisation est disponible, alors que nos collègues universitaires étrangers en savent souvent plus sur notre histoire que nous... Comment est-il possible d’enjoindre aux enseignants de pratiquer un semblable révisionnisme ?
Faut-il considérer que le travail forcé dans les colonies d’Afrique et d’Asie, la torture banale dans les commissariats et gendarmeries d’Algérie, même en dehors des guerres, le statut de l’indigénat, le double collège électoral, l’oppression économique, les déplacements de populations, les dévoilements forcés de femmes, le paternalisme généralisé, le pillage des biens culturels, faut-il considérer donc que tout cela doive être salué ou plutôt oublié, effacé, nié ?
Quand bien même certaines réalisations des colons furent des progrès (routes, hôpitaux, rares écoles) elles ne justifient pas une vision béate et unilatérale de la colonisation.
Cette loi doit être abrogée :
• parce qu’elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au cœur de la laïcité.
• parce que, en ne retenant que le “ rôle positif ” de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé.
En attendant cette abrogation je m’engage à ne pas enseigner cette histoire officielle et révisionniste, à continuer d’utiliser les travaux des historiens pour présenter à mes élèves le bilan le plus proche possible de la réalité de la colonisation.
http://www.ldh-toulon.net/article.php3?id_article=589
On remarquera une présentation plus argumentée, mais sur un ton tout aussi affirmatif quant à la description de la colonisation qui est « définitivement et incontestablement » analysée. On remarquera aussi la qualification indirecte mais nette de ses acteurs, l’invocation de la laïcité et l’appel au non respect de la loi. Le mot « immigration » ne figure par contre plus
Dans le même esprit, à en juger par l’ordre du jour, est organisé à l’université Saint-Denis Paris 8 un Séminaire public :Fracture(s) coloniale(s) : Penser le postcolonial dans les sciences sociales françaises (http://calenda.revues.org/nouvelle6645.html)
Les pétitions « modérées »
Le ton, et surtout la logique de ces proclamations allaient susciter un courant modéré se recentrant sur l’opposition à une vérité officielle et une définition neutre de l’histoire : ne pas préjuger de son contenu, ce qui serait tomber dans le travers que l’on reproche à la loi, et bien la distinguer de la morale et de la mémoire. Ce courant est illustré par la pétition Liberté pour l'histoire :
Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants : L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.
L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.
L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.
L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas. L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.
C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives ? notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ? ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé de limites. Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.
(appy.histoire.free.fr/nosliens.htm)
On remarquera la variété des options politiques des signataires et leur notoriété (d’où sa désignation de « pétition des 19 ») : Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock
On remarquera que ce texte s’attaque AUX lois dites « de mémoire » (et non au seul article 4), qu’il ne diabolise aucun acteur et surtout qu’il définit l’histoire comme explication et non comme exaltation ou condamnation, d’où la répétition des l’histoire n’est pas (la morale, l’esclave de l’actualité, la mémoire ... et cela sans l’idéaliser (l’histoire n’est pas une religion). Globalement, c’est une critique indirecte, mais très sévère des manifestations « dures ». Elle lance donc un débat entre opposants s’ajoutant à celui sur l’abrogation de la loi.
Cette pétition a été accompagnée par de multiples textes dans le même esprit. On peut citer celle des Clionautes, qui a fait l’objet d’un débat aigu, avec les mêmes lignes de clivage que celles exposées ci-dessus : http://www.clionautes.org/petitions/index.php?petition=3
Réactions et mort de l’article
Bien entendu, « les durs » ont réagi. Je me bornerai ici à citer une réaction à cette demande de l’abrogation des textes autres que « l’article 4 ».
Certains collègues ne comprennent pas pourquoi nous ne soutenons pas l'appel des 19 personnalités demandant l'abrogation des lois (de mémoire) … Nous nous sommes mobilisés contre l'article 4 de la loi du 23 février 2005 car il impose des jugements de valeur (relevant donc de la mémoire) …. Aucune des autres lois citées dans « l'appel des 19 » n'avait franchi ce pas… Au lieu de se lancer dans une campagne qui va diviser la profession, nous mettre en porte à faux face aux organisations progressistes, mieux vaut réfléchir aux moyens de défense collective que nous pouvons mobiliser. Donc un texte qui (me) semble privilégier le positionnement politique (progressiste) sur la neutralité intellectuelle à laquelle s’attache la pétition « des 19 ».
Ce débat sur les lois à abroger ou non reflète à mon avis la divergence sur la période coloniale, « définitivement jugée et condamnée » pour les uns objet d’études plus détachées et donc plus nuancées pour les autres. Les premiers veulent mettre l’accent de manière permanentes sur les crime et la nécessité de la repentance. Malgré l’immense littérature sur ce sujet, les lois, les programmes et les manifestations enfonçant ce clou, ils pensent que l’essentiel reste à faire, tel Gilles Marceron, historien, vice-président de la Ligue française des droits de l’homme et auteur d’ouvrages sur le colonialisme: « la France n’a pas encore abordé la véritable histoire de son époque coloniale ». Il en voit la trace partout : « Cette idée d’une jungle ou d’une forêt qui enserre le musée (des « arts premiers »), un lieu où l’on viendra découvrir le « continent noir », pose problème. C’est comme si ces autres continents étaient toujours sauvages, exubérants, dangereux et donc primitifs. Ces vieux clichés sont monnaie courante en France.(…). En fait, tout ce projet repose sur une vision colonialiste du monde ». Il préférerait un musée qui raconte sans fard l’histoire du colonialisme français. « pour une majorité de la population, le colonialisme a été positif. C’est tout simplement parce que le discours officiel n’a jamais dit autre chose ». Et si les souvenirs familiaux (et pas seulement ceux des rapatriés), les voyages et reportages y étaient aussi pour quelque chose ? Par ailleurs, ce genre de considération classe indirectement l’article 4 comme démagogique, ce qui est moins grave que l’accusation habituelle d’œuvre de « certains groupes » négativement connotés.
Quoiqu’il en soit comme souvent en France, les intellectuels pèsent plus lourd que la majorité, et l’article 4 disparaît en janvier 2006. Les « durs » sont satisfaits mais insistent pour que cela n’escamote pas le débat nécessaire sur la colonisation, sur ses méthodes et sur ses séquelles et s’inquiète de l’article 3 qui prévoit la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie (site ldh-toulon.net).
Des erreurs de fait, des ambiguïtés à lever
Je pense que le débat a souffert d’erreurs de fait et d’ambiguïtés qui m’ont rappelé une autre époque. Je vais me borner à les signaler brièvement, leur discussion scientifique et sereine nécessitant de trop longs développements.
Contrairement à ce qui est souvent écrit (La fracture coloniale, le site ldh-toulon et bien d’autres) l’histoire de la France coloniale et de la guerre d’Algérie n’ont pas été délaissées dans l’enseignement secondaire ni dans le grand public. La guerre d’Algérie est au programme d’histoire de terminale dès le début des années 80, en plus des chapitres sur la décolonisation, ainsi que les mouvements d’émancipation entre 1900 et 1939. Ils ont donné lieu à des sujets au baccalauréat et en juin 93, la manifestation des Algériens de 1961, deux ans après la bataille de Paris de J.L Einaudi.
Une autre erreur de fait fort répandue en France et qui a faussé le contexte du débat, est la méconnaissance de la quasi-défaite militaire du FLN vers 1960-61 (Meynier, Stora). Or elle rend difficilement compréhensibles les années qui suivent, tant en France qu’en ce qui concerne le régime algérien, sans parler de ses répercussions sur certains élèves de l’enseignement secondaire.
A cela s’ajoutent des ambiguïtés ou imprécisions, parfois diplomatiques, parfois par ignorance. Ainsi il n’est pas toujours clair que l’on parle :
- de la dénonciation du colonialisme ou de l’étude de la période coloniale ? Des colonies occidentales ou de celles de tous les pays, voire des « occupations de nature voisine (Japon, Indonésie pour Timor Oriental et la Papouasie …)
- de la morale ou de l’histoire ? Pour l’histoire, la colonisation n’est pas « une mauvaise action » devant entraîner repentir et réparation, ce qui serait du domaine de la morale ou de la mémoire. C’est une époque historique importante dans le temps et dans l’espace. Elle doit être étudiée avec sérieux et sérénité, sous tous ses aspects et dans sa durée.
- de la « mémoire » (et laquelle ?) ou de l’histoire ? La première doit être libre, pour éviter tout refoulement, mais elle est par nature passionnelle et se prête parfois mal à la recherche « froide » ou à un enseignement consensuel à l’ensemble des élèves d’un même pays.
De même, qu’entend-on par « l’exploitation » des colonies ? La mise en valeur, ou (rémanence marxiste), le sous-paiement (d’ailleurs difficile à définir et qui n’a peut-être pas existé) ?
Une autre ambiguïté concerne le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », qui n’a de sens qu’en certains lieux à certaines époques et peut cacher un simple « changement de domination ». La notion de « peuple » serait d’ailleurs à préciser dans beaucoup de cas, pouvant en pratique être détournée par un groupe dominant. Et la formule « à disposer d’eux-mêmes » n’est pas toujours adaptée lorsque de petits groupes au pouvoir, avant ou après la colonisation, sont lourdement oppressifs, voire tout aussi étrangers (cf. plusieurs péripéties cambodgiennes).
Enfin, le sujet le plus délicat est l’imprécision de l’usage des termes « égalité », « supériorité » ou « infériorité » : on passe sans toujours le préciser de l’égalité de nature, de droit, de considération, qui est indiscutable sur un plan général et intemporel, à la dénonciation des conséquences des différences organisationnelles, économiques et scientifiques qui existaient « alors et là » et que devaient souvent prendre en compte les divers acteurs. Pour prendre l’exemple le plus neutre possible, telle mesure sanitaire est-elle une atteinte à une culture locale jugée inférieure ou la simple application d’une avance scientifique à cette époque et à cet endroit ?
Finalement, pour qui a connu la guerre froide et son influence sur ce qu’écrivaient de nombreux historiens ou géopoliticiens occidentaux, notamment « tiers-mondistes », ces imprécisions de vocabulaire et d’approche réveillent de désagréables souvenirs.
Conclusion : liberté de la recherche, laïcité de l’enseignement
Sans aller aussi loin, ce débat rappelle qu’une vérité « corporatiste » peut être aussi discutable qu’une vérité officielle et qu’il faut se battre sur deux fronts : l’histoire est une chose trop importante pour être laissée aux seuls politiciens, mais aussi aux seuls historiens. Outre la difficulté générale d’éviter le « deux poids et deux mesures » : indulgence ou sévérité suivant que le crime a été commis par des amis ou des ennemis, ils ont leurs contraintes professionnelles propres.
Une
difficulté supplémentaire est la différence entre recherche et
enseignement primaire et secondaire. La première doit être totalement
libre, et si l’esprit du temps la pousse vers les « horreurs
coloniales », c’est l’affaire des chercheurs. Le problème est en aval :
les enseignants des écoles, lycées et collèges utilisent les résultats
de la recherche, directement ou via les programmes. Il faut donc un
grand effort de laïcité dans ce circuit de transmission pour passer de
convictions étayées à une vue d’ensemble intégrant des données moins
souvent ou pas du tout traitées dans la matrice universitaire et
permettant à l’ensemble de la population de comprendre le monde et de
s’y situer.
Source: WebMac
28 décembre 2007
La place de l'Anthropobiologie dans l'étude du peuplement Berbère. Affirmations, contradictions, conclusions
Colloques du Groupement des Anthropologistes de Langue Française (GALF)
Larrouy, G., 2004, La place de l'Anthropobiologie dans
l'étude du peuplement Berbère. Affirmations, contradictions, conclusions. Antropo,
7, 1-10. www.didac.ehu.es/antropo
Conférence
La place de l'Anthropobiologie dans l'étude du peuplement Berbère. Affirmations, contradictions, conclusions
The Anthropobiology's place in the study of ther Berber's populating. Affirmations, contradictions, conclusions
Larrouy G.
Centre d'Anthropologie, UMR 8555 CNRS, 39, allées Jules Guesde, 31000 Toulouse, France.
E-mail : denise@cict.fr
Mots-clés: Berbères, origine, identité génétique, discussion
Key words: Berbers, origins, genetic identity, discussion
Résumé
Les données issues des recherches archéologiques en Afrique, au Nord du Sahara, permettent la mise en place d'une chronologie rigoureuse des phases successives de l'occupation humaine. En s'appuyant sur ces travaux, l'anthropobiologie peut-elle nous éclairer, sur l'origine, la nature et l'évolution des populations concernées, particulièrement les Berbères? Nous voulons montrer qu'à travers d'apparentes contradictions, la réponse est positive. Mais une stratégie d'ensemble doit être élaborée par les anthropobiologistes pour améliorer la cohérence et la pertinence de leurs réponses.
Abstract
The archeological research allows us a chronology of the phasis of the human occupation, in the north of the Africa. Based on these datas, is the anthropobiology able to throws light on the origin, the nature and the evolution of the populations concerned? With the Berber example we would show that despite apparent contradictions, the answer is positive. But an overall strategy is required from all the anthropobiologists, to improve the coherence and the pertinence of they conclusions.
Introduction
L'anthropologie biologique et spécialement son versant immunogénétique et génétique est-elle en mesure de conforter telle ou telle hypothèse relative à l'origine et (ou) à l'histoire des peuplements ou à l'évolution de telle ou telle de leurs composantes? Sur quelles améliorations peut-on compter pour élargir la portée de nos résultats?
Pour traiter des difficultés que rencontrent encore les anthropobiologistes dans l'interprétation des résultats qu'ils obtiennent à partir de leurs analyses génétiques, j'ai choisi l'exemple Berbère alors que nous nous trouvons ici à Marrakech, alors aussi qu'une masse considérable de travaux issus tant des recherches archéologiques que des analyses anthropologiques leur a été consacrée alors qu'un vaste programme cherche à établir les parallèles possibles entre leur histoire biologique et leur langue ; des conclusions qui se veulent définitives sont formulées qui manquent parfois de réalisme ou d'humilité et qui sont souvent contradictoires. La mise en perspective des résultats anthropologiques concernant les Berbères ne peut se faire qu'après une mise en place de ce que nous apprennent les préhistoriens. Nous commencerons par là et nous nous en tiendrons pour ce versant à l'essentiel, ce qui est déjà beaucoup. Je tenterai de ne pas manipuler les données de la préhistoire pour les accorder aux vues des anthropologues en général, des immunogénéticiens et des généticiens en particulier.
Voyons donc ce que nous savons du passé avant d'en venir aux questions du présent et aux éléments de réponse que peut fournir l'anthropologie biologique. Pour l'avenir et ce que nous devrions faire, j'émettrai quelques idées qui peuvent paraître irréalistes et ne pas entraîner l'adhésion de tous. Il m'apparaît cependant souhaitable d'ouvrir ce débat.
I - La préhistoire des pays
berbères
Comme pour toute la région Méditerranéenne, préhistoriens et historiens soulignent en Afrique du Nord la complexité des mouvements humains, le sens souvent contraire des migrations évoquées, de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud et vice-versa. Rien n'est encore tranché nettement entre les hypothèses diffusionnistes qui privilégient l'extension en tache d'huile des cultures nouvelles et celles qui envisagent la migration, les grands mouvements humains qui submergent les populations préexistantes. Notons cependant ici qu'un changement culturel (souvent perçu seulement à travers un changement de l'outillage) ne signifie pas nécessairement substitution d'une population par une autre. Des premiers occupants reconnus et parfois célèbres du Maghreb subsistent des restes qui en l'état de nos techniques se révèlent anecdotiques pour les généticiens car très anciens et trop peu nombreux. Il en est ainsi de :
L'Homo erectus de Ternifine
Ou des "Néandertaliens" de Taforalt
Ou du Djebel Irhoud
Beaucoup plus près de nous (+ 40 000 Þ + 25 000 dans le Maghreb) les hommes de l'Atérien nous demeurent pourtant totalement inconnus malgré quelques restes fragmentaires découverts à Taforalt ou dans la région de Tanger. Nous sommes donc incapables pour ce qui concerne ces premières nappes de peuplement, d'en préciser l'origine, l'extension comme d'en évaluer le poids biologique dans la constitution des populations à venir. Seuls les archéologues peuvent nous éclairer sur les deux premiers points. Les cultures de l'Atérien couvrent une aire géographique considérable mais dont l'extension varie grandement selon les critères typologiques que l'on adopte. Les hommes dispersés sur ces espaces, devaient malgré des différences culturelles notées, relever d'un même stade évolutif et donc d'un même type. Puis dans le temps, en certains points et pour certains, l'Atérien pourrait par une lente évolution mener jusqu'aux confins de l'épipaléolithique et donc de l'Ibéro-Maurusien sans donc que les hommes de l'Atérien soient remplacés par des nouveaux venus (venus d'où? pour exterminer les populations en place?)
Aux Homo erectus, aux néandertaliens et aux hommes de l'Atérien, vont succéder des auteurs bien mieux connus d'une transition qualifiée d'épipaléolithique à travers les industries Ibéromaurusienne et Capsienne, celle-ci succédant à celle là. Les gisements Iberomaurusiens sont bien connus au Maroc (dont Taforalt), en Algérie, et ils paraissent moins nombreux en Tunisie peut-être submergés par la remontée des eaux car il s'agit d'un peuplement de l'extrême nord du Maghreb, très largement littoral dont les premières traces semblent apparaître vers le 16e millénaire avant le présent (BP) et qui disparaît vers le 10e millénaire voire le 8e BP à el Haouita. Pour la première fois dans cette vaste région du Nord-Afrique, une industrie dont l'évolution est bien suivie, bien corrélée aux évolutions que connaît le climat au long de ces millénaires, reconnaît un auteur également identifié par de nombreux restes bien typés (près de 500 sujets dans une trentaine de gisements), l'homme de Mechta el Arbi. Des nécropoles importantes ont été étudiées par D. Ferembach (Taforalt 1962), par M.C. Chamla (Colummata et Afalou 1970)
L'homme de Mechta et Arbi est plutôt grand (plus de 1,70 m pour les hommes, plus de 1,60 m pour les femmes), le squelette robuste, le crâne aussi. Il est le plus souvent allongé, peut montrer un lophos marqué à la suture des 2 pariétaux, sa capacité est importante (1600 cm3), l'avulsion des incisives supérieures médianes est constante.
Ce caractère culturel mis à part, on note au fil des millénaires et au plan morphologique de très intéressantes et importantes évolutions qui doivent être prises en compte dans une des questions dont nous traiterons, l'origine du peuplement berbère.
En fait, au cours des millénaires, on constate selon M.C. Chamla :
· Une gracilisation générale du squelette
· Un changement dans les proportions du crâne qui de l'hyperdolichocéphalie initiale (Afalou) des débuts de l'Iberomaurusien va devenir brachycéphale (Afalou, Colummata).
Entre les industries Ibéromaurusiennes, leurs auteurs et les hommes de l'Atérien et malgré ce que nous avons pu dire plus haut, il semble subsister malgré les recherches les plus récentes un hiatus complet qui fait qu'évoquer une évolution sur place de néandertaloïdes comme le supposait Henri Vallois il y a 30 ans, semble bien aventureux (encore que le Dabbéen de Cyrénaique…) et que l'on doive rechercher pour les hommes de Mechta et Arbi une origine exogène conséquence d'une migration. Dans quel sens? Quand? Peut-être depuis l'Est africain, peut-être au Soudan (Tixier) ; peut-être du Yémen selon les travaux de Chaabani et al (2001 et 2002). Nous allons tenter d'évoquer les possibles apports de nos méthodes modernes à la solution de ce problème après avoir mis en place une phase ultérieure du peuplement paléolithique de l'Afrique du Nord : les Capsiens dont certains ont voulu faire le "type" de l'homme méditerranéen en Afrique du Nord. Les traces Capsiennes semblent plus fréquentes dans l'intérieur des terres que sur le littoral. Etroitement limité au plan géographique à la frontière Algéro-tunisienne le Capsien typique côtoie un Capsien dit "supérieur" qui lui est en fait largement contemporain et déborde vers l'ouest et le sud sans atteindre semble-t-il le Maroc. Là où ils se trouvent, les Capsiens prennent dans le temps le relais des Ibéromaurusiens de 10 000 BP à 5 500 BP environ et il est intéressant de noter qu'on retrouve vers l'est en Libye (Cyrénaïque) les mêmes industries alors qu'elles paraissent absentes de l'extrême ouest. Les hommes du Capsien nous sont bien connus et sont grands, plus graciles, moins robustes que les premiers ibéromaurusien avec lesquels ils partagent cependant le trait culturel de l'avulsion dentaire plus ou moins élargie. Ces Capsiens ont parfois été retrouvés dans des escargotières ibéromaurusiennes en compagnie de leurs "prédécesseurs". Ceux-ci pourraient donc en fait être leurs contemporains t et relever des mêmes origines.
C'est le moment de remarquer ici et cela n'est pas pour nous surprendre que les industries précitées Atérien y compris, montrent en fait une grande diversité typologique qui atteint au foisonnement dès l'Ibéromaurusien ce qui suppose une évolution buissonnante, des échanges et des acquisitions et aussi sans doute dès l'Ibéromaurusien une densité de population importante dans la zone considérée.
Nous sommes loin d'une évolution linéaire tant au plan biologique que culturel, loin sans doute de ces remplacements successifs et brutaux que peuvent suggérer certains schémas. La coexistence d'Ibéromaurusiens et de Capsiens que nous évoquions semble bien l'illustrer. La question est ainsi clairement posée de l'origine des Capsiens que l'on qualifie de proto-méditerranéen. Trois hypothèses essentielles ont pu être formulées.
1. Evolution sur place des Ibéromaurusien
Malgré la contemporanéité entre la fin de l'Ibéromaurusien et les débuts du Capsien, malgré un certain niveau de coexistence, beaucoup de différences semblent opposer les deux types mais surtout le domaine du Capsien ne se superpose pas totalement en particulier à l'Ouest à l'Ibéromaurusien (par contre des échanges génétiques ont pu se produire et semblent même probables)
2. Origine européenne (Sicile)
En fait Louis Balout apporte un argument fort à l'encontre de cette hypothèse : le Capsien est une industrie continentale, jamais retrouvée en bord de mer. Elle ne peut donc venir de la mer. Autre remarque de Gabriel Camps : l'homme du Capsien s'il est méditerranéen, (on retrouve le même type humain sur les 3 continents qui bordent la Méditerranée) n'est pas plus maritime pour cela.
3. Origine orientale ou sud-orientale du Capsien : c'est la plus vraisemblable
On retrouve en effet en Libye mais aussi au Soudan et jusqu'au Kenya, une industrie semblable. Mais dans ces régions, le Capsien ou ses analogues est soit contemporain de celui du Maghreb, soit plus récent. Il semble donc logique de rechercher pour origine comme centre de diffusion ou de migration, un foyer plus ancien. Celui-ci semble pouvoir être situé en Palestine dans le Natoufien, même si le Natoufien de Palestine apparaît d'emblée plus achevé que celui du Maghreb. Il ne nous semble pas impensable que l'essaimage d'une fraction d'une population entraîne des modifications dans l'industrie en particulier lithique de la fraction migrante, du seul fait des capacités des individus migrants ou de la nature différente des matériaux de base disponibles… (Voir la remarque déjà faite qu'un trait culturel n'est pas un marqueur populationnel). Illustration du foisonnement de cette période de transition et de renouvellement entre le paléolithique et le néolithique beaucoup de variantes ont été décrites dans les cultures épipaléolithiques du Maghreb. Nous ne nous y attarderons pas et nous nous bornerons à constater qu'elles matérialisent les évolutions en réseau, chères aux biologistes.
Le néolithique va voir s'accentuer les échanges culturels et génétiques aussi. Il semble pour l'Afrique du Nord relever de trois grands courants dont certains centrés sur le Capsien.
4. Les courants africains
Le passage d'une économie de prédation à une économie de production se manifeste très tôt dans le Maghreb, mais évidemment très progressif, il n'a laissé à ses débuts que l'on peut situer vers le 7e millénaire BP, que des traces très fugaces. La néolithisation semble donc avoir été très précoce dans l'ouest et succéder lentement en direct à l'Ibéromaurusien. En fait excepté la zone centrale de diffusion du Capsien (7500 BP), c'est un néolithique Tellien donc une transition sans doute issue des Ibéromaurusien qui se met en place du 7e au 6e millénaire BP. Au sud-est, Vauffrey a situé un néolithique de tradition Capsienne un peu plus tardif (depuis le 6e millénaire BP au Sahara nord jusqu'au 4e millénaire BP sur l'est des Hauts-Plateaux). Du Sud-Est encore, diffuse un Néolithique "saharien" précoce (7e millénaire BP). Nous relèverons qu'à cette période le Sahara n'est pas le désert que nous connaissons aujourd'hui mais plutôt un Sahel sub-aride, parcouru de fleuves et parsemé de grands lacs. Il ne constitue pas un obstacle total aux échanges
culturels et… génétiques.
5. Les courants européens
Deux sont le fait de voisinages évidents : la péninsule ibérique à l'Ouest, la Sicile et l'Italie à l'Est, mais les échanges ont sans doute acquis que tardivement de l'importance. Il n'apparaît pas clairement qu'ils aient joué un rôle déclenchant. Enfin la diffusion d'une part importante des acquis du Néolithique oriental demeure un fait majeur au moins au plan culturel.
La préhistoire se
termine et l'histoire va se compliquer à l'extrême pour le nord de l'Afrique,
terre riche et convoitée, qui verra se mêler les cultures et les hommes, le
commerce et les conquêtes. Nous achevons donc ici cette très longue mise en
place sans laquelle le biologiste ne peut poser des questions pertinentes,
élaborer une stratégie appropriée pour y répondre. L'étude biologique en
particulier génétique de l'humain ne peut méconnaître son environnement
culturel, son histoire et… sa préhistoire.
II
- Le biologiste et les Berbères
Le décor qui entoure la mise en place des Berbères est donc planté par les archéologues, il nous reste à l'animer par des personnages très actuels que nous allons tenter de définir au plan biologique. Voici… selon moi quelques-unes des questions qu'il est légitime que nous nous posions et que beaucoup se sont déjà posé, auxquelles mêmes ils ont apporté des éléments de réponse que nous allons examiner. J'emploierai dorénavant, pour qualifier les populations, les terme de Berbérophones et Arabophones pour ne pas présumer de l'identité biologique des sujets parlant tel ou tel langage.
1) Peut-on dessiner les contours d'une originalité génétique des Berbérophones? Sont-ils autre chose qu'une juxtaposition de singularités culturelles, sociales et linguistiques?
2) Si oui, la submersion du Maghreb par les conquérants arabes a-t-elle été surtout un fait culturel ? Dans ce cas on doit retrouver dans une forte proportion d'Arabophones du Maghreb des particularités génétiques des Berbérophones, ce qui illustrerait l'asynchronisme évolutif entre le biologique et les superstructures culturelles.
3) Si oui, peut-on essayer de retracer au plan biologique l'histoire évolutive des Berbères: foyer originel, migrations éventuelles?
Les réponses des Biologistes
1 - Peut-on dessiner les contours
d'une originalité génétique des Berbères?
De très nombreux travaux ont été consacrés à cette question par des équipes dont le sérieux et la rigueur sont reconnus internationalement. Nous rapportons les résultats issus des analyses les plus récentes et les plus exhaustives.
Les données
issues des marqueurs phénotypiques :
En 1997, Bosch et al. réalisent une étude des résultats fournis par les polymorphismes des marqueurs à définition électrophorétique en compilant les données bibliographiques. De cet important travail, il semble ressortir que les Berbèrophones du Nord-Ouest, les Touareg et les Arabophones du Nord-Ouest (Maghreb) se distinguent nettement d'un ensemble "oriental" qui regroupe Arabes Saoudiens, Egyptiens, Libyens et aussi les Méditerranéens d'Europe. Il ne s'agit pas là d'un cline Est-Ouest en Afrique, mais il semble bien au contraire y avoir discontinuité.
Considérant par ailleurs le haut degré de différentiation génétique des populations les plus marginales (Touareg et Berbèrophones du Sud-Algérien, Mauritaniens), ils avancent l'hypothèse d'une grande hétérogénéité génétique dans les différents groupes berbérophones du fait de l'isolement et de la dérive.
Dans une étude analogue publiée en 2002, Harich et al.. utilisant 14 marqueurs (soit 36 allèles dont 32 liés) nous livrent les résultats issus d'une enquête portant sur 140 berbèrophones du Moyen-Atlas marocain. Ces résultats semblent en accord avec ceux de l'étude précédente la proportion des gènes relevant du profil oriental (Egyptien) remontant un peu, on trouve en effet 53,6 % de gènes dessinant le profil Berbère de l'Ouest. On peut rattacher à ces conclusions celles de Sanchez-Mazas ou de Gomez-Casado qui à partir d'un profil génétique défini à travers les système HLA retrouvent le clivage Est-Ouest du Maghreb et l'hétérogénéité déjà signalée. Parmi les caractéristiques les plus évidentes pour Harich, on note des fréquences très élevées pour les haplotypes Rhesus CDE et CdE, pour le Duffy A et pour Pi S, des fréquences très basses pour la PGM 1.2 si on les compare aux autres méditerranéens. Ainsi à partir de l'analyse de la répartition des nombreux polymorphismes "classiques" que matérialisent ces publications, il semble bien que l'on puisse esquisser pour le Maghreb les contours d'un profil génétique berbère qui surtout pour le Maroc, n'est pas limité aux Berbérophones. Mais à partir de ces marqueurs on note aussi une forte hétérogénéité des populations réputées berbérophones. En particulier celles qui se retrouvent isolées en périphérie de l'aire de répartition paraissent se différencier du fait d'un isolement
ancien.
Les apports de la
Biologie Moléculaire
Si l'on passe à un autre niveau d'analyse, nous allons pouvoir nous référer à un très important travail de R. Scozzari et al. paru en 2001, basé sur les polymorphismes du chromosome Y en Europe et dans l'Ouest du Bassin Méditerranéen. 69 Berbèrophones marocains sont inclus dans l'analyse qui porte sur 1127 hommes de l'ouest de la Méditerranée. Parmi les sites étudiés 4 sont multialléliques, 2 bialléliques. Les mutations portées par l'Y sont beaucoup plus rares que celles de l'ADN mt et constituent donc des marqueurs de lignées précieux. Or selon ces auteurs, il s'avère que l'haplogroupe 25 de microsatellites porté par ce chromosome doit être divisé en deux sous-types du fait d'une mutation qui semble récente (± 1400 ans BP), soit HG 25.1 représentant la forme ancestrale et HG 25.2 la forme dérivé ; cette forme récemment mutée est retrouvée chez 71 % des Berbérophones étudiés au Maroc contre seulement 29 % des Arabophones de la même région. Les mêmes auteurs nous indiquent que par contre on ne trouve que l'haplogroupe 25.1 vers l'Est, en particulier en Ethiopie. Selon un mémoire rédigé dans notre équipe par S. Amory (non publié), il serait évidemment intéressant de caractériser ce polymorphisme dans les populations Nord-Africaines depuis Siwa. Ce nouveau polymorphisme peut présenter un autre intérêt comme nous le verrons plus loin.
Autre instrument, autre type d'analyse, les polymorphismes haplotypiques des séquences microsatellites Alu du locus du gène CD4 sur le chromosome 12. Flores et al.. ont publié en 2000 les résultats d'une enquête portant sur 333 sujets dont 42 Arabophones du Maroc, 91 Berbèrophones Marocains, 32 Berbérophones de l'Ouest Africain. Ce qui ressort de cette étude pour la première question que nous avons posée, c'est le niveau extrêmement bas d'haplotypes Alu 120(+), Alu 95(-) et Alu 100(-) chez les Berbérophones. Par contre les haplotypes Alu 100(+), 125(+), 130(+), 115(-) et 120(-) sont présents dans le Nord-Ouest de l'Afrique (… et dans la Péninsule Ibérique) mais absents au Moyen-Orient et en Europe. Le polymorphisme des insertions Alu se révèle décidément être un instrument de choix pour l'étude de la micro différenciation des populations … mais il ne permet pas toujours les mêmes conclusions . Dans le domaine méditerranéen qui nous intéresse, Gonzalez et al. déjà cités ont étudié le polymorphisme de diverses séquences Alu chez 1027 sujets relevant de 13 populations de Méditerranée occidentale parmi lesquelles des Berbèrophones de Marrakech, de Khenifra dans le moyen atlas et des arabophones marocains de Chouala. Ils notent l'intérêt particulier du polymorphisme Alu de l'intron 1 du gène CD4 et de l'intron 16 du gène ACE (sur le chromosome 17). Contrairement à l'analyse précédente, ils constatent une nette différenciation entre les populations ibériques et les populations d'Afrique du Nord. Ce polymorphisme ibérique est fort, clivant pour ces systèmes les Basques, des autres populations asturiennes et de la Alpujarra. Au Maroc Berbérophones et Arabophones se différencient peu mais se détachent nettement des autres groupes méditerranéens. En 2003, Anglés et al. analysent les haplogroupes mitochondriaux dans trois populations caucasoïdes comprenant 113 Berbèrophones d'Amizmiz dans le Haut Atlas Marocain. Ils constatent chez ceux-ci une grande variabilité, indiquant un processus de différentiation très ancien. Certains haplogroupes cependant (L1 et L2) semblant indiquer une relation avec l'Afrique Sub-Saharienne.
Enfin pour en terminer avec cette brève revue bibliographique destinée à tenter de cerner un profil génétique "Berbère" et donc essayer de répondre à la première question, en 2001 Roubinet et al.. publient les résultats d'une analyse du polymorphisme des allèles O dans 5 populations dont 39 Berbèrophones d'Amizmiz (toujours Amizmiz et pour cause puisque cet échantillon a été prélevé en collaboration avec nos collègues du laboratoire d'Anthropologie de la Faculté des Sciences Semlalia de Marrakech). L'un des points très intéressants de cette étude est la présence chez ces Berberophones et chez les Basques de deux allèles rares Ov6 et O03 qui pour l'instant n'ont pas été rencontrés dans les autres populations objet de l'enquête.
Ainsi arrivé au terme de la lecture des travaux les plus récents nous pouvons avancer qu'il existe un profil génétique des habitants de l'Afrique du Nord occidentale ; ce profil semble original a bien des titres par les fréquences retrouvées à partir de méthodes très différentes et dessine les contours d'un fond de population du Nord-Ouest Africain encore en grande partie Berbérophone ; mais nous allons le voir, ces contours s'élargissent à d'autres zones à partir du Nord-Ouest du Maghreb, ce qui paraît bien être un témoignage, un jalon d'une occupation peut-être très ancienne.
2 - Submersion culturelle ou inondation
génétique?
La réponse à la deuxième question nous a été presque totalement fournie par les analyses précédentes. S'il existe bien une variation clinale pour nombre de polymorphismes entre les populations berbérophones et les populations arabophones occidentales, il n'en demeure pas moins que plusieurs études et en particulier celles de Harich et al. ou de Bosch et al., celles de Chaabani (2001) montrent que le flux génique d'origine orientale apparaît réduit dans cette zone. Auparavant, en 1994, Cavalli-Sforza et al. publient "History and geography of human genes". A partir d'une évaluation basée sur la répartition de 49 allèles, ils estiment la proportion de gènes orientaux ("Libyens") présents chez les Arabophones de l'Ouest (Maghreb) à 0.346. Ceci signifierait que la population Berbère représente le fond génétique dans lequel les gènes orientaux ont été incorporés, dilués et que en aucun cas il n'y a eu submersion biologique. Ainsi il semble, dans l'état actuel des populations étudiées qu'il existe bien une discontinuité génétique pour certains systèmes entre l'est et l'ouest de l'Afrique du Nord. Cette discontinuité, si elle se vérifie, pourrait venir étayer l'hypothèse d'une implantation très ancienne des populations berbérophones dans l'ouest africain et souligner aussi leur poids dans la constitution de l'actuel pool génique des populations du Maghreb. Nous allons donc pouvoir réappliquer le terme Berbère aux populations berbérophones en lui accordant une valeur d'épithète biologique.
3 - Peut-on retrouver ce profil
génétique dans les populations extérieures à l'Afrique du Nord-Ouest?
Là les avis diffèrent radicalement selon les auteurs et les marqueurs qu'ils utilisent particulièrement pour ce qui concerne un flux génique venu du Nord-Ouest du Maghreb et qui atteindrait la péninsule ibérique.
Les publications précédemment citées de Bosch, et al., celle de Harich et al. par exemple, basées sur l'étude des polymorphismes des marqueurs "classiques" immuno-génétiques ou à définition électrophorétique concluent à de très faibles affinités entre Berbères et Ibères. Cependant Harich tempère cette évaluation dans ses conclusions en rappelant que des travaux basés sur les polymorphismes HLA ou l'ADN mitochondrial (Merghoub et al.. 1997, Izaabel et al. 1998, Arnaiz-Villena et al. 1999, Gomez-Casado et al. 2000) semblent évoquer un fond commun Ibéro-Berbère. Harich en déduit que la présence d'allèles caractéristiques des populations ibériques dans l'échantillon berbère vient renforcer cette hypothèse d'un fond commun qui doit donc être vérifiée avec d'autres marqueurs. Par contre Comas et al. étudiant le polymorphisme des insertions Alu dans les populations ibériques et nord-africaines (2003), concluent à l'existence d'une forte barrière génétique à travers le détroit de Gibraltar. Au contraire, dans leur publication déjà évoquée et consacrée aux variations du chromosome Y dans l'aire méditerranéenne occidentale, R. Scozzari et al. (2001) pensent que la mutation HG 25.2 survenue récemment en Afrique du Nord, et que l'on retrouve dans la péninsule ibérique, a bien diffusé depuis le Maghreb occidental à travers le détroit de Gibraltar. On retrouve par ailleurs à Pasiego en Navarre, les traces d'une ancienne implantation d'esclaves musulmans historique. Enfin, Flores et al.. analysant la distribution des haplotypes des microsatellites CD4/Alu constatent la présence dans la péninsule ibérique de plus d'haplotypes que dans le reste des populations non africaines. Ils concluent que cet important polymorphisme suggère aussi une large participation génétique des populations d'Afrique du Nord depuis les temps historiques et préhistoriques. Ainsi selon le ou les marqueurs utilisés, selon l'importance et le degré de définition des échantillons de populations analysés, les conclusions peuvent être diamétralement opposées. Ce qui doit nous inciter à la modestie… et à la prudence. Nous devons avant tout en conclure que l'absence d'un caractère dans un échantillon de population donné ne permet pas de nier sa parenté avec telle autre population chez laquelle il est présent, surtout s'il est rare chez celle-ci. Les chances du tirage au sort, des problèmes particuliers de sélection ou d'équilibre interne du génome qui nous demeurent largement inconnus, l'effet fondateur, etc… peuvent suffire à expliquer l'absence ou la présence… en excès.
4 - Peut-on essayer de retracer au plan biologique l'histoire des Berbères. Retrouver le foyer d'origine, matérialiser les migrations éventuelles?
Nous savons ce que nous dit aujourd'hui l'archéologie : Peut-être faut-il rechercher dans l'est et jusqu'au Moyen Orient, l'origine des premiers néolithiques méditerranéens. Nous savons aussi ce qu'elle ne peut actuellement nous dire : l'origine et la destinée des Ibéro-Maurusiens, le poids démographique de leurs populations face aux Capsiens, leur devenir dans le monde berbérophone.Nous savons que personne n'est en mesure de trancher et Jean Guilaine me le rappelait récemment entre le modèle diffusionniste et les grandes migrations de Néolithiques venus de l'Est, du Moyen-Orient. Nous savons aussi que des ébauches des rudiments d'agriculture apparaissent tôt dans l'Ouest du Maghreb, hors de la zone Capsienne. Nous savons que jusqu'au IVe millénaire avant notre ère, le Sahara n'était pas le désert que nous connaissons aujourd'hui, qu'il était plus ou moins densément habité et que sa façade atlantique encore plus humide constituait un couloir de communication sans doute fréquenté avec l'Afrique de l'Ouest. Hélas, on ne peut pour l'instant fouiller au Sahara. Lorsque cela sera à nouveau possible, soyons sûr que nos connaissances en seront bouleversées.
Cherchons quelques éléments de réponse pour ce qui concerne les origines dans notre revue bibliographique.
Pour Cavalli-Sforza et al., pour Bosch et al.. (1997), les analyses génétiques semblent indiquer que l'avancée du néolithique n'implique pas l'arrivée d'un flux génique aussi massif que nouveau. Ils se rangent plutôt du côté du modèle diffusionniste, spécialement dans le Maghreb. En accord avec d'autres auteurs dont Barbujarri (1994), ils découplent l'arrivée d'une langue afro-asiatique originaire du levant, d'une expansion génétique de même origine. Les Berbèrophones de l'ouest pourraient avoir une origine locale plus ancienne. Ils pensent également que l'apport de gènes sub-sahariens semble très limité mais recommandent pour l'évaluer l'utilisation de l'ADN mitochondrial ou du polymorphisme des microsatellites…et ils ont doublement raison car en 1998, Rando et al.. caractérisent un motif d'ADN mitochondrial qui semble présent depuis au moins 27 000 ans et qui semble très spécifique de l'aire géographique extrême ouest africaine, ceci démontrerait la continuité de l'occupation humaine dans cette zone ainsi que les échanges continus et anciens entre populations sub-sahariennes et méditerranéennes. Enfin en 2001, Brakez et al. toujours à partir de l'ADN montrent chez les Marocains du Sous l'importance des apports sahariens… mais aussi orientaux, ce qui rejoint les hypothèses de Chaabani. De fait Flores et al. en 2000 enfoncent le clou par l'intermédiaire de l'haplotype CD4/Alu 110 (-) qui pourrait marquer lui aussi l'ancienneté très grande de la présence d'hommes modernes dans cette région.
De toutes ces considérations, il est permis de dégager quelques lignes directrices.
Dès l'Ibéro-Maurusien, il existait dans le Nord-Ouest de l'Afrique un peuplement d'hommes modernes venus peut-être du Soudan, peut-être de la péninsule arabique ou succédant sur place aux hommes de l'Atérien et assez analogues à nos cro-magnoïdes pratiquant une activité de chasse et de cueillette. Progressivement ils "bafouilleront" un peu dans une tentative de protection de certaines productions sauvages intéressantes pour eux comme J. Guilaine le décrit pour les vesces par exemple dans l'Ouest européen. Venant de l'Est est arrivé vers -7000 un nouveau modèle d'économie basé sur une agriculture encore rudimentaire et s'accompagnant de certains animaux domestiques comme le mouton. Ceux qui gagnaient vers l'Ouest en apportant ce nouveau mode de subsistance parlaient une langue dont dérivent les parlers Berbères actuels. Ils n'ont sans doute pas submergé les premiers occupants. Ils ont été assimilés avec ce qu'ils amenaient de progrès avantageux. Leur poids culturel a été fort. Mais leur poids génétique dans l'évolution des populations ultérieures est demeuré faible. Le fractionnement des groupes lié sans doute aux évolutions climatiques, aux guerres et aux invasions successives, aux autres révolutions culturelles aboutit à la dispersion et aux particularismes que nous connaissons aujourd'hui.
Les Berbérophones de
Siwa sont-ils "conformes" au modèle biologique berbère de l'ouest que
nous avons tenté de dessiner à partir des travaux de nos collègues ou bien ne
sont-ils que des "buttes témoins" de l'avancée vers l'ouest des
Néolithiques venus du Moyen-Orient et parlant un proto-Berbère ? Peut-on
trouver un point de départ à cette aventure au Moyen-Orient. Peut-on espérer
travailler sur des restes très anciens lorsque des fouilles pourront reprendre
de manière plus systématique, grâce aux instruments les plus récents de la
biologie ? Nous devons tous l'espérer, nombre d'équipes s'y emploient. En fait
une collaboration générale est nécessaire, nous allons le voir. Elle implique
évidemment nos collègues marocains, une coopération accrue avec nos collègues
catalans et espagnols, nos collègues italiens particulièrement qualifiés pour
tester les hypothèses touchant aux peuplements libyens et aux apports
trans-méditerranéens.
III
- Une stratégie pour l'avenir?
L'exemple Berbère nous donne matière à réflexion.
S'agissant d'un ensemble de populations aussi fractionné sur de vastes aires géographiques, la mise en perspective critique des résultats obtenus par nos laboratoires suppose dans l'idéal qu'un certain nombre de conditions soient réunies. Nous avons noté l'importance du recours à divers types de marqueurs, les résultats pouvant apparaître parfois contradictoires selon les systèmes utilisés. Un certain niveau de coordination des recherches s'avère donc nécessaire pour que chacun ne fasse pas tout et n'importe quoi sur n'importe quel échantillon, pour déboucher sur des conclusions discutables.
Le choix des questions posées
Le choix des populations cibles
Le choix des méthodes à mettre en œuvre sont autant de matières à concertation préalable…
Et qui impliquent de définir qui fait quoi !
Car les échantillons sont précieux. Pour pouvoir comparer les résultats obtenus sur deux populations différentes, il s'agit bien pour nombre de marqueurs que ce soit la même méthode et les mêmes réactifs qui soient utilisés, de préférence par la même équipe. Les linguistes apparaissent maintenant comme essentiels aussi bien au niveau du choix des populations que des questions posées et de l'éclairage de nos conclusions.
Ces conclusions qui se veulent fédératives ne seraient-elles qu'un rêve?
Bibliographie
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Source: Antropo
07 novembre 2007
Colloque:Les passeurs culturels au feminin, exemple de Fadhma et Taos Amrouche.
Colloque organisé par l'université Mouloud Mammeri, Tizi ouzou, le 26, 27, 28 novembre 2007
ARGUMENTAIRE
Il n’est ni superflu ni exagéré d’affirmer que la culture orale en général et amazighe en particulier n’a été sauvegardée pas ses femmes. Vecteurs de transmission culturelle depuis plusieurs millénaires, elles ont ainsi pendant longtemps assuré les fonctions de médiatrices culturelles comme la vivacité de certaines pratiques en témoigne dans certaines aires géographiques du Sud (en particulier le Hoggar ou le M’Zab). Mais ces fonctions ont été largement assumées au Nord de l’Afrique, même si la pénétration coloniale (avec les effets sur l’économie) et l’introduction de l’école dans le monde traditionnel n’ont pas été sans influence sur la culture et sa représentation, aussi bien par les femmes que par les hommes. Bien que productrices reconnues, elles sont toujours placées en arrière-plan de la scène lorsqu’il s’agit de leur visibilité dans l’espace public. Cette omission puise ses racines dans le lointain passé méditerranéen, marqué par une tradition patriarcale enracinée dans l’histoire mais accentuée par l’avènement des religions du livre qui, selon leur degré de pénétration, renforcèrent en la légitimant la domination masculine. Certes présente, cette division du travail entre les sexes n’a pas épuisé pour autant la création féminine.
Mieux encore : Elle a déterminé un façon de vivre et de penser doublement spécifique au monde féminin et au monde de la culture minorée. Sans remonter au passé le plus lointain, il nous paraît important de revenir sur les trajectoires « intellectuelles » des femmes pour comprendre leur intégration dans le monde de la culture et /ou des lettres. Le parcours emblématique de Fadhma et Taous devrait nous permettre de mieux appréhender celui de nombreuses productrices lettrées ou non, appartenant au passé ou au monde contemporain. Cette rencontre devra permettre de :
1. Poser les jalons des rapports de genres dans le monde amazigh.
2. Comprendre les liens entre féminité et création (le rapport à la double culture).
3. Appréhender les changements culturels à l’aune de la sexualité.
Les enseignants désireux d’intervenir sur ce thème devront envoyer leur communication à l’adresse mail suivante :
pcf2007@mail.ummto.dz
Comité Scientifique du Colloque
• Dalila Arezki (Maître de Conférences, UMMTO).
• Rachid Arezki (Professeur Algérie )
• Abdelkader Bezzazi (Professeur – Vice Doyen à OUJDA)
• Ouadi Bouzar (Professeur à Grenoble)
• Denise Brahimi (Maître de Conférences à Paris VII, Paris
• Fanny Colonna (Professeur d’Anthroplogie).
• Aboulkacem El Khatir (Chercheur,Ircam Rabat)
• Mustapha El Qadiry (Chercheur,Ircam)
• Jean Pierre Faguer (Chercheur au centre de sociologie européen)
• Clothilde Gharsa (Narbonne, agrégée de philosophie, doctorante à L’EHESS)
• Mohand Akli Hadadou (Maître de Conférences, UMMTO).
• Rabah Kahlouche (Professeur,UMMTO).
• Abderrahmane Lakhsassi(Professeur, l’Université de Mohamed V de Rabat)
• Bouteldja Riche (Professeur,UMMTO).
• Meriem Rotary (Ater Paris)
• Brahim Salhi (Maître de Conférences, UMMTO).
• Hervé Sanson (Chargé de Conférences à Paris VIII)
• Noura Tigziri (Professeure, DLCA,Université de Tizi-Ouzou)
• Tassadit Yacine (Directrice d’études à L’EHESS)
• Mohammed Yahiatene( Professeur,UMMTO)
Lire le document (entier) en PDF: Colloque_international
Source: Université Mouloud Mammeri (consulté le 26 décembre 2007)

Hommage au dramaturge Mohia