Carnets berbères et nord-africains

Patrimoine documentaire berbère présenté sous forme de sources d'information, d'articles publiés et de documents archivés.

18 mai 2008

Guerre d’indépendance de l’Algérie : L’image, source et objet de recherche historique

Étudier une période historique donnée par la photographie, c’est le choix novateur fait par Marie Chominot pour sa thèse de doctorat en histoire, sous la direction de Benjamin Stora, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales, qu’elle a soutenue mercredi dernier.

La photo est en effet encore une sourc inhabituelle dans l’univers de l’historien. La jeune chercheuse, qui a étudié « la photographie pour la guerre » et non « la photo de la guerre », a présenté le résultat de six ans d’investigations, de consultations, de collecte et d’analyse d’archives photographiques en France et en Algérie sous l’intitulé de « Guerre des images, guerre sans images ». Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954 - 1962). Un travail salué par l’ensemble du jury présidé par Omar Carlier, professeur à l’université Paris VII, comme « un travail exceptionnel », « d’une très grande honnêteté », « rigoureux ».   

Dans un résumé succinct de sa thèse, — trois volumes dont un consacré à 1200 photos dont certaines sont inédites —Marie Chominot explique que « pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), conflit qui n’a pas officiellement le statut de guerre, les deux camps en présence incluent la photographie dans des stratégies de légitimation et de communication complexes, mettant en œuvre une véritable politique images…La photographie se trouve au cœur d’une vaste entreprise de maîtrise de la guerre : elle sert à faire la guerre (comme auxiliaire du renseignement), elle sert aussi à la dire ». « Dans le but de maîtriser le récit confié à l’opinion publique par les médias, l’armée a organisé une forme de monopole de production et de diffusion des images photographiques, s’efforçant de tarir à la source la réalisation de photographies par des journalistes civils, tout en alimentant régulièrement le système de diffusion médiatique qui se fait par conséquent le relais, consentant mais forcé, d’une vision univoque. »

Directeur de thèse de Marie Chominot, l’historien Benjamin Stora a rappelé que 200 000 clichés ont été pris par l’armée française, représentant une « source considérable ». Sans compter les archives privées en France, mais aussi en Algérie, que Marie Chominot a pu consulter lors de deux séjours en Algérie et dont plusieurs sont inédites. Marie Chominot « a croisé de manière judicieuse des archives officielles, des archives dissidentes, marginales », a précisé son directeur de thèse. Relevant les différents intérêts du travail de Marie Chominot, Benjamin Stora a souligné que « cette thèse participe du renouvellement de la recherche sur cette période ». Elle a permis de « dévoiler cette guerre invisible et sans nom ». Et participe donc de « la reconnaissance de cette guerre ».

Son deuxième intérêt est de montrer que l’image est source et objet de recherche historique, ajoute le professeur d’histoire. De son point de vue encore, le troisième intérêt réside dans le fait qu’un travail d’enquête a été mené en Algérie. « Ce travail permet de sortir d’un système de représentation hégémonique », « le détour par l’Algérie est essentiel ». Un autre intérêt est que le travail de Marie Chominot « montre pour la première fois comment la reproduction photographique par l’armée française alimentait les circuits médiatiques, intégrant ceux qui seront les précurseurs des journalistes embarqués ». « Cette façon de faire, novatrice, nous conduit à réfléchir sur l’actualité d’aujourd’hui. La guerre d’Algérie a inauguré une période, celle du contrôle des images mis en œuvre par les Etats », précise encore Benjamin Stora.

Pour sa part, Abdelmadjid Merdaci, maître de conférences à l’université Mentouri de Constantine, a observé que cette thèse permettrait de réfléchir à des champs inexplorés en Algérie. Elle montre aussi « le caractère inégalitaire » du conflit tel qu’il apparaît à travers la production et la mise en circulation des images, « met en lumière ce que Marie Chominot appelle pragmatisme algérien, qui utilise des images de toutes origines pour organiser un système de confrontation à l’Etat français, au discours français », « redéfinit la nature du conflit du point de vue de ceux qui parlaient au nom du FLN », « la question de la multiplicité des acteurs et des territoires de cette guerre ». Selon l’universitaire algérien, « la société française a construit sa cécité, elle ne voit pas, ne veut pas voir, ne doit pas voir ». « Il est important aussi de dire comment le régime algérien a produit de l’amnésie sur cette période. »

La thèse de Marie Chominot se compose de deux parties : des photographies dans l’Algérie en guerre ; des photos pour faire la guerre, des photos pour la dire. Et de sept chapitres : vers un monopole militaire ? l’infrastructure photographique de l’armée en Algérie ; la photo auxiliaire du renseignement ; en Algérie, conquérir les cœurs ou terroriser les esprits ; maîtriser le (s) récit (s) de la guerre ; dans le camp français une production hors des cadres ; le versant algérien de la « guerre des images ». Photographier au maquis ; une stratégie de visibilité maximale : témoigner, publier, communiquer ; faire feu de tout bois. La création des services spécialisés (photographie et cinéma) auprès du GPRA, les journalistes étrangers, collecter, archiver.

Nadjia Bouzeghrane

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Source: El Watan

Edition du 19 mai 2008 > France-Actualités

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Francophonie: l’Algérie pourrait rejoindre le club international à Québec

Québec et Ottawa espèrent réaliser un coup d’éclat au Sommet de la francophonie d’octobre en convainquant l’Algérie d’annoncer à Québec son adhésion à l’Organisation internationale de la francophonie.

Les deux gouvernements redoublent d’efforts pour rallier au club francophone cet État qui se laisse tirer l’oreille depuis longtemps, bien qu’il constitue un des plus grands pays francophones du monde. La ministre québécoise des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, fera d’Alger la première étape d’un voyage en Afrique à partir du 23 mai. Elle y a été précédée la semaine dernière par le représentant personnel de Stephen Harper auprès de la francophonie, Jacques Bilodeau.

Ce dernier y aurait reçu des signaux positifs du gouvernement algérien à propos d’une éventuelle adhésion pour le Sommet de Québec. «De ce qu’on entend comme signaux de la communauté algérienne, ils n’attendent qu’une invitation officielle du Canada et du Québec et ils adhéreraient à la francophonie à Québec», indique une source aux Relations internationales. La ministre espère donc repartir d’Alger avec un accord de principe.

Indépendante depuis 1962, l’Algérie a longtemps considéré le club francophone comme un «prolongement néocolonial». Mais elle a amorcé un rapprochement avec l’OIF il y a six ans. Son président, Abdelaziz Bouteflika, a pris part en tant qu’invité spécial aux Sommets de Beyrouth (2002) et Ouagadougou (2004). Il a délégué son ministre des Affaires étrangères au dernier sommet, celui de Bucarest, en 2006. En mars dernier, le président français Nicolas Sarkozy a réitéré le souhait que l’Algérie adhère enfin à l’OIF.

Contrairement à la France, le Québec veut mettre la pédale douce à l’acceptation de nouveaux membres au sein de l’OIF –qui en compte 68 au nom du principe de «l’approfondissement avant l’élargissement».

Monique Gagnon-Tremblay estime qu’une redéfinition des critères d’adhésion doit d’abord assurer que les pays candidats font des efforts concrets pour faire progresser le français. La dimension politique de la francophonie attire de plus en plus de pays où on n’enseigne même pas cette langue.

Mais à Québec, on souligne que ces réserves ne s’appliquent nullement à l’Algérie, un des pays comptant le plus de francophones au monde (16 millions). À l’égard des critères d’adhésion énoncés en 1997, celle de l’Algérie ne pose d’ailleurs aucun problème. «Ils ont tous les critères», note notre source.

Hormis l’Algérie –si son adhésion se concrétise–, il apparaît peu probable que le Sommet de Québec donne lieu à un autre élargissement de l’effectif de l’OIF.

Martin Pelchat

Source: Le Soleil
Québec, mercredi 14 mai 2008

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03 avril 2008

La Bibliothèque numérique berbère, un projet citoyen

CULTURE

  • Thématique: Éducation
  • Étendue de l’impact: Internationale
  • Nature de projet: Recherches et analyses
  • Pays bénéficiaires :
    France
    Maroc
    Algérie
    Tunisie
  • Entité responsable principale:
    Ouahmi Ould-Braham
    MSH Paris Nord
    4 rue de la Croix Faron
    93210 Saint-Denis la Plaine
    France

Résumé de l'action
La Bibliothèque numérique berbère, est un projet citoyen dans le sens où il vise le large public. Il s’agit d’une action d’envergure résolument participative qui impliquera sur le terrain, et sous plusieurs manières, des citoyens (et notamment des jeunes et des femmes) dans l’élaboration des ressources partagées au service de la culture, l’éducation et la formation.

L’action consiste en une mise en ligne de documents textuels, sonores et audiovisuels. La Bibliothèque accueillera des ouvrages sur la linguistique berbère, l’analyse et la critique de la littérature berbère (ainsi que des autres littératures francophones du Maghreb de manière générale). A ceci s’ajouteront la sociologie, l’anthropologie et l’histoire des populations du Maghreb et de la Méditerranée occidentale. Des enregistrements de tous formats, provenant d’enquêtes ethnographiques ou de disques et musicassettes commercialisés, compléteront le tout, et sans oublier des données archéologiques et des reproductions de pièces d’archives.

Cette mise en ligne d’ouvrages et de corpus oraux relatifs au domaine berbère va s’appuyer sur des normes et standards et aussi sur les bonnes pratiques au plan juridique. Ceci pour assurer l’interopérabilité et préserver la diversité culturelle ; de plus, l’action fera recours à des technologies dites intelligentes de traitement du texte.

Principaux partenaires
- Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord.
- Université Paris 8.
- École des hautes études en sciences sociales, Centre de Linguistique Théorique.
- École Mohammedia d’Ingénieurs (Mohammedia, Maroc).
- Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de la langue tamazight (CNPLET, Alger, Algérie).
- Office national pour l’Éducation et la Formation (ONEF, Alger, Algér


 
Start Date 2008-02-01 9:00 am
End Date 2009-12-31 9:00 am
Name of Contact 1
E-mail address oouldbraham@mshparisnord.org
© 2008 - UNESCO

Source: Portal Unesco

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21 mars 2008

Littérature des Français d'Algérie

[Nous attirons l’attention du lecteur sur l’emploi du mot « Algérien » dans ce texte. Il désigne les Européens d’Algérie selon le sens courant qu’il a gardé pour eux et dans leur usage jusqu’à la guerre] 

 

   Jusqu’en 1830 il est peu question de l’Algérie dans les lettres françaises, sinon à travers une « littérature de captifs et de rachats », souvenirs d’enlèvements et d’esclavage. Après la conquête ce sont d’abord les militaires qui s’y intéressent dans leur correspondance ou leurs souvenirs. Si quelques écrivains de talent, Balzac, Lamartine, Hugo, Les Goncourt, F.Jammes, J.Lorrain, entre autres, en parlent ce n’est qu’en passant et plutôt sur le mode anecdotique. Théophile Gautier signe un Voyage pittoresque en Algérie et Fromentin Un été dans le Sahara et Une année dans le Sahel. On ne peut oublier aussi le Tartarin de Tarascon de Daudet, Au soleil de Maupassant, Alger de Feydeau. Mais il faudra attendre le début du 20ème siècle pour que naisse une littérature des Français d’Algérie.

    On peut, ainsi, distinguer trois grandes périodes dans la production littéraire. Jusque vers 1900 elle est surtout le fait d’auteurs extérieurs au pays et reste, encore, dominée par une recherche d’exotisme. Gabriel Audisio note, avec pertinence, la différence entre une littérature « sur » l’Algérie, faite par des écrivains du dehors et la littérature faite « par » les écrivains natifs de l’Algérie ou qui y vivent. Parmi les premiers, ceux que A.Dupuy appelle « les voyageurs traqués » André Gide, Isabelle Eberhardt, Henry de Montherlant sont surtout fascinés par le pays où, partis plutôt à la recherche d’eux-mêmes, ils trouvent un climat naturel et moral propice au rétablissement de leur être tout entier.De 1898 jusque vers 1930,c’est le temps des algérianistes:dans la logique de l’avènement d’un peuple « neuf»  à l’identité propre, des observateurs attentifs de ce peuple vont s’attacher à le faire connaître de l’intérieur et à affirmer sa personnalité, son originalité. A partir de 1935 l’école d’Alger remettra en cause ces choix au profit d’un universalisme méditerranéen.


De 1894 jusqu’en 1920, Musette, pseudonyme de Gabriel Robinet, publie, chaque semaine, en petits fascicules à deux sous, Les aventures, dits et contredits du picaresque Cagayous, titi d’Alger. Dans une langue qui se veut celle du cru et à travers des aventures burlesques, il brosse un tableau de la vie quotidienne des petites gens d’Algérie au début du siècle. Mais son aire d’audience ne dépasse guère Alger.


Louis Bertrand, né en Lorraine, découvre l’Algérie comme jeune professeur à Alger, mais séduit par le pays et ses habitants, il leur consacre une œuvre copieuse qui apparaît avec le recul comme le véritable début d’une littérature spécifique. Il fait du mythe de l’Afrique latine l’un des principaux thèmes de son œuvre et défend l’existence d’une tradition latine africaine continuée par les néo-latins, venus reprendre le flambeau de leurs ancêtres. Fasciné par ce « peuple neuf » né d’un brassage des races, il s’attache à le décrire avec sympathie dans des peintures de « caractères » typiques. Le Sang des Races ( 1899) est le récit des aventures et des amours du roulier Rafaël et de ses compagnons entre Alger et Laghouat, Dans La Cina (1901), le romancier montre la colonisation à l’œuvre, la mise en valeur de la terre, Pépète et Balthazar (1904)(ou
Pépète-le-bien-aimé) est le livre de la présence espagnole en Algérie. La Ferme dans la brousse (1930) « n’est qu’un épisode entre mille de la lutte incessante que nos colons algériens ont à soutenir contre l’hostilité de la nature et des hommes »(avant-propos). L’œuvre algérienne de Louis Bertrand présente un intérêt psychologique et social, mais aussi documentaire, elle illustre un moment de l’économie, de la politique, de la transformation ethnique de la colonie. Le premier, il a mis en relief les traits « sui generis » du tempérament algérien. Avec lui entrent dans le champ d’observation de l’écrivain le colon, l’homme du peuple, l’homme du bled…Sous son influence, une pléiade de jeunes écrivains vont affirmer que la colonie a atteint sa majorité littéraire.

 « Les Algériens par eux-mêmes » pourrait être le sous-titre des œuvres des Algérianistes. De jeunes auteurs du cru, sous la houlette de Jean Pomier, Louis Lecocq, Robert Randau, lancent le mouvement algérianiste qui recherche, en réaction contre tous les exotismes, une expression littéraire spécifiquement algérienne qui manifeste une personnalité originale. Ils créent l’Association des Ecrivains Algériens (1920), le Grand Prix littéraire de l’Algérie (1921), la revue Afrique (1924). La préface du recueil de nouvelles Notre Afrique s’affiche comme le manifeste du mouvement. Charles Hagel, René Hugues, Ferdinand Duchêne, John-Antoine Nau, Stephen Chaseray, R.Marival, Charles Courtin, Marcello Fabri, Paul Achard, entre autres, appartiennent à cette génération dominée par l’œuvre puissante de Randau qui voulait « créer une conscience intellectuelle de l’Algérie ».
« Le premier devoir, écrivait-il, devoir de l’écrivain algérien est de se rappeler qu’il est un apôtre de la plus belle Algérie ». Les quatre romans « de la patrie algérienne » de Randau : Les Colons (1907), Les Algérianistes (1911), Cassard le berbère (1920), Le professeur Martin, petit bourgeois d’Alger(1935) proposent un portrait expressif du type « algérien », sans pour autant négliger de représenter aussi les autochtones. Quelques individualités indigènes paraissent s’agréger à cette littérature spécifique, Abdelkader Hadj Hamou (Abdelkader Fikri) écrit une nouvelle, Le frère d’Etthaous dans le recueil Notre Afrique qui regroupe des textes algérianistes et signe avec R.Randau Les Compagnons du Jardin, essai sur les contacts franco-musulmans, « haut bréviaire de fraternité algérienne » et, en 1930, Mohammed Ould Cheikh participe à une anthologie poétique. Sans se rattacher à aucune école, des femmes, à cette époque, proposent une peinture des autochtones, Elissa Rhaïs, Maximilienne Heller, Magali Boisnard, Marie Bujéga, Lucienne Favre, Maraval-Berthoin. A.Truphémus décrit la difficile coexistence entre société européenne et société musulmane dans Ferhat, instituteur indigène. Ces écrivains, toujours inspirés par une profonde connaissance et un amour passionné de leur terroir, offrent une représentation de la colonie du point de vue ethnique comme du point de vue économique.
   
Aux alentours de 1935, c’est autour d’Albert Camus et de la librairie-édition « les vraies richesses »
 d’Edmond Charlot que se concrétise une nouvelle sensibilité. L’Ecole d’Alger, l’Ecole nord-africaine des Lettres ou l’Ecole méditerranéenne d’Alger ou encore Méditerranée vivante (même si ces appellations sont souvent rejetées parce que trop formelles) rassemble, peu avant la guerre, une nouvelle génération soucieuse de dépasser par un universalisme méditerranéen la problématique trop étroitement algérienne de la génération précédente. Les œuvres de Gabriel Audisio, Albert Camus, Emmanuel Roblès, René-Jean Clot, Jean Amrouche, Jules Roy, Claude de Fréminville, Max-Pol Fouchet et, plus jeunes, Marcel Moussy, André Rosfelder, Jean-Pierre Millecam, Jean Pélégri, entre autres, nourrissent une période littéraire particulièrement féconde. Notons que c’est aussi la véritable naissance d’une littérature d’autochtones qu’illustrent Mouloud Feraoun, Mohammed Dib, Mouloud Mammeri.

Dans les années 50, et comme une amorce de ce que sera une partie de l’expression littéraire d’après 1962, des écrivains évoquent le passé de leur terre à travers l’histoire des pionniers. Au pays de la mort jaune (1947), de Lucienne Jean-Darrouy, décrit les difficiles débuts du peuplement français en Mitidja. Dans Arcole ou la terre promise (1954), Marcel Moussy retrace la fondation d’une de ces « colonies agricoles » de 1848, composées de Parisiens qui, volontairement ou non, venaient tenter leur chance en Algérie. Avec La Fontaine Rouge, Jeanne Montupet brosse « une histoire naturelle et sociale d’une famille algérienne » depuis 1837.
   Il faut reconnaître que ce qu’écrivaient les Français d’Algérie n’a guère « dépassé le môle d’Alger », comme disait Charlot, et si les écrivains de la génération autour de Camus sont connus du grand public ce n’est que très rarement pour leur œuvre « algérienne ». Qu’en est-il aujourd’hui ? Une certaine redécouverte littéraire de ce temps colonial se manifeste, comme en témoigne, par exemple, la réédition groupée de romans coloniaux par des collections populaires comme « Omnibus » ou « Bouquins ». Un autre phénomène mérite intérêt, celui d’une production littéraire actuelle. Une « littérature des Français d’Algérie » aurait pu s’inscrire dans les limites de leur présence sur cette terre et disparaître en 1962, or, paradoxalement, ceux qui ne s’appellent plus eux-mêmes « Algériens » mais qu’on appelle désormais « Pieds-noirs » vont, au contraire, se mettre à écrire d’une manière aussi surprenante qu’abondante. Mais ceci est une autre histoire !

Louis Bertrand :  « Pour la première fois une race neuve prend conscience d’elle-même…ces Jeunes-Africains…s’éloignent de plus en plus du vieil exotisme romantique…(qui) nous apparaît comme une déformation et une mutilation systématique du réel…Sans négliger le passé [les romanciers coloniaux] ont daigné accorder un regard au présent…En face de l’indigène, ils ont dressé le colon. Le colon existe à leurs yeux. Son effort les intéresse et même les passionne…Nos Algériens…veulent…créer une littérature algérienne, bien locale, originale et indépendante… Un trait commun…les différencie des ordinaires écrivains coloniaux et aussi des antiques paladins de l’exotisme : c’est qu’ils sont, en Afrique, les fils du sol, c’est qu’ils y sont chez eux…Et ainsi c’est leur pays qu’ils nous décrivent…Les histoires qu’ils nous racontent, ils en connaissent parfaitement tous les dessous ; leurs personnages et les spectacles qu’ils nous peignent leur sont familiers. Ils ont un grand désir de faire vrai, de peindre un milieu vrai et non plus romancé ou poétisé par une fantaisie de touriste. » (Préface à Notre Afrique)

Jean Pomier : Algériennement « Nous sommes Algériens et rien de ce qui est Algérien ne nous sera étranger. A le différence des penseurs de la Métropole qui s’enferment, pour la plupart, dans l’altier dédain de leur temps, nous croyons que la meilleure et la plus riche façon d’œuvrer, c’est de ne rien négliger des décors, des aspects et des forces de la vie…philosophie de Force et de Mouvement…qu’il nous a paru nécessaire de dresser aux frontons de l’art français d’Algérie. Par application de ce principe, nous considérons comme nôtre tout le mouvant domaine algérien: Politique générale, économie politique, rapports ethniques, mêlées d’âmes, le rue, la ville et le bled, l’homme, la terre et la mer, l’Algérie d’Icosium et celle d’El-Djezaïr. Notre critique s’efforcera d’élucider toutes choses pour intégrer leur beauté en notre Art : « Nihil Algerianum a me alienum… » (Manifeste du mouvement algérianiste) 
         

  Gabriel Audisio : « Ah ! Qu’on nous fasse grâce de la trop facile latinité...!  Je regarde bien ma race et je trouve qu’elle n’en conserve pas grand-chose… mon peuple a de multiples visages comme tout ce qui vit, et son authenticité repose, comme toutes les vérités, sur un amalgame d’antécédents suspects…Il ne fait pas de doute pour moi que la Méditerranée soit un continent, non pas un lac intérieur, mais une espèce de continent liquide aux contours solidifiés. Déjà Duhamel dit qu’elle n’est pas une mer mais un pays. Je vais plus loin, je dis : une patrie. Et je spécifie que, pour les peuples de cette mer, il n’y a qu’une vraie patrie, cette mer elle-même, la Méditerranée. Et c’est pourquoi je dis : la patrie « Méditerranée », en redonnant à ce qualificatif le force centripète que « méditerranéenne » a complètement perdue » (Jeunesse de la Méditerranée, Gallimard, 1935)


Albert Camus / Dans une conférence faite le 8 février 1937, à la Maison de la Culture d’Alger, A.Camus définit ce qu’il appelle « la nouvelle culture méditerranéenne » « Toute l’erreur vient de ce qu’on confond Méditerranée et Latinité et qu’on place à Rome ce qui commença dans Athènes ». La création de la revue Rivages, revue de culture méditerranéenne concrétise ce projet de définir « le visage d’une culture dont nous savons seulement qu’elle est…Rivages ne représente pas une école. Et sans doute à contempler toujours le même gonflement de la mer dans une baie toujours semblable, il est impossible que des hommes ne se créent pas une sensibilité commune. Mais leurs différences n’en sont pas limitées et c’est à la fois cette communion et ces oppositions que Rivages tentera de figurer. De Florence à Barcelone, de Marseille à Alger tout un peuple grouillant et fraternel nous donne les leçons essentielles de notre vie. Au cœur de cet être innombrable doit dormir un être plus secret puisqu’il suffit à tous. C’est cet être nourri de ciel et de mer, devant la Méditerranée fumant sous le soleil, que nous visons à ressusciter…Les esprits les plus divers, grands écrivains et inconnus d’hier, trouveront un terrain de rencontre »

Bibliographie générale sommaire

·Dupuy Aimé, L’Algérie dans les lettres françaises, Editions universitaires, Paris, 1956
·Grenaud Pierre, La littérature au soleil du Maghreb, l’Harmattan, Paris, 1993
·Memmi Albert, Ecrivains francophones du Maghreb, Paris, Seghers,1985
·Tailliart Charles, L’Algérie dans la littérature française, Paris, Editions Chamapion, 1925

Lucienne Martini
lucienne.martini@wanadoo.fr 

Source: SIELECT

Lire aussi:

Journal 1902-1924 , d'Aline R. de Lens
Guy Riegert

"Tiens Forestier !" , Maupassant et la colonisation
Roger Little

Deux visions de la Tunisie à l'ère coloniale : André Demaison, La Revanche de Carthage (1934), Andrée Viollis : Notre Tunisie (1939)
Jean-François Durand / Montpellier III

        René Euloge entre tradition berbère et modernité colonial
        Gérard Chalaye / Université de Rennes

        Littérature de l'ère coloniale au Maroc             
        Guy Riégert   / Montpellier III
      

       Littérature des Français d'Algérie
       Lucienne Martini                                                     

 L'Afrique du Nord dans la littérature belge
     Jacques Marx / Université Libre de Bruxelles          

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18 janvier 2008

From the Margins Historical Anthropology and Its Futures

Titre: From the Margins
Historical Anthropology and Its Futures

booksAuteur: Brian Keith Axel
Publié 2002
Duke University Press Social history
328 pages
ISBN 0822328887

Historical anthropology: critical exchange between two decidedly distinct disciplines or innovative mode of knowledge production? As this volume's title suggests, the essays Brian Keith Axel has gathered in "From the Margins" seek to challenge the limits of discrete disciplinary epistemologies and conventions, gesturing instead toward a transdisciplinary understanding of the emerging relations between archive and field. In original articles encompassing a wide range of geographic and temporal locations, eminent scholars contest some of the primary preconceptions of their fields.

The contributors tackle such topics as the paradoxical nature of American Civil War monuments, the figure of the "New Christian" in early seventeenth-century Peru, the implications of statistics for ethnography, and contemporary South Africa's "occult economies." That anthropology and history have their provenance in--and have been complicit with--colonial formations is perhaps commonplace knowledge. But what is rarely examined is the specific manner in which colonial processes imbue and threaten the celebratory ideals of postcolonial reason or the enlightenment of today's liberal practices in the social sciences and humanities. By elaborating this critique, "From the Margins" offers diverse and powerful models that explore the intersections of historically specific local practices with processes of a world historical order.

As such, the collection will not only prove valuable reading for anthropologists and historians, but also for scholars in colonial, postcolonial, and globalization studies. "Contributors." Talal Asad, Brian Keith Axel, Bernard S. Cohn, Jean Comaroff, John L. Comaroff, Nicholas B. Dirks, Irene Silverblatt, Paul A. Silverstein, Teri Silvio, Ann Laura Stoler, Michel-Rolph Trouillot.

Table des matières

Historical Anthropology

1

comaroff, stoler, silverblatt

Ethnographic Notes on

47

dirks, archive, governmentality

Ethnographic Representation Statistics

66

daston, ethnographic, fieldwork

Colonization and the Production

122

kabyle, kabylia, berbers

Race and the Modernist

156

Marginal Contexts

11

inlandsche, kinderen, legajo

Caribbean Creolization 189

creolization, trouillot, vodoun

Race Gender and Historical Narrative in the Reconstruction

211

lossing, bachelder, memorialization

Fantastic Community Brian Keith Axel

233

sikh, akalis, punjab

Notes from

267

geschiere, translocal, gluckman

Contributors

303

rolph, talal, ethnohistory

Meilleurs passages

Anyone who publishes or circulates a map that is “likely to affect the sovereignty and integrity of India” or that “tantamounts to questioning the territorial integrity of India” shall be “punishable with imprisonment for a term which may extend to three years, or with fine, or with both. - Page 253
Cité dans 305 livres de 1795 à 2006

of an offence under this section shall be punishable with imprisonment for a term which may extend to three years, or with fine, or with both. - Page 239
Cité dans 307 livres de 1795 à 2006

History is the work expended on material documentation (books, texts, accounts, registers, acts, buildings, institutions, laws, techniques, objects, customs, etc.) that exists, in every time and place, in every society. . . in our time, history is that which transforms documents into monuments.. . in our time, history aspires to the condition of archaeology, to the intrinsic description of the - Page 47
Cité dans 30 livres de 1974 à 2006

The essential task of theory building. . . is not to codify abstract regularities but to make thick description possible, not to generalize across cases but to generalize within them. To generalize within cases is usually called, at least in medicine and depth psychology, clinical inference. - Page 72
Cité dans 37 livres de 1945 à 2004

whether a territory is or is not a territory whose people have not yet attained a full measure of selfgovernment - Page 251
Cité dans 138 livres de 1944 à 2004

as an inherent political destiny, are a myth; nationalism, which sometimes takes pre-existing cultures and turns them into nations, sometimes invents them, and often obliterates pre-existing cultures: that is reality - Page 124
Cité dans 71 livres de 1962 à 2006

were wiped out and the past was obliterated except where expressly preserved, at one moment in time the new order was born and its allegiances springing from the same source, all grounded on the same basis, the sovereign will of the people of India with no class, no caste, no race, no creed, no distinction, no reservation. - Page 251
Cité dans 16 livres de 1955 à 2004

It is the state which first presents subject matter that is not only adapted to the prose of History, but involves the production of such history in the progress of its own - Page 47
Cité dans 51 livres de 1878 à 2006

Delight in the Lord and he will give you the desires of your heart - Page 285
Cité dans 451 livres de 1853 à 2007

In the study of culture the signifiers are not symptoms or clusters of symptoms, but symbolic acts or clusters of symbolic acts, and the aim is not therapy but the analysis of social discourse. But the way in which theory is used—to ferret out the unapparent import of things—is the same. - Page 72 Source: Books Google 
Cité dans 12 livres de 1986 à 200

Critiques

Theodore Jun Yoo - From the Margins: Historical Anthropology and ...
From the Margins: Historical Anthropology and Its Futures
. Edited by Brian Axel. Durham, nc: Duke University Press, 2002. 313 pp. ...

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From the Margins: Historical Anthropology and its Futures. Brian Keith Axel, ed.. Durham: Duke University Press, 2002. x + 313pp. , contributors, index ...
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Anthropological Theory
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09 janvier 2008

Vers un système de traduction automatique en ligne des documents amazighes fondé sur les graphes UNL

Ali Rachidi, Ecole nationale de Commerce et de Gestion, B. P. 37/S Hay Salam, IRF – SIC, Faculté des sciences, Université Ibn Zohr, Agadir, Maroc, rachidi.ali@caramail.com.

Driss Mammass, IRF – SIC, Faculté des Sciences, B.P. 8106, Hay Dakhla, Université Ibn Zohr, Agadir, Maroc, driss_mammass@yahoo.fr.

Date de publication : 23 juin 2007

Résumé

L’intégration des technologies de l’information et de communication (TIC) à l’apprentissage de la langue Amazighe est absolument nécessaire pour que l’Amazighe ait droit de cité plein et entier sur le Web et dans le monde informatisé. Dans ce contexte, il est de plus en plus nécessaire de créer des documents multilingues qui intègrent l’Amazighe. La coédition d’un texte en langue naturelle et de sa représentation dans une forme interlingua semble le moyen le meilleur et le plus simple de partager la révision du texte vers plusieurs langues et de répercuter du texte et les modifications de L0 vers l'IL, et de régénérer vers L1,… Ln depuis l'IL.

Il faudra cependant permettre des améliorations manuelles, car la forme interlingua ne sera pas toujours présente, ou pas assez améliorable par défaut d'expressivité, et les générateurs ne seront jamais parfaits. Pour plusieurs raisons, les graphes UNL (Universal Networking language) sont les meilleurs candidats. L’idée actuelle est de faire de la traduction manuelle collaborative sur le Web à l’aide d’une mémoire de polyphrases multilingues (MPM) outils construit par l’équipe de M. C. Boitet (GETA, CLIPS, IMAG à Grenoble, France), puis d’intégrer le résultat (les phrases en Amazighe) dans le document en UNL-XML. Enfin, il faudra construire un déconvertisseur UNL-Amazighe et un enconvertisseur en se basant sur les bases de connaissances construites sur la base des objets typés.

Abstract

The use of IT tools with Tamazight Berber is an absolute requisite for giving this language full citizenship on the Web in particular and in the digital world in general. Thus, the need to create Tamazight digital documents is becoming increasingly urgent. Granted, Unicode now includes the full Tifinagh character set, but the question that remains is how to implement information interchange between Tamazight and the languages of the Web. We contend that the best and simplest way to share concurrent revisions of the same text in multiple languages is to coedit text in natural language and then to render it into Interlingua (IL) for dissemination. This method allows the participants to (i) translate the text, with modifications if any, from L0 into IL, and subsequently to (ii) regenerate the text in L1 ... Ln starting from the same IL representation.

Generators will never be perfect. Therefore, manual editing should always be allowed, because the automatically generated IL form may be irremediably inexpressive, or may altogether be unavailable due to lack of relevant data in the knowledge base. Since Universal Networking Language (UNL) graphs seem to be the best tool for the job, human participants should use a UNL editor for manual translation and revising. We propose that the collaborative manual translations be done on the Web with the help of the bank of multilingual utterances compiled by C. Boitet's team (GETA, CLIPS, IMAG à Grenoble, France). The resulting Tamazight utterances should then be integrated in a UNLXML document. At a later stage it will be necessary to build a UNLTamazight deconverter and a TamazightUNL enconverter, relying on the knowledge base built on top of the objects that have been tagged so far.

Table des matières

1. Introduction

2. Langage UNL (Universal Networking Language)

2. 1. Le projet

2. 2. Le langage artificiel

2. 3. Le format de documents multilingues

3. Principes

3. 1. Unités lexicales (UWs)

3. 2. Relations entre les UWs

4. Format et document UNL-HTML

4. 1. Balises et syntaxe

4. 2. Illustration

5. Enconvertisseur et déconvertisseur UNL-Amazighe

5. 1. Enconvertisseur Amazighe-UNL

5. 2. déconvertissuer UNL-Amazighe

6. Système UNL

7. Conclusion

Texte intégral

1. Introduction

Ce papier s’inscrit dans un large mouvement international qui vise à ce que chaque peuple puisse disposer de tous les moyens pour communiquer dans sa langue. A l’époque, affirmer ou défendre une langue passait par d’autres moyens : fixer une orthographe, construire des dictionnaires monolingues ou bilingues, recueillir des traditions orales ou encore élaborer des polices d’imprimeur.

Aujourd’hui, le développement des ordinateurs personnels et des réseaux fait de l’informatique un moyen pour écrire et communiquer au même titre que le papier l’est depuis Cai Lun et l’imprimerie depuis Gutenberg. Mais les langues ne sont pas égales devant le processus d’informatisation et les populations parlant des langues mal dotées ont un accès limité à ces nouveaux moyens, limitation pouvant aller d’une simple gêne à une incapacité totale. L’Amazighe fait partie de ces langues peu dotées informatiquement. Par conséquent, des recherches scientifiques et linguistiques sont lancées dans ce sens pour améliorer la situation actuelle (Rachidi et Mammas, 2005a) (Rachidi et Mammass, 2005b) (Rachidi et Mammass, 2005c) (Boukous et al., 2003). Parmi les volets, qui occupent une position prioritaire, est de concevoir et réaliser des documents multilingues qui intègrent la langue Amazighe. En effet, et dans la pratique courante, un document multilingue consiste en plusieurs fichiers monolingues parallèles, qui peuvent être de la documentation technique aussi bien que des fichiers d’aide, des fichiers de messages, ou simplement de l’information thématique mise sur la toile et destinée à une audience multilingue (médecine, cuisine, chanson, traditions…).

La tâche est difficile, même pour un document géré de façon centralisée (Al Assimi, 2000) (Al Assimi et Boitet, 2001). D'habitude, on le crée d'abord dans une unique langue source, puis on le traduit dans plusieurs langues cibles (au moins une trentaine dans le cas de firmes comme IBM, HP ou Microsoft). Il faut avoir un moyen de garder trace des modifications, qui peuvent parfois être faites en différents lieux sur des versions en différentes langues. Dans ce cas, des traducteurs humains doivent retraduire les segments nouveaux ou modifiés, ou les réviser s'ils sont traduits par un système de TA de qualité. Ce que nous souhaiterons, c'est faire en sorte que le travail de révision puisse être partagé entre les langues, quels que soient le domaine et le contexte.

Il est clairement impossible de refléter les changements sur un fichier en langue L0 dans les fichiers en langues L1,… Ln automatiquement et fidèlement, sans une structure intermédiaire pour faire le pont, car il faudrait au moins un aligneur parfait à granularité très fine dans le cas simple d'un changement d'article ou de nom.

L'approche la meilleure et la plus simple nous semble être d'utiliser un interlingua formel IL et de :

  • répercuter les modifications de L0 vers l'IL,

  • regénérer vers L1,… Ln depuis l'IL.

Il faudra cependant permettre des améliorations manuelles, car la forme interlingua ne sera pas toujours présente, ou pas assez améliorable par défaut d'expressivité, et les générateurs ne seront jamais parfaits.

On choisit UNL (Blanc, 2001) (Boguslavsky et al., 2000) (Sérasset et Boitet, 99) (Sérasset et Boitet, 2000) comme interlingua pour différentes raisons :

  • il est spécialement conçu pour le traitement linguistique et sémantique par ordinateur ;

  • il a été dérivé avec beaucoup d'améliorations du langage pivot de H. Uchida utilisé dans ATLAS-II de Fujitsu (Uchida, 89), toujours évalué comme le système de TA anglais-japonais de meilleure qualité, avec une très grande couverture (586.000 entrées par langue) ;

  • les participants du projet UNL1 ont construit des "déconvertisseurs" d'UNL vers environ 12 langues, parmi elles, on cite l'arabe, l'indonésien, l'italien, le français, le russe, l'espagnol et le thaï;

  • bien qu'ils soient de nature formelle, les graphes UNL (voir ci-dessous) sont assez simples à comprendre avec peu de formation et peuvent être présentés de façon localisée à des utilisateurs "naïfs" en traduisant les symboles (relations sémantiques, attributs) et les lexèmes du langage UNL par des symboles et des lexèmes de leur langue ;

  • le projet UNL a défini un format "UNL-html" intégré à html pour des fichiers contenant un document multilingue complet aligné au niveau des énoncés, et a produit un "visualiseur" qui transforme un fichier dans ce format en autant de fichiers html que de langues, et les envoie à n'importe quel navigateur Web.

La suite est organisée comme suit. D’abord, on présentera l’UNL comme langage de représentation unifié. Ensuite, on exposera le format UNL-Html comme l’un des formats des documents multilingues stockés sur un serveur sous forme d’une collection de fichiers multilingues. Enfin, on essaye de donner une idée sur ce qui sera le déconvertisseur Unl-Amazighe et l’enconvertisseur associé en passant sur un certain nombre de concepts et définitions.

2. Langage UNL (Universal Networking Language)

L’NUL est l’acronyme de ‘ Universal Networking Language’. C’est un langage artificiel qui réplique, dans le Web, les fonctions des langages naturels dans la communication humaine. Il permet aussi aux ordinateurs du monde entier de inter communiquer, et enfin, avoir une infrastructure linguistique pour distribuer, recevoir et comprendre les informations multilingues. Par conséquent, il permet aux différentes populations du monde d’exprimer toutes les connaissances communiquées par les langages naturels.

L’UNL représente trois éléments caractéristiques: un projet international, un langage artificiel et un format de document multilingue.

2. 1. Le projet

Le projet UNLP consiste à mettre en place un système de traduction automatique universel. Il est défini comme un projet de "métalangage numérique" pour l'encodage, le stockage, la recherche et la communication d'informations multilingues indépendamment d'une langue source - et donc d'un système de pensée.

Il est mené sous l'égide de l'Université des Nations Unies (UNU, Tokyo). Plusieurs équipes réparties dans le monde travaillent sur ce projet (Japon, Inde, France, Espagne, Italie, Chine, Russie…). L’intérêt de cette collaboration est de travailler avec les mêmes règles et codes et d'obtenir ainsi un résultat vraiment universel, c’est-à-dire compréhensible par toutes les cultures.

2. 2. Le langage artificiel

L’UNL est un langage compris par les ordinateurs. Il est universel, c’est à dire que toute langue naturelle (parlée par des êtres humains) peut être traduite en UNL. De même, l’UNL peut être traduit en toute langue naturelle. Pour passer d’une langue naturelle à l’UNL, on utilise un enconvertisseur et pour passer de l’UNL à une langue naturelle, on utilise un deconvertisseur. La figure 1 demontre ce principe.

Image1

Figure 1. Principe de base de la traduction par UNL

Grâce à un enconvertisseur anglais-UNL et un deconvertisseur UNL-Français, on peut traduire automatiquement de l’Anglais au Français (cf. figure 2).

Image2

Figure 2 : principe de traduction

L’ajout d’un seul enconvertisseur Amazighe-UNL permet de passer de l’Amazighe au français (cf. figure 3). Ainsi, une équipe Amazigheienne n’a pas besoin de connaître le français pour faire progresser la traduction Amazighe-Français.

Image3

Figure 3. Principe d'ajout d'un enconvertisseur Amazighe-UNL

Enfin, deux équipes, française et anglaise, peuvent faire avancer les traductions Français-Anglais et indirectement Amazighe-Anglais. Et si on a le deconvertisseur UNL-Amazighe, la communication entre l’Amazighe, le Français et l’Anglais sera complète. Tout travail national aide à la communauté internationale.

2. 3. Le format de documents multilingues

Un même document UNL contient les textes en plusieurs langues ainsi qu’en UNL. Cependant, l’utilisateur ne verra que les langues le concernant, par exemple la langue source et la langue traduite. Le document est balisé, c'est-à-dire que des groupes de mots sont entourés de chaînes de caractères représentant un code compréhensible par les ordinateurs (comme <html> par exemple). On traitera UNL-HTML en détail dans la prochaine section.

3. Principes

L'UNL est composé de mots (Universal Words ou UW), de relations définies entre les mots et d'attributs. Les UW représentent le vocabulaire. Les relations entre UWs et les attributs représentent la syntaxe et la sémantique (donner un sens).

Comme l’anglais est connu par tous les développeurs informatiques, les UW sont définies par des termes ou des abréviations anglaises. Cependant, ceci n’est qu’une règle de commodité, les UWs pourraient être définies numériquement.

Les développeurs UNL francophones ont féminisé UW, car le terme français le plus voisin est "unité lexicale".

3. 1. Unités lexicales (UWs)

Les UWs représentent donc le vocabulaire de l'UNL. En d'autres termes, chaque UW représente un concept ou un ensemble de concepts, un concept correspondant à une idée précise. Une UW est formée d'un mot anglais suivi d'une liste de contraintes, qui précise le sens de l'UW.

La syntaxe d’une UW est :

<UW> := <Entrée> [liste des contraintes>] (entrée est un mot anglais)

Exemples :

Le mot Français « danse » existe au moins sous deux concepts, "je danse" ou "j'aime cette danse".

Dans le premier cas, il sera défini par dance(icl>do) ; c'est-à-dire comme un verbe d'action, défini par l'attribut "do" (faire en anglais).

Dans le second cas, il est défini par dance(icl>thing) ; c'est-à-dire comme un nom commun définissant un objet.

Le mot Amazighe «Image4  » (TAWADA) sera défini par walking(icl>thing) et pas seulement « walking » puisque le mot désigne plusieurs choses.

En augmentant le nombre d'attributs, on définit très précisément le sens de chaque UW. Exemple, le terme "marquer" pour marquer un but dans un match de football est défini par score(icl>event,agt>human,fld>sport). Ce mot est un verbe d'événement (icl>event), l'objet qui agit, l'agent, est un être humain (agt>human), le champ concerné est le sport (fld>sport). On remarque que dans la définition, le sens du mot est donné ainsi que les autres types de mot avec lesquels il peut interagir. Ceci pour éviter des phrases du genre : "Le chien a marqué un but de la main.".

Il existe six types de UWs :

  • UW de base est une entrée (mot en anglais) sans contraintes. Elle signifie tous les concepts correspondants en anglais. Elle est utilisée pour structurer la base de connaissances et comme moyens pour établir les correspondances entre les mots de différentes langues une fois que des correspondances spécifiques n’existent pas. Exemple : go, take, state, …

  • UW restreinte est une entrée suivie d’une liste de contraintes. Exemple: 1) state(icl>express), 2) state(icl>country), 3) state(icl>goverment), etc.

  • UW importée est une entrée qui n’est pas un mot anglais mais importée pour pouvoir exprimer des phrases en d’autres langues. Exemples : samba(icl>dance) ou Image5: ahidous(icl>dance).

  • UW temporaire est une entrée qu’on ne doit pas intégrer dans la base de connaissances ou dans le vocabulaire des UWs. Exemple : formule, nom propre, etc.

  • UW composée est une entrée temporaire, mais elle est un ensemble de relations binaires regroupées pour exprimer un concept complexe. Exemple : « women who wear big hats in movie theaters (icl>person) » peut être décomposée en plusieurs UWs.

  • UW nulle est une chaîne de caractères vides pour exprimer l’absence d’un argument nécessaire d’une relation. Elle peut être considérée comme temporaire. Exemple : « Med was killed ». le sujet est absent. Pour exprimer l’idée, on utilise agt(kill(agt>thing, obj>thing).@entry .@past, ‘   ‘) ou obj(kill(agt>thing,obj>thing).@entry.@past, Med.@topic)

3. 2. Relations entre les UWs

Les relations entre les UWs sont définies par des chaînes de trois caractères ou moins. Ce sont des relations binaires (entre deux UWs) et elles permettent de préciser quelle UW peut être utilisée avec quelle UW. L'UNL traite les textes phrase par phrase; ainsi les relations entre les UWs sont définies à chaque phrase. Une phrase est représentée sous la forme d'un graphe ou d'une liste.

Exemple :

la phrase «  I ran in the park yesterday » sera représentée par des relations (cf. figure 4.1) ou par des graphes (cf. figure 4.2).

Image6

Figure 4.1. Relations entre les UWs

Image7

Figure 4.2. Graphe des relations entre des UWs

Une phrase UNL est centrée autour du verbe principal de la phrase, ici "run". Les relations entre les mots sont ensuite définies à partir de ce verbe.

Les ensembles en gras sont inclus dans la définition des UWs, indépendamment de la phrase (exemple : "run(icl>do)", le mot "run" est défini comme un verbe d'action par le code "do" ("faire" en anglais)). Les UWs utilisées ont des attributs :

  • @entry signifie que l’UW est une entrée ou une UW principale de la phrase ;

  • @past signifie que l’UW est au passé ;

  • @def signifie que l’UW est defini (the park).

Les éléments en italique représentent les relations entre les mots dans la phrase (Agt, tim, plc)

Ce graphe sera attaché à une base de connaissances UNL (UNL KB) qui contient les définitions et les différentes catégories de mots d’une langue naturelle. Par exemple, dans l’exemple précédent, on utilisé le mot « do » (entrée de base) qui est un élément de la base UNL KB. Cette base est un graphe sémantique composé de toutes les relations binaires directes entres UWs. La structure générale de l’hiérarchie des UWs dans la base UNL KB2, qui est sous forme de niveaux, est illustrée dans la figure 5.

Image8

Figure 5. Structure de la base UNL.

Après avoir détaillé les principes du langage UNL, nous présentons le format d’un document multilingue UNL-HTML.

4. Format et document UNL-HTML

4. 1. Balises et syntaxe

Le document UNL (Boitet et Wang-Ju, 2002) a le format illustré dans le tableau 1.

Tableau 1. Format du document UNL

Image9

La signification des balises utilisées est expliquée dans le tableau 2.

Tableau 2. Signification des balises

Image10

4. 2. Illustration

Image11

Explication :

  1. Texte d'origine

  2. Traduction en UNL

  3. Traduction allemande

  4. Traduction espagnole

  5. Traduction française

  6. Traduction amazighe

Les balises permettent à l'utilisateur de choisir ce qu'il désire visualiser. Si un utilisateur ne souhaite voir que la langue source et la traduction Amazighe, l'ordinateur ne rendra visible que les textes encadrés par les balises {org:el}{/org} et {Am dtime}{/Am}, ce qui donnera « I ran in the park yesterday ».

Image12 

5. Enconvertisseur et déconvertisseur UNL-Amazighe

Chaque équipe de l'UNL travaille sur le déconvertisseur et enconvertisseur de sa propre langue, en augmentant le nombre d'UWs et en précisant les relations entre les UWs. C'est en augmentant le nombre de phrases analysées que les progrès de la traduction automatique se réalisent. Toutes les UWs sont regroupées dans une base de données, ainsi que les relations possibles entre les UWs. La base de données d'UWs sera donc complète quand tous les concepts mondiaux seront entrés dans cette base, c'est-à-dire jamais... En effet, la langue évoluant sans cesse, de nouveaux concepts apparaissent tous les jours. Le but de l'UNL n'est pas de réaliser une traduction parfaite mais compréhensible, avec le moins d'ambiguïté; le réel danger d'une traduction étant l'ambiguïté, mais non la faute grammaticale ou d'orthographe.

5. 1. Enconvertisseur Amazighe-UNL

L'enconversion n'est pas (si on veut de la qualité pour du tout venant) une analyse classique. C'est une méthode de fabrication de graphes UNL qui suppose une bonne part d'interaction, avec plusieurs possibilités :

  • analyse classique multiple suivi d'une désambiguïsation interactive en langue source

  • entrée sous langage contrôlé,

  • encore plus séduisant (et encore pas clair, au niveau recherche pour l'instant), entrée directe via une interface graphique reliée à la base lexicale (dictionnaire) et à la base de connaissances.

En effet, c'est un analyseur indépendant de langues, qui fournit une structure pour une analyse morphologique, syntaxique et sémantique simultanée en utilisant un ensemble de règles universelles et le dictionnaire des UW. Le processus d'un enconvertisseur amazighe futur est le suivant : chaque texte d'entrée est scanné de gauche à droite. Par la suite, chaque morphème correspondant aux initiales de texte est extrait de dictionnaire des UWs et il devient morphème candidat. Les règles universelles (grammaticales) seront appliquées sur ces morphèmes selon l'ordre de priorité pour construire l'arbre syntaxique et le réseau sémantique de la phrase. Le résultat de ce processus est un réseau sémantique exprimé dans le format UNL. Le schéma de la figure 6 illustre la structure d'un enconvertisseur Amazighe-UNL.

Image13

Figure 6. Structure d'enconvertisseur Amazighe

D'une manière explicite, il faut d’abord définir le corpus Amazighe dans le dictionnaire des UW en s’inspirant des anciens travaux (Achab, 96) (Achab, 98) (Arnaiz-Villena, 2000) (Haddachi, 2000). Il faut ensuite intégrer les règles grammaticales et sémantiques de l'Amazighe dans la base des règles universelles.

5. 2. déconvertissuer UNL-Amazighe

Le déconvertissseur est un générateur indépendant de langues naturelles qui fournit une structure pour une génération morphologique et syntaxique. Il peut déconvertir les expressions UNL à une variété de langues naturelles, en utilisant un certain nombre de données linguistiques telles que le dictionnaire, les règles grammaticales et le dictionnaire co-occurrence de chaque langue. Choses qui restent à concevoir et à réaliser par les chercheurs de la langue Amazighe.

Une question se pose : comment UNL peut être utilisé via l'Internet ? Pour répondre à cette question, on expliquera le processus dans la section suivante qui détaille le système UNL.

6. Système UNL

Le système UNL consiste en un ensemble de serveurs, d'éditeurs et de visionneurs UNL-langues naturelles. Prenons l'exemple d'un éditeur Amazighe et d'un visualiseur français comme illustré dans la figure 7.

Image14

Figure 7. Structure de système UNL

Lorsqu'on développe une page Web en Amazighe, l'éditeur UNL reconnaît le contenu Amazighe et envoie le contenu au serveur Amazighe pour enconvertir le texte. Lorsque le texte est enconverti en UNL, le serveur Amazighe envoie le résultat à l'éditeur UNL. Les  développeurs de page Web peuvent ensuite intégrer UNL dans leur page web.

Lorsque le visualiseur  français essaie de lire cette page Web, il reconnaît le format UNL-HTML et envoie le contenu au serveur Français pour une déconverssion en français qui se charge d'envoyer par la suite le résultat au visualiseur français.

Le serveur Amazighe contiendra deux fichiers. Le premier est un dictionnaire qui liste la correspondance entre les UW et les mots de l'Amazighe. Le deuxième contiendra les règles grammaticales de l'Amazighe.

7. Conclusion

Le meilleur moyen de promouvoir la culture et la langue Amazighe a été d'adapter les techniques d'informations et de communication à l'apprentissage de la langue. Informatiser l'Amazighe demande un effort de plusieurs chercheurs et l'utilisation des leviers permettant d'obtenir rapidement des logiciels de qualité. Dans ce contexte, les documents multilingues resteront un moyen de diffusion du savoir Amazighe afin de valoriser cette culture sur le Web et dans le monde informatisé. En effet, il nécessaire de développer la plate forme logicielle pour intégrer l'Amazighe dans les documents multilingues. Le meilleur moyen est de développer un serveur Amazighe qui intègre l'enconvertisseur et le déconvertisseur UNL puisque l'UNL est un système de traduction automatique universel soutenu par la communauté internationale.

Bibliographie

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Notes de bas de page

1 http://unl.ias.unu.edu (NDLR: lien brisé)

2 http://www.undl.org

Pour citer cet article

Ali Rachidi et Driss Mammass. «Vers un système de traduction automatique en ligne des documents amazighes fondé sur les graphes UNL». e-TI - la revue électronique des technologies d'information, Numéro 4, 23 juin 2007, http://www.revue-eti.net/document.php?id=1269.

Source: Revue Eti-Net

 

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Traduction et adaptation d’un texte dans une langue émergente : cas du Petit Prince en amazighe

Introduction

L’objet de cette communication est de présenter une expérience de traduction du français vers l’amazighe dont je suis l’auteur. Il s’agit de la traduction du célèbre conte de Saint-Exupéry : Le Petit Prince.

Cette présentation portera essentiellement sur les difficultés d’adaptation d’un contenu initialement en français vers une langue émergente qu’est l’amazighe. Nous aborderons particulièrement les difficultés du passage d’un texte écrit (ici le français) vers un écrit oralisé (l’amazighe en construction) et les problèmes liés au choix du vocabulaire ou liés à la syntaxe et à la stylistique. Nous essayerons également d’analyser les limites de la production d’un texte amazighe à la fois standardisé sur le plan linguistique et proche de la langue maternelle et de l’espace socioculturel de l’enfant.

De la mémoire des mots et de l’émigration des cultures

L’itinéraire historique et étymologique d’un vocable ou d’un concept suit souvent le mouvement et le parcours de l’homme qui le détient. Une notion passe de proche en proche à la propriété de celui qui l’accepte et l’utilise. Une notion se transmet de proche en roche et appartient à celui qui l’accepte et l’utilise. Une notion peut voyager d’une culture à une autre, jusqu’à devenir universelle et appartenir au patrimoine humain.

C’est ainsi que dans le bassin méditerranéen, berceau des cultures et des civilisations, plusieurs peuples ont contribué à la construction d’un fonds culturel, mythologique, philosophique et lexical riche et commun.

Avant l’invention de l’écriture, les échanges linguistiques entre les cultures se faisaient par le biais de l’oralité. L’origine de certains mots, de certains contes ou de certains concepts est souvent énigmatique et renvoie forcément au socle commun d’une même région culturelle, habitée ou fréquentée par différents peuples.

La langue et la culture amazighes, ancrées dans la région méditerranéenne - l’une des civilisations les plus anciennes de cette région - a certainement contribué, à côté des autres cultures, à la construction du socle culturel et linguistique commun et à l’émergence de la pensée humaine universelle. En analysant par exemple le fonds lexical commun entre le grec et l’amazighe, l’on s’aperçoit de l’existence de centaines de mots communs aux deux langues et à d’autres langues de la région [1]. Même constatation en ce qui concerne le substrat mythologique ou philosophique. Un conte peut exister sous différentes versions d’une région à une autre et d’une culture à une autre dans une même aire géographique. Le mythe d’Atlas ou celui d’Anzsar, par exemple, est narré différemment selon un canevas propre à chaque région.

Même constatation dans le domaine du patrimoine symbolique et artistique. Plusieurs signes et symboles des arts populaires sont communs aux peuples méditerranéens. On parle même de l’emprunt de plusieurs lettres du système latin, devenu universel, du fonds symbolique libyque et Tifinaghe . [2] Les échanges entre deux ou plusieurs cultures limitrophes est un phénomène naturel. Aujourd’hui, avec l’explosion des moyens de communication, ce phénomène s’étend même à des cultures très différentes, et appartenant à des aires géographiques souvent très éloignées. La culture va incessamment devenir universelle et, de proche en roche, va transcender l’identité des peuples.

L’amazighe : de l’oral à l’écrit

Bien que les premiers essais de transcription de l’amazighe remontent au Moyen Age avec les travaux de Awzal, le passage de la langue amazighe de l’oral à l’écrit s’est fait depuis l’arrivée des ethnologues européens en Afrique du Nord, il y a plus d’un siècle. Ce passage a commencé par la transcription et la fixation de la littérature orale sous forme de contes, de poésies, etc., et par la transcription de récits de la vie quotidienne racontée par les locuteurs de cette langue.

Au début de l’indépendance, une génération d’instituteurs et d’intellectuels amazighs passent de la phase de la transcription à celle de la production littéraire proprement dite, et parallèlement, à la traduction de quelques œuvres du patrimoine littéraire universel (B. Brecht, W. Shakespeare…), avec souvent une intervention et une adaptation volontaire du contenu de ces œuvres. Ces traductions et ces productions littéraires se font évidemment en dehors du circuit officiel lié au statut de la langue. Bien qu’il s’agisse apparemment d’une nouvelle donne, l’appropriation de la pensée universelle par l’amazighe existe réellement depuis toujours par le biais des échanges culturels entre les peuples.

Cependant, l’amazighe, langue émergente en passage de l’oral à l’écrit, a besoin de se réinscrire dans l’universel comme langue reflétant une culture méditerranéenne millénaire, ouverte et tolérante. De plus, elle a besoin de s’approprier des moyens modernes pour sa transmission et pour la diffusion des valeurs humaines qu’elle véhicule et du savoir ancestral qu’elle détient.

Traduire le Petit Prince

J’arrive maintenant à l’objet de cette communication, celui de ma propre expérience dans le domaine de la traduction et de l’adaptation d’une œuvre littéraire. Il s’agit du célèbre conte d’Antoine de Saint-Exupéry « Le Petit Prince », œuvre traduite du français vers l’amazighe. Ce conte, bien qu’il ait été vraisemblablement inspiré d’une tradition orale saharienne, a été adapté lui-même à une nouvelle culture, « le français », et à une nouvelle époque, « 1943 » (pendant la Seconde Guerre mondiale). Le conte contient donc des notions et un vocabulaire moderne très éloignés de ceux utilisés dans la vie quotidienne du désert.

Pourquoi le Petit Prince ?

Outre qu’il s’agit d’un conte destiné à la jeunesse (de 7 à 77 ans, comme dirait Tintin) c’est une des œuvres qui véhicule les valeurs nobles de l’amour, l’amitié, l’altruisme et la solidarité. Ces valeurs coïncident justement avec le cadre général dans lequel la communauté amazighe s’inscrit et qu’elle aspire à véhiculer. Le Petit Prince étant l’une des œuvres les plus lues et les plus traduites dans le monde, elle a été adaptée à pratiquement toutes les langues parlées de la planète. La dernière traduction en date (mai 2005) est sa traduction en Toba, langue indigène parlée par une communauté aborigène de l’Argentine. Le Petit Prince de Saint-Exupéry est le deuxième livre traduit en cette langue après le Nouveau Testament.

La deuxième raison qui m’a poussé à traduire et adapter ce conte dans ma langue maternelle est le fait que l’auteur y fasse parler le Petit Prince avec tantôt un serpent ou un renard, tantôt avec une fleur, un astre ou un volcan. Ceci coïncide parfaitement avec la mythologie et la cosmogonie amazighes.

La troisième et dernière raison, c’est que ce conte se passe dans le désert saharien, région touarègue et amazighe par excellence. Et comme je suis moi-même issu d’une famille nomade de cette région, j’ai donc décidé de faire profiter les enfants d’une traduction amazighe de ce conte qui me séduit tant depuis mon enfance. Bien que le Petit Prince ait été auparavant traduit en tamachaq au début du siècle dernier, et en kabyle en l’an 2004, j’ai décidé d’ajouter une version marocaine qui ne fera qu’enrichir mon expérience en traduction [3] et élargir le répertoire des traductions du Petit Prince en langue amazighe.

La langue de traduction

Le conte a été traduit en amazighe, langue orale dont l’écriture est en construction. Malgré les tentatives de standardisation de la langue amazighe, les dialectes sont actuellement les seuls à êtres pratiqués, à l’écrit comme à l’oral.

Le lectorat cible

Le Petit Prince traduit en amazighe est un conte destiné en premier lieu à la jeunesse, mais, en espérant qu’il soit lu et apprécié par tous, sans distinction d’âge.

« Le Petit Prince » est donc une œuvre littéraire « célèbre », traduite d’une langue internationale, le français, vers une langue en construction, l’amazighe, et destinée à un lectorat de jeunes. Ce sont ces conditions particulières qui ont fait toute la difficulté de cette traduction.

Quelles sont les difficultés que j’ai rencontrées pendant la traduction de cet ouvrage ?

La première difficulté est évidemment liée au statut juridique de la langue amazighe et à sont état de langue en cours de standardisation. Etant donné que l’amazighe est une langue émergente et en cours de normalisation, j’ai été forcé d’utiliser, comme base de ma traduction, le parler que je maîtrise le mieux, à savoir, le parler du sud-est marocain. Bien entendu, si j’avais exclusivement utilisé ce parler, aussi riche soit-il, je n’aurais jamais traduit ce conte. La version traduite que je propose est d’emblée destinée à une frange réduite de lecteurs. Il s’agit des locuteurs d’une variante régionale du sud-est marocain bien que cette variante soit proche à la fois de la variante du sud « tachelhit » et du centre « tamazighte » En plus, étant donné que la langue amazighe ne vient que récemment d’être introduite dans les écoles, les enfants n’ont pas encore acquis les compétences nécessaires pour lire un tel ouvrage. Ajoutant à ce problème celui de la graphie Tifinaghe avec laquelle le conte a été transcrit. Cet alphabet, non maîtrisé par une grande majorité de lecteurs habitués à lire l’Amazighe en graphie latine ou arabe, réduit encore plus le nombre de lecteurs potentiels.

Ceci dit, quels sont les problèmes de traduction au sens linguistique que j’ai rencontrés en adaptant le contenu de cette œuvre, exprimé en français, vers l’amazighe ?

La première difficulté est évidemment celle du lexique. Cependant, étant donné que les événements du conte se passent dans un désert, le vocabulaire lié à cet espace est riche et varié dans le parler du sud-est marocain, région subdésertique à cheval entre la montagne et le désert. Le lexique de base utilisé par l’auteur du Petit Prince trouve d’emblée son équivalent dans le parler amazigh du sud-est marocain, du moins, compte tenu de mes modestes connaissances. La difficulté est de choisir le lexique le plus simple, le plus proche de l’univers de l’enfant et appartenant autant que possible à un lexique commun à tous les dialectes.

Cependant, un ensemble de vocables et de notions exprimées en français ne trouvent pas leur équivalent en amazighe, du moins dans le parler que je maîtrise le mieux, à commencer par le titre même du conte. Le concept de Prince, par exemple, n’existe pas dans la culture amazighe. Mais, étant donnée que celui du Roi est bien présent et même sous différentes formes (agellid, amnukel, amghar…) la dérivation du concept de Prince (agldun) s’avère simple et convenable. Cette notion de Prince existe également dans les différents lexiques de néologie élaborés par les amazighisants tel Feu Mouloud Mammeri… Mais ce n’est pas toujours le cas !

Il est évident que les vocables comme : la soif (fad), le vent (azwu), l’amour (tayri), le coucher de soleil (aghelluy n tafuyt), le puits (anu), le mouton (izimer), la fleur (aledjig), le renard (abaghugh), l’étoile (itri), le ciel (igenna), le serpent (ifigher), le jour (ass), la nuit (idt), les larmes (imettawen), la vie (tudert), l’eau (aman), etc.., qui reviennent souvent dans le conte du Petit Prince, ainsi que des notions comme l’amitié (tiddukla), la fraternité (taymat), la liberté (tilelli)…etc., sont des notions courantes dans le vocabulaire quotidien de la culture amazighe. Cependant, bien que le conte du Petit Prince se déroule dans le désert, le vocabulaire utilisé par son auteur n’appartient pas toujours à cet espace et ne renvoie pas toujours à la vie et aux traditions des nomades. Une bonne partie du lexique utilisé appartient au vocabulaire moderne, ou renvoie à une culture différente de celle du Sahara. C’est ainsi que des vocables comme : moteur, avion, réverbère, boa, astéroïde, cravate, etc., ainsi que des notions comme orgueil, ennui, absurdité, etc. sont des notions inhabituelles dans l’usage quotidien de l’amazighe, du moins à ma connaissance. A partir de là, comment donc procéder pour traduire des notions étrangères à la culture et la langue amazighe ?

La consultation des dictionnaires

Les lexiques classiques des autres parlers amazighs s’avère nécessaire et souvent pratique pour vérifier la présence d’un vocable donné dans une autre aire géographique. Ensuite, la consultation du lexique de néologie est un passage obligé, en particulier le célèbre « Amawal » [4]

Extension sémantique

Plusieurs termes en français ne trouvent pas leurs équivalents exacts dans l’amazighe. Toutefois, certains vocables proches, ou renvoyant aux mêmes concepts, ont pu être adaptés à la culture amazighe. Exemples : Le mot planète a été substitué au mot étoile (itri) ; Le mot église a été remplacé par le mot mosquée (tamzgida) ; Le mot punition a été rapproché du mot amende (izmaz), etc.

La restitution du vocabulaire ancien

Simultanément, j’ai procédé à la restitution des anciens termes mémorisés par les personnes âgées et méconnus dans le langage des jeunes. Exemples : Les chiffres. Dans mon parler, on utilise la langue arabe pour désigner les chiffres à partir de quatre. J’ai donc restitué les noms amazighs des chiffres quatre (koz), cinq (semmus), six (sdis), etc. Autres exemples : Le mot aider (aws) a été substitué au mot (âawen) d’origine arabe. Se dépêcher (ghiwel), mentionner (bder), le pardon (Asurf), la rouille (tanikt), le boulon (takcrirt), malgré-lui (ccil-as), le radeau (agherrabu), le pommier (adeffuy), etc.

Lorsque cela s’est avéré nécessaire, j’ai également utilisé des locutions et des idiomes pouvant renvoyer à la valeur sémantique proche du terme français. Exemples : La phrase : « Il a été choqué » a souvent été traduite (ulin as idammen) qui littéralement veut dire « le sang lui monte » à la place de (iqelleq) qui est d’origine arabe. La phrase : « Il faut être indulgent avec les grandes personnes » a été traduite (medden imeqranen, ssurfat ten, ad ur fellasen ttawim)... Littéralement : « il faut pardonner les grandes personnes et ne pas les prendre (au sérieux) », etc.

Dérivation lexicale

Certains vocables auxquels je n’ai pas trouvé de correspondants en amazighe, ont parfois été forgés à partir du nom ou du verbe renvoyant à cette notion, présente quant à elle, dans le langage usuel. Exemples : Le nom tanegmirt, (proie) est dérivé du verbe gmer (chasser) ; Le nom tamskant (démonstration), a été forgé à partir du verbe sken (montrer) ; Le nom agldun (prince), a été forgé à partir du nom Agellid (roi) ; Le nom gartuga (mauvaise herbe), a été forgé à partir du mot tuga (herbe) et du préfixe gar (mauvais, faux) ; Mauvaise graine (garamud), à partir de graine (amud) et du préfixe (gar)… etc.

Lorsque la dérivation directe n’était pas évidente, ou lorsque le terme existait dans un autre parler, je n’ai pas hésité à l’emprunter, à l’utiliser et à l’adopter.

Les emprunts

-  L’emprunt intra-dialectal : Plusieurs mots utilisés pour traduire le « Petit Prince » n’appartiennent pas au parler de base que j’ai utilisé, mais à un autre parler du même espace géographique. Exemples : Le mot iheyya (joli, bon), a été substitué au terme ihla d’origine arabe, utilisé dans mon parler ; Le mot inmala (proche) a été substitué à iqerreb également d’origine arabe ; Le nom tifawt (matin) a été substitué à sbah encore une fois d’origine arabe. Le verbe rmigh (être fatigué) à la place de (uhlegh)… etc.

Souvent, j’ai simultanément utilisé des synonymes en usage dans ce même espace géographique pour enrichir le vocabulaire. Exemples : Les verbes irw, izi et ighuda (être jolis, bon) ; Istegh et ittiqs (éclater)… etc.

-  L’emprunt inter-dialectal : Chaque fois qu’un vocable était inconnu dans les parlers de notre région, j’empruntais alors celui-ci à un autre parler plus ou moins proche, souvent en utilisant les dictionnaires disponibles. Exemples : Iilell (mer), zzider (endurance), asirem (espoir), irwas (ressembler) ; waqila (peut être), taghlaghlt (échos), aghanib (crayon, stylo), tawaghit (incident)… etc.

L’emprunt aux autres parlers n’a cependant pas été systématique. Souvent, pour faciliter la lecture du texte, j’ai préféré garder les vocables utilisés et bien intégrés dans l’usage quotidien bien qu’ils soient empruntés aux autres langues. Exemples :

— Les emprunts à l’arabe : Jjib (poche), asanduq (caisse), yumen (croire), akursy (chaise), iwhen (il est facile)… etc.

— Les emprunts au français : Amaksyan (mécanicien), amutur (moteur), adiktatur (dictateur), minut (minute)… etc.

— Les emprunts aux autres langues, et au lexique universel : Aboa (boa), el-bridj (bridge), golf (golf), kravat (cravate), mil (mil), astronom (astronome), ateleskop (télescope), diamand (diamant)… etc.

Néologie

Bien que l’emprunt inter-dialectal soit souvent considéré comme étranger pour un jeune lecteur amazigh ne sachant que son parler maternel, la vraie néologie est celle puisé dans les lexiques modernes élaborés par les amazighisants, et diffusés dans les milieux associatifs. Le plus connu, le mieux diffusé et le plus pratique est l’Amawal Imdyazen. C’est à partir de ce manuel que j’ai puisé l’équivalent en amazighe d’un certain nombre de termes inconnus dans nos parlers. Exemples : Unugh (dessin), anazur (artiste), turda (opinion), tasertit (politique), adrug (mystère), uttun (numéro), adlis (livre), tamsirt (leçon), amaynu (nouveau), ameghrad (universel), taksna (tragédie)…etc.

Voici un extrait du Petit Prince en français suivi de sa traduction en amazighe. Il s’agit du Chapitre XXIII. L’un des plus courts chapitres du conte, mais l’un des plus riches en informations et en morale.

-  Bonjour, dit le petit prince.
-  Bonjour, dit le marchand. C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.
-  Pourquoi vends-tu ça ? dit le petit prince.
-  C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.
-  Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes ?
-  On en fait ce que l’on veut... " Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine... "

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Dans ce court chapitre, on peut relever trois types de vocables :
-  Trois néologismes : agldun (Prince) ; atrar (moderne, mis pour perfectionné) ; smumraw (cinquante).
-  Trois emprunts : minut (minute) ; el-kina (pilule) ; asbbab (marchand).
-  Le reste est constitué de mots appartenant au lexique fondamental de tamazight. J’estime que plus de 70% du lexique utilisé dans la version française du Petit Prince, trouve son équivalent dans le lexique de base amazighe. Il est important de noter qu’un certain nombre de mots sont considérés comme des emprunts inter-dialectaux. Exemple : akud (temps) ; imalas (semaine) étant deux vocables qui d’habitude, ne sont utilisés que dans le parler du sud « tachelhit » alors que dans mon parler du sud-est, l’un est emprunté à l’arabe luqt (temps), l’autre au français simana (semaine).

L’utilisation des néologismes n’est pas du tout systématique. Par exemple, bien que le mot « minute » soit présent comme néologisme (tusdidt) dans l’Amawal et dans le dictionnaire de M. Chafik, j’ai préféré utiliser l’emprunt « minut » car, d’une part il est compris par tout le monde, et d’autre part, le néologisme « tusdidt » peut être confondu avec l’adjectif « mince » qui a la même forme au féminin singulier.

Souvent, lorsqu’un mot est inhabituel à la culture et à la langue amazighe, je n’hésitais pas à l’adapter à l’environnement socioculturel le plus proche à cette culture même si ce mot trouve son équivalent dans les emprunts. Exemple : pour traduire « fontaine », bien que le mot « tasqqayt » (ou tasebbalt) existe comme emprunt, je lui ai préféré le mot « taghbalut » (source) parce qu’il est plus affectif et plus ancré dans la culture amazighe.

Il est important de signaler que pour traduire le Petit Prince, j’ai utilisé autant que possible les dictionnaires qui me sont accessibles, mais il n’a jamais été question de créer mes propres néologismes.

Conclusion

Dans l’état actuel de la langue amazighe, celui d’une étape transitoire entre l’oral et l’écrit, une œuvre littéraire, en particulier un conte comme celui du Petit Prince, devrait être de préférence narrée aux enfants par le moyen d’un support audio, et par la voix d’un conteur, comme autrefois. Chose que je n’ai pas pu réaliser pour le moment.

Bien que le support écrit soit nécessaire pour l’enseignement et la diffusion de la littérature et du savoir, le support audiovisuel, accompagné ou pas d’un support écrit, est le moyen le plus efficace qui garantira une meilleure diffusion de la langue et de la culture amazighe, et qui permettra de toucher un large public amazighophone, qui, jusqu’à présent utilise le créneau oral comme principal moyen de communication.

La restitution des mots anciens, l’utilisation des locutions et idiomes, la dérivation lexicale et l’emprunt inter-dialectal constituent le moyen le plus efficace et le plus simple pour pallier le déficit lexical en amazighe.

Cependant, l’amazighe, doit aussi profiter de l’emprunt aux autres langues internationales. Ce phénomène est naturel à toutes les langues en particulier en ce qui concerne le vocabulaire technique et scientifique. Pour l’amazighe, langue en émergence et en cours de standardisation, le recours aux néologismes n’est utile, à mon avis, que lorsque la recherche dans les autres dialectes a été épuisée. Pour la littérature amazighe destinée en particulier à la jeunesse, la néologie a tendance à empêcher l’accessibilité et la vivacité de la langue. C’est pour cela que, personnellement, je préfère garder les emprunts tels qu’ils sont utilisés dans la langue quotidienne des amazighs. Ceci évidemment, dans le cas où le vocable en question est absent dans un des parlers amazighs, et si sa dérivation d’un radical existant n’est pas évidente.

Lahbib Fouad
Yeschou@gmail.com

[1] M. A. Haddadou . La langue berbère : Les emprunts antiques. juin 2005, la dépêche de kabylie n°921.

[2] L’alphabet latin serait-il d’origine berbère ? par Mebarek Slaouti Taklit L’Harmattan, 2004.

[3] Expérience personnelle en traduction d’œuvres littéraires (La plupart des nouvelles traduites ont été publiées dans les revues et journaux) : Ighmer (Nouvelle de Mohamed Khair-Eddin) ; Jadou (Nouvelle de Said El Mahroug) ; Ilse (Nouvelle de Brahim Al Kouni) ; Amghar (Nouvelle de Moha Souag) ; Tageldit (Nouvelle de Tahar Djaout) ; Agrawal (Livre autobiographique de Lounes Matoub / Prix Mouloud Mammeri 1998), Agldun amezzan (Conte de Antoine de Saint-Exupéry)...

[4] Amawal (lexique) tamazight – tafransist (berbère-français), tafransist-tamazight (français-berbère). Paris. Imdyazen, 1980. 131p. utilisé par la plupart des créateurs en langue amazighe

Source: Afrique du nord

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05 janvier 2008

Les particularités de l'islam au Maghreb

Paul Balta

Ancien directeur du Centre d'études de l'Orient contemporain à l'université de Paris III-Sorbonne Nouvelle

Arabisé et islamisé au VIIe siècle, le Maghreb berbère a toujours su défendre ses particularités. Revenu au sunnisme après une parenthèse schismatique, il s'attache au rite malékite où se mêlent traditions locales et rigorisme dogmatique. Les zaouia, ou confréries soufistes, seront toujours très proches de la population. Paul Balta, spécialiste des mondes arabe a écrit de nombreux articles et ouvrages – dont, en 2001, Islam, civilisation et sociétés, aux éditions du Rocher – dans lesquels il s'est attaché à montrer quelles répercussions ont eu ces caractéristiques de l'islam berbère sur la décolonisation et les processus d'indépendance, même si elles sont actuellement remises en cause par certains fondamentalismes.

Des Berbères polythéistes christianisés…

« L'Islam berbère », cette expression revient souvent chez le grand islamologue Louis Gardet. À juste titre : bien que largement arabisée, la population du Maghreb, – le nom arabe de l'Occident – appartient dans sa très grande majorité à l'ethnie berbère, les Imazighen – au singulier Amazigh – « les hommes libres ». Une formule lapidaire, qu'on prête à Ibn Khaldoun (1332-1406) mais qui est de l'historien marocain Lahsen el-Youssi, auteur à la fin du XVIIe siècle d'Al Mouhadarât, définit ainsi l'homme berbère et son espace, de  la Libye à la Mauritanie  : « halq el rouous, akl el couscous, lebs el burnous : crânes rasés, mangeurs de couscous, porteurs de burnous ».

L'apport arabe est, historiquement, celui des quelque dix mille combattants du conquérant musulman Sidi Okba Ben Nafi (vers 630-683), au VIIe siècle, puis des cent mille à deux cent mille membres des tribus Beni Hilal et Beni Soleim, originaires d'Arabie. Au XIe siècle, le sultan d'Égypte s'était débarrassé de ces nomades pillards, installés sur son sol, en les envoyant islamiser le Maghreb où vivaient encore des chrétiens, des juifs et des polythéistes. Ils dévastent la région mais réussissent leur mission. En revanche, l'arabisation de la population s'échelonnera sur plusieurs siècles et certaines régions montagneuses d'Algérie et surtout du Maroc, y échappaient encore au milieu du XXe siècle.

Rigorisme et volonté d'indépendance sont deux constantes de l'Afrique du Nord tout au long de son histoire. Au début de notre ère, les Berbères polythéistes se convertirent au christianisme par opposition à  la Rome impériale qui avait conquis la région. Néanmoins, dès le IVe siècle, ils embrassèrent le schisme donatiste. Prêché par Donat, évêque de Carthage mort vers 355, ce schisme égalitaire combattu par saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone, dressa les pauvres cultivateurs berbères contre les riches colons romains, les campagnes contre le christianisme de Rome, religion du pouvoir et des villes. Des réactions analogues se produiront au début de l'islam.

… et arabisés

La conquête du Maghreb par les cavaliers arabes, étalée sur un demi-siècle, s'est heurtée à une résistance plus vive qu'au Machek – en Orient. Amr ibn al'As (?-663), occupe l'Égypte puis  la Libye en 642, mais ne va pas au-delà. La vraie conquête sera l'œuvre d'Okba. Entré en Tunisie en 670, il fonde Kairouan qui deviendra la première ville sainte du Maghreb. Puis, contrairement à tous les conquérants qui arrivaient par la mer, il suit la ligne des hauts plateaux habités par les autochtones. Nombre d'entre eux voient dans l'islam une religion qui les délivrera de Byzance la grecque et des Byzantins installés dans les villes du nord. Il progresse jusqu'à l'Atlantique, fait de nombreux adeptes, mais se heurte, sur le chemin du retour, au chef berbère Kosayla qui lui inflige une sévère défaite et le tue.

La Kahina, reine juive des Aurès, dont certains Algériens contestent la judéité, résiste à son tour mais est finalement vaincue par le général arabe Moussa ben Noçayr. Fort avisé, il confie l'expédition contre l'Espagne à un Berbère converti, Tarik ben Ziad, qui franchira en 711 le détroit qui depuis porte son nom, Djebel Tarik ou Gibraltar.

Le Maghreb kharijite et chiite

Les califes de la dynastie omeyyade (660-750) à Damas, la seule purement arabe, n'eurent pas la même sagesse. Appelant mawali les convertis non arabes et les considérant comme des sujets de seconde zone, ils prétendaient leur faire payer un impôt. Cette discrimination provoqua la révolte des Berbères car, selon le Coran, tous les musulmans sont égaux. Beaucoup s'insurgèrent contre le pouvoir des Omeyyades puis des Abbassides (750-1253) de Bagdad, rejetèrent l'orthodoxie sunnite et embrassèrent les schismes kharijite et chiite.

Les kharijites, ces « puritains de l'islam », selon l'expression de Louis Massignon, se caractérisaient par leur intransigeance doctrinale et contestaient le califat héréditaire. Venant d'Iran, le kharijite Ibn Rostom traversa l'Ifriqiya – l'Africa des Romains – en 761, rallia les Berbères et fonda le royaume de Tahert, près de l'actuelle Tiaret, en Algérie. Les Rostémides se heurtèrent ensuite à l'hostilité des Idrissides chiites du Maroc puis s'effondrèrent en 909 sous les coups des Fatimides, chiites de Tunisie. Les descendants des kharijites se trouvent aujourd'hui, sous le nom d'ibadites, dans le Djebel Nefoussa en Libye, dans l'île de Djerba en Tunisie et au M'Zab, dans le sud de l'Algérie.

Le chiisme, par essence contestataire, a marqué le Maghreb pour la première fois avec Idris Ier. Pur Arabe ayant fui l'Irak où il s'était révolté contre le calife Haroun al-Rachid, qui le fera assassiner en 792, il marque son intégration en épousant une Berbère. Ce geste symbolique est devenu depuis une tradition chez les monarques du royaume. Fondateur de Fès et de la première grande dynastie marocaine, celle des Idrissides (789-974), il fera flotter, de même que ses successeurs, la bannière noire du chiisme. Les Fatimides (909-1171) se heurtèrent à des ulémas sunnites de Kairouan, à des rebelles kharijites et aux Idrissides, mais finirent par étendre leur domination à presque tout le Maghreb et à d'autres pays musulmans dont l'Égypte, où ils fondèrent Le Caire, Al Qahira, «  la Victorieuse » en 969, et la grande mosquée-université d'Al Azhar, puis poussèrent jusqu'à la Syrie avant d'être renversés par l'illustre Saladin. Le fait mérite d'être souligné car c'est la seule fois où l'expansion s'est faite d'ouest en est.

Le Maghreb sunnite de rite malékite

Il reviendra à Youssef ben Tachfin, chef de la tribu berbère des Sanhadja, implantée dans l'Adrar, au nord de l'actuelle Mauritanie, de restaurer au Maghreb, à la suite d'un pèlerinage à La Mecque, l'orthodoxie sunnite de rite malékite. Fondateur de la dynastie des Almoravides, en arabe Al Mourabitoune (1050-1147) et de Marrakech (1070), il a étendu son pouvoir jusqu'à la Kabylie , en Algérie, vaincu les Espagnols à Zellaka (1083) et consolidé l'islam en Andalousie. Il a créé les ribat, forteresses tenues par les mourabitoune, « moines-soldats », membres de confréries à la fois religieuses et militaires. Le sens de ce mot, dont nous avons tiré marabout, a évolué. En effet, il s'applique depuis longtemps déjà à de pieux personnages, guérisseurs et thaumaturges, dont on recherche la protection ; il désigne, par extension, les sanctuaires où ils sont enterrés et auxquels on se rend en pèlerinage. 

L'École malékite a été fondée par Mâlik ibn Annas (711-795), connu comme « l'imam de Médine », ville où il vécut et où il s'attacha à codifier  la  Loi en usage inspirée par les pratiques de Mahomet et de ses compagnons. Rigoriste sur le dogme, ce rite recommande de tenir compte de l'intérêt général, maslaha, et fait confiance au consensus des savants, ijma'. Complété par divers traités de juristes de Kairouan, il accorde aussi une place particulière aux pratiques commerciales et à la coutume, ‘ourf. Il a ainsi intégré de façon réaliste des traditions populaires et même des superstitions enracinées depuis l'Antiquité dans la vie quotidienne des Berbères, lesquels honorent particulièrement le culte des saints. Cela explique aussi que le malékisme ait été adopté par une partie de l'Afrique noire.

Une autre dynastie berbère, issue du Rif, au nord du Maroc, celle des Almohades (1147-1269), ou Mouwahidoune, les « Unitaristes », eut pour mahdi « chef suprême », Ibn Toumart dont la doctrine visait à refaire sans concession l'unité de la oumma ou communauté des musulmans. Aux cinq piliers de l'islam – la profession de foi, la prière, l'aumône, le jeûne du mois de ramadan, le pèlerinage à La Mecque – il en ajouta un sixième, le jihad, dans le sens de guerre sainte, qui n'est pas canonique et n'a pas survécu à la dynastie. Selon lui, il fallait la livrer impérativement aux mauvais musulmans avant même d'attaquer les infidèles. Il a renversé les Almoravides et a combattu avec une rare persévérance, imité par ses successeurs, l'appartenance du Maghreb au rite malékite. Confirmant la thèse de Louis Gardet, Henri Laoust constate : « Action missionnaire et action coercitive ne réussiront jamais à venir pleinement à bout des forces vives de l'islam maghrébin : l'attachement à l'école de l'imam Malik et aux forces populaires du soufisme ».

Confréries et zaouia

Parallèlement à l'islam officiel, un islam populaire s'est en effet affirmé très tôt avec le soufisme ou mysticisme et son succès perdure jusqu'à nos jours. Il repose sur les confréries, ou tarika, que les Maghrébins appellent aussi zaouia, du nom des couvents où elles sont installées, formant un réseau de mosquées, d'écoles, voire d'universités et de lieux d'habitation. Les adeptes se placent sous la direction d'un chef spirituel, cheikh, dont la fonction est héréditaire. Passons en revue les principales zaouia.

Une des plus anciennes est  la Shadhiliya , dont le fondateur est né en Tunisie (1196) ; elle compte plusieurs branches dont la Isawiya , implantée en Algérie par Muhammad ibn Isa (1465-1524), et la Darqawiy , fondée au Maroc par le chérif idrisside Mawlay Darqawi (1760-1823). Une des plus influentes est la Qadiriya qui a vu le jour à Bagdad au XIIe siècle, mais qui a eu ultérieurement des ramifications au Maghreb où elle a joué un rôle contre la conquête de l'Algérie par la France , en 1830, et dont a fait partie l'émir Abd el Kader.

Citons aussi  la Tijaniya dont le cheikh, Ahmad Tijani, un homme du Sud algérien, prodigue son enseignement à Tlemcen en 1782, revient au désert puis gagne Fès où il se place sous la protection du sultan en raison de l'originalité de sa doctrine. En effet, ses zaouia pouvaient adopter, selon les régions, des positions politiques diverses et donner d'elles une image correspondant à la réalité sociologique locale. C'est ce qui explique la facilité avec laquelle elles se sont répandues au Maghreb et en Afrique noire. Enfin, également assez récente,  la Senousiya , d'Ali al Sanousi (1787-1859), né en Algérie mais formé à Fès dans la Qadiriya. Après un séjour en Orient, il s'installe en Cyrénaïque, dans le golfe des Syrtes, où il fonde sa confrérie dont les zaouia s'étendront jusqu'au Soudan. Elle est à l'origine d'un nouveau pouvoir dynastique au Maghreb, celui des Sénoussi, qui permit à Idris Ier de créer, en 1918, le royaume de Libye, qui sera renversé en 1969 par le colonel Kadhafi.

Colonisation et indépendance

Le système tribal a plus profondément marqué le Maghreb central – l'Algérie – que ses deux voisins, l'Ifriqiya – la Tunisie – et  le Maghreb el Aqsa, « le Maghreb extrême » – le Maroc – où, au fil des siècles, d'importantes dynasties ont imposé un pouvoir central. Le cas du Maroc est intéressant à plus d'un égard. Contrairement à des monarques du Proche-Orient installés par la puissance coloniale, comme en Irak et en Jordanie, ou soutenus par elle, comme en Égypte, les Alaouites, actuellement sur le trône, ont, comme leurs prédécesseurs, une double légitimité : religieuse car le souverain porte le titre de Commandeur des croyants et est reconnu comme tel par toutes les tribus, et politique en raison de l'ancienneté de la dynastie, fondée en 1666, et de son patriotisme.

En effet, à partir du XVIe siècle, les Turcs ottomans ont occupé les pays du Maghreb à l'exception du Maroc, les souverains successifs soutenus par le peuple ayant résisté à toutes leurs offensives. Bien qu'étant des sunnites hanéfites, les Ottomans n'ont pas cherché à imposer leur rite et ont coexisté avec les institutions malékites, lesquelles, à leur tour, respectent ceux de leurs descendants, peu nombreux, demeurés sur place après la colonisation. La présence française en Algérie (1830-1962), en Tunisie (1881-1956) et au Maroc (1912-1956) a eu une conséquence paradoxale : la plupart des ulémas et des chefs religieux traditionalistes se sont ralliés au régime colonial par leur silence ou leur inaction mais ont obtenu en contrepartie que le colonisateur n'interfère pas dans le domaine religieux. En revanche, l'Algérien Ben Badis, célèbre pour sa formule « L'Algérie est ma patrie, l'arabe ma langue, l'islam ma religion », et le Marocain Allal el Fassi, chef du parti de l'Istiqlal, « l'indépendance », soutenu par le sultan Mohamed V, prôneront la lutte de libération pour défendre les valeurs arabes et islamiques.

Les indépendances seront surtout l'œuvre de modernistes occidentalisés, comme Habib Bourguiba en Tunisie, comme nombre de chefs du FLN en Algérie ; une partie des membres de l'Istiqlal fera scission pour créer l'Union nationale des forces populaires. Les islamistes s'affirment à partir des années 1970, mais c'est là un sujet complexe qui mérite d'être traité pour lui-même. Signalons cependant qu'ils s'inspirent de l'idéologie des Frères musulmans d'Égypte et du fondamentalisme de l'Arabie saoudite, même s'il arrive à certains de leurs chefs de se référer aux Almohades ou de chercher à innover.

En Tunisie, le MTI, Mouvement de la tendance islamique, toléré par Bourguiba pour faire contrepoids à la gauche, a été réprimé pour ses excès ; le parti Ennahda qui en est issu s'est également heurté au président Ben Ali. En Algérie, le système du parti unique jusqu'en 1988, les privilèges et la corruption de chefs militaires et de certains dirigeants ont contribué à l'émergence de mouvements islamistes dont le principal était le FIS, Front islamique du salut, actuellement interdit, et à l'entrée en scène du GIA, – Groupes islamiques armés – qui, depuis 1991, a massacré plus de cent cinquante mille personnes malgré une forte mobilisation militaire. Des partis islamistes modérés siègent à l'Assemblée nationale mais leur idéologie est en perte de vitesse et le président Bouteflika s'efforce d'établir la « concorde civile ». Au Maroc, enfin, les groupes islamistes ont progressé dans les quartiers pauvres des grandes villes mais leur influence est limitée par le rôle de Commandeur des croyants de Momamed VI.

Paul Balta

Bibliographie

-Le grand Maghreb. Des indépendances à l’an 2000
Paul Balta
La Découverte  , Paris, 1990

-L’Islamisme au Maghreb : Tunisie, Algérie, Libye, Maroc
François Burgat
Payot, Paris, 1995

-L’Islam, religion et communauté
Louis Gardet (Présentation de Malek Chebel)
Desclée de Brouwer, 2002

-Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, 4 volumes
Ibn-Khaldoun
Paul Geuthner, Paris, 2000

-Histoire de l’Afrique du Nord. Des origines à 1830.
Charles-André Julien
Payot, Paris, 1994

-Le Maghreb face à l'islamisme : le Maghreb entre tentations autoritaires, essor de l'islamisme et demandes démocratiques
L’Harmattan, 1998
Abderrahim Lamchichi

-Les schismes en islam
Henri Laoust
Payot, 1983

-Histoire du Maghreb
Abdallah Laroui
La Découverte, 1982

Source: Revue Clio

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Amazigh –Tamazight (Berbère / Langue berbère)

Orthographe française : Amazigh, tamazight

Forme berbère : Amaziɣ (Berbère); plur. : Imaziɣen, "Berbères; fem. : tamaziɣt, "(la/une) Berbère" et "(la) langue berbère"

 Ce terme est traditionnellement employé par certains groupes berbérophones pour se désigner eux-mêmes :

– Dans l’ensemble du Moyen-Atlas et Maroc central (aire tamazight).

– Par l’ensemble des groupes touaregs, sous la forme locale amaheɣ, amajeɣ, amaceɣ.

– Au Sahara et en Tunisie, le terme est souvent utilisé concurremment à une désignation locale. Parfois, au Sahara, amaziɣ peut désigner "l’homme libre" (par opposition à l‘esclave), "le maître", "le noble", "le seigneur", voire même Dieu (Gourara).

Amaziɣ est également connu depuis l’Antiquité, à travers les sources latines, en tant que dénomination de nombreux groupes tribaux (Mazices etc.), dispersés sur l’ensemble du territoire de l’Afrique du Nord.

Et dans les sources arabes médiévales (Ibn Khaldoun), Mazîgh est présenté comme l’ancêtre d’une grande partie des Berbères. En réinterprétant ces conceptions généalogiques anciennes de l’histoire de peuples, cela signifie qu’une grande partie des Berbères s’identifiaient comme Imazighen.

A l’époque contemporaine, ce sont les militants kabyles des années 1940 (les « berbéro-nationalistes ») qui en ont généralisé l’usage. En quelques décennies, le terme s’est imposé comme auto-désignation des Berbères (Imazighen) et de la langue berbère (tamazight), alors que jusque là les différents groupes berbères, dans leur culture orale, ne disposaient d’aucune dénomination globale des Berbères et de leur langue. L’usage traditionnel ne connaissait que les dénominations locales (« Kabyles », « Chleuh », « Rifain », etc.). Seuls les lettrés, ceux qui avaient accès aux savoirs arabes et/ou occidentaux, connaissaient le concept de Berbère et de langue berbère. Il s’agit donc clairement d’un néologisme qui traduit l’émergence sociale d’un concept, jusque là très flou dans la conscience collective.

On constate que, depuis les années 1980, les institutions et le discours officiel algériens et marocains se sont alignés sur cet usage, aussi bien en langue française qu’en langue arabe.

[S.C.]

Pour une information plus détaillée, voir Amazigh/Tamazight.pdf_logo

Source: INALCO (consulté le 5 janvier 2008)

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La montagne marocaine et le pouvoir central : un conflit séculaire mal élucide *

Ali Sedqi Azaykou
Poète et historien, professeur universitaire et membre du Conseil d'Administration de l'IRCAM (Maroc)

L'adrar n drn : une altitude méditerranéenne en afrique

La montagne marocaine, telle qu'on la connaît à travers 1'histoire, a toujours abrité des populations refusant toute soumissions aux différents pou- voir centraux établis dans le plat pays (1). " La montagne, écrit J. Célérier, est par excellence le "Bled es-Siba", le pays des tribus insoumises où le sultan n'a pu établir un minimum d'ordre, où le morcellement en groupes ennemis obligeait naguère les pacifiques voyageurs à multiplier d'onéreux protecteurs. (...) Les Sultans les plus intelligents et les plus énergiques se sont épuisés à lutter contre cette force centrifuge qui est le produit essentiel de la montagne " (1 bis).

Elle est, comme toutes les montagnes méditerranéennes, à tout le moins " ...le refuge des libertés, des démocraties, des " républiques " paysannes (2). "

Ce fait ne doit pas impliquer cependant l'idée d'une population montagnarde isolée, ne participant en aucune façon à la vie active des plaines environnantes, ni d'ailleurs celle d'une population figée et monolithique sur le plan raciale. Un mouvement permanent renouvelle, en effet, l'ossature humaine des occupants de la montagne: "L'optimum du peuplement y est vite atteint et dépassé: elle doit périodiquement déverser sur la plaine sa surcharge d'hommes" (3). " La montagne est bien cela: une fabrique d'homme à l'usage d'autrui, sa vie diffusée, prodiguée, nourrit l'histoire entière de la mer" (4).

En ce qui concerne le Maroc, le cas de l'empire almohade semble être un exemple qui prouve que les montagnards, si l'occasion se présente, peuvent aussi devenir les acteurs principaux d'une histoire glorieuse (5).

L'Atlas de Marrakech et le pouvoir central

I) Données géographiques

L'Atlas de Marrakech est la partie centrale de l'adrar n-Dern ou le Haut-Atlas. C'est un ensemble particulièrement important, vu sa situation géographique et ses capacités humaines. Il se situe, GROSSO-MODO, entre la vallée de Rdat à l'Est et celle de Tamarwut (Asif n-lmi n tanût) à l'Ouest.

Les deux rivières parcourant ces deux vallées représentent avec Asif n-Iwriken, Asif n-Nffis et Asif n-Mal, les principaux affluents de Tansift. Il s'agit donc de ce qu'il est convenu d'appeler l'Atlas de Marrakech, qui se dresse majestueusement à une quarantaine de kilomètres environ au Sud de la ville almoravide. Les cols de Tizi n-Tishka à l'Est, de Tizi n-Umashu à l'Ouest et de Tizi n-Tast au centre, sont parmi d'autres, de hauts lieux de passage permettant aux hommes de franchir les plus hautes altitudes marocaines (6). Le Haut-Atlas, malgré son orientation (Ouest-Sud-Ouest, Est- Nord-Est), sa lourdeur, sa grande étendue et sa haute altitude n'a, effective- ment, jamais constitué une barrière sérieuse empêchant les habitants de part et d'autre de ses versants d'entreprendre de multiples rapports. Il a toujours été, au contraire, grâce à ses vallées et à ses cols, un relais ou un gîte favorisant cette éternelle alternative d'hommes et de choses. Une déception, sans doute, pour tous ceux qui croient en l'invulnérabilité des frontières naturelles (7). C'est dans cet ensemble montagneux que se trouvent, en effets les pas- sages les plus fréquentés reliant le Hawz de Marrakech à la plaine du Souss. L'une et l'autre étant deux régions aussi importantes que complémentaires, en ce qu'elles représentent une continuité humaine dans le temps et une dis- symétrie morphologique dans l'espace; continuité et dissymétrie dues, dans une grande mesure à l'existence même de cette montagne.

Le Souss, le Hawz et l'Atlas sont parmi les régions du Maroc, celles qui sont habitées depuis les siècles les plus reculés (8), La région de Marrakech appartient à une zone d'influence que l'on peut appeler atlantico- méditerranéenne, tandis que le Souss appartient à celle que l'on peut nom- mer Saharo-africaine(9) .Par conséquent, les deux régions reçoivent et réfléchissent des types relativement différents d'influences climatiques, économiques, politiques et culturelles. L'unité linguistique (Tamazight) avait fait que cette complémentarité nécessaire fut beaucoup plus intense et que cette continuité eut une dimension historique considérable (10).

2) L'installation des Almoravides à Marrakech : début d'un conflit sans précédent.

L'édification de Marrakech, devenue capitale des Almoravides au Xie siècle, fut dictée par de nombreuses raisons (11), mais ce fut surtout les ré-percussions ultérieures de l'initiative almoravide qui rendirent compte de l'importance majeure de l'événement par rapport à l'Atlas de Marrakech (12).

Les premiers almoravides voulaient être près de cette montagne pour mieux la contrôler (13), parce qu'on les aurait avertis d'une opposition réelle ou éventuelle de la part de ces paysans montagnards habitués à des structures politico-sociales différentes de celle qu'on leur proposait (14).

La justesse de cette visée stratégique allait être confirmée par les événements ultérieurs, d'autant plus que cette contrée massivement peuplée (15) les séparait dangereusement de leurs pays d'origine.

La ville de Marrakech était trop près de cette zone montagneuse difficile- ment accessible, pour qu'elle pût échapper aux convoitises de toutes sortes. L'importance vitale du Hawz de Marrakech pour les habitants de la montagne voisine était inestimable. Le Dir ou " les pays en espalier " selon l'ex- pression de F. Braudel (op. Cit. p.43) constitue effectivement avec les plaines avoisinantes le prolongement de l'espace vital des habitants de la montagne (16). Or, l'installation des Almoravides non loin du Dir Nord avait pratiquement bouleversé l'ordre des choses.

Les montagnards ne pouvaient plus ou guère étendre leurs activités au delà de leurs refuges escarpés. Les masses almoravides et leurs troupeaux, les différentes obligations qu'imposait le nouveau régime étaient, parmi tant d'autres raisons, à l'origine de ce changement aussi brutal que fatal. Ces problèmes ont fait que les lmsmuden de la montagne, forts par leur nombre et par leurs atouts stratégiques, étaient disposés à soutenir tout opposant leur promettant la fin de cette situation,

En effet, c'était avec eux et dans leur montagne que le mouvement almohade vit le jour. La chute de la dynastie almoravide et l'avènement de celle des Almohades met fin à ce blocus longuement et péniblement supporté par les montagnards. Il en sera de même pendant toute l'époque mérinide; puisque les gouverneurs de Marrakech à cette époque étaient presque tous issus des grandes familles de la montagne (17). Cela n'a pas empêché pour autant, les Imgharen des Imsmuden de décider de marcher sur Marrakech : "Un engagement solennel fut pris à cet effet et l'on s'était décidé à mettre cette ville en ruine parce qu'elle servait de centre d'administration et de station à un nombreux corps d'armées" (18).

Nous constatons d'emblée qu'entre la volonté pressante des pouvoirs politiques successifs de soumettre les hautes vallées et les intérêts vitaux des habitants de la montagne, il y avait toujours incompatibilité et divergence. A ce propos, Ibn khaldun avait écrit ceci : "Menacés (Imsmuden) par la proximité des lemtouna-almoravides, ils lui opposèrent une résistance telle- ment opiniâtre que le souverain de cette nation prit le parti de fonder la ville de Maroc (Marrakech) dans leur pays, afin de pouvoir dompter leur audace par des attaques sans cesse renouvelées" (19).

Il serait d'ailleurs très intéressant de savoir dans quelle mesure l'installation des Almoravides à Marrakech aurait contribuée à changer le paysage agricole et végétal de la région ainsi que la composition humaine de ses populations. En effet, les richesses de Nffis relatées par al-Bakri ne sont plus signalées par les sources postérieures; des groupes humains comme Ilalen et Izmiren (Hilana et Hazmira), n'ont laissé qu'un souvenir remontant à l'époque almohade. L'arrivée et l'installation par la suite des groupes nomades et Gish, aux alentours de la ville serait l'un des facteurs de cette détérioration " (20).

L'engagement des communautés de l'Atlas de Marrakech dans une aventure politique d'envergure, comme celle des Almohades, leur avait coûté très cher. Ils ont réussi, certes, à liquider le régime almoravide mais aux pri de grands sacrifices. Beaucoup d'entre eux étaient, effectivement obligés de quitter leurs montagnes pour s'installer ou mourrir ailleurs. La magnifique épopée almohade fut incontestablement la leur, mais elle a profondément bouleversé les structures politiques et sociales des communautés de la montagne. En effet, l'installation des Almohades dans la montagne ne s'est pas faites sans d'importants dégâts, tant sur le plan humain que sur le plan organisationnel. D'une part, parce que l'entreprise d'Ibn Tumert n'avait pas, au début, tout au moins, l'adhésion unanime de tous les groupes Imsmuden de Dem (21) ; d'autre part, parce que les visées unificatrices du projet almohade, malgré l'ingénieuse intégration de l'organisation socio-politique locale dans le système étatique almohade, sont difficilement assimilables par des populations profondément attachées aux principes communautaires de gouvernement (22).

Dans ce qui précède résident sans' doute des éléments explicatifs de l'état dégressif dans lequel se trouvent sombrés les débris des ensembles Imsmuden de l'Atlas de Marrakech après la chute de l'Empire almohade (23).

3) Des Limes romains aux forteresses almoravides

Bloquer l'arrière pays en construisant les Limes et les forteresses, voilà un procédé militaire anciennement utilisé au Maroc (24 ). Le Limes romain, vu son éloignement relatif des massifs montagneux et de leur prolongement immédiat dans la plaine, n'avait pas l'air d'étouffer, outre mesure, les mouvements habituels des habitants de la montagne environnante. Les forteresses almoravides, mérinides et alaouites sont, par contre, des ouvrages très avancés dans le Il poitrail" de la montagne.

Les Almoravides semblent être, à l'époque musulmane, les premiers à ceinturer la montagne d'une impressionnante série de forteresses sur les contreforts même de l'drar-n-Dern "Les almoravides, écrit al-Baydaq, choisirent des emplacements de forteresses et les édifièrent dans des endroits entourés de montagnes de tous côtés, afin de s'y défendre contre les Almohades" (25). Les forteresses de Tasghimmut (26), de Ansa (27), de Tafrggunt (28); de Wirgan (29) et de Nffis (30), tout particulièrement, sont non seulement des postes de surveillance, mais aussi de véritables verrous acculant les montagnards à leurs étroites et hautes vallées (31). Ces derniers ne sauraient admettre cet état de choses qui les privait de l'azaghar, c'est-à-dire de leur espace vital le plus envié (32). Tous les efforts des premiers Almohades étaient concentrés sur ces forteresses qui furent, semble-t-il, entièrement dé- truites avant la prise de la capitale des Almoravides en 1147 (33).

Si les Almohades, issus de la montagne de Dern, n'avaient pas besoin de tels ouvrages militaires qui étaient d'ailleurs tombés en désuétude durant tout leur règne, leur souvenir vivace perpétuait chez les pouvoirs postérieurs, l'idée de réduire les populations de la montagne par blocus. Les Mérinides ont réussi, certes, à contenir partiellement le problème des Masmuda de l'Atlas de Marrakech en déplaçant d'abord leur capitale à Fès (34) et en associant à leur pouvoir les Intan (Hentata), prestigieux héritiers des Almohades (35). Cependant, ils étaient, eux aussi, obligés de construire en 1353 la forteresse d'al-Qihra pour soumettre les Isksawan (Seksawa) (36). Mais Ibn khaldun assure que: " jamais ils (Isksawan) n'entrèrent au service des Mérinides, jamais ils ne se laissèrent commander par ce peuple.(...) repoussant toujours l'autorité de l'empire, ils lui offrirent une résistance continuelle " (37). Les Igdmiwen (Gedmiwa), quant à eux, après une période de résistance aux armées mérinides, se sont résignés, vu la vulnérabilité relative de leur pays, à reconnaître la souveraineté mérinide, sans se soumettre pour autant à leur autorité directe (38).

Cependant," Lors du revers subi par Abu-Lhasan à Cairouan et des troubles qui éclataient au Maghreb aussitôt après, les cheikhs masmoudiens, voyants les provinces marocaines (i.e., de Marrakech) sans chefs et sans défense, formèrent le projet de quitter leurs montagnes et de marcher sur Ma- roc (Marrakech). Un engagement solennel fut pris à cet effet et l'on s'était décidé à mettre cette ville en ruines (...) Le rétablissement de l'empire mérinide à Fès jeta la désunion parmi ces chefs et fit avorter leur projet, mais le souvenir n'en est pas encore effacé" (39).

4) Sous les saâdiens; la trêve dans l'épuisement

A l'époque de la dynastie saâdienne, les lmsmuden de l'Atlas de Marrakech ne font plus parler d'eux. Dans les chroniques de l'époque, on ne trouve rien qui puisse dénoter de leur part un intérêt quelconque à la politique de l'Etat dont la capitale est pourtant Marrakech qui les engorge tant.

Certes, un prétendant au trône s'est installé chez les lsksawan à l'époque d'al-Mansur dahbi, mais son entreprise n'a pas duré longtemps (40). Quelles étaient donc les causes de cette état de choses?

Bien entendu, nous n'avons pas l'intention d'approfondir la question ici posée. Nous allons néanmoins esquisser quelques grandes lignes d'une évolution interne qui semble être, directement ou indirectement, responsable de cette situation.

a) Il y a d'abord, comme nous l'avons signalé plus haut, les pertes humaines qu'avaient subies les populations de la montagne durant toute l'époque almohade et tout particulièrement pendant les cinquante dernières années de leur règne (41). La décision d'Idris al-Mansur en 626!1229 d'abroger officiellement tout ce qui perpétue le nom d'Ibn Tumert y compris sa qualité du Mahdi, a définitivement consacré la rupture entre la communauté des Almohades de la montagne (Djama'at al-Muwahhidin) et le pouvoir établi à Marrakech (42). C'est le début d'une longue période de recueillement qui va durer jusqu'au XVIIe siècles. La présence symbolique du pouvoir mérinide dans la région de Marrakech, représenté par des gouverneurs recrutés au sein des familles aristocratiques almohades (43), a entraîné des divergences profondes entre les fidèles de l'Almohadisme, retranchés dans la montagne et les serviteurs du nouveau régime résidant à Marrakech et les environs (44).

b) L'installation progressive de nouveau groupes d'Arabes bédouins dans le Hawz de Marrakech à beaucoup contribué à l'appauvrissement des populations de l'Atlas de Marrakech (45). Au XVe siècle, Léon l'Africain les décrit comme un véritable fléau pour les habitants de la montagne et de Marrakech (46) ." Mais les habitants, écrit-il, molestés par les Arabes ne peuvent cultiver le terrain. Ils n'ensemencent que la pente de la montagne (...), ils paient même pour cela le tiers de revenus de l'année comme redevances aux Arabes (p. 96-97)." Mais les Arabes surchargent cette ville (Imizmizi) d'impôts et le seigneur de Marrakech en fait autant, si bien que la plus grande partie de la campagne est inhabitée " (p. 98). Le rôle des Arabes bédouins dans la destruction de l'espace vital dans le Hawz de Marrakech et même au-delà, et par là, la paupérisation des communautés de l'Atlas, ne saurait-être ainsi considéré comme négligeable (47).

c) L'occupation des côtes marocaines par les chrétiens Espagnols et Portugais est un événement dont le retentissement est profondément senti par tous les habitants du pays (48). Sur le plan intérieur, les conséquences de l'intervention européenne sont d'une portée considérable. L'indignation et la peur provoquées chez les populations par le danger ibérique et la faiblesse du pouvoir Wattasside, ont incité les masses à s'adresser aux personnages religieux à savoir les marabouts et les chorfas (49). Le maraboutisme et le chérifisme seront désormais deux éléments essentiels qui colorent la vie politique du pays. La venue tardive des turcs en Algérie a contribué à consolider cette tendance au Maroc qui s'y est bien implantée pendant l'époque des Mérinides (50). L'Atlas de Marrakech qui a développé auparavant un mysticisme sobre et fort ancré dans les milieux paysans (51), n'a pas échappé à cette évolution. A ce propos, J. Berque a fait la remarque suivante: " Pendant le siècle et demi qu'encadrent les témoignages d'Ibn al-Zayyat et d'Idn Qunfud, règne dans le Dm une intense fermentation religieuse, sans doute consécutive à l'aventure almohade, réactif puissant pour les Berbères " (52).

d) Le prestige de la nouvelle dynastie qui n'est pas dû uniquement à ses origines chérifiennes que certains contestent d'ailleurs (53), mais aussi à son appartenance régionale, le Souss, et à l'appui que procure l'adhésion des marabouts du Sud à sa cause, semble être aussi l'une des raisons favorisant l'accalmie des communautés de Dern qui voient Marrakech redevenir la capitale du nouveau pouvoir central (54). Nous avons évoqué le Souss à ce propos, parce que nous savons qu'il est, depuis toujours, pour les habitants de Dern de Marrakech, une source d'influences diverses (55). Disons aussi que la conjoncture internationale au X VIe siècle a mis le Maroc dans une situation .l'obligeant à prêter plus d'attention à ses frontières orientale et maritime, sources de dangers réels et à traverser le désert pour rétablir la sécurité des sources de son Commerce caravanier.

L'épuisement consécutif à quatre siècles d'efforts de la part des Almoravides, Almohades et Mérinides, pour établir un pouvoir central jamais connu auparavant au Maroc, et de luttes contre la réalisation de ce projet, menées par un certain nombre de communautés marocaines, a, entre autres, facilité l'absorption des forces actives du pays par la notion du Jihad, exaltée par les Marabouts et les Saâdiens. Mais les saâdiens, une fois installés à Marrakech, se mettent à chercher d'autres alliés parmi les populations de la plaine ou du désert. Aussi constate-t-on que "l'emprise de la dynastie sur la montagne berbère, qu'elle avait menée au combat contre les Portugais, avait cessé dès la fin du règne de Mohammed as-Shaykh. Avec le soutien des marabouts, les montagnards devinrent de plus en plus les ennemis des Saâdiens appuyés sur les contingents arabes et alliés des Espagnols "(55bis).

Au début du XVIIe siècle, nous constatons que le travail en profondeur des Zawiya a donné lieu à trois royaumes montagnards : Le royaume de Tafilalt des Ida-Umahmud au Nord de Taroudant(56), le royaume de Tazeroualt dans 1'anti-atlas(57)et celui de Dila dans les montagnes de Tadla(58). Tous les trois avalent pour objectif la soumission des plaines environnantes au-delà des deux versants de l'Atlas.

Le succès des Alaouites de Tafilalt, dans le Sud-Est, chorfa eux aussi, va arrêter les ambitions des royaumes de la montagne et condamner ces communautés à mener une résistance sournoise et à pousser vers les plaines d'une façon ou d'une autre(59).

5) Une politique combinée: La pénétration lente et les forteresses avancées.

La rapidité avec laquelle Moulay Rachid a détruit le pouvoir politique des Vila et de Tazerwalt ne s'explique pas par une simple supériorité militaire de My Rachid, le côté psychologique croyons-nous, y est aussi pour quelque chose. En effet, il suffit de jeter un coup d'œil sur les lettres échangées entre le Saâdien Mohamed as-Shaykh ben Zaydan et les dilaïtes(60) d'u:ne part, et entre l'Alawite Mohamed ben chérif et le dilaïte Mohamed al-Hadj (61), d'autre part, pour constater que l'idée qui attribue la légitimité du pouvoir aux seuls chérifs est déjà profonde chez les uns et les autres. Il serait très intéressant d'ailleurs de savoir dans quelle mesure ce facteur a contribué à refouler, chez les Imazighen de l'Atlas, même quand ils sont puissants, toute aspiration au pouvoir suprême (62).

En effet, si Moulay Ismaïl a réussi au prix de grand efforts, à contenir la poussée des puissantes confédérations Sanhajiènnes du Haut-Atlas Oriental et du Moyen Atlas, on a des raisons de croire que cela Île s'est pas réalisé uniquement grâce à la puissance de l'armée makhzenienne et aux forteresses de surveillance militaire dispersées au pied de la montagne (63). L'absence apparemment totale d'un projet politique susceptible d'unifier les communautés de la montagne autour d'un idéal commun, a condamné leurs mouvements à n'être qu'une série de conflits entre les différents groupes ou entre ceux-ci et le pouvoir central (64). My Ismaîl a tout fait pour empêcher tout regroupement susceptible de nourrir des ambitions politiques chez les montagnards. Deux exemples peuvent-être évoqués ici: celui des lhnsalen du Moyen-Atlas (65) et celui de la Zawiya de Tasaft de la vallée de Nffis (66). Dans le premier cas, sidi Yusuf Ahensal accepte les directives du Makhzen, son activité de marabout se trouve ainsi tolérée par My lsmaîl (67). Quant au deuxième cas, Hadj Brahim az-Zarhuni refusant tout compromis avec le Sultan se trouve obligé de fuir sa Zawiyaque détruit le Pacha de Marrakech après avoir envahi la vallée de Nffis en 1715 (68).

Néanmoins le problème de la montagne reste l'un des problèmes majeurs du Makhzen marocain depuis la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il se pose tout particulièrement d'une façon dangereuse du côté du Moyen-Atlas et du Haut-Atlas Oriental. Et c'est vraisemblablement pour cette raison que la ville de Meknes devient la capitale de My Ismaïl(69). Pour parer à ce danger My Ismaîl utilise trois moyens déjà connus auparavant:

a) La neutralisation des Zawiya qui ne veulent pas être inféodées au régime et l'encouragement à en créer d'autres totalement inféodées. "La politique de domestication est plus nette à l'égard des familles chérifiennes. Des règnes de Moulay Rachid et de son successeur date la formation de deux Zaouias nouvelles, celles des Derkaoua et celles des Ouazzaniyine. (...) le pouvoir alaouite cherche à faire contrepoids aux marabouts non cherifiens" (70).

b) La formation d'une armée d'esclaves dévouées et sociologiquement non imbriqués dans le système social marocain." Le recrutement traditionnel par appel aux tribus "guich" (tribus à qui on octroie des terres en échange du service militaire) n'est pas pour autant négligé " (71 )

c) La construction des Kasbahs ou forteresses garnies de soldats Abid dans des pôints assez avancés dans la montagne (72). Parallèlement à tout cela, le Sultan, renforce le blocus de la montagne en installant des tribus "guich" dans la région de Tadla et ailleurs " chargées de faire face à la puissante forteresse berbère du Moyen-Atlas et du Haut-Atlas Occidental" (73).

Du côté du Haut-Atlas Occidental, il faut noter que My Ismaïl n'a pas procédé à l'édification de nouvelles kasbahs (74). Cela signifie-t-il que les montagnards de l'Atlas de Marrakech, ne présentaient aucun danger pour la sécurité du Makhzen? ou serait-ce parce que la présence des forces makhzeniennes à Marrakech était d'une densité suffisante pour empêcher toute tentative de rébellion? En tous cas nous savons que Marrakech était toujours considérée à l'époque alaouite comme ville impériale, le khalifa du Sultan y réside en permanence, secondé par un gouverneur ou un Pacha.

Nous constatons aussi que, sous le règne de My Ismaïl, le Sud du Maroc, y compris Marrakech, était le théâtre d'incidents très graves provoqués par des prétendants au trône appartenant à la propre famille du Sultan (75). Toutefois, le mouvement de Mohamed al Âlim, semble être le seul à constituer une menace sérieuse pour le régime de son père.

La Rihla de Tasaft donne des informations sur le comportement violent de al Âlim vis-àvis du Makhzen de My lsmaîl, ainsi que sur l'importance de l'adhésion des Ulama du Sud en particulier, à sa cause et les sympathies mêlées d'espoir, suscitées par son mouvement, chez les montagnards du Halit-Atlas Occidental. Les Barka de My Ismaïl, malgré tout, venaient toujours à bout de ces soulèvements, avec une facilité relative, quelque peu étonnante.

Cela incite à penser qu'un changement profond est intervenu pour faciliter le triomphe des uns et rendre inévitable la défaite des autres. En effet, nous estimons que le Souss et le Haut-Atlas Occidental en particulier constituent depuis longtemps une zone soumise à l'action érosive d'une politique makhzenienne de pénétration très élaborée. Elle consiste GROSSO-MODO à imposer à ces vieilles populations sédentaires la reconnaissance nominale du pouvoir établi, en accomplissant un certain nombre d'actes symboliques : les cadeaux au Sultan à l'occasion des fêtes, des impôts qu'on paie de temps en temps, la liberté de circulation à travers les cols de la montagne...Sur le plan administratif; cette politique se réalise par l'installation des Caïd makhzen dans des localités du Dir Agrgour et Amizmiz par exemple, sous les ordres du Pacha de Marrakech, avec mission de contrôler la montagne et d'y implanter l'influence du Makhzen.

Parmi les moyens utilisés à cet effet figure au premier plan l'exploitation des conflits individuels ou collectifs qui naissent au sein des communautés montagnardes pour intervenir en arbitre ou en partisan selon les cas.

L'argent, les faveurs et les armes sont, entre autres, des choses que les caïd du Dir utilisent pour acheter des complicités chez les montagnards (76).

Toutes ces manœuvres, devenues perfectionnées avec le temps, constituent l'un des facteurs déterminants qui sont à l'origine de la corruption des institutions communautaires dans la montagne, et de la désagrégation de ses structures sociales et économiques. C'est en cela que réside le pas décisif vers l'intégration définitive des populations de Dern dans le système gouvernemental central qu'ils ont toujours refusé(77).

* Etude publiée dans Hespèris- Tamuda valu xx III fascicule unique 1990

Bibliographie

(1) Pline l'Ancien signale une expédition punitive des soldats romains contre les montagnards de l'Atlas qui les amène jusqu'au Tafilalt actuel, Y.P. Roget, le Maroc chez les auteurs anciens, Paris, 1924, pp.32-34,Y. aussi Ibn Khaldun, Histoire des Berbères, trad. de Slame, Paris 1969, T.II pp.258-273 et passim.

(1 bis) " La montagne au Maroc, Essai de définition et de classification ", in" Héspéris" T.XXY,1938,p.117

(2) F.Braudel, la Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe Il, 2e éd. A.C.1966, T.l, p.35

(3) F. Braudel, op cit, l;p.37, Y. aussi J. Célérier, op.cit, pp. 113 sqq (4) F. Braudel op.Cit. I.p. 46

(5) v.lbn Khaldun, Histoire..., trad (1927)t. II, pp.158 sqq; Ch.-A Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, Paris 1975 t II, pp.102 sqq ;

(6) v.al-Bakri, Description de l'Afrique septentrionale, trad. de Slane, Paris (1965), pp. 290-291,304-305, al-ldrisi, Description de l'Afrique septentrionale et Saharienne, pub, Par H. Pérès, Alger 1957, p. 40 du texte arabe, Ibn Khaldun, Histoire trad. (1969) t.lI, p.159,R Montagne, les Berbères et le Makhzen dans le Sud du Maroc, Paris 1930, p.14-15; E. Laoust, Contribution à une étude de la toponymie du Haut-Atlas, Paris 1942, p.4; J. Berque, Notes sur l'Histoire des échanges dans le Haut Atlas Occidental ", in A.E.S.C. Juillet-Septembre 1953, p. 289; J. Célérier, l'Atlas et la circulation au Maroc, in Hespéris, 1927, 4è tr .pp. 447 sqq.

(7) v.Lucien Febvre, La terre et l'évolution humaine, Paris 1970, pp. 324 sqq, J.Dresch, Documents sur les genres de vie de montagne dans le massif Central du Grand Atlas- commentaires. Tours, 1941, pp.5 sqq.

(8) v.F. Braudel, op. Cit., I p. 46; J. Berque, Structures Sociales du Haut-Atlas, Paris 1955, pp. 63 sqq; Histoire du Maroc (ouvrage collectif) Paris 1967, pp.6 sqq ; A Simoneau, Les gravures du Haut-Atlas de Marrakech, in" Revue de géographie du Maroc" , 1967 n° II, pp. 65-75 ; Id. Nouvelles recherches sur les gravures rupestres du Haut Atlas et du Draâ ", dans Bulletin d'Archéologie marocaine t.Y111.1968-1972 pp. 15-36

(9) " ...La montagne marocaine a été un véritable carrefour entre la Méditerranée au sens large, en particulier l'Espagne proche, et le Sahara" Histoire du Maroc (Collectif), Paris, 1967,p.15

(10) En effet, le Souss, le Haut-Atlas Occidental et le bassin de l'Oued Tansift, à tout le moins, étaient et restent le pays des Imazighen Imsmuden (Berbères Masmuda).

(11) V.Anonyme, al-Hulal al-Mawshiya, (1979); pp. 15-16, et 112 Ibn Abi Zarâ, Rawd al- qirtas, (1973), pp. 138; Ibn Khaldun, Histoire...,trad. (1927) .t.II,p.161

(12) En effet, si l'on ne peut pas prétendre que le fait almohade, tel que nOus le connaissons, fut provoqué ou, du moins, stimulé par la seule existence des Almoravides en tant qu'Etat soutenant une certaine idéologie et un certain mode de gouvernement, nous pouvons affirmer, par contre, que l'établissement de leur capitale au pied de l'Atlas de Marrakech a beaucoup contribué à la valorisation de l'aspect stratégique de cette partie de la montagne. Ainsi devient-elle rapidement le lieu idéal d'une opposition politico-militaire très active et dont le développement effectif entraîne un bouleversement socio-politique à l'intérieur même de la montagne.

(13) V.Anonyme, al-Hulal..., (1979) p. 15-16, Ibn Khaldun, Histoire ,trad (1927) t.II,p.161,Ibn Idhari, al-Bayan al-Mughrib..., éd. par Ihsân Abbas, 3è éd. Beyrouth 1983, t. IV,pp. 10, 15, 19, sqq.

(14) Il n'est peut-être pas superflu de rappeler que le mode de vie des Almoravides venus du Désert, était le nomadisme, il est donc évident que leurs structures politiques et sociales n'étaient pas identiques à celles des Imsmuden (Masmuda) de Dern (Atlas), paysans, séden- taires. C'est ainsi qu'en parlant des Lamtuna du Désert, al-Bakri écrit ceci: " ils ne savent ni labourer la terre, ni l'ensemencer, ils ne connaissent pas même le pain" Description..trad. (1965), p. 310). Mais c'était surtout au niveau de l'organisation politique que les contradictions étaient graves. Car le système centralisateur almoravide ne pouvait guère séduire l'esprit autonomiste des Imsmuden de la montagne (v. Ibn i dhari,op. Cit,t. IV. P.10).

(15) Les sources historiques sont unanimes sur ce point. AI-Baydhaq tout particulièrement donne plus de précision sur l'ensemble de" tribus" de Dern, leurs subdivisions et leur importance numérique. Son livre Akhbar al-Mahdi, demeure la source essentielle sur ce sujet." ...Ces lieux, écrit Ibn Khaldun, sont peuplés par des peuplades masmudiennes dont Dieu seul connaît le nombre... " Histoire.., trad. (1927), t.II. P. 159.

(16) V.Ibn Khaldun, Histoire..., trad (1969), t.II, p.271-272; J. Berque, Structures... pp. 90-105; J. Couleau, la paysannerie marocaine, Paris 1968, p. 30; al-Nasiri, Istiqsâ, Casa- blanca 1954, t. Il, p.23

(17) V.Ibn Khaldun, Histoire..., tard. (1969), T. Il,pp. 260 sqq. (18) Ibn khaldun, op.Cit., trad. (1969) T.IIp.271-272

(19) op.Cit., trad (1927) t.II,p.16l (20) Abd al-Aziz al-Fashtali, Manahil al-Safa, éd.par Abd allah Gennûn, Tétouan 1964,pp. 118 sqq; Léon l'Africain, op, Cit., pp.96 sqq; P. Pascon, Le Haouz de Marrakech; Rabat, 1977,t I pp.150 sqq.

(21) V.ai-Baydhaq, Akhbar al-Mahdi, publié par E. Lévi-Provençal, Paris 1928, p.132 (texte) 223 (trad) Ibn, al-qattan, Nazm al-Djuman, éd. par Mahmud Ali Makki, Tétouan (sans date) p. 94.

(22) V .Ibn Khaldun, Histoire... trad. (1969), II, pp. 259 sqq.; cf. Jean-Léon l'Africain, Description de l'Afrique, nouvelle édition traduite de l'Italien par A. Epaulard. Paris 1956, t.I pp.97 sqq, al Bakri, op Cit.p. 292 (trad) Ibn idhari, op.Cit., IV, p. 10

(23) V.J. Berque, structures..., p.59-60

(24) v. CH-A Julien, op. Cit, t. I, pp. 133 sqq, Actes du neuvième congrés de l'Institut des Haute-Etudes marocaines consacré à la montagne marocaine, Rabat 13-15 Mai 1937 Librairie Larose, Paris, pp. 26 sqq

(25) Op. Cit, trad pp. 218 sqq. où sont cités les noms des 24 forteresses almoravides.

(26) V.Les deux cartes établies par E. Lévi-Provençal dans Kitab Akhabar al-Mahdi cité plus haut.

(27) Ibid, trad. p.218, 122 n 4,123 n.1 (28) Ibid, trad p. 218, 126 n.1

(29) C'est une localité qui se trouve au delà du plateau de kik à soixante-dix kilomètres environ au sud de Marrakech.

(30) Dans le Hawz Ouest de Marrakech, sur l'Assif n-Nffis du côté d'Amizmiz actuel. (31) Cela n'est pas dû uniquement à leur position géographique et au fait qu'elles soient

relativement proches les unes des autres, mais aussi à l'importance de l'effectif militaire qui y stationne en permanence. (V. ai-Baydhaq op. Cit., trad., p.218).

(32) v.J Berque, Structures..., p. 59

(33) C'est peut-être pour cette raison qu'on en parle plus par la suite.

(34) Le transfert de la capitale à Fès sous les Mérinides n'est sûrement pas un acte gratuit. Il peut répondre aux exigences de leur propre sécurité. Les régions de Fès et l'Oriental étant peuplées par les Iznaten (Zenaten) frères des Beni Mérine (v.lbn Abi Zarâ, op. Cit, pp. 139- 141, 282) ; en tout cas, en agissant ainsi, ils ont rendu la présence de leur pouvoir à Marrakech moins contrariante et plus supportable pour les seigneurs d'hier et leurs partisans.

(35) Sur les Intan (Hentata) et leurs rapports avec les souverains mérinides V .Ibn Khaldun, Histoire.., trad: (1969), t. II, pp. 260 sq.q ; les troupes mérinides ont ravagé la vallée de Nffis en 674/1276; v. Ibn Abi Zarâ, al-Dhakhira al-saniyya, Rabat 1972,p. 156-157.

(36) V.ibn Khaldun, Histoire..., trad (1969) t.lI, pp. 269 sqq ; J. Berque, Structures. p.59.

(37) Ibid.P. 270; v. aussi J. Berque Un document hagiologique du Haut-Atlas, dans Mélanges Louis Massignon, Tome I, Damas 1956, p. 209; Id structures...;p. 237-238.

(38) v .Ibn Khaldun, op. Cit. II, pp. 263 sqq. Léon l'Africain, op.cit., p.113-114.

(39) Ibn Khaldun, op. Cit, II p. 271-272.

(40) Abd al-Aziz al Fashtali, op. Cit, p. 30; Mohamed al-Saghir al-wafrani, Nuzhat al- Hadi bi Akhbar Muluk al-Qarn al-Hadi, (Histoire de la dynastie saâdienne au Maroc, 1511. 1670) texte arabe publié par O. Houdas, Paris 1888, 2è. éd.Rabat, sans date, p. 85, la facilité avec laquelle Mohamed al-Chaykh a réprimé le refus des Imsmuden de la montagne à payer le kharaj, est déjà un signe de faiblesse de leur part. V H. Terrasse, Histoire du Maroc, Casa- blanca, 1949,t.II,pp.167, 174, 175; Istiqsâ, p.94-95.

(41) v;Ibn Idhari, al-Bayan al-Mughrib, t.III, éd. Ambrosio Huici Miranda, Tétouan 1963,pp. 243 sqq., Ibn Abi Zarâ, op. cit. v.p. 282.

(42) v. Ibn Idhari, al-Bayan, éd. A.H. Miranda pp. 167 sqq., 240, 264-265

(43) v. Henri Terrasse, Histoire du Maroc, Op. Cit, t, II pp.87, 97, 140, 148,149

(44) V. Ibn Khaldun, op, Cit,. II, p. 267-268 ; Ibn Qunfudh, Uns al-Faqir wa-âizz al-Haqir, éd. Adolphe Faure et Mohamed al Fasi, Rabat, 1965, p. 86-87; J.Berque, " Un docu- ment hagiographique..., " p.210.

(45) Les premiers groupes .des ces bédouins sont amenés au Maroc par les souverains Al- mohades Abd al-Mumin et yaqub al-Mansur, v. Ibn Idhari, al-Bayan, éd. A.H. Miranda, pp. 38,43, 76 ,88, 90, 97, 104, 170,188 ,208 et passim.

(46) op. Cit.pp. 96 sqq 113-114; v.aussi Marmol-Carvajal, L'Afrique de Marmol trad. Perrot d'Ablancourt, Paris 1867, Livre troisième p. 63, aJ-Fashtali, op Cit, pp.109-125

(47) v.Histoire du Maroc, (Collectif), Paris; 1967,p.184 ; 197; A.Laroui, L'Histoire du Maghrib.Paris 1970, p. 224.

(48) v.Al-wafrani; op. Cit,pp. 9 sqq; Nasiri, Istiqsâ , Casablanca 1955, t V, P 6 sqq Cf G Marçais, La Berbèrie musulmane et l'Orient au Moyen-Age, Paris, 1946 pp.201 sqq.

(49) v.Histoire du Maroc (Collectif), p.199 A.Bel, La Religion Musulmane en Berbère, Esquisse d'histoire et de Sociologie religieuses, Tome I Paris, 1938,pp.330 sqq., 341 sqq. 378-379 A. Laroui, op.Cit.pp.229 sqq.

(50) V.Mohamed Kably! " Musahama fi tarikh aJ-Tamhid li- Zuhuri Dawlat as-Saâ di y yin " dans Majallat kulliyat al-Adab wal-Ulum al-insaniya, n° 3-4, Rabat, 1978, pp. 7-59 id" Ummah, identité régionale et conflis politico-culturels : Cas du Maroc médiéval " dans studia islarnica, Ex fasciculo L VIIIO Paris, 1983, pp. 105 sqq; A.Bel, op.Cit, pp.354 sq, A.Laroui, op. Cit., p.225.

(51) v. par exemple Ibn al-Zayyat al- Taddili: al -Tashawwuf ila Rijâl al- Tasawwuf. éd. Ahmed Toufiq. Rabat 1984; Ibn Qunfudh, cité plus haut.

(52) un document Hagiologique..., p.210 (53) v.al-Wafrani, op, Cit, pp.3 sqq.

(54) Le choix de Marrakech comme capitale des saâdiens ne saurait être, en effet, étranger à leur volonté d'être proche de leur base initiale: le Souss, avec tous ses atouts: humains, religieux, économiques, etc...

(55) v. Montagne, Les Berbères et le Makhzen, Paris, 1930, pp. 34 sqq; J.Berque, Structures..., pp. 63 sqq 401 sqq.

(55 bis). O. Deverdun, Marrackech des origines à 1912, Rabat 1959, 1, texte, p.455,v.Rihlat al-wafid, éd SIDKI ALI, (polycopié) p.332;333; sur le Jihad et son importance à l'époque considérée. v.M. Hijji, al-Haraka al-Fikriya bi-al Magrib fi âahdi as- Saâdiyyint.l Fédala, 1977 pp.197-216.

(56) Son chef, Yahia Ibn Abd aI-Munâim, à la tête de son contingent constitué essentielle- ment de montagnards occupa Marrakech pendant un certain temps v. Istiqsà, t. VI pp. 32 sqq, 60 sqq.

(57) v.Istiqsâ, t. VI, pp.78 sqq; Mohamed aI-Mukhtâr aI-Sûsi, lligh Qadiman, Wa Hadi- tan, Rabat, 1966, 1 vol. 361 q.

(58) Istiqsâ, VI, p. 96 sqq. Mohamed Hijji al-Zawiya al Dilaiya Rabat, 1964, 1 vol, 300p

(59) v.Histoire du Maroc, (Collectif) pp. 235sqq 244, sq 259 sqq. ; Magali Morsy, les

Ahansala, Examen du rôle historique d'une famille maraboutique de l'Atlas marocain, Paris-Mouton, 1972 p.32 sqq

(60) v. Istiqsâ VI.PP.99 sqq (61) v. Istiqsâ VII.P.17 sq

(62) Voir la réponse des dilaïtes à la lettre de Mohamed aI-Chaykh ben Zaydan dans Is- tiqsâ, VI, p. 102; v.aussi Mohamed aI-Mukhtar aI-Susi. lligh, pp. 123 sqq., 268 sqq.

(63) Son armée est essentiellement composée de Abids esclaves noirs et de tribus arabes Guich, v. Histoire du Maroc, (Collectif) pp. 242 sqq.

(64) v.Histoire du Maroc, (Collectif) p.262

(65) v. Magali Morsy, Les Ahansala...,p. 30

(66) v. La Rihla du Marabout de Tasaft, trad. C. Justinard, 1 vol, 212 p. Paris, 1940

(67) v. Magali Morsy, Les Ahansala...p. 30

(68) v. R. Montagne, " Un Episode de la " Siba " berbère au XV111è siècle" dans Hespéris, Tome 28, année 1941, Fascicule Unique, p. 87; H. Terrasse, " A propos de la " Ri hia " du Marabout de Tasaft " in Revue Africaine, 1942 p. 60; id. mstoire du Maroc, II, p. 263

(69) v. Histoire du Maroc (Collectif), p. 243; H Terrasse, mstoire.., II, pp. 260 sqq.

(70) Ibid. p. 244; v. aussi Ch. -A. Julien, op; cit. II; p 240.

(71) Ibid, p. 242-243; v.aussi Ch.-A Julien, Op.Cit II.pp. 229 sqq.

(72) v. Istiqsâ. VII, pp. 61 sq, 66, 68,70, 78, sqq ch-A Julien, op. cit, II.pp. 231,240, l'article de M. Morsy sur My-Ismail in les Africains, Paris, 1977. T. IV. pp.131-163.

(73) Histoire du Maroc, (Collectif) ; p.243

(74) v. La carte établie par M. Morsy dans son article précédemment cité (n. 72) p. 136- 137.

(75) v. Istiqsâ, VII, pp. 46,49,50;68-69,90 sqq., 96.

(76) Des exemples très éloquents sur toutes ces pratiques se trouvent explicitement dans la Rihla de Tasaft, et dans les Berbères et le Makhzen de R. Montagne.

(77) Il est peut-être intéressant de rappeler que cette opposition ne constitue point un comportement spécifique d'une société donnée, mais plutôt une réaction objective répondant à un stade déterminé de l'évolution des communautés paysannes. A ce propos H. Lefebvre écrit ceci: " Comme toute réalité historique, la communauté paysanne s'est développée, raffermie, dissoute. Dans quelles conditions? Tel est le problème historique, pris dans toute son ampleur. Nous commençons à reconstituer cette histoire, à entrevoir par exemple les luttes acharnées, les combats menés par les communautés paysannes contre les forces extérieures, contre la féodalité au Moyen-Age, contre l'Etat centralisé par la suite...". " la communauté paysanne et ses problèmes historico-sociologiques ", dans Cahiers Internationaux de Sociologie, vol. VI, cahier double, 4è année 1949, p. 97.

Source : AmazighWord

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