Carnets berbères et nord-africains

Patrimoine documentaire berbère présenté sous forme de sources d'information, d'articles publiés et de documents archivés.

03 mai 2008

Guerre d’Algérie: les derniers secrets

Dossier : 40 ans après l’Indépendance

Guer_AlgLe 19 mars 1962 entrait en vigueur le cessez-le-feu conclu à Evian entre la France et le FLN. Quarante ans déjà… Mais la guerre d’Algérie est-elle vraiment finie ? Pas pour les anciens soldats français, que les cauchemars, les souvenirs atroces, les questions sans réponse continuent de tourmenter. Pas pour les pieds-noirs, qui portent encore le deuil du pays perdu. Pas pour les harkis, que la France a abandonnés ; pas pour ceux qui ont réussi à gagner la métropole et n’y ont trouvé qu’un exil à perpétuité. Pas pour la France, qui avait choisi d’oublier les crimes commis en son nom, et qui voit resurgir aujourd’hui les fantômes du passé. Et certainement pas pour l’Algérie, qui a préféré mythifier son histoire plutôt que de l’écrire dans sa complexité. Oubliant que le combat pour l’indépendance fut aussi fait d’affrontements internes et de purges sanglantes, dont l’écho ne s’est pas tout à fait dissipé. Quarante ans après, il est temps de regarder l’histoire en face. Toute l’histoire. Sans peurs ni tabous. Avec les historiens Mohammed Harbi et Benjamin Stora, et le sociologue Edgar Morin, grâce aux témoignages d’anciens appelés français, de harkis, de combattants algériens, de victimes de viols et de torture, Jean-Paul Mari explore les trous noirs de cette guerre de sept ans dont nous ne sommes toujours pas guéris

Dans la rubrique "Dossier" :
1. Le vrai bilan des pertes
2. Viols : un si long silence La bataille des archives
3. Harkis : la descente aux enfers Sous le drapeau français
4. Comment la bleuite a empoisonné le FLN 5. FLN contre MNA : la guerre dans la guerre
6. Les disparus d’Oran
7. Eté 62 : et l’armée s’empara du pouvoir...
Pour en savoir plus

1. LE VRAI BILAN DES PERTES

Après les combats sur le terrain, il y a eu la bataille des chiffres. Combien de morts du côté algérien ? 1,5 million, a dit le FLN.250 000, disent les historiens

« Un million de morts... » Ce nombre de martyrs algériens est lancé dès le 15 octobre 1959 par « El Moudjahid », l’organe du FLN. En 1963, la Constitution algérienne parle déjà de « plus d’un million et demi », un chiffre lancé par le Conseil supérieur islamique d’Alger en 1968 et repris par le président Boumediene : depuis, l’Algérie est devenue « le pays d’un million et demi de martyrs ». Aujourd’hui, on sait que ce chiffre mythique ne repose sur aucune étude. Côté français, les chiffres officiels sont donnés de façon parcellaire et disparate, comme il convient pour ce qui a été si longtemps qualifié pudiquement d’« événements d’Algérie ». On le sait : le bilan des victimes d’une guerre est toujours difficile à établir. Quand il s’agit d’une guerre de décolonisation aussi extraordinairement douloureuse, parfois fratricide et toujours passionnelle, que la guerre de sept ans en Algérie, la parole est d’abord à la propagande, au salut à la mémoire des partisans. Et malheur à qui conteste le discours proclamé ! Au mieux, on se tait ; au pis, on truque. Et chacun vieillit appuyé sur la canne historique qui lui convient le mieux. Pourtant les chiffres existent. Il suffit de s’y pencher avec une rigueur scientifique comme l’a fait, dès 1967, André Prenant, un universitaire installé en Algérie, favorable au FLN mais dont les travaux sur la démographie ont été passés sous silence (1). Ou le professeur Xavier Yacono, qui publie en 1982 la première étude sérieuse sur les pertes en Algérie (2). Ou enfin le travail incontesté de l’historien Charles-Robert Ageron, qui vit aujourd’hui retiré dans un appartement en banlieue parisienne (3). Le vieux professeur – barbe taillée, costume gris et mémoire intacte – a consacré toute une vie à l’Algérie et sourit poliment devant la démesure de la polémique. Les vrais chiffres ? Ceux des pertes algériennes militaires et civiles, des pertes françaises militaires et civiles ? Et celui de l’ensemble du conflit ? Des chiffres occultés, ignorés, détournés, mais qui existent, inscrits dans des publications scientifiques et connus des universitaires. Il suffit de les recueillir. Les voici. Les plus faciles à établir sont ceux des pertes de l’armée française. 1,3 million de soldats – et non pas 3 millions – ont été envoyés en Algérie. En novembre 1968, le ministre des Armées indiquait que 15583 d’entre eux avaient été tués au combat ou du fait des attentats. A cela il faut ajouter 1144 hommes décédés de maladie, et le chiffre – ahurissant – de 7917 soldats morts accidentellement, en manipulant des armes à feu ou au volant d’une Jeep, d’un GMC lancés trop vite sur les routes d’Algérie. Le total des pertes françaises militaires approche donc les 25000 hommes. Les civils français dits « européens » – avant de devenir des « pieds-noirs » – ont été eux aussi durement touchés par les combats, les assassinats, les attentats dans un bar, un cinéma ou sur le trottoir de leur maison. Chacune de ces morts – dont le souvenir sera amplifié par l’exode massif de toute la population européenne, par les « disparitions » du printemps 1962, par l’abandon de la maison familiale, du village, de l’école et du cimetière, par le sentiment de la défaite et du « lâchage » de la France métropolitaine – va s’inscrire tragiquement dans le deuil collectif de l’imaginaire pied-noir. Le nombre des victimes apparaît forcément énorme à l’échelle d’une population d’un million d’âmes. Aujourd’hui encore, beaucoup de pieds-noirs sont convaincus que le massacre d’Oran a fait près de 5000 morts (voir p. 30). La réalité tient davantage dans les bilans successifs fournis par le secrétaire d’Etat aux Affaires algériennes, d’abord le 19 mars 1962, puis en mars 1963, en novembre de la même année et enfin le 24 novembre 1964. Chacun de ces bilans est modifié pour tenir compte du problème des disparus, dont certains sont libérés ou retrouvés assassinés. Au printemps qui précède l’indépendance, on compte 2788 tués, 7541 blessés et 875 disparus. Deux ans plus tard, sur les 3018 portés disparus, 1245 auront été libérés et la mort de 1165 sera établie ; 1773 ne reviendront jamais. En dix ans, de 1954 à 1964, le nombre total de civils français tués, dits « européens » ou « pieds-noirs », s’établit donc entre 4000 et 4500 morts. Les Algériens ont eux aussi enquêté sur le nombre de leurs combattants morts. Il fallait bien établir une liste alphabétique précise qui permette de verser une pension aux familles endeuillées. En juillet 1974, cette liste révèle que 152863 militaires et civils sont morts au combat, sur des effectifs de 336748 moudjahidine, c’est-à-dire tous ceux, civils ou militaires, qui ont pris le parti de se battre. Le ministère algérien précise même que 53,9% des maquisards ont été tués et 39,8% des civils, soit une moyenne de 45,3%. Conclusion : 153000 moudjahidine, soit près d’un sur deux, sont morts au combat. Les pertes de l’ALN-FLN ont été terribles au sein des maquis de l’intérieur qui ont affronté pendant sept ans l’armée française. Sans oublier les combats fratricides entre MNA-FLN (voir « l’Affaire Bellounis » par Edgar Morin, p. 26) et les purges internes (voir « Comment la "bleuite" a empoisonné le FLN », p.24) qui ont causé la mort de 12000 moudjahidine et ensanglanté une résistance intérieure quasiment à bout de souffle au jour de l’indépendance (voir l’entretien avec Mohammed Harbi, p. 34). Une universitaire de Toulouse a essayé de recenser le tribut payé par les chahidate – femmes martyres – tombées les armes à la main. Sur 1735 femmes-soldats, 314 seront tuées au combat. Et chez les femmes civiles combattantes, 948 mourront sur un effectif total de 10949. Ce chiffre, relativement faible, s’explique par la méfiance des moudjahidine, qui refusaient parfois la présence des femmes, par machisme ou par peur des infiltrations et de la promiscuité sexuelle interdite au maquis. Au sein même de l’armée française, il faut rappeler qu’il y avait 16% de soldats musulmans – 66000 hommes en 1961 –, dont près des deux tiers étaient des appelés. Les services du ministère des Armées évaluent à 3500 – dont 1168 supplétifs – le nombre de ceux qui ont été tués dans les combats contre l’ALN (Armée de Libération nationale) ; un millier d’autres ont été victimes d’accident ou de maladie : soit 4500 soldats musulmans morts pour la France et plus de 600 disparus. D’autres ont préféré déserter, notamment au printemps 1962, peu avant l’indépendance, et leur chiffre total atteindrait près de 15000 hommes. Côté moudjahidine, plus de 6000 combattants de l’ALN se seraient ralliés « avec ou sans armes » à l’armée française. Une des questions, sans doute la plus polémique, porte sur le nombre exact des supplétifs armés – harkis, moghaznis, GMPR devenus GMS ou « assès » (voir le témoignage de l’ancien harki Saïd Ferdi, p. 20) – qui ont été désarmés, abandonnés et massacrés après le 19 mars 1962. Aucun chiffre fiable n’est disponible. On sait que les effectifs des harkis étaient au maximum, en décembre 1961, de 66000 hommes. Certains auteurs parlent de 160000 inscrits durant la guerre. Fin 1962, 20000 supplétifs ont été accueillis dans les camps d’hébergement militaires en France et 3200 se sont engagés dans l’armée française. A la fin du mois de novembre 1963, le ministre des Rapatriés indique que 42000 Français musulmans – qui ne sont pas tous harkis – ont transité dans les centres d’accueil. Et en Algérie ? Les évaluations concernant les harkis exécutés, souvent dans des conditions effroyables, varient selon les sources entre 10000 et... 150000. Les historiens comme Xavier Yacono, Benjamin Stora, Charles-Robert Ageron et d’autres ne croient pas un instant au chiffre maximal de 150000 victimes, à la fois « chiffre magique » qui équilibre le nombre d’Algériens tués par l’armée française, « chiffre incantatoire » puisqu’il répond dans la démesure au « million et demi de martyrs » de la guerre d’indépendance algérienne, et « chiffre totem » parce que son importance stigmatise l’abandon criminel des harkis par les Français aux mains d’un FLN revanchard. Le discuter, c’est s’exposer aussitôt à être accusé de vouloir réduire le « massacre » collectif des harkis à une « anecdote » d’après-guerre. Pourtant, les historiens qui se sont penchés attentivement sur le dossier s’accordent à dire que le bilan des harkis exécutés peut être évalué entre 15000 et 30000 personnes... Un chiffre déjà impressionnant ! Pourtant, au-delà du silence et de la honte qui empoisonnent ce dossier, l’étude demande encore à être précisée. Reste le problème des victimes de la population civile musulmane. En l’absence de chiffres officiels, comment décompter les hommes, femmes, enfants tués dans une mechta, ceux victimes d’opérations armées, de bombardements de l’armée française – qui distinguait mal les « rebelles » civils ou militaires –, ceux exécutés par des hommes de l’ALN ou pris entre deux feux ? On sait par exemple que la véritable guerre que se sont livrée le MNA de Messali et le FLN aurait fait en Algérie 6000 tués et 14000 blessés. Quant à l’OAS, qui s’en est pris particulièrement aux musulmans, elle aurait provoqué la mort de 2400 d’entre eux. Le 9 mars 1962, les autorités militaires françaises évaluaient, dans une note secrète, le « total général des musulmans victimes de la guerre » à 227000 morts. Pour calculer la perte totale dans la population algérienne, la « surmortalité de la guerre », les chercheurs, eux, ont utilisé une méthode classique qui consiste à comparer les divers recensements de population en analysant la pyramide des âges. En 1954, on compte 8400000 Algériens et 275000 émigrés ; ils sont 10 millions en 1962 et 12 millions en 1966. Du calcul des démographes, qui intègrent le déficit des naissances et les taux de croissance estimés, il ressort que les classes d’âge les plus touchées sont celles qui avaient entre 20 et 30 ans en 1960. Plus frappant : les pertes de la population civile musulmane, cruellement éprouvée, sont évaluées entre 50 000 et 100 000 personnes, ce qui correspond à près de la moitié des combattants algériens tués au combat. Au total, le déficit de la population algérienne se situe autour de 250000 morts. L’historien Charles-Robert Ageron fait remarquer que cela représente 2,77% de pertes sur les 9 millions d’habitants algériens. Lors de la Grande Guerre de 1914, le taux de mortalité a été à peine supérieur (3%), ce qui a suffi à couvrir le moindre petit village de France d’un monument aux morts.... 250000 morts algériens, auxquels il faut ajouter environ 30000 civils et soldats français, voilà le vrai bilan. Au-delà des polémiques sur les chiffres, l’imaginaire et le réel se rejoignent sur un point : la guerre d’Algérie a été extraordinairement meurtrière et cruelle.

Jean-Paul Mari

(1) « Premières Données sur le recensement de la population en Algérie (1966) », par André Prenant, dans « Bulletin de l’Association des Géographes français », novembre-décembre 1967.
(2) « Les Pertes algériennes de 1954 à 1962 », par Xavier Yacono, dans « Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée », n°34, 1982.
(3) « Les Pertes humaines de la guerre d’Algérie », par Charles-Robert Ageron, dans « la France en guerre d’Algérie », BDIC, 1992, pp.170-175.

N°1947 - Dossier 2. VIOLS : UN SI LONG SILENCE

« Vous pouvez violer, mais faites ça discrètement... » Dans les mechtas éloignées ou à Alger, dans les centres d’interrogatoire, les sévices sexuels étaient fréquents. Mais le poids de la honte a longtemps étouffé les témoignages


« Les morts ne font pas de mal… » Voilà ce que répond la vieille dame, ce jour de septembre 1988, à celui qui lui demande pourquoi elle vit là, dans une grotte aménagée au milieu des tombes du cimetière de Sidi Yahia, à Alger. L’homme qui pose la question s’appelle Mohammed Garne, il a 25 ans alors, et c’est la première fois qu’il voit la vieille femme, Kheïra, surnommée « la Louve ». Kheïra est sa mère. Et lui, Mohammed, est né d’un viol collectif commis par des militaires français. En 1959, Kheïra a 15 ans, elle fuit le bombardement du massif de l’Ouarsenis par les troupes du général Challe. Les militaires la découvrent recroquevillée de peur dans un arbre calciné. Ils l’emmènent au camp de regroupement de Theniet-el-Haad au sud-ouest d’Alger. Kheïra est violée à plusieurs reprises. Quand elle tombe enceinte, les gardiens du camp essaient de la faire avorter en la torturant à coups de pied, à l’eau et à l’électricité. En vain, l’enfant naît le 19 avril 1960, il est confié à une nourrice et se retrouve à l’âge d’un an à l’hôpital d’Alger, rachitique et porteur d’une fracture du crâne. Il est adopté par un couple d’intellectuels algériens qui sombrent dans l’alcool. Un jour, son père adoptif lui crie qu’il est le « fils d’une pute ! ». Et Mohammed repart pour dix ans à l’orphelinat. Plus tard, de petits délits en tentatives de suicide, Mohammed dérive jusqu’au jour où il décide de retrouver sa vraie mère. D’abord Kheïra préfère nier : « Tu es le fils d’un héros de l’indépendance. » Mais le père présumé est stérile et elle finit par craquer et se confesser. Ensuite, c’est l’histoire d’une longue bataille juridique. Au terme de laquelle la caisse des pensions finit par reconnaître – oh, du bout des lèvres – les « violences fœtales » subies par Mohammed. Et imputables à l’Etat français. Mohammed Garne, qui a aujourd’hui 41 ans, ne s’est jamais remis des coups reçus par sa mère. On lui attribue une pension de… 945 francs par mois. Peu importe ! Pour la première fois, Mohammed, enfant né d’un viol commis par des militaires français pendant la guerre d’Algérie, est reconnu comme une « victime de guerre ». Et les autres ? Tous les autres… Bien sûr, l’Algérie n’était pas la Bosnie. Le viol n’a pas été une institution ou une politique planifiée. Crime en regard du Code pénal, il est interdit dans l’armée française. Quand des viols sont signalés à l’autorité, leurs auteurs sont déférés devant la justice militaire et sanctionnés (1). Sauf que les cas signalés sont rares. Parce que cette forme de torture est quatre fois tue : par la victime musulmane humiliée, blessée, et qui a « perdu son honneur » ; par l’entourage, la famille, le village, qui considèrent l’outrage comme une honte collective ; par le soldat violeur bien sûr ; et par ses chefs. « Vous pouvez violer, mais faites ça discrètement », dit un chef de commando à ses troupes (2). Même le général Aussaresses, qui reconnaît sans ciller avoir torturé et fait exécuter des centaines de prisonniers, se défend du moindre viol – « jamais ! » –, parce qu’il sait que l’acte rend caduc tout discours sur « ces soldats qui ont accepté de se salir les mains pour sauver des enfants menacés par les terroristes poseurs de bombes ». Avec le viol, le « bourreau d’honneur » n’est plus qu’un simple salaud. Or il suffit de lire les nombreux témoignages des soldats, appelés ou engagés, qui ont raconté leur cauchemar algérien : difficile d’en trouver un où il ne soit pas question de viols. D’abord, dans les mechtas. Rachid Abdelli, un jeune harki kabyle, raconte que sa section investit un village, fait sortir et rassemble la population. Il grimpe sur un toit. Il voit une demi-douzaine de militaires, français et harkis, qui violent une fille dans une cour. La fille lève les yeux et l’aperçoit : « Elle a vu que j’avais la tête d’un enfant, j’avais 17 ans, elle m’a crié : "S’il te plaît, toi, fais quelque chose !" Qu’est-ce que je pouvais faire ? Je me suis retourné et je suis parti. Que faire ? Leur dire d’arrêter ? Ils auraient rigolé ! Leur tirer dessus ? C’était mes compagnons… Le dire à l’officier ? Il fermait les yeux. Tout le monde fermait les yeux (3). » Jacques Zéo, grand baroudeur, devance l’appel en 1955 et reste en Algérie jusqu’à la fin ; il confirme la banalité du crime : « On parle de viol, mais ce n’était même plus du viol. Les gars entraient dans un village, les femmes, elles, se couchaient toutes seules tellement elles avaient la frousse, alors… les appelés comme les autres... » On pénètre dans une mechta, on entre dans les maisons, on déshabille pour une fouille au corps et, pour des appelés envoyés trente mois sans femmes au fond d’un djebel, le viol ne devient qu’une effraction de plus. Certaines unités sont particulièrement sauvages, comme le commando de chasse dénommé P16 (partisan 16), harkis dépendant des chasseurs alpins : « Ce commando, c’était les SS en Algérie, raconte toujours Zéo, pourtant endurci. Ils ont violé des gamines de 10, de 11, de 12 ans. On voyait des pères venir nous voir en pleurant : "Ils ont cassé ma fille." » Dans certains villages, le viol n’est plus un « accident », mais une pratique quasi habituelle, la plaie et la honte d’une région. Mouloud Feraoun, instituteur et écrivain, ami de Roblès et de Camus, assassiné par l’OAS en 1962, a tenu un Journal (4) en Kabylie : « A Aït-Idir, descente des militaires pendant la nuit. Le lendemain, douze femmes seulement consentent à avouer qu’elles ont été violées. A Taourirt-M., les soldats passent trois nuits comme en un bordel gratuit. Dans un village des Béni-Ouacifs, on a compté cinquante-six bâtards. Chez nous, la plupart des jolies femmes ont subi les militaires. Fatma a vu sa fille et sa bru violées devant elle. » On viole avec le consentement des gradés. Mais quand ceux-ci s’y opposent, les appelés obéissent. Tout dépend du chef, de son autorité, de sa morale. Contre-exemple : « Trois infirmières rebelles ont été faites prisonnières. Le colonel fait aussitôt déménager trois de ses officiers […] et aménager leurs chambres pour les trois captives, raconte un militaire, Jean-Yves Alquier. Pendant les cinq jours où ces filles d’une vingtaine d’années furent nos prisonnières, une garde spéciale fut montée devant leurs chambres pour éloigner les "importuns" éventuels (5). » Les djebels, les douars de Kabylie ou des Aurès ne sont pas les seuls endroits où les femmes risquent ce genre de torture. Louisette Ighilahriz est arrêtée le 28 septembre 1957 au cours d’un accrochage. Blessée de plusieurs balles, elle est transférée à la 10e division parachutiste, sur les hauteurs d’Alger, entre les mains d’un certain « Grazziani » : « Il ne pouvait pas me violer, j’étais trop dégueulasse ! En revanche, il m’enfonçait toutes sortes d’accessoires dans le vagin. » On retrouve les mêmes méthodes dans un centre dont le nom est devenu synonyme d’horreur : la célèbre « villa Susini », superbe demeure mauresque sur les hauteurs d’Alger, où un jeune appelé, Henri Pouillot, a vécu dix mois d’enfer quotidien (6). Dans les caves, quinze à vingt cagibis à claire-voie, deux mètres sur deux, contiennent chacun jusqu’à six personnes qui assistent aux tortures ou entendent les cris à côté d’eux : « Les coups n’étaient généralement que les hors-d’œuvre, venaient ensuite les brûlures de cigarette, le viol, l’électricité, l’eau. » Viols de femmes, viols mécaniques : « C’était surtout l’introduction dans l’anus de bâtons (manche à balais par exemple), de canons de pistolet, avec souvent la menace de tirer une balle... » Et aussi viols d’hommes : « Dans ce cas, ils n’étaient généralement pas pratiqués par des militaires ayant habituellement des pratiques homosexuelles, mais seulement pour humilier très profondément le supplicié. » Pour les appelés qui logent à la villa, le viol devient « le moment de distraction de très loin le plus attendu », et il arrive que des soldats d’un autre cantonnement viennent « profiter de ce défoulement ». En dix mois, Henri Pouillot comptera, horrifié, « entre une soixantaine et une centaine de femmes qui ont dû subir ces viols collectifs ». Qu’elles viennent d’un douar ou d’une famille bourgeoise, le traumatisme est énorme pour ces femmes musulmanes dont Mouloud Feraoun dit que « leur honneur était enfoui en dedans du vagin, tel un trésor plus précieux que leur vie ». Quand la mère de Louisette Ighilahriz découvre l’état de sa fille, victime de viol mécanique, elle s’effraie : « Ma fille, ils t’ont violée ! Les salauds… » « En lui disant que je n’avais pas été violée, je ne mentais pas, mais Maman a néanmoins compris le genre de sévices auxquels j’avais eu droit. "Bon, tu gardes tout pour toi, m’a-t-elle dit. Surtout, ne raconte rien à personne. Tu me promets ?" [...] Elle aurait préféré me savoir coupée en morceaux plutôt que torturée à ce point. » Alors, longtemps, très longtemps, Louisette n’a rien dit...

Jean-Paul Mari

(1) Voir l’ouvrage très fouillé de Raphaëlle Branche,« la Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie »,Gallimard. (2) « Les Egorgeurs », par Benoît Rey, Editions de Minuit. (3) « L’Ennemi intime », par Patrick Rotman, Seuil. (4) « Journal : 1955-1962 », par Mouloud Feraoun, Seuil. (5) « Appelés en Algérie, la parole confisquée », par Claire Mauss-Copeaux, Hachette Littératures. (6) « La Villa Susini, tortures en Algérie. Un appelé parle », Editions Tirésias.

3. HARKIS : LA DESCENTE AUX ENFERS

Ils ont choisi la France par idéal, par intérêt ou par haine du FLN.Certains n’ont pas eu le choix, comme Saïd Ferdi, arrêté, torturé et engagé de force à 13 ans dans les tirailleurs algériens.Récit


Je suis né en 1944, à N’Gaous, dans un village au pied de la montagne des Aurès. Mon père travaillait dur chez des riches propriétaires. C’était un homme juste et pieux, exigeant mais très tolérant : un homme merveilleux. Il sacrifia tout confort pour nous envoyer, quatorze garçons et filles, à l’école arabe, moins chère. L’année de mes 9 ans, à l’occasion d’une fête, l’instituteur nous demanda de monter un sketch. Nos poèmes nationalistes firent sensation. Le lendemain, après deux heures d’interrogatoire, le caïd aux ordres des Français nous donna plusieurs gifles et infligea une amende à l’instituteur. Fin 1955, les révolutionnaires avaient tué une trentaine de personnes et brûlé trois fermes de colons. De leur côté, les Français mettaient le feu aux maisons, tuaient ou emprisonnaient les gens. De nombreux villageois avaient pris le maquis. Pour être admis dans le réseau FLN, il fallait commettre un attentat. La moindre erreur était punie de mort. Dans mon village, un des candidats tira sur le gendarme désigné mais le rata. A son retour, les maquisards le fusillèrent. On entendait aussi des histoires de lèvres coupées pour ceux qui fumaient, de nez tranché pour les désobéissants. Le FLN ordonna à tous les villageois de tuer leurs chiens pour éviter qu’ils ne donnent l’alerte sur leur passage. Un villageois avait épargné son chien. Un homme du FLN l’a égorgé devant lui. Le lendemain, le villageois rejoignait le camp des Français. Le mois de janvier 1956 fut très mouvementé. Le 11, une centaine de bérets rouges vinrent s’installer au village pour briser le FLN. Au matin du 15, une dizaine de morts gisaient sur les trottoirs, couverts de traces de torture. Des portes de magasins étaient brisées, des gosses pleuraient dans les rues, cherchant leur père ou leur frère. On compta 85 enlèvements, dont mon cousin, dont on n’entendit plus jamais parler. Moi, j’ai le souvenir d’une grande peur. Ma première peur. Le raid des « léopards » fit basculer le village. Un jour, mon père me dit : « Tes deux frères sont partis avec les révolutionnaires. Ce sont des "djounoud". Surtout ne dis rien à personne. » Le 3 mars 1958, comme chaque matin, je pris le chemin de l’école, mes livres sous le bras. Au bout d’une cinquantaine de mètres, je m’arrêtai pour me laver dans un ruisseau. Soudain, je reçus un violent coup de crosse derrière la tête. Je restai une dizaine de minutes par terre, à moitié assommé. En reprenant mes esprits, j’aperçus un soldat qui avait ramassé mes livres. Il me posa une question en berbère que je ne compris pas. Il me poussa à coups de pied vers un groupe de cinq hommes, dont un gradé et un interprète. Quelqu’un s’était évadé de la caserne, ils voulaient savoir si j’avais vu quelque chose : « Où vas-tu avec ces livres ? – A l’école. – Quel âge as-tu ? – 13 ans et demi. – Fais voir tes papiers. – Je suis trop jeune pour en avoir. – Alors suis-nous à la caserne. – Pourquoi ? » La gifle fut si violente que mes oreilles en sifflèrent longtemps : « Ta gueule, espèce de chien ! » Il avait parlé en arabe. A la caserne, le chef pointa sa canne sur moi : « Toi, petit fellagha ! » Le gradé me battit à coups de canne sur la tête, d’abord à petits coups, puis de plus en plus fort. Plus tard, à ma grande honte, ils me déshabillèrent. Je me retrouvai nu sur une table, attaché par des sangles. Le gradé avait une boîte d’où sortaient des fils et une manivelle. Il m’enroula l’extrémité d’un fil sur la verge et l’autre sur l’oreille et donna quelques tours de manivelle. La douleur fut telle que je hurlai horriblement. Au bout de vingt minutes, la séance fut interrompue par l’arrivée d’un homme en képi – le capitaine –, visiblement mécontent du traitement qu’on m’infligeait. J’avais la figure pleine de sang et tout mon corps tremblait. Quelques jours plus tard, le capitaine me dit, sans autre explication : « On ne peut plus te relâcher. » On me donna un pistolet sans cartouches et un uniforme retaillé pour moi, avant de m’amener patrouiller dans le village sous le regard des autres. Ce jour-là, ma vie a basculé : j’étais devenu un harki. A la 3e compagnie du 7e régiment des tirailleurs algériens, chaque section d’une trentaine d’hommes comportait une poignée de gradés français et pieds-noirs, les autres étaient des Algériens, engagés ou appelés. Ma première sortie ressemble aux centaines d’autres opérations qui suivirent. Ratissage d’une zone, accrochage d’une katiba (« compagnie de fells ») avant le bombardement aérien : les T6 larguaient des roquettes sur la montagne, les P28 lâchaient du napalm sur les forêts. Sur un piton, j’ai vu une dizaine de cadavres déchiquetés par les balles et carbonisés par le napalm. J’ai vomi. Le manque d’habitude. J’étais très choqué de voir les tirailleurs bondir sur les cadavres pour leur arracher bagues, montres, portefeuilles ou rangers, quand ils en avaient. Parfois, ils éventraient les corps à la baïonnette ou enfonçaient des morceaux de bois dans les corps brûlés, réduits à des tas de charbon. Les blessés étaient achevés d’une rafale. En quatre ans et des centaines d’opérations, je n’ai pas le souvenir d’une sortie sans un vol, un viol ou un assassinat. Tout cela commis le plus souvent à l’insu des gradés. J’ai vu des appelés débarquer, pacifiques, et finir par collectionner des oreilles de fellaghas dans le formol. J’avais un seul ami, Daniel, un appelé jardinier qui aimait les fleurs et parlait doucement. Humain, quoi ! Il me racontait son pays, sa famille, et m’a fait aimer la France. Un jour, il a voulu sortir avec moi, pour une banale opération. On a débusqué une katiba, un fell a rafalé. Daniel est tombé à côté de moi, à plat-ventre, les bras écartés : du sang lui sortait de la bouche. Peu après, le capitaine a libéré deux garçons des cuisines qui voulaient rejoindre leurs familles. Ils ont été enlevés quelques jours plus tard par les fells ; on a retrouvé leurs corps égorgés et suppliciés. Impossible d’échapper à l’enfer. J’avais un copain, surnommé « Amirouche », qui voulait gagner le maquis. Il s’est évadé cinq fois ! Chaque fois, les fells le renvoyaient après l’avoir fait souffrir et menacé de mort. Chaque fois, les militaires le reprenaient et le torturaient. Il serrait les dents mais n’émettait pas une plainte. Hallucinant de courage. Un jour, il a dit : « Je ne sais plus qui je suis. Je suis prisonnier des Français et condamné à mort par les fells. » Et il s’est enfermé dans un silence définitif. Lors d’une opération, un tirailleur de la deuxième section a vu quelqu’un bouger devant lui ; il a lâché une rafale et s’est précipité sur le cadavre pour récupérer l’arme : c’était son père. Il a failli devenir fou. Il a déserté quelques jours plus tard et s’est fait tuer, côté fells, au cours d’un accrochage. Un autre jour, les militaires ont pris l’imam de la mosquée de mon village. Ils l’ont passé à la gégène devant moi. Avant de mourir, il m’a dit : « Je t’ai appelé "mon fils" la première fois que je t’ai vu. » Et il m’a craché au visage. Le 19 mars 1962 au matin, le capitaine nous a dit que le cessez-le-feu était entré en vigueur : « Pour nous, la guerre, c’est fini. » Il nous a expliqué que nous avions le choix entre trois solutions : rejoindre une force locale algérienne sous contrôle français jusqu’à l’indépendance, quitter l’armée et rester en Algérie, ou s’engager et rentrer en France avec l’armée. Personne ne disait mot ; nous étions tous plongés dans la stupeur. L’adjudant insistait pour me faire venir en France. Je me méfiais. L’adjudant André F. était celui qui m’avait cassé les dents et torturé à 13 ans. Chargé du renseignement, il torturait tous les prisonniers avec sadisme, jouissait, lèvres serrées, à la vue du sang et tournait très vite la manivelle jusqu’à la mort. Plus tard, affecté à Epinal, il se montrera un homme respectable, toujours prêt à rendre service. Il finira sa carrière la poitrine couverte de décorations, dont la Légion d’honneur. Avant mon départ, le capitaine, pied-noir d’origine, m’expliqua avec tristesse que vu ma capture et le tour qu’on m’avait joué... il était préférable que je ne reste pas en Algérie, même si la vie en métropole ne serait pas très rose. Sur le quai du port, nous avons croisé des soldats algériens qui rentraient de leur service en France. Ils nous ont traités de « traîtres, vendus » et tout se termina en bagarre générale. Après ? Après, rien… Pendant quinze ans, en France, j’ai vécu mécaniquement. Manger, boire, dormir. Sans aucune notion de bien ou de mal. Sans aucun souvenir. Et puis, un jour, tout est revenu, d’un coup. Mes nuits étaient blanches, pleines de questions et d’affreux cauchemars. Je revoyais tout... Tous les ans, pendant deux à trois mois, je suis allé à l’hôpital psychiatrique de Bercy. Je sortais un peu mieux pour le reste de l’année. Et tout recommençait. J’ai fini par écrire un livre (1). Cela m’a soulagé pendant quelque temps. J’ai eu mes premières relations sexuelles à l’âge de 35 ans. Je me suis marié, j’ai eu une fille : un bonheur. Mais quand elle a eu 8 ans, l’angoisse m’a repris : « Mon Dieu, dans quel monde l’ai-je envoyée ? » En 1982, j’ai essayé, plein d’espoir, de retourner voir l’Algérie, vingt ans après : on m’a refoulé dès mon arrivée à Bône. J’y suis allé en vacances en 1992 ; j’ai vu les islamistes, les troubles... j’ai fui. J’écoute la radio : un geste humanitaire me donne de l’espoir ; une mauvaise information sur une guerre me fait sombrer. J’aurais préféré mourir avec les autres, là-bas. Parfois, j’ai envie d’aller vivre dans la montagne, seul, loin des humains. Je ne vois pas le bout de tout ça. Dites-moi, est-ce moi qui suis fou ? Ou les autres autour de moi ?

Propos recueillis par Jean-Paul Mari

(1) « Un enfant dans la guerre », Points Seuil, 206 p.

4. COMMENT LA BLEUITE A EMPOISONNÉ LE FLN

A la fin des années 50, une opération de manipulation montée par les services français a déclenchéune purge dévastatrice au sein de l’Armée de Libération nationale. Dans son livre « Il faut abattre la Lune », Jean-Paul Mari raconte cet épisode, l’un des plus tordus de la guerre d’Algérie. Extraits


Toute la zone rebelle de la willaya III est intoxiquée par la « bleuite ». Ce nom étrange vient des bleus de chauffe arborés en guise d’uniforme par les spécialistes de la guerre contre-insurrectionnelle dirigée par le capitaine Paul-Alain Léger. L’homme est redoutable : fin, cultivé, brun, un regard noir et perçant, le nez aquilin, les lèvres minces, avec à la fois quelque chose de féminin et de prédateur dans le visage. Parachuté en France en juillet 1944, rompu au combat dans les rizières d’Indochine et les djebels, il n’ignore rien des méthodes des services secrets français, de l’action psychologique et de la manipulation. Quand il débarque à Alger, des bombes viennent d’exploser dans la capitale, dont la Casbah est aux ordres directs du FLN. Le capitaine Léger décide de noyauter l’organisation. Son supérieur hiérarchique, le colonel Godard, lui-même ancien de la Résistance, des troupes du 11e choc et du renseignement en Indochine, approuve son projet. Le GRE (Groupe de Renseignement et d’Exploitation) est né. Le principe de la bleuite est simple et diabolique. Quand un rebelle est identifié et arrêté, il est interrogé, souvent torturé, toujours compromis ou piégé. On lui offre de changer de camp. Brisé, retourné ou acquis à sa nouvelle cause, il rejoint les Bleus. Une fois remis en liberté, il reprend le chemin de sa willaya, où on l’aide en secret à gravir un à un les échelons de l’Armée de Libération nationale. Le jeu est terriblement dangereux. De son bureau à Alger, le capitaine Léger met à profit le moindre renseignement et document saisi, confectionne de faux cachets et rédige des lettres signées des « frères d’Alger » qu’il fait parvenir par des boîtes aux lettres clandestines aux vrais « frères du maquis ». Au fil des mois, ses hommes s’infiltrent, le renseignent et tissent une vaste toile d’araignée. Un soir, quand un de ses émissaires revient de la montagne en lui mettant sous les yeux une lettre officielle surchargée de cachets du FLN, le capitaine Léger se frotte les yeux : « Le porteur de cet ordre de mission est habilité au nom de la willaya III à représenter l’armée et le Front de Libération nationale au sein de la zone autonome d’Alger. » En clair, ce sont désormais les services français qui ont pris la direction politico-militaire de la région d’Alger, toute une partie du maquis. Et c’est le capitaine Léger qui décide du choix des armes et du lieu des attentats antifrançais ! Evidemment, les nuits d’Alger redeviennent calmes et il ne se passe plus grand-chose en dehors d’une voiture brûlée et d’une escarmouche sans conséquences. L’opération « double jeu » va durer six mois, pendant lesquels le FLN se demandera, stupéfait, pourquoi les activités terroristes des « frères d’Alger » sont quasi nulles. Fin 1958, la manipulation se transforme en intoxication meurtrière quand Léger introduit au sein du maquis le virus de la bleuite, qui va progressivement gagner toute la willaya III du redoutable Amirouche. La méthode consiste à déceler un authentique maquisard, rétif, impossible à retourner, et à faire mine de lui proposer de rejoindre les Bleus. Le capitaine Léger lui explique alors à quel point le maquis est infiltré, lui cite les noms des « traîtres », lui fait lire des faux documents et entendre des pseudo-messages radio à destination de ses soi-disant complices de la willaya III. Il suffit ensuite de faire semblant d’envoyer l’homme en mission non loin d’un maquis FLN pour qu’il s’empresse de s’évader et d’alerter ses chefs sur l’étendue des dégâts présumés. Dans la montagne, le doute s’installe, renforcé par la découverte de cadavres algériens tués dans un simulacre bruyant d’embuscade. Sur les corps abandonnés, les vrais fellaghas accourus découvrent de petits papiers soigneusement roulés, faux ordres de mission français cousus dans la doublure des treillis. Le syndrome aigu de paranoïa politico-militaire va gagner, s’étendre en cercles concentriques à toute la willaya et déboucher sur un nettoyage façon Khmers rouges. [...] Dans la willaya III, Amirouche, son chef, est connu comme un homme intraitable, psychorigide et brutal. Puisqu’il est persuadé que le corps de la rébellion est gangrené, il décide de traiter le mal à sa manière. Son lieutenant Hacène Mayhouz fait installer chaque soir un kanoun, sorte de barbecue à même le sol, et suspendre les premiers suspects par les chevilles et les poignets... C’est la technique de l’« hélicoptère », où le supplicié monte et descend le ventre offert aux braises du kanoun. Au petit matin, ceux qui n’ont pas parlé sont morts ; les autres, atrocement brûlés, ont fini par avouer n’importe quoi et à donner d’autres noms. Ils sont exécutés comme le méritent les « traîtres ». Fort de ces renseignements, Amirouche ordonne aussitôt d’élargir le champ des investigations. Et l’« hélicoptère » fonctionne à plein régime. Le 3 août 1958, Amirouche adresse une longue mise en garde aux commandants des autres willayas : « Cher frère, j’ai le devoir de vous informer en priant Dieu pour que ce message vous parvienne à temps de la découverte en notre willaya d’un vaste complot ourdi depuis de longs mois par les services français contre la révolution algérienne. Grâce à Dieu, tout danger est maintenant écarté, car nous avons agi très rapidement et énergiquement. Dès les premiers indices, des mesures draconiennes étaient prises en même temps : arrêt du recrutement et contrôle des personnes déjà recrutées, arrestation des goumiers et soldats "ayant déserté", arrestation de toute personne en provenance d’autres willayas, arrestation de tous les djounoud [soldats] originaires d’Alger, arrestation de tous les suspects, de toutes les personnes dénoncées de quelque grade qu’elles soient et interrogatoire énergique de ceux dont la situation ne paraissait pas très régulière. » On estime à 2000 hommes le nombre de « suspects » suppliciés. Dans sa circulaire, Amirouche précise que les traîtres sont surtout des personnes instruites, intellectuels, étudiants, collégiens, médecins et enseignants. L’« hélicoptère » a sans doute brûlé jusqu’à la mort le ventre d’une partie de l’intelligentsia algérienne.

J.-P. M.

© NIL Editions 2001

5. FLN CONTRE MNA : LA GUERRE DANS LA GUERRE

Par Edgar Morin « L’Affaire Bellounis », publiée en 1998 par un adjoint du chef de guerre messaliste, jette une lumière crue sur les divisions sanglantes du mouvement national algérien


Le Nouvel Observateur. – L’extraordinaire, avec « l’affaire Bellounis », est qu’elle ouvre le dossier méconnu d’une lutte acharnée au sein du nationalisme algérien...

Edgar Morin. – Oui. Et dès le début de la guerre d’Algérie. Il y a un conflit entre Messali Hadj, fondateur du nationalisme algérien, et son comité central, qui lui reproche son culte de la personnalité. Un groupe clandestin, le CRUA (Comité révolutionnaire d’Unité et d’Action), futur FLN, décide de réconcilier les uns et les autres... en lançant une insurrection armée, le 1er novembre 1954. Du coup, Messali décide que ses hommes vont prendre le maquis. Et quand le FLN veut absorber ses forces, il refuse. Rapidement, les combattants du FLN attaquent les maquis de Messali et les éliminent. Sauf un, le plus dur, celui que dirige Bellounis. Des officiers français nouent alors des contacts avec Bellounis pour l’utiliser contre ses frères ennemis du FLN. C’est l’année du massacre de Melouza, où des combattants de l’ALN-FLN vont tuer plus de 300 habitants d’un village favorable à Messali. Pris entre deux feux, Bellounis n’a plus le choix. Il est urgent pour lui de conclure un accord de fin des hostilités avec les Français. Il réussit à les bluffer sur l’importance de ses forces, pose ses conditions et réclame des armes et du matériel. Qu’il obtient. En contrepartie, les Français lui demandent de ne plus utiliser le drapeau algérien, de ne pas prélever d’impôt et de ne pas mobiliser. Ce qu’il ne respectera pas.

N. O. – Pour Bellounis, cet accord est une trêve armée, en attendant le jour où, une fois liquidé le FLN, il se retournera contre l’« armée colonisatrice » ?

E. Morin. – Exactement. D’ailleurs, il écrit à Messali pour lui demander sa caution : « Donnez-moi votre bénédiction... Nous allons libérer l’Algérie ! » Sauf que le vieux leader est persuadé – à tort – qu’il y a des accords secrets entre Bellounis et les Français. Il ne les obtient pas et refuse de reconnaître Bellounis.

N. O. – Se bat-il vraiment contre le FLN ?

E. Morin. – Pendant toute une année. Son maquis s’étend et ses troupes bien armées, atteignent 8000 hommes ! Au point que les Français finissent par s’en inquiéter.

N. O. – Après le 13 mai 1958, les Français lui demandent de se rallier. Il refuse. Le 23 juillet, les commandos du 11e Choc lui tendent un guet-apens...

E. Morin. – ... et Bellounis est tué. Après sa mort, son état-major est très divisé. Les uns pensent qu’il faut rallier le FLN ; d’autres, qu’il faut continuer seuls le combat. Une partie du maquis se perd dans la nature...

N. O. – Comment avez-vous rencontré Chems Ed Din – c’est un pseudonyme –, l’auteur du texte que vous avez préfacé (1) ?

E. Morin. – Il faisait partie de l’état-major de Bellounis. A sa mort, il décide de se rendre en bus à Alger. Arrêté à un contrôle, il est interrogé par les Services psychologiques, à qui il dit tout. On le libère et il gagne la France où il trouve un emploi… de vendeur au BHV. J’habitais à côté, rue des Blancs-Manteaux, où j’avais caché un temps un fugitif, un parent à lui. Mis en confiance, il vient me voir avec ce manuscrit : il veut témoigner.

N. O. – Qu’est-ce qui vous pousse à accepter ?

E. Morin. – Le souvenir de la honte. J’étais scandalisé par la campagne de calomnie contre les messalistes, les faisant passer pour des traîtres, des espions, des collabos de la police. Et j’avais en tête la campagne de diffamation menée pendant la guerre contre les trotskistes accusés d’être des agents de Hitler. A l’époque, j’étais communiste et je n’avais rien dit. Et j’avais honte de m’être tu. En 1955, les amis du FLN, Francis Jeanson et André Mandouze, veulent faire passer l’idée que Messali est le Pierre Laval d’Algérie. Il y a même des gens des « Temps modernes » qui affirment que le FLN est l’avant-garde du prolétariat mondial. Il y a quand même eu, à cette époque, une débauche de conneries exprimées !

N. O. – Evidemment, l’affaire Bellounis est présentée comme la « preuve » de la trahison de Messali...

E. Morin. – Pardi ! Sauf que je sais, moi, que Bellounis n’a pas la caution de Messali. Que celui-ci est resté un nationaliste. Contre cette hystérie fanatico-sectaire, je suis prêt à défendre son honneur.

N. O. – Pour publier ce texte, vous vous adressez à Jérôme Lindon. Sa réponse ? E. Morin. – « Ce n’est pas le moment ! » Combien de fois ai-je entendu cela dans ma vie ! J’ai donc gardé le manuscrit.

N. O. – Pourquoi le faire publier en 1998 ?

E. Morin. – J’ai rencontré une jeune femme d’origine algérienne, une actrice, dont le père était militant messaliste. Elle m’a dit qu’elle avait beaucoup souffert de l’étiquette de « traître » accolée à sa mémoire. Alors j’ai envoyé le manuscrit, un peu comme une bouteille à la mer.

N. O. – Quelle a été la réaction des critiques ?

E. Morin. – Nulle. Pas un mot dans la presse. Les gens n’ont pas compris... Ils n’ont pas lu !

N. O. – Aujourd’hui encore, vous ne pouvez pas dire qui est Chems Ed Din ?

E. Morin. – Hé non ! L’auteur est toujours en Algérie, et cette affaire n’est pas encore purgée. La lutte entre le FLN et le MNA, en France et en Algérie, a fait plus de 10000 morts. Ces frères se sont entre-tués. Rien n’est plus horrible. « L’affaire Bellounis » montre ce qu’on a voulu cacher : la complexité de cette guerre. Il y avait plusieurs voies vers l’indépendance. Reste que la liquidation des messalistes est un des péchés originaux du FLN. Qui nous dit que, parmi les massacres actuels, il n’y pas le souvenir de ces villages messalistes et FLN qui ont tellement souffert de cette féroce guerre entre frères ?

Propos recueillis par JEAN-PAUL MARI

(1) « L’Affaire Bellounis », par Chems Ed Din, préface d’Edgar Morin (« Retour sur la guerre d’Algérie »), Editions de l’Aube.

6. LES DISPARUS D’ORAN

Par Benjamin Stora Dans l’inconscient pied-noir, le 5 juillet 1962, jour de l’indépendance, est à jamais lié au souvenir des tueries et enlèvements qui eurent lieu dans la capitale de l’Ouest algérien. Récit


Le 5 juillet 1962, à Alger, c’est la photo que l’on croyait impossible : le drapeau algérien flotte sur le balcon de la préfecture où va s’installer le GPRA (le Gouvernement provisoire de la République algérienne). Les résultats du référendum donnent une majorité écrasante pour l’indépendance et la foule algérienne est en liesse. Mais, à plus de 400kilomètres de là, à Oran, ce jour-là, c’est le drame. Vers 11heures du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. On ignore les causes de la fusillade, on parle d’une provocation des derniers commandos de l’OAS ou de tireurs isolés appartenant à la communauté européenne, exaspérés devant les manifestations de joie pour l’indépendance. Immédiatement apparaissent des civils musulmans dont certains sont munis d’armes blanches, d’autres de pistolets et de fusils-mitrailleurs. Certains appartiennent à la force locale mise en place après le cessez-le-feu du 19mars 1962. Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens, ceux que l’on appellera plus tard, en France, les « pieds-noirs ». Ils lèvent les bras, tentent de se réfugier dans des écoles, des églises, comme en témoigne Gérard Israël, dans son ouvrage « le Dernier Jour de l’Algérie française » : « On criait partout : "Les Arabes arrivent, ils arrivent en masse vers le centre-ville !" Des Oranais affolés avaient frappé aux portes du journal, criant leur angoisse, désignant les émeutiers qui se rapprochaient en hurlant. […] Dehors, les hurlements, les coups de feu, les cavalcades de la foule en furie continuent. Personne ne peut voir ce qui se passe à l’extérieur. On entend un hélicoptère. » En l’espace d’une heure, vingt et un Européens sont tués et une cinquantaine d’autres blessés, selon un bilan officiel de l’armée française. Vers midi, la grande poste est envahie, des employés français sont enlevés, d’autres sont tués, certains arrivent à se réfugier au deuxième étage et à envoyer un appel radio demandant du secours. Ils seront entendus par des navires étrangers et parviendront à s’enfuir vers le port deux heures plus tard. Les reporters de « Paris Match » présents sur place, Serge Lentz et le photographe Jean-Pierre Biot, font un récit haletant des événements : « 12h50 : autour de nous, des soldats musulmans embusqués dans les porches tirent à l’aveuglette. 12h55 : nous embouchons le boulevard du 2e-Zouave. Une mitrailleuse lourde se déchaîne, puis une autre. Nous restons paralysés. […] 13h20 : nous avons trouvé refuge dans une caserne de zouaves. On nous offre à manger, mais nous sommes incapables d’avaler quoi que ce soit. Un cadavre est affaissé devant la porte de la caserne. C’est un musulman [NDLR : vraisemblablement un harki] que d’autres civils musulmans ont poursuivis jusqu’ici. Avant même que les zouaves aient le temps d’intervenir, le malheureux a été abattu d’une balle de revolver, puis achevé à coups de crosse et à coups de couteau. Le corps n’a plus rien d’humain. La tête est à moitié arrachée. […] 14heures : vers le quartier Saint-Eugène, un vacarme énorme se déclenche. Mortiers, grenades, mitrailleuses lourdes, tout y passe. […] 15h15 : je vois une longue colonne d’Européens qui remontent la rue ; plus de 400. Les visages sont durs, fermés, certains sont tuméfiés. La colonne est silencieuse. C’est un spectacle poignant. 15h30 : après plus de trois heures de fusillade, les tirs se sont tus. » S’agissaient-ils de tirs d’unités de l’ALN ? De membres de commandos de l’OAS encore présents dans la ville ? Ou encore d’éléments de l’armée française, comme l’affirmera plus tard le général Katz, responsable à l’époque de la ville d’Oran, dans son ouvrage « l’Honneur d’un général » ? Les enquêtes ultérieures ne permettront jamais de l’établir. Vers le boulevard de l’Industrie, des coups de feu sont tirés sur des conducteurs, dont l’un, touché, s’affaisse au volant, tandis que sa voiture s’écrase contre un mur. Sur le boulevard du Front-de-Mer, on aperçoit plusieurs cadavres. Une Européenne qui sort sur son balcon est abattue. Près du cinéma Rex, on peut voir une des victimes européennes de ce massacre pendue à un croc de boucher. Les Français, affolés, se réfugient dans les locaux du journal « l’Echo d’Oran » ou s’enfuient vers la base française de Mers el-Kébir. Pendant ce temps, le général Joseph Katz, que les Français d’Oran n’apprécient guère, déjeune à la base militaire de la Sébia. Averti des événements, il aurait, selon l’historien Claude Paillat, répondu à un officier : « Attendons 17heures pour aviser. » Les troupes françaises restent l’arme au pied – ce que contestera vigoureusement le général Katz. Précisément à 17heures, la fusillade se calme. Dans les jours qui suivent, le FLN reprend progressivement la situation en main. Il procède à l’arrestation et à l’exécution d’émeutiers comme le chef de bande Attou Mouckdem, qui mettait en coupe réglée le quartier du Petit-Lac et celui de Lamur-Medioni. Pourquoi une telle tragédie à Oran ? La ville est majoritairement peuplée d’Européens, même si, après 1945, les quartiers musulmans se sont étendus. Oran possède une vieille tradition d’accueil des militants politiques de toutes sortes, en particulier les républicains espagnols, communistes ou anarchistes opposés au régime de Franco. Les militants de gauche ou syndicalistes y sont également très actifs. L’extrême-droite aussi est bien implantée, notamment depuis les années30, avec le célèbre abbé Lambert, un moment maire de la ville. Mais, dans l’engrenage cruel de la guerre d’Algérie, les différences idéologiques ou sociales s’effacent progressivement, et la majorité de la population européenne va peu à peu basculer en faveur des thèses de l’OAS. Cette Organisation armée secrète, qui entend livrer au nom de l’Algérie française un combat sans merci au général de Gaulle, dispose de nombreuses complicités dans l’ensemble de l’administration. Elle semble agir en toute impunité, multipliant les attentats, les hold-up, les vols d’armes. A l’approche des négociations d’Evian, l’OAS multiplie les actions spectaculaires à Oran afin de creuser un fossé sanglant entre Algériens et pieds-noirs. Le 28février 1962, un véhicule piégé explose en plein cœur de la Ville-Nouvelle, le quartier musulman le plus important d’Oran. L’attentat – le plus meurtrier de la guerre d’Algérie à cette date – fait 35morts et une centaine de blessés. D’autres actions sanglantes se succèdent, comme le 3mars où une vingtaine d’Algériens sont tués. Le 19mars, l’OAS organise une grève générale dans toute l’Algérie pour protester contre les accords d’Evian. Le 25mars, l’arrestation à Oran du général Edmond Jouhaud, l’un des fondateurs de l’OAS, provoque la fureur des activistes de l’Algérie française, bien décidés à transformer Oran, comme Alger, en un « nouveau Budapest ». Mais l’échec du soulèvement de Bab el-Oued, à Alger, au début d’avril, quand l’armée française ouvre le feu et fait donner l’aviation contre le quartier pied-noir insurgé, brise le moral des Européens : ils décident de fuir la ville d’Oran transformée en enfer. Les commandos de l’OAS multiplient alors le harcèlement des gendarmes, des soldats du contingent, et assassinent jusqu’aux femmes de ménage algériennes. Le 2mai, une voiture piégée explose sur le port d’Oran, faisant de nombreuses victimes musulmanes. L’historien algérien Fouad Soufi note que la ville est « tellement coupée en deux qu’aucune inhumation ne peut plus se faire au cimetière chrétien de Tamashouët entre le 2 et le 18mai. Le cimetière est mitoyen du quartier Lamur, fief de la zone4 du FLN ». Oran est submergée par la haine et le désir de vengeance. L’OAS locale, à la différence de la direction d’Alger, rejette les accords passés le 17juin entre le FLN et Jean-Jacques Susini, l’un des principaux dirigeants de l’OAS. La lutte doit être frontale, totale. C’est la politique de la terre brûlée. Le lundi 25juin 1962, en fin de journée, le ciel d’Oran prend des couleurs d’apocalypse. Les réservoirs à mazout de la British Petroleum ont été plastiqués et 50millions de litres de carburant brûlent. Sur toute la surface des installations, tout est carbonisé et tordu. Les flammes s’élèvent à plus de 100mètres au-dessus de la ville. Pendant plusieurs heures, un énorme nuage noir se déploie jusqu’à la base maritime de Mers el-Kébir et recouvre la région d’un voile crépusculaire. L’éclipse durera deux jours. Dans le port, cargos et paquebots appareillent en toute hâte. C’est le dernier épisode de l’opération « terre brûlée » lancée par les commandos de l’OAS. Pendant que les pompiers tentent d’éteindre l’incendie, les derniers « desperados » partisans de l’Algérie française continuent de tirer à la mitrailleuse. Du 19mars au 1erjuillet 1962, on dénombre à Oran comme victimes de l’OAS : 32 membres des forces de l’ordre tués et 143 blessés, 66 civils européens tués et 36 blessés, 410 Algériens tués et 487 blessés. L’historien Charles-Robert Ageron écrira à ce propos : « On comprend dès lors pourquoi le jour de l’indépendance fut ressenti par la population européenne avec terreur. Abandonnée par les commandos de l’OAS, elle redouta à tort un massacre général. » Dans les premiers jours de juillet 1962, les quartiers européens se vident peu à peu, les magasins sont éventrés et les ordures s’amoncellent au milieu des rues. Oran est devenue cette ville de la peste que décrivait Albert Camus. Plus de la moitié des Européens, près de 100000 personnes, ont déjà quitté la ville. Les départs s’intensifient au rythme de 8000 par jour, tandis que de jeunes Algériens, membres du FLN, distribuent des tracts où il est affirmé que le Coran interdit la vengeance… ce qui n’interdira pas le massacre du 5juillet. Son bilan est lourd : 95 personnes dont 20 Européens ont été tuées – 13 à coups de couteau – et 161 blessées, selon les chiffres donnés par le docteur Mostéfa Naït, directeur du centre hospitalier d’Oran. Les Européens racontent des scènes de torture, de pillages et surtout d’enlèvements. Dans son livre « l’Agonie d’Oran », Geneviève de Ternant établira une liste nominale de 144 personnes mortes ou disparues pour la seule journée du 5juillet. Le 8mai 1963, le secrétaire d’Etat aux Affaires algériennes déclare à l’Assemblée nationale qu’il y avait 3080 personnes signalées comme enlevées ou disparues, dont 18 ont été retrouvées, 868 libérées et 257 tuées essentiellement dans l’Oranie. Cette page honteuse de l’histoire française, moment épouvantable de massacres et de disparitions d’Européens, n’a jamais cessé d’habiter l’imaginaire pied-noir dans les douleurs de l’exil, au lendemain de l’indépendance. Comme une marque ineffaçable. Ce souvenir sera aussi mal vécu par de nombreux officiers de l’armée française, déjà hantés par un autre massacre, celui des harkis et de leurs familles. Le 12juillet 1962, Ah-med Ben Bella pénètre dans Oran sous les youyous des femmes musulmanes. Une autre bataille commence, celle pour le pouvoir en Algérie.

Benjamin Stora

(*) Professeur d’histoire du Maghreb à l’Inalco, Paris. Dernier ouvrage paru : « Histoire de la guerre d’Algérie », coll. « Repères », La Découverte, 2001.

A lire Sur la ville : « Oran », par Jean-Jacques Gonzalez, Séguier, 1998. Sur la tragédie : « Oran, 28 février et 5 juillet 1962, deux événements pour l’histoire », par Fouad Soufi, dans « la Guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises », Société française d’Histoire d’Outre-Mer, 2000.

7. ETÉ 62 : ET L’ARMÉE S’EMPARA DU POUVOIR...

Par Mohammed Harbi*

Après la liesse de l’indépendance, la bataille continue au sein du FLN. Pour éliminer ses adversaires, Ben Bella s’appuie sur les militaires. Qui finissent par le dévorer.

Le Nouvel Observateur. – Nous sommes le 5 juillet 1962, jour de l’indépendance, le FLN triomphe. Est-ce l’état de grâce ?

Mohammed Harbi. – Non, au contraire, nous sommes en pleine bataille interne ! N’oubliez pas que le FLN s’est constitué à partir de la scission d’un parti. Le FLN est un mouvement de résistance beaucoup plus qu’un parti politique. Au départ, il y avait une direction improvisée. Quand les problèmes concrets se sont posés – pourvoi en armes, alliances, etc. –, il a bien fallu constituer une direction nationale. Au passage, on a éliminé une partie des pères fondateurs – Ben Bella, Aït-Ahmed, Boudiaf –, au profit d’une direction constituée autour de l’Algérois et de la Kabylie. Dès 1956, il existe donc un contentieux entre les dirigeants.

N. O. – Un contentieux qui va jusqu’à l’élimination physique ?

M. Harbi. – A partir de 1957, Abane Ramdane, libéré des prisons françaises, est marginalisé politiquement puis étranglé dans une ferme au Maroc par des hommes de main de Boussouf. Dès lors, un triumvirat s’impose – Krim Belkacem, Boussouf, Bentobbal –, qui décide de façon consensuelle. A vrai dire, les trois hommes n’ont pas de divergences politiques, mais déjà, à cette époque, un réel problème de partage du pouvoir.

N. O. – Qu’est-ce qui, le jour de l’indépendance, oppose les vainqueurs ?

M. Harbi. – D’un côté, il y a l’état-major de l’armée extérieure, à Tunis, avec 20000 hommes installés aux frontières. De l’autre, la résistance intérieure, forte autrefois de 30000 combattants et réduite à 9000 hommes très éprouvés par le choc frontal avec l’armée française. Entre les deux, pendant la guerre, les Français ont érigé la « ligne Morice », ligne de défense quasi infranchissable. Ce qui explique le ressentiment de la résistance intérieure, qui a manqué de renforts, d’armes, et qui accuse Tunis de son isolement : « Vous nous avez laissés seuls ! » Mais le nœud du problème est la décision, lors des négociations à Evian, de créer, pendant la période transitoire en Algérie une force locale, une armée de 40000 hommes. Du coup, l’état-major de l’armée extérieure craint d’être mis à l’écart. Dans cette logique de crise, d’autres différends politiques vont se greffer. Mais l’essentiel du conflit est bien là.

N. O. – C’est une bataille pour la légitimité ?

M. Harbi. – Féroce ! Au sein du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), Krim Belkacem veut même traduire l’état-major extérieur devant un tribunal ! Ceux qui ont mené la guerre de l’intérieur ont une autorité certaine sur les chefs de willaya, qu’ils considèrent comme leurs clients. D’ailleurs, une partie des willayas, la Kabylie et le Nord-Constantinois, se range derrière le GPRA.

N. O. – On est loin d’un FLN monolithique et uni dans la victoire.

M. Harbi. – Bien loin. Ce sont ces fractures, y compris à l’intérieur des willayas, qui vont apparaître au grand jour au cours de l’été 1962. D’autant que les Français finissent par libérer le groupe de ministres – Ben Bella, Aït-Ahmed, Boudiaf, Khider et Bitat – emprisonnés depuis six ans en France après que leur avion vers la Tunisie eut été détourné. Tout le monde espère alors qu’ils vont régler la crise au sein du FLN. Sauf que Ben Bella et Boudiaf ne s’adressent plus la parole et que chacun, en se greffant sur des forces déjà existantes, va amplifier les divergences ! Le 30 juin 1962, le GPRA démet de ses fonctions l’état-major extérieur. C’est la guerre ouverte et l’armée des frontières, soutenue par Ben Bella, réplique en investissant le terrain. Mais entre la résistance intérieure, quasiment écrasée dans les années 59-60 par le rouleau compresseur de l’armée française, et la force de frappe d’une armée des frontières presque intacte, la lutte est inégale. L’état-major dispose de matériel mécanisé et de blindés. Il casse d’abord militairement le Nord-Constantinois en s’appuyant habilement sur une fracture interne. Il ne touche pas à la Kabylie, par souci tactique, pour ne pas régionaliser le conflit. Mais ses troupes attaquent l’Algérois de front. Après deux à trois jours de combats, qui font entre 200 et un millier de morts, les maquis de l’intérieur sont brisés.

N. O. – Nous sommes en septembre 1962, trois mois après l’indépendance... Au même moment éclatent d’autres combats dans la Casbah !

M. Harbi. – Combats dus, là aussi, à des fractures internes... A Alger, les forces de Yacef Saadi s’opposent à celles de la willaya IV. Entre-temps, la population réagit. Spontanément, les habitants des quartiers populaires lancent d’imposantes manifestations aux cris de « Sept ans de guerre, ça suffit ! ». Fin septembre, les adversaires de Ben Bella cèdent, acceptent un bureau politique et la révision des listes électorales d’où tous les opposants sont exclus. La bataille est terminée, Ben Bella et l’armée des frontières ont gagné. Le visage de l’Algérie s’en est trouvé profondément changé. Il existait une « société de contacts », ceux forgés par la colonisation avec une grande partie de l’intelligentsia. Elle a été soit mise sous tutelle, soit éliminée. Tous les ministres, les députés exclus des listes électorales étaient ceux qui avaient négocié les accords d’Evian. Du coup, ces accords – déjà fragiles – vont devenir plus fragiles encore ! A cela s’ajoute l’exode massif des Européens et surtout – entre mars et juin 62 – l’action de l’OAS, qui a cassé toute autorité possible de l’exécutif provisoire, fait voler en éclats un début d’administration et empêché la mise en place de la force locale. Que restait-il, sinon de simples rapports de force ? Et là, c’est l’armée des frontières qui était le mieux placée. Je suis convaincu que sans l’OAS l’armée des frontières n’aurait pas gagné. Et Ben Bella n’aurait été qu’un acteur du pouvoir parmi d’autres. Le gouvernement algérien aurait disposé d’une police, d’une force locale prévue de 40000 hommes, encadrés par des officiers algériens de l’armée française et entraînés par des officiers français... Jamais l’état-major extérieur n’aurait eu cette voie royale.

N. O. – Et quelles conséquences sur le futur à long terme de l’Algérie ?

M. Harbi. – Le fait militaire, élément déjà hégémonique dans la résistance, va devenir hégémonique dans la société.

N. O. – Nous n’aurions pas ce gouvernement au pouvoir aujourd’hui en Algérie ?

M. Harbi. – Peut-être pas... Les forces civiles auraient eu un tout autre impact dans la société. D’ailleurs, quand Ben Bella a voulu constituer un parti politique, il n’a pas réussi et s’est heurté d’emblée à l’armée. Ensuite, quand Aït-Ahmed a lancé son insurrection FFS en Kabylie, les militaires ont immédiatement et de nouveau occupé le terrain. L’accord entre Ben Bella et Aït-Ahmed n’est survenu que le 15 juin 1965. Trop tard. Le 19 juin, le coup d’Etat portait Boumediene au pouvoir.

N. O. – L’été 62 aurait provoqué la confiscation du pouvoir par les militaires ?

M. Harbi. – Cela a été un jalon important dans un long processus. Ben Bella a choisi de s’appuyer sur l’armée pour éliminer ses adversaires de l’intérieur. Et l’armée a fini par le manger.

Propos recueillis par Jean-Paul Mari

(*) Historien, ancien membre du FLN.

La bataille des archives

Après les combats sur le terrain, il y a eu la bataille des chiffres. Combien de morts du côté algérien ? 1,5 million, a dit le FLN. 250 000, disent les historiens

La France officielle a mis près de quarante ans à reconnaître qu’elle avait mené, entre 1954 et 1962, une « guerre » en Algérie. On sait ce que cache cette longue dénégation : un lourd passé, qui a toujours « du mal à passer », et dont l’histoire au jour le jour dort encore, en grande partie, dans les cartons des archives. Comment y accéder ? Ce n’est plus impossible, mais cela reste un parcours du combattant. Les règles du jeu ont été fixées par la loi du 3 janvier 1979 : les archives publiques sont accessibles au bout de trente ans. Pour la guerre d’Algérie, le délai est donc largement dépassé. Mais la loi prévoit deux exceptions de taille : les dossiers contenant des informations sur les individus, et ceux qui touchent aux intérêts de la défense nationale et de la sûreté de l’Etat. Il faut alors respecter des délais allant de soixante à cent ans. Or la plupart des documents concernant la guerre d’Algérie peuvent entrer dans l’une de ces catégories. L’objectif premier du chercheur sera donc d’obtenir des dérogations. La pression de l’opinion publique peut les y aider. Après ce que Benjamin Stora a appelé l’« explosion mémorielle » qui a suivi les témoignages de ces dernières années sur la torture, le gouvernement s’est engagé à faciliter l’accès aux dossiers et à rendre plus démocratique la procédure de dérogation. Voici quelles sont aujourd’hui les principales sources :

– Le Service historique de l’Armée de Terre (SHAT), au fort de Vincennes, qui a réalisé un gros travail d’inventaire et de codification des archives de la guerre proprement dite : localisation des unités militaires, rapports, journaux de marche et d’opérations, etc.

– Le Centre des Archives d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence, qui regroupe tous les fonds provenant d’Algérie, depuis le début de la présence française jusqu’en 1962.

– Les archives photographiques et cinématographiques des armées (ECPA) réunies au fort d’Ivry.

– Les archives de l’Elysée, de Matignon, et surtout celles des trois ministères les plus concernés : l’Intérieur, la Défense et la Justice. Celles-ci sont loin d’être toutes déposées, et encore moins codifiées, donc accessibles aux chercheurs. Mais si certaines armoires s’ouvrent difficilement, le temps du « mensonge organisé et du silence complice » des autorités semble aujourd’hui en grande partie révolu.

François Schlosser

Sous le drapeau français

Le terme a fini par désigner tous les musulmans engagés aux côtés des soldats français. En réalité, harki vient de harka, « mouvement » en arabe, et ne concerne qu’une partie des supplétifs armés lors de la guerre d’Algérie. Au sein de ces forces, on trouvait alors :

Les harkis proprement dits, la majorité des supplétifs armés. Engagés volontaires, ils forment à partir de 1956 des unités, encadrées par des officiers français, qui livrent combat au FLN sur le terrain. Ce sont eux, le plus souvent, qui poursuivent les fellaghas dans les montagnes et ratissent les djebels. Certaines unités, comme le « commando Georges », deviendront célèbres. Un harki est engagé pour la durée d’un contrat renouvelable ; il touche 7,50 francs par jour, plus une indemnité en mission, une autre en cas de blessure (ou sa famille en cas de décès) ; il a droit aux congés payés, mais doit se nourrir à ses frais. Equipés au début de simples fusils de chasse, les harkis recevront ensuite des armes de guerre. En février 1961, au plus fort des effectifs, on en recensera 61600.

Les moghaznis. Créés en 1955 par Jacques Soustelle, recrutés par contrat de six mois renouvelables, ils ont surtout pour tâche de protéger les SAS (sections administratives spécialisées) chargées de maintenir l’ordre et d’assurer des fonctions sociales auprès de la population musulmane. Les moghaznis, regroupés en maghzen, peuvent à l’occasion participer à des opérations militaires. Leurs effectifs atteindront 20000 hommes.

Les GAD. Ce sont des groupes d’autodéfense constitués spontanément, souvent par des anciens combattants, pour défendre leur douar ou leur village, et équipés d’armes diverses distribuées par les Français. En avril 1960, on comptait 47634 membres des GAD, dont 24000 armés (10000 de simples fusils de chasse). Ils ne sont pas rétribués. – Les GMPR, Groupes mobiles de Protection rurale, devenus ensuite les GMS, Groupes mobiles de Sécurité. Ce sont des civils, recrutés par la police et chargés de surveiller essentiellement les zones forestières. On trouve parmi eux des Européens. En tout 8000 à 10000 hommes.

Les assès. Simples sentinelles, ex-territoriaux, au nombre de 2000, ils n’auront pas un rôle essentiel. A la date du 19 mars 1962, jour du cessez-le feu en Algérie, harkis, moghaznis, GAD, GMS et assès représentaient, d’après le ministère de l’Intérieur, 152000 musulmans engagés en armes aux côtés de la France en Algérie. A quoi il faut ajouter 20000 militaires d’active et 40000 appelés du contingent.

J.-P. M.

POUR EN SAVOIR PLUS

« La Guerre d’Algérie », en deux tomes : 1954-1957 et 1958-1962, par Yves Courrière (Fayard, 2001). Un récit complet et passionnant. Une somme réeditée.

« Histoire de la guerre d’Algérie », par Benjamin Stora (La Découverte/Repères, 1992). Récit historique. Parmi les incontournables.

« Histoire de l’Algérie contemporaine : 1830-1968 », par Charles-Robert Ageron (PUF, 1990). La référence. Du même auteur, deux articles à signaler : « Les pertes humaines de la guerre d’Algérie » (dans « la France en guerre d’Algérie », BDIC, 1992) ; et « Complots et purges dans l’armée de libération algérienne, 1958-1961 » (dans « Revue du xxe siècle », juillet-septembre 1998).

« De Gaulle et l’Algérie », par Jean Daniel (Seuil, 1986). Recueil des articles publiés dans « l’Express » entre 1958 et 1962, avec un retour sur les « événements » vingt-cinq ans après.

« Face à la raison d’Etat. Un historien dans la guerre d’Algérie », par Pierre Vidal-Naquet (La Découverte/Essais, 1989). Recueil d’articles rédigés par l’auteur entre 1959 et 1988.

« Pour comprendre la guerre d’Algérie », par Jacques Duquesne (Perrin, 2001). L’ancien envoyé spécial de « la Croix » revisite l’histoire de l’Algérie en guerre. Fort et lucide.

« Une vie debout. Mémoires politiques », tome 1 : 1945-1962, par Mohammed Harbi (La Découverte, 2001). Mémoires d’un ancien militant et responsable FLN devenu historien, qui éclaire l’histoire de son pays.

« La Gangrène et l’Oubli : la mémoire de la guerre d’Algérie », par Benjamin Stora (La Découverte/Poche, 1998). Les mécanismes de fabrication de l’oubli en France comme en Algérie.

« Un journaliste au cœur de la guerre d’Algérie », par Robert Barrat (Editions de l’Aube, 2001). Un reportage inédit, de 1954 à 1962, et une réflexion sur l’engagement. Ouvrage publié après la mort de l’auteur.

« La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 », par Raphaëlle Branche (Gallimard, 2001). Une analyse des mécanismes de la torture pendant le conflit algérien. Très fouillé.

« La Question », par Henri Alleg (Editions de Minuit, 1958). Le premier grand témoignage dénonçant la pratique de la torture publié pendant la guerre. Un livre-événement.

« Le Livre blanc de l’armée française en Algérie » (Contretemps, 2001). Manifeste de 510 officiers généraux. Toute l’armée n’a pas eu un comportement inhumain et déshonorant. Un contrepoint utile.

« On a torturé en Algérie », témoignage recueilli par Jean-Pierre Vittori (Ramsay, 2000). Confessions d’un professionnel de la torture en Algérie. Réédition. Inédit à l’époque.

« Appelés en Algérie, la parole confisquée », par Claire Mauss-Copeaux (Hachette Littératures, 1999). Des appelés font face pour la première fois à leur passé douloureux. Témoignages forts.

« Algérienne », par Louisette Ighilahriz, récit recueilli par Anne Nivat (Fayard/Calmann-Lévy, 2001). Récit autobiographique d’une militante pour l’indépendance, son engagement, son arrestation et la torture subie.

« Journal : 1955-1962 », par Mouloud Feraoun (Seuil, 1962). Ami de Camus, l’auteur, instituteur et écrivain, sera assassiné par l’OAS le 15 mars 1962.

« L’Ennemi intime », par Patrick Rotman (Seuil, 2002). Des appelés, harkis et officiers retracent la manière dont ils ont vécu la guerre. Riche en témoignages.

« Un enfant dans la guerre », par Saïd Ferdi (Seuil, 2002). Arrêté et torturé par les Français à l’âge de 13 ans, l’auteur deviendra harki. Poignant.

« Et ils sont devenus harkis », par Mohand Hamoumou (Fayard, 2001). Histoire de ces Français musulmans victimes d’un piège historique. Un plaidoyer.

« Harkis, un crime d’Etat », par Hazni Boussad (Ramsay, 2002). Ou comment la France, à la fin de la guerre, a lâché ceux qu’elle avait compromis.

« Il faut abattre la lune », par Jean-Paul Mari (NiL, 2001). L’auteur, enfant, a grandi dans l’Algérie d’avant l’indépendance, le reporter revient trente ans après dans un pays aux prises avec les islamistes .

« L’Affaire Bellounis, histoire d’un général fellagha », par Chems Ed Din (Editions de l’Aube, 1998). L’extraordinaire aventure d’un chef de maquis du MNA qui avait passé un accord avec l’armée française.

« Services spéciaux, Algérie : 1955-1957 », par Paul Aussaresses (Perrin, 2001). Un général revendique la torture et les exécutions. Controversé et condamné par la justice.

« La Villa Susini, tortures en Algérie. Un appelé parle. Juin 1961-1962 », par Henri Pouillot (Tirésias, 2001). Dix mois dans l’enfer du plus grand centre de tortures d’Alger. Accablant.

Bibliographie établie par Nébia Bendjebbour

Source: Grands Reporters

28 février 2002

Par Jean-Paul Mari

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09 février 2008

Les Berbères

Carte_Berberes


La répartition actuelle des Berbères 

Le caractère le plus déterminant de la « berbérité » reste la langue, et la répartition actuelle des Berbères peut être esquissée en délimitant les aires géographiques de son usage. On parle berbère, sporadiquement, à l'intérieur d'un espace africain compris entre l'océan Atlantique, la Méditerranée et le tropique du Cancer. D'est en ouest, des populations berbérophones subsistent actuellement :

· en Egypte, dans l'oasis nord-occidentale de Siouah ;

· en Libye, dans le djebel Nefousa et les oasis de Ghadamès, de Sokna, d'Aoudjila, mais également sur la côte à Zouara ;

· en Tunisie, sous forme d'enclaves en voie de disparition, notamment dans les villages de l'île de Djerba, à Tamezret au nord de Matmata, à Chenini et à Douiret, à l'est de Tataouine.

· en Algérie. La Kabylie est de loin la plus importante région berbérophone d'Algérie et les deux tiers des Berbères de ce pays sont kabyles ; l'Aurès abrite une importante communauté chaouïa et le Mzab un autre groupe berbérophone ; quelques îlots berbérophones subsistent également dans les monts des Ksour du Sud oranais, dans les régions de Gourara et de Ouargla et, au nord, dans les djebel Bissa et Chenoua.

· au Maroc. Trois grandes zones de dialectes berbères couvrent les régions montagneuses de ce pays ; au nord du Rif, le dialecte tarifit ; au centre, dans le Moyen Atlas ainsi que dans une partie du Haut Atlas, le dialecte tamazight ; au sud-sud-ouest, dans le Haut Atlas, l'Anti-Atlas et le Sous - qui forment le pays chleuh -, le tachelhit.

· en Mauritanie, dans une région située au nord du fleuve Sénégal, le parler zenaga est attesté chez des populations du Trarza.

A tous ces espaces de parlers berbères il faut ajouter un grand territoire parcouru par les nomades chameliers touaregs, dont le nombre est évalué à 400’000. Ils constituent un important groupe berbérophone, éparpillé inégalement sur le Niger, le Mali - pour les deux tiers -, l'Algérie (Ahaggar, Ajjer), la Libye (Ajjer), le Burkina Faso (Udalen) et le Nigeria.

Il faut également tenir compte d'une importante diaspora berbère disséminée dans les grandes villes de l'Afrique du Nord, mais aussi en Europe. La France compte environ 600’000 immigrés berbères marocains et algériens, ces derniers étant essentiellement kabyles.


Les origines

Au VIIIe millénaire av. J.-C., un type d'homme anthropologiquement proche des habitants actuels du Maghreb fit son apparition. Probablement d'origine orientale, cet Homo sapiens sapiens, appelé «capsien» – de Capsa, nom antique de Gafsa (Tunisie) –, serait l'une des composantes de la souche berbère. Il se serait étendu d'abord aux parties orientale et centrale du Maghreb, puis en direction du Sahara. On lui connaît des équivalents dans certains pays méditerranéens (civilisation natoufienne).

Le Maghreb s'enrichit aussi d'autres apports ; du nord, par l'est et par l'ouest, à travers les détroits de Messine et de Gibraltar, arrivèrent des populations européennes. Certaines nécropoles et tombes maghrébines témoignent de la présence dès le IIIe millénaire d'une population noire venue du sud, probablement à la suite de l'assèchement du Sahara. Au IIe millénaire, d'autres petits groupes continuèrent à affluer au Maghreb. C'est à ce fonds paléoberbère divers, mais à dominante capsienne (c'est-à-dire appartenant à la culture préhistorique de Capsa), que les spécialistes rattachent les Proto-Libyens, ancêtres des Berbères. Des données physiques mais aussi culturelles – même emploi rituel de l'ocre rouge, même utilisation et décoration de l'œuf d'autruche – sont souvent invoquées pour appuyer la thèse de la parenté entre capsiens et Proto-Libyens.


Les sources

Les Proto-Berbères, installés à l'ouest du Nil, nous sont connus grâce aux inscriptions et aux documents égyptiens. Les Tehenou et les Temehou au IIIe millénaire, les Libou et les Maschwesch au IIe millénaire y sont souvent décrits comme des peuples belliqueux et puissants. Ces Proto-Berbères de l'Est parvinrent à se constituer en véritable puissance et réussirent, au début du Ier millénaire, à se rendre maîtres de l'Egypte.

Nous disposons dans l'art préhistorique d'une source relative à l'apparition des Proto-Berbères dans les massifs centraux sahariens, où des centaines de peintures rupestres ont été recensées. Les fresques du tassili des Ajjer, du IVe millénaire au milieu du IIe, figurent pour la première fois des Proto-Berbères. L'espace saharien, auparavant peuplé de Noirs, vit l'arrivée de populations blanches, probablement d'origine septentrionale, qui auraient progressé à partir du bas Sahara algérien et tunisien.

Au Néolithique final et à l'époque protohistorique, la présence des Proto-Berbères dans le Sahara s'intensifia. Les fresques les représentent conduisant des chars tirés par des chevaux. L'introduction du cheval dans cette région – probablement à partir de l'Egypte – permit aux Proto-Berbères de dominer les pasteurs mélanodermes.

Au Ve siècle av. J.-C., Hérodote signala l'importance des chars sahariens, en précisant que les Garamantes du Fezzan et du tassili des Ajjer s'en servaient encore pour chasser les populations noires. Cette occupation du Sahara se poursuivit au début de l'époque historique.


Du premier millénaire à la reconquête byzantine 

Au Ier millénaire av. J.-C., les Berbères se répartissaient en une multitude de peuples : Nasamons et Psylles en Tripolitaine et en Cyrénaïque, Garamantes au Sahara oriental, Numides au Maghreb oriental et central, Gétules nomadisant entre le désert et les hauts plateaux, Maures au Maghreb occidental. Divisés en de nombreuses tribus parfois rivales, éparpillés sur une vaste aire géographiquement morcelée, ils ne purent s'unifier face à leurs conquérants carthaginois, romains, vandales ou byzantins.

Les premiers royaumes berbères

Toutefois, à la fin du IIIe siècle av. J.-C., des tentatives d'organisation politique et d'unification virent le jour ; trois royaumes firent ainsi leur apparition : les royaumes masaesyle, massyle et maure. Le premier, éphémère, ne survécut pas à son roi Syphax (avant 220-203) ; le second, au contraire, connut sous le règne de Masinissa (203-148) un grand essor. Après avoir absorbé son voisin et rival masaesyle, il s'étendit à toute la Numidie, l'unifia politiquement et parvint à englober, aux dépens de Carthage, d'autres territoires situés dans la région des Syrtes. Ce grand royaume se maintint sous le règne de Micipsa (148-118) ; mais Rome, installée depuis 146 sur les dépouilles de Carthage, ne pouvait longtemps s'accommoder de ce voisinage. Malgré la résistance militaire de Jugurtha (111-105), le royaume numide finit par tomber sous la dépendance de Rome. Le royaume maure connut le même sort : les Romains l'annexèrent en 40 apr. J.-C. Dès lors et jusqu'en 429, une grande partie de l'Afrique du Nord passa sous leur domination.

La domination romaine

La mainmise de Rome ne se traduisit pas par l'assimilation totale des Berbères. Les Musulames (Numides) sous Tibère, les Nasamons et les Garamantes sous Auguste et Domitien, les Maures sous les règnes d'Hadrien, d'Antonin, de Marc-Aurèle et de Commode, les Gétules plus tard s'insurgèrent de façon répétée, et parfois durable. Au IIIe siècle de nombreuses tribus fusionnèrent en confédérations et harcelèrent les Romains, au point que Dioclétien finit par renoncer à la Mauritanie Tingitane ainsi qu'à l'ouest de la Mauritanie Césarienne. Au IVe siècle le schisme donatiste donna aux Berbères un moyen de s'opposer à la domination romaine. Le soulèvement des circoncellions, la révolte de Firmus (372-375), celle de Gildon (398) ajoutèrent aux difficultés d'un pouvoir romain déjà affaibli.

Au milieu du Ve siècle, les Vandales s'emparèrent de Carthage et occupèrent une partie de l'Afrique romaine, la Tunisie et l'est de l'Algérie. L'Aurès, la Kabylie, la Mauritanie et la Tripolitaine ne tombèrent pas sous leur domination et des tribus berbères purent se constituer en royaumes indépendants. La reconquête byzantine, entreprise en 533, mit fin à la suprématie vandale et, en quelques mois, l'Afrique du Nord redevint romaine. Néanmoins, les Berbères continuèrent leur mouvement d'autonomie amorcé au siècle précédent.


Conquête arabe (VIIe siècle) à l'Empire almohade (XIIe siècle)

Dans leur conquête de l'Afrique du Nord, les Arabes, qui triomphèrent des Byzantins, eurent à s'opposer au roi berbère Koçeila (683-686) et à la reine de l'Aurès, el-Kahéna, (695-700). Malgré cette résistance, les Berbères durent s'incliner et se convertir à la religion de leurs conquérants : l'islam. Ils y trouvèrent matière à une tout autre résistance. Par le biais du kharidjisme, ils entrèrent rapidement en révolte contre les Orientaux.

Le mouvement commença vers 740 à l'ouest puis s'étendit à tout le Maghreb. Son ampleur fut telle que les troupes arabes mirent plus de vingt ans à récupérer la seule Ifriqiya. Ailleurs , des Etats indépendants – petit Etat des Barghawata sur le littoral atlantique (744 après 1050), royaumes de Tahert (761-908), de Sidjilmasa (772-997), de Nakkur dans le Rif (809-917), principauté sofrite de Tlemcen (765-avant 790 ?) – échappèrent au contrôle du pouvoir central abbasside.

L'agitation reprit au Xe siècle au nom du chiisme, que les Berbères adoptèrent en réaction à l'orthodoxie sunnite de l'islam ; l'Ifriqiya aghlabide (800-909), royaume rattaché nominalement aux Abbassides, tomba en 910 entre les mains des chiites fatimides aidés par les Berbères Ketama de Petite Kabylie.

L'introduction du chiisme ismaélien en Afrique du Nord eut pour conséquence l'affaiblissement du kharidjisme puis le retour en force du sunnisme. Après 950, le kharidjisme ne subsista que dans des zones refuges. Une autre conséquence du chiisme fut la division des Berbères en deux groupes rivaux : les Sanhadjas, qui avaient embrassé la cause fatimide, et les Zénètes, qui furent les alliés des Omeyyades d'Espagne. Cette rivalité s'exprima après le départ des Fatimides pour l'Égypte en 973, et, au début du XIe siècle, le Maghreb connut un état de fractionnement politique. Les royaumes berbères se multiplièrent : ziride (973-1060) et hammadide (1015-1163) fondés par les Sanhadjas ; ceux de Tlemcen, de Sidjilmasa et de Fès contrôlés par les Zénètes.

Au Xe siècle, des invasions de nomades arabes de la tribu des Hilaliens contribuèrent à maintenir ce fractionnement politique jusqu'au moment où, dans l'ouest du Maghreb, un mouvement berbère cohérent se constitua : le mouvement almoravide. Partis du Sahara, les Lamtouna entreprirent une conquête progressive de la partie occidentale du Maghreb. Sous la conduite de leur chef, Youssef ben Tachfin, ils étendirent leur empire, à l'est, jusqu'au massif de la Grande Kabylie (1082-1083). Moins de dix ans après, les Berbères almoravides devinrent maîtres de toute l'Espagne musulmane. L'hégémonie de la dynastie almoravide persista jusqu'en 1147.

Un mouvement religieux, apparu en réaction contre les mœurs des Almoravides jugées trop tolérantes, fut à l'origine de la dynastie almohade. Des tribus du Haut Atlas marocain, sous l'impulsion de Mohammad ibn Toumart, réussirent à unifier tout l'Islam occidental, de la Tripolitaine à l'Espagne. L'Empire almohade connut son apogée à la fin du XIIe siècle.


Du XIIIe siècle à nos jours

A partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, le Maghreb retrouva un état de division : Abdelwadides à Tlemcen, Mérénides à Fès, Hafsides à Tunis se partagèrent la Berbérie . Ni ces dynasties ni les suivantes ne parvinrent à redonner au Maghreb une quelconque unité. Minés de l'intérieur par le retour des grandes confédérations tribales, menacés de l'extérieur par les chrétiens, les États maghrébins de l'Est et du Centre finirent par tomber sous une longue dépendance turque. L'Ouest, gouverné par les Saadiens (1549-1659) puis par les Alaouites, ne connut pas plus de stabilité.

Aux XIXe et XXe siècles, tout le Maghreb passa, pour plusieurs décennies, sous la domination française. Depuis l'instauration de l'indépendance des pays de l'Afrique du Nord et de l'Afrique noire, les populations berbères connaissent souvent une situation difficile, tant politique que culturelle, ainsi les Kabyles en Algérie ou les Touaregs en Algérie et au Niger.


L’organisation des Berbères

Organisation politique

Les Berbères connurent plusieurs formes d'organisation politique. Le modèle le plus répandu et le plus caractéristique semble avoir été une sorte de petite république villageoise : une assemblée populaire, la djemaa, au sein de laquelle seuls les anciens et les chefs de famille prennent la parole.

Par ailleurs, nous connaissons deux modèles d'organisation politique citadine. Le premier et le plus ancien fut de type municipal ; la cité numide de Thugga (Dougga, en Tunisie) connut au IIe siècle av. J.-C. un gouvernement municipal réunissant, autour d'un aguellid (magistrat suprême) nommé chaque année, un conseil de citoyens et de magistrats. Le second, beaucoup plus récent, et de type théocratique : chez les Mzabites, qui en fournissent le modèle, l'essentiel du pouvoir est tenu par une assemblée composée de azzaba et de tolba (hommes de religion) et secondée par un conseil des anciens.

Ces unités politiques – village ou cité – n'étaient pas toutefois le fondement du pouvoir ; celui-ci était accaparé par des entités plus importantes, tribus et confédérations. L'histoire politique des Berbères est jalonnée par de grands regroupements qui – comme chez les Numides et les Maures dans l'Antiquité – débouchèrent parfois sur des embryons d'États. L'exemple le plus original et le mieux connu d'une organisation politique berbère de type confédéral est celui des Aït Atta, dans le sud-est du Maroc. Cinq segments, ou khoms, constituaient la confédération ; celle-ci avait à sa tête un chef suprême élu chaque année dans un segment différent par des électeurs des quatre autres segments. Chaque tribu conservait cependant son autonomie et élisait son propre chef. Ce système d'organisation segmentaire et quinaire, que les Romains nommaient quinquegentiani, dut être dans l'Antiquité celui des Berbères.

L'exemple touareg

À ce modèle d'organisation politique, qui peut être qualifié de démocratique, s'oppose celui, aristocratique, des Touareg. La société des Touareg du Hoggar était, jusqu'à ces dernières années, hiérarchisée en classes distinctes : les imohar, nobles guerriers parmi lesquels était obligatoirement choisi l'aménokal, le chef suprême ; les imrad, tributaires des nobles, qui constituaient de nombreuses tribus d'éleveurs, placées chacune sous l'autorité d'un amghar.

Cependant, l'absence d'assise territoriale et de certaines règles politiques élémentaires, notamment celles relatives à la transmission du pouvoir, contribua pour une large part au caractère éphémère des États berbères. Les royaumes – ou ce qui fut qualifié de tel par les auteurs de l'Antiquité – n'étaient souvent que des agrégats de tribus, voire des chefferies.

Organisation sociale

L'organisation sociale berbère est de type segmentaire et hiérarchisé. La famille constitue la plus petite unité sociale ; au-dessus se trouve le lignage, groupement de plusieurs foyers liés par une ascendance commune et établis en village, ou en douar pour les nomades. Viennent ensuite la fraction (ensemble de clans et de villages), puis la tribu (groupement de fractions), enfin la confédération (alliance occasionnelle de tribus). À l'intérieur de tous ces segments, les liens du sang – réels au niveau des petites unités, fictifs dans les grandes – constituent le fondement de la cohésion sociale et entretiennent chez les membres du groupe un fort esprit de solidarité (corvées collectives, usage de greniers collectifs, etc.). La vie sociale est régie par un droit coutumier qui veille à la défense du groupe.


La langue

La langue berbère constitue aujourd'hui un ensemble de parlers locaux éparpillés sur un vaste territoire. En dehors de certaines zones à forte unité géographique – telles que les Kabylies en Algérie ou le pays chleuh au Maroc –, ces parlers ne permettent que rarement l'intercompréhension des différents peuples. L'arabe – comme hier le latin ou le punique – permet la communication d'un groupe à l'autre. Cette situation linguistique n'est pas originelle ; malgré leur diversité, ces parlers berbères ont des structures syntaxiques communes.

On suppose qu'une langue berbère homogène a existé avant d'éclater en 4000 à 5000 idiomes. L'histoire de la langue berbère reste cependant de reconstruction difficile. Le linguiste dispose de quelques fragments de textes en berbère, des ethniques, des toponymes et anthroponymes conservés par les sources arabes médiévales. C'est peu pour restituer l'évolution d'une langue. Le libyque, dans lequel sont rédigées plus de 1200 inscriptions d'époque antique, est tenu pour une forme ancienne du berbère, sans que des preuves scientifiques aient été fournies.

L'alphabet libyque – connu d'après certaines inscriptions – s'apparente à celui du touareg actuel, le tifinagh, et les données de l'anthroponymie et de la toponymie militent en faveur de la parenté et de la continuité entre le libyque et le berbère.

Pour mieux connaître la langue berbère et pallier le manque de documentation historique, les spécialistes ont aussi recouru au comparatisme. On a cherché très tôt à apparenter le berbère à d'autres idiomes. Ainsi le guanche, langue parlée jusqu'au XVIIe siècle aux îles Canaries, lui fut-il rattaché. Le berbère fut également rapproché du haoussa et du basque. Ces démarches se sont révélées infructueuses. En fait, la théorie qui place le berbère dans un grand ensemble linguistique à côté de l'égyptien ancien, du couchitique et du sémitique emporte actuellement l'adhésion de la plupart des linguistes.


La littérature

Dès le VIe siècle av. J.-C., le berbère fit l'objet d'une écriture : le libyque. De très nombreuses inscriptions attestent l'utilisation par les Berbères, dès l'Antiquité, d'un alphabet consonantique proche de celui utilisé de nos jours chez les Touareg. L'écriture libyque devint usuelle surtout dans les zones sous forte influence punique – Tunisie septentrionale, Nord constantinois et Maroc du Nord –, malgré une certaine évolution ; cependant, elle ne put se généraliser et disparut à l'époque romaine.

Les Berbères utilisèrent assez tôt les langues étrangères. C'est en latin qu'écrivirent des auteurs africains aussi illustres qu'Apulée, Tertullien, saint Cyprien ou saint Augustin. Le latin, langue de l'administration dans les provinces romaines d'Afrique, devint aussi, avec le christianisme, langue de religion. L'islamisation entraîna par la suite l'arabisation linguistique des Berbères.

Toutefois, à l'époque islamique, il y eut encore une littérature berbère écrite ; peu fournie, et essentiellement de nature religieuse, elle consista en quelques textes et ouvrages transcrits en caractères arabes avec des signes additionnels. À côté de traités ou de commentaires de religion, souvent attribués aux ibadites ou aux Almohades, il faut mentionner deux Coran rédigés en berbère et attribués l'un à Salah ben Tarif (VIIIe siècle), l'autre à Hamim des Ghomara du Maroc septentrional (Xe siècle). Les archives, rares et récentes, consistent pour l'essentiel en textes juridiques. Le droit berbère – de tradition coutumière – fut consigné par écrit à des époques différentes. Ainsi des règlements de nature pénale furent rassemblés en recueils. Certains de ces documents, originaires du pays chleuh, dateraient du XIVe siècle apr. J.-C., d'autres furent rédigés à des époques plus tardives. Le corpus des recueils de droit coutumier berbère s'est enrichi récemment de nouveaux documents marocains publiés dans leur langue originale.

Autrement importante fut et demeure la littérature orale berbère. Des contes et des légendes fidèlement conservés par la mémoire féminine constituent une bonne partie de la tradition orale. La poésie est également riche et ne manque pas d'originalité. Les Berbères eurent de grands poètes dont certains – tel le Kabyle Mohand (vers 1845-1906) ou la targuia Daçin
– furent de véritables aèdes. D'autres, itinérants et professionnels, tels les amedyaz du Haut Atlas au Maroc ou les ameddahs de Kabylie, surent longtemps entretenir la mémoire collective berbère.


L'art berbère

Il s'exprime essentiellement dans l'ornementation d'objets usuels (poteries, meubles, tissus, bijoux, tapis, etc.) et dans l'architecture. Il se caractérise souvent par des décors géométriques linéaires variés. La poterie modelée peinte illustre le mieux la prédilection des Berbères pour ce type de décor dont les origines remonteraient à l'époque protohistorique. Dans toute la Berbérie – à l'exception du Sahara et de l'extrême Ouest marocain –, les femmes ornent vases et plats de motifs géométriques peints en brun ou en noir, soit sur un enduit terreux blanc (Petite Kabylie, Algérie orientale, Tunisie du Nord-Ouest) ou rouge (Grande Kabylie), soit directement à même la pâte lissée (Tunisie du Sud et Nemencha). Les procédés varient d'une région à l'autre, mais les motifs restent à peu près identiques : losanges, triangles, damiers, chevrons, lignes brisées pectinées ou ciliées. À ces motifs communs à la poterie, au tissage et même aux tatouages s'ajoutent ceux, plus élaborés et presque aussi anciens, des décors sculptés en champlevé dans le bois des coffres à vêtements, des portes, des faîtages et des grands piquets des tentes. La croix boulée et l'hexagramme qui ornent les beaux meubles kabyles reproduisent des motifs berbères déjà utilisés à l'époque chrétienne.

Le géométrisme l'emporte aussi dans l'orfèvrerie touarègue, où les parures aux formes triangulaires ou losangées présentent des contours saillants. L'esthétisme berbère ne s'arrête pas, toutefois, à la stricte expression d'un décor géométrique ; la bijouterie du Maghreb septentrional étonne par sa variété – colliers, chevillères, fibules, broches, bracelets, boucles d'oreilles –, par ses techniques – moulage, ajourage, émaillage – et par la richesse de ses motifs animaliers et végétaux.

Les manières d'habiter sont nombreuses en Berbérie et le genre architectural varie d'une région à l'autre. Les réalisations architecturales berbères les plus originales sont les greniers collectifs fortifiés – ighrem, aghadir au Maroc, guelaa en Algérie, ghorfa en Tunisie – et les châteaux tighremt du Sud marocain ; ceux-ci se distinguent par la majesté de leurs grandes tours carrées à merlon et par la beauté de leurs façades qu'égayent des arcatures à relief et un décor géométrique obtenu par de savantes dispositions de briques de terre crue. L'architecture domestique du Mzab, en Algérie, celle de Djerba, en Tunisie, offrent encore d'autres exemples d'un bel et original art de bâtir.

Source: Memo


On désigne sous le nom de Berbères les populations qui, sur un territoire s'étendant de la Méditerranée au sud du Niger et du Nil aux rivages de l'Atlantique, parlent – ou ont parlé – des dialectes se rattachant à une langue mère : le tamazight, ou berbère. D'origine discutée, ce mot, déjà utilisé par les Grecs et les Romains, transmis par les Arabes, désignait pour ces derniers la population autochtone et non romanisée de l'Afrique du Nord. Consacrée par l'usage, cette appellation n'est pas celle que se donnent les intéressés.

Les Berbères s'identifient eux-mêmes par le nom de leur groupe (Touareg, Kabyle) et utilisent parfois le mot Imazighen pluriel de amazigh, qui signifie « homme libre », pour désigner l'ensemble des Berbères. La politique d'arabisation menée par les gouvernements au lendemain de la décolonisation a suscité chez les Berbères le besoin de reconnaissance d'une identité culturelle. Traditionnellement agriculteurs ou pasteurs-nomades, ils ont cependant été touchés par l'exode rural et leur implantation en zone urbaine a très certainement accentué ce phénomène.

Sommaire

La répartition actuelle des Berbères
Les origines
Les sources
Du premier millénaire à la reconquête byzantine
Conquête arabe (VIIe siècle) à l'Empire almohade (XIIe siècle)
Du XIIIe siècle à nos jours
L’organisation des Berbères
La langue
La littérature
L'art berbère

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04 février 2008

Organisation socio-politique et économique de la Kabylie avant et après 1857

1348_30113La Kabylie du Djurdjura est composée d’une chaîne côtière qui s’étend de Cap –Djinet au piton de Yemma Gouraya qui domine Béjaïa et du massif du Djurdjura, au sud de la vallée du Sébaou. Ce massif imposant, boisé, est constitué d’un ensemble de montagnes à étages successifs qui s’adossent l’une contre l’autre jusqu'à la chaîne du Djurdjura. Celle-ci, en forme d’arc, s’étend sur une longueur de 60 km environ et son point culminant s’élève à 2 308 m d’altitude.

 Le massif du Djurdjura se présente comme une tour naturelle, un rempart inaccessible que les Romains ont baptisé Mons Férratus, sans doute à cause de la résistance affichée par ses habitants. Les traces d’activité humaine en Kabylie du Djurdjura remontent à la préhistoire comme l’attestent les nombreuses découvertes archéologiques telles que l’industrie lithique, les gravures et peintures rupestres et les stèles libyques trouvées à Abizar et à Souama (…). Elles témoignent de l’activité et de présences humaines permanentes. Quant aux premiers contacts avec le monde extérieur, ils remontent aux Phéniciens (Carthaginois) qui, par les nombreux comptoirs commerciaux longeant la côte kabyle, ont noué certainement des liens commerciaux.

Ensuite les Romains ont essayé d’imposer leur suprématie sur les montagnes du Djurdjura, mais en vain, le Mons Férratus est inaccessible. Les Quinquégentiens, organisés en confédérations entrèrent en insurrection et ne se sont jamais laissés dominer. Pour mieux surveiller leurs acquis dans les plaines, les Romains ont construit des fortins le long des voies qu’ils ont tracées, en relation avec les différentes limes, à l’exemple du fortin Burgus Centanarius situé sur la rive gauche du Sébaou en relation avec la lime de Bida Municipium (Djemaa Saharidj), située en contrebas des Ath Frawsen. Les relations entre les montagnards et les Romains ne sont pas toujours tendues : Bida Municipium adossé au mont des Ath Frawsen a longtemps prospéré.

La révolte des montagnards pour l’indépendance prend de l’ampleur en l’an 372 avec l’insurrection de Firmus  qui a soulevé la Kabylie des plaines et celle des montagnes contre l’occupant romain. Il finit par prendre Césaré et la brûler, avant d’être trahi par un des siens.

Au moyen-âge, les Kabyles du Djurdjura furent intimement mêlés aux évènements politiques et religieux qu’a connus l’Afrique du Nord, sans toutefois se diluer dans la masse. Insoumis, Ils ont su défendre et préserver jalousement leur indépendance. Les Turcs, comme d’ailleurs leurs prédécesseurs, ont échoué dans leur entreprise de colonisation du massif. Ils se sont juste bornés au recouvrement temporaire des impôts. Grâce à leur politique religieuse, ils ont pu ménager des relais pour contrôler la région. Tout comme les Romains, les Turcs érigèrent des bordjs et des fortins pour leurs makhzens le long des vallées pour appuyer leur politique de recouvrement de l’impôt et défendre leur acquis dans les plaines. La soumission des tribus n’a jamais été totale comme l’atteste les nombreuses insurrections et incursions des montagnards : le bordj du Sébaou , fondé en 1720 fut assiégé et celui de Boghni fondé à la même époque que le premier fut détruit à deux reprises, en 1756 puis en 1818 .

Ainsi, "l’appareil administratif, politique et militaire, mis en place par les Turcs en Grande Kabylie, a été très sommaire et n’a pas affecté les modes d’organisations sociopolitiques des tribus du massif montagneux.\"

De l’époque romaine à l’époque turque, les montagnes sont alors restées inaccessibles aux intrusions étrangères. La Kabylie du Djurdjura resta indépendante et autonome. Ce fut donc les Français qui parviennent, pour la première fois de l’histoire, à occuper les montagnes en 1857, en venant à bout de la résistance, 27 ans après la chute d’Alger. Il a fallu mobiliser une armée de 25 000 hommes équipés d’un matériel des plus sophistiqué à l’époque, sous la conduite du général Randon et du maréchal Mac Mahon en \"pratiquant la politique de la terre brûlée pour acculer à la reddition les villages et les tribus que les combats n’avaient pas pliés.\" Au lendemain de leur victoire, l’occupant français mena sur le dernier bastion de la résistance, organisée par la vaillante Lalla Fatma N’Soumeur, une politique de colonisation fondée sur la violence économique(expropriation des terres) et le démantèlement des institutions sociopolitiques traditionnelles. Sous la conduite du Cheikh Aheddad et de El Mokrani, animés par l’esprit d’indépendance et de liberté, les quelques forces restantes se soulèvent contre l’occupant en 1871. L’inégalité des moyens de guerre s’est vite fait ressentir sur le terrain. La mort de Lhadj El Mokrani le 5 mai de la même année et l’arrestation le 13 juillet du cheikh Aheddad, âgé et malade, marquent la fin de l’autonomie de la Kabylie.

Organisation sociale et politique
Tous les villages se ressemblent dans leurs structures et dans leurs situations géographiques et l’étude d’un seul, suffit pour comprendre toute l’organisation sociale et politique des communautés villageoises.
L’unité sociopolitique et économique de base de la société Kabyle est la famille élargie : Axxam.

1) Axxam :

Il est composé de grands-parents, du père, de la mère et de leurs enfants. Trois générations vivent ensemble sous l’autorité de amghar (le vieux). Il est le porte-parole de la famille, notamment à la djemaa (tajmat).
Un ensemble de familles (ixxamen) ayant un ancêtre commun compose taxxarubt ou adrum dans certains cas.

2)Taxarubt :

Txarubt (fraction), est l’extension de la famille élargie. Elle occupe un espace bien défini. Taxarubt \"est l’unité première de référence idéologique. L’ensemble des unités composant taxarubt partage en commun l’héritage symbolique légué par l’ancêtre en lignée paternelle. Elles sont collectivement comptables de l’intégrité physique de chacun des membres les composant, et de l’honneur du nom partagé en commun.\" Avant l’introduction du nom patronymique par l’administration coloniale, les membres de taxarubt (fraction) s’identifient à son nom. Elle porte le nom de l’ancêtre.
Exemple : Mezyan n Ath Ali (ath Ali est le nom de Taxxarubt).
Un ensemble de tixarubin (fractions) compose adrum (le quartier). Cependant, imsenden ou Ibaraniyen (familles étrangères) qui se trouvent dans le village, s’insèrent dans les différentes fractions.

3) Adrum (quartier) :

Dans les grandes communautés villageoises, le quartier marque une limite géographique. Ainsi, \"la structuration qui va de l’axxam à adrum se trouve projetée dans l’agencement des habitations, des tombes au cimetière et jardins\". Un ensemble de iderma (quartiers) forme taddart (le village).
Il arrive que, pour se défendre ou pour attaquer un ennemi commun, des villages s’unissent et forment laârc (tribu) : \"Des tribus se liguant contre l’ennemi commun, les confédérations des Flisas, des Guechtoulas, des Aït-jenad, et des Ait Iraten prirent les armes et engagèrent la lutte, en commun, contre les autorités locales que les deys d’Alger cherchaient à leur imposer." Pour les mêmes raisons, les tribus se confédèrent et forment Laârac ou taqbilt (confédération de tribus). Elles sont dissoutes dès que les mêmes conditions qui les ont fait naître cessent d’exister.
Par ordre croissant on obtient :
Axxam (famille), axxarub (fraction), adrum (quartier), taddart (village), laârc (tribu), taqbilt (confédération de tribus)

4) Taddart :

Taddart (communauté villageoise) se présente comme une petite république.
Taddart (village) qui vient du mot dder (vivre) signifie lieu de vie. \"Le village représente le monde des vivants, le monde social, doté d’une organisation socio-économique et politique afin d’assurer sa reproduction physique et sociale\". Taddart est administrée par une autorité dirigeante qui est tajmaât (assemblée du village). Elle est composée de “lamin”, assisté par des temans (représentants des différentes xarubas), d’un oukil (trésorier) et d’un imam (secrétaire).

Avant la colonisation française, tajmaât était un véritable conseil politique doté d’un droit coutumier et de toute indépendance. Elle gère les affaires de la communauté : guerre, paix, promulgation des lois ou leur annulation … Ils exécutent les décisions de l’assemblée, ils veillent sur le patrimoine et les intérêts généraux du village.
Après la colonisation, tajmaât n’a plus les mêmes prérogatives d’avant, elle est remplacée d’abord par celle du douar (une seule pour toute la tribu). Elle est dirigée par un corps composé d’un bachagha, d’un caïd et de notables choisis et nommés par l’administration. Ensuite, ce conseil est devenu l’assemblée communale   qu’on connaît de nos jours. La dilution de tajmaât n taddart (conseil du village) dans celle du douar ne peut trouver explication que dans la volonté d’avoir la main-mise sur la Kabylie frondeuse. Malgré cela, les communautés villageoises continuent de nos jours de débattre et régler certains problèmes de la communauté. Ainsi, les jeunes de la communauté villageoise qui se sont révoltés en 2001 contre le pouvoir central, pour se défendre et faire aboutir leurs revendications, ont activé le système d’organisation traditionnelle. Ils se sont organisés en laârac (en confédérations).

Economie :

Avant la colonisation, les montagnards du massif du Djurdjura se sont maintenus en équilibre  sur les montagnes, certainement grâce à leur ingéniosité. Pour vivre en autonomie rester sur ces terres pauvres avec une densité de population importante, les montagnards ont dû appliquer un système socio-politique, juridique et économique,  appuyé par un  important investissement humain : "Toute population qui n’atteint pas une certaine densité est menacée d’absorption, d’assimilation…La densité numérique étant la condition nécessaire pour que s’établisse une certaine densité sociale …est nécessaire en milieu montagneux, pour que le groupe assure son autonomie de subsistance grâce à un stricte contrôle de l’espace utile exigeant un investissement considérable\". L’économie des communautés villageoises de la Kabylie du Djurdjura est une économie d’autosubsistance qui tire l’essentiel de ses ressources du travail de la terre, de l’élevage et de l’artisanat. Du fait que la terre était toujours la principale source de l’économie des montagnards, la préservation du patrimoine foncier est devenue impérative. Ainsi, les communautés étaient amenées à édicter des lois telles que, l’exhérédation des femmes et l’indivision du patrimoine lignager.

L’économie de montagne basée sur l’arboriculture, le jardinage, l’élevage et l’artisanat, différente de celle de la plaine, basée à l’époque, essentiellement sur les céréales, est complémentaire. Un rapport montagne /plaine fut établi. Il renforce le maintien des populations par l’échange du surplus de produits issus de l’économie de montagne (nombreux à l’époque) contre par exemple des céréales qui faisaient défaut dans l’agriculture de montagne .

Après la colonisation de la région, l’équilibre qui a maintenu les populations se trouve compromis avec la destruction de l’économie et le démantèlement des institutions sociopolitiques sur lesquelles elle repose : expropriations des terres, destructions du patrimoine forestier et arboricole (incendies), déportations, impôts sur la guerre, interdiction du commerce (les souks) et enfin démentèlement des institutions socio-politiques du village.

Les institutions qui ont maintenu les communautés kabyles sur la montagne, se trouvent donc vidées de leur substance et le rapport montagne/plaine se trouve inversé. \"Les choses ont changé à l’époque coloniale, lorsque les plantations modernes ont été étendues dans les plaines …Ainsi s’est trouvé profondément modifié le rapport économique plaine/montagne, dans lequel jusque là, la montagne était privilégiée\",  écrivait Marthelot.

La montagne ne peut plus répondre aux besoins de ses habitants et les ressources économiques ne cessent de diminuer : la terre ne peut plus nourrir la dense population. L’émigration est impérative pour le surplus humain vers les grandes villes d’Algérie (Boufarik Alger et Annaba) et en Europe. \"Mis en contact avec l’économie moderne par le salariat et l’émigration, le fellah a été amené à en intérioriser progressivement la logique de rationalisation (la prévision va se substituer à la prévoyance l’esprit de calcul à la “nniya\"-refus de calculer\". L’émigration des Kabyles en Europe a commencé bien avant la première Guerre mondiale. On compte en mars 1914, 1635 mineurs kabyles employés dans le bassin houiller du Pas-de- Calais et du Nord.

C’est à partir de la seconde Guerre mondiale que l’immigration fut effective pour les Kabyles. Le manque de dynamisme économique, la scolarisation, et surtout la densité humaine et l’offre d’emplois du pays d’accueil, ont poussé les gens à immigrer en France. Mahé écrivait : \"Après avoir envisagé tous les paramètres qui concourent à l’ampleur  du phénomène migratoire, c’est seulement dans les deux douars (Beni Douala et Beni Mahmoud) présentant respectivement 372.hab./km2 et 314 hab./km2 que la corrélation entre densité démographique et intensité d’immigration nous semble relativement pertinente puisque les taux d’immigration par rapport à la population active masculine atteignent respectivement 53 % et 47% contre une moyenne régionale  de 245 hab./km_et 36,3°% d’émigrés\".

Jusque-là, l’émigration était une activité temporaire qui avait pour objectif le soutien des structures familiales communautaires. \"Les revenus de l’émigration et ceux obtenus sur place sous forme de salaire ont donc, dans un premier temps, servi directement l’économie d’autosubsistance\". Le stock de prévoyance, agricole et artisanal dont disposait la société familiale communautaire fut renforcé dans un premier temps, par l’apport du capital monétaire issu de l’émigration. Ensuite au fur et à mesure que le capital monétaire augmentait, le stock agricole et artisanal diminuait. L’essor démographique accentuait le phénomène et la terre ne pouvait plus nourrir la population. La société passa de l’économie d’auto-subsistance où l’individu dépend du produit de la communauté, à l’économie de dépendance où la communauté dépend du produit individuel. Ainsi la société kabyle est devenue consommatrice et une réserve de main d’œuvre. Après l’indépendance, l’émigration n’est pas épargnée par les changements qu’ont connu toutes les structures de la société familiale communautaire. Elle n’est plus l’émigration temporaire qui renforce les structures de la société, elle devient une source de subsistance et un enrichissement individuel (la mutation s’est faite donc dans un premier temps de l’émigration temporaire à l’émigration de longue durée ensuite à l’émigration familiale dans un second temps). La migration familiale de peuplement est favorisée par les nouvelles orientations de la politique migratoire : "Les objectifs économiques à court terme poursuivis à travers l’usage de cette force de travail d’appoint qu’est la main-d’œuvre immigrée, s’avérant insuffisants, ce sont les préoccupations à long terme, telles que, celle de la reproduction démographique qui vont s’imposer."

Les conséquences de la dépendance économique font éclater l’unité sociale, (axxam ou famille élargie) et font apparaître des ménages (mari et femme). Le phénomène s’est accentué avec l’accès de la femme à l’instruction et au travail.

Ainsi à Tala-Khlil, le phénomène d’exode de ménages vers les villes a commencé au lendemain de l’Indépendance. Quant à l’émigration familiale vers la France, elle n’a commencé que dans les  années 70 . Elle s’est accentuée dans les années 90 et 2000.
Depuis, l’émigration et le salariat sont devenus les principales sources économiques de la région. Le travail de la terre est devenu secondaire(une contrainte). Désormais, la montagne est passée de l’économie d’autosubsistance à l’économie de survie. Les montagnes restent tout de même, peuplées, consommatrices, et servent de réservoirs de main-d'oeuvre.

Bibliographie et sources archivistiques

1)  M. Dahmani, Economie et société en Grande Kabylie,O.P.U , Alger 1987.
2) F. Dessomes P.B, Notes sur l’histoire des Kabyles, Editions Tira -1992.
3) Gabriel Camps-Libyca- Encéclopédie berbère -Etre berbère
4) Revue Africaine n° 5. . \"Burgus Centanarius ou redoute romaine en Kabylie\" Berbrugger
5) Mahfoud Keddache, l’Algérie dans l’antiquité, le refus berbère, ENAL 1992.
6) Anadi n°3 et 4, article \"Wedris\" Mouhend Akli Hadibi, 1999.
7) A. Hanoteau A. Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, –Atout Kabyle, Europe
8) Henri Genevois, monographie villageoises At. Yenni etTagemmout Azouz. ENAG-Editions
9) Si Amar Boulifa, Le Djurdjura a travers l’histoire. Editions Berti.

10) J. Morizot, cahiers de l’Afrique et de l’Asie,-l’Algerie kabylisée, annexes, listes des centres municipaux au 31 octobre 1948.                                                            
11)  J . Nil Robin notes historiques sur la Grande Kabylie de 1830 à 1838, présentation d’A. Mahé Editions Bouchene 2001.
12) J. Nil Robin, La Grande Kabylie sous le régime turc, présentation d’A. Mahé, Editions Bouchene 2001.
13) A. Mahé, Histoire de la Grande Kabylie Editions Bouchene 2001.
14)  Y.Adli La Kabylie à l’épreuve des invasions, Editions Zyriabes, 2004.
15) G. Camps, Aux origines de la berbèrie/ Massinisa ou le début de l’histoire, Alger 1961 ;
16) G. Camps, Les civilisations de l'Afrique du Nord et du Sahara, Paris 1974.
17) G. Camps, Les Berbères mémoire et identité, Paris 1987.
18) Revue Africaine N°5 Article, L’élargissement des droits politiques des indigènes, ses consequences en Kabylie, de M.M.Remond, O.P.U.

19) S. Chaker, Imazighen ass-a, Editions Bouchene, 1990.
20)   A. Zehraoui, L’immigration de l’homme seul à la famille, Ceimi l’Harmattan, 1994.
21) "Rapport de la commission chargée d’étudier les conditions de travail des indigenes algériens dans la métropole 1914, Editions Gouraya.


Par Ramdane Lasheb

Source: La Dêpéche de Kabylie

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17 janvier 2008

Histoire des colonies françaises: Algérie

Livre numérisé et entièrement accessible en ligne.

Couv150

GABRIEL HANOTAUX - ALFRED MARTINEAU
Histoire des colonies françaises et l'expansion de la France dans le monde.
Tome 2 - L'ALGÉRIE
par AUGUSTIN BERNARD

SOMMAIRE

LIVRE PREMIER - l'Algérie avant la conquête française.  

LIVRE II - L'Algérie de 1830 à 1848.      

LIVRE III - l'Algérie de 1848 à 1890.      

LIVRE IV - L'Algérie de 1890 à 1930.        

CONCLUSION.
TABLE DES ILLUSTRATIONS.
CARTES ET PLANS.
TABLE DES MATIÈRES.

Source : Aj.Garcia

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Histoire du Maroc

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Source : Memoart


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16 janvier 2008

Tunisie : chronologie historique

Le protectorat

814 av. J.-C. Fondation de Carthage, d’après la légende, par des colons phéniciens.

264-146 av. J.-C. Guerres puniques : le conflit qui oppose Carthage et Rome s’achève par la défaite et la destruction de Carthage. Etablissement de la première province romaine d’Afrique.

439. Prise de Carthage par les Vandales.

533. Domination byzantine.

670. Fondation de Kairouan par les Aghlabides.

698. Les Arabes conquièrent Carthage.

910. Dynastie des Fatimides.

1160-1228. Les Almohades, une dynastie berbère, sont maîtres de tout le Maghreb et de l’Andalousie musulmane.

1236. Fondation de la dynastie des Hafsides, qui installent leur capitale à Tunis. Ils régneront pendant trois siècles.

1332. Naissance d’Ibn Khaldun à Tunis.

1534. Khayr Al-Din (Barberousse), un corsaire ottoman, s’empare de Bizerte, La Goulette et Tunis. La Tunisie est déclarée territoire turc.

1535. Charles Quint chasse Khayr Al-Din de Tunis. La Tunisie passe sous domination espagnole.

1574. Prise de Tunis par les Turcs. La Tunisie est annexée à l’Empire ottoman.

1705. Le bey Hussein Ben Ali fonde la dynastie hussénite et instaure une monarchie (1710) placée sous la suzeraineté des Ottomans.

1836. Intervention française à La Goulette pour empêcher le débarquement des troupes ottomanes.

1857. Mohammed Bey promulgue, sur le modèle ottoman, un « pacte fondamental » qui établit l’égalité de tous les Tunisiens devant la loi, quelle que soit leur religion.

1861. Proclamation de la Constitution.

1869. Un décret du bey, en juillet, fait passer la Tunisie sous le contrôle d’une commission financière internationale présidée par la France. Début de sa mise sous tutelle.

1873. Fondation du collège Sadiki, qui deviendra le vivier du nationalisme tunisien, par Kheireddine Pacha.

1878. Lors du congrès de Berlin, en juillet, l’Angleterre et l’Allemagne donnent carte blanche à la France en Tunisie.

1881. Signature du traité du Bardo, le 12 mai, qui institue le protectorat français sur la Tunisie. Insurrection populaire.

1883. En juin, le traité du Bardo est complété par la convention de La Marsa, qui renforce les pouvoirs de la France, représentée par le résident général Paul Cambon.

L’indépendance

1906. Naissance du mouvement nationaliste Jeunes-Tunisiens sous l’impulsion de Béchir Sfar.

1911. Début d’une série d’émeutes en novembre, à Tunis et dans les grande villes. Le mouvement Jeunes-Tunisiens est interdit et l’état d’urgence décrété.

1921. Création, le 3 juin, du Parti libéral constitutionnel tunisien, ou Parti du Destour (« Constitution »), qui réclame le rétablissement de la Constitution.

1934. Habib Bourguiba rompt avec la direction du Destour et fonde, le 2 mars, le Néo-Destour.

1942. Moncef Bey succède à Ahmed Bey en juin. Il est destitué un an plus tard par les autorités françaises et meurt en 1949 à Pau.

1943-1944. L’Allemagne occupe la Tunisie.

1945. Départ de Bourguiba en Egypte, d’où il mène la lutte anticoloniale. Il sera de retour en septembre 1949.

1946. Création, le 20 janvier, de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), qui soutient le Néo-Destour.

1952. Les principaux dirigeants communistes et néo-destouriens sont arrêtés le 18 janvier. Début de la lutte armée contre le protectorat.

1954. Dans un discours prononcé à Carthage le 31 juillet, Pierre Mendès France annonce l’octroi de l’autonomie interne à la Tunisie et la formation d’un gouvernement intérimaire.

1955. Retour de Bourguiba à Tunis, en juin, après trois ans d’emprisonnement. La Tunisie accède à l’autonomie interne.

1956. Proclamation de l’indépendance, le 20 mars, et abrogation des traités du Bardo et de La Marsa. Bourguiba forme un gouvernement en avril et fait adopter, le 13 août, le code du statut personnel, qui instaure l’égalité juridique entre hommes et femmes.

1957. Abolition de la monarchie, le 27 juillet, et proclamation de la République, dont Bourguiba devient le premier président.

1958. Le 8 février, l’aviation française bombarde le village de Sakiet Sidi Youssef, qui abrite un camp du FLN algérien : près de 70 villageois sont tués.

1959. Promulgation de la Constitution le 1er juin et instauration d’un régime présidentiel. Le 17 juin, la France signe un accord garantissant le retrait de ses troupes de tout le territoire tunisien à l’exception de la base navale de Bizerte.

1961. « Crise de Bizerte » : en juillet, de violents affrontements entre l’armée française et la population autour de la base font, selon les estimations, entre 600 et 2 000 morts côté tunisien. Un cessez-lefeu est signé le 23 juillet. La France évacue Bizerte le 15 octobre.

1963. Assassinat de Salah Ben Youssef, principal opposant à Bourguiba, le 12 août, à Francfort.

Aujourd’hui

1963. Interdiction du Parti communiste en janvier. Régime de parti unique.

1964. Nationalisation des terres coloniales, en mai, et mise en place d’une économie planifiée. Le 22 octobre, le Néo- Destour est rebaptisé Parti socialiste destourien (PSD). Bourguiba est réélu en novembre.

1969. Emeutes dans le Sahel, en août, contre la collectivisation des terres. Le ministre de l’économie, Ahmed Ben Salah, est limogé en septembre. Fin de l’expérience socialiste.

1972. Soulèvements étudiants en février.

1974. Réélection de Bourguiba le 3 novembre.

1975. Après un amendement à la Constitution, Bourguiba est nommé président à vie le 18 mars.

1978. « Jeudi noir » : le 26 janvier, la grève générale lancée par l’UGTT tourne à l’émeute à Tunis. La répression militaire fait près de 200 morts. L’état d’urgence est instauré.

1981. Le Parti communiste est à nouveau autorisé le 18 janvier. Constitution du Mouvement de la tendance islamique (MTI), en juin, dont les principaux dirigeants sont arrêtés et condamnés en septembre.

1982. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est accueillie à Tunis en août.

1983. Déclenchement d’« émeutes du pain » dans le sud du pays en décembre.

1984. Les émeutes gagnent Tunis en janvier. Le général Zine El-Abidine Ben Ali est nommé secrétaire d’Etat à la Sécurité nationale en octobre.

1986. M. Ben Ali devient ministre de l’intérieur le 28 avril. Lors des élections législatives de novembre, le PSD remporte la totalité des 125 sièges au Parlement.

1987. Attentats islamistes à Monastir en août. M. Ben Ali est nommé premier ministre le 2 octobre. Le 7 novembre, il dépose Bourguiba et le remplace à la tête de l’Etat.

1988. En février, le PSD se transforme en Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). Le 7 novembre, signature du Pacte national entre le pouvoir et les principales forces politiques à l’exception des islamistes.

1989. Le MTI devient le Hizb En-Nahda (« Parti de la renaissance »), en janvier, et demande sa légalisation, qui lui sera refusée quelques mois plus tard. Le 2 avril, M. Ben Ali, candidat unique, est élu président de la République avec 99,27 % des suffrages.

1991. Des milliers d’islamistes sont arrêtés au printemps.

1994. Le 20 mars, M. Ben Ali, seul candidat en lice, obtient 99,9 % des voix à l’élection présidentielle.

1995. Sept militaires tunisiens sont tués, en février, par un commando du Groupe islamique armé (GIA) algérien au poste frontière de Tamerza. Signature, en avril, d’un accord de partenariat et de libre-échange avec l’Union européenne.

1998. Le vice-président de la LTDH, Khemais Ksila, est condamné à trois ans de prison le 11 février. Au cours de l’été, M. Ben Ali fait adopter un amendement permettant à l’opposition de présenter des candidats aux élections présidentielles prévue pour l’année suivante.

1999. Le 24 octobre, M. Ben Ali remporte 99,4 % des voix à l’élection présidentielle.

2002. Le 11 avril, des attentats islamistes à Djerba causent la mort de quinze personnes.

2004. M. Ben Ali est réélu avec 94,5 % des suffrages le 24 octobre.

2005. La Tunisie accueille du 16 au 18 novembre le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) organisé par les Nations unies.

Olivier Pironet

Source: Le Monde diplomatique

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Maroc : chronologie historique

L’occupation

1062. Fondation de Marrakech par les Almoravides.

1086. Victoire de Zallaka, en Espagne. L’Empire almoravide s’étend à l’Espagne musulmane, au Sénégal et au Niger.

1147. Prise de Marrakech par Ibn Tumart. Fondation de la dynastie des Almohades.

1269. Le Maroc passe aux mains des Mérinides.

1415. Les Portugais s’emparent de Ceuta.

1497. Les Espagnols occupent Melilla.

1541. Les Saadiens reprennent Agadir aux Portugais.

1578. Défaite des Portugais à la bataille de Ksar El-Kébir. Al-Mansur instaure la dynastie chérifienne.

1769. Sidi Mohammed Ibn Abd Allah s’empare de Mazagan, tenue par les Portugais.

1844. Défaite du sultan Abd Er-Rahman à la bataille de l’Isly, remportée par le général Bugeaud.

1860. Les Espagnols conquièrent Tétouan et imposent de lourdes indemnités de guerre aux Marocains.

1864. Un décret ouvre le Maroc au commerce étranger. Début de la pénétration économique européenne (Grande-Bretagne, France, Espagne, puis Allemagne à partir de 1890).

1906. La conférence d’Algésiras (6-7 avril) place le Maroc sous la tutelle des puissances européennes et confère à Tanger le statut de « ville internationale ».

1907. L’assassinat à Marrakech du Dr Mauchamps entraîne l’occupation d’Oujda par la France. Emeutes contre les étrangers et pogroms antijuifs à Casablanca. Début de la « pacification » rampante du Maroc par les forces françaises.

1912. Le traité de Fès (30 mars) établit un protectorat français sur le Maroc – l’Espagne conservera une zone d’influence au Nord (Rif) et au Sud (Tarfaya), en vertu des accords franco-espagnols du 27 novembre. De violentes émeutes éclatent à Fès et dans les grandes villes du pays. Le sultan Moulay Hafid est contraint d’abdiquer au profit de son frère Moulay Youssef. La « pacification » du Maroc s’intensifie. Lyautey est nommé résident général du Maroc.

La « pacification »

1921-1926. Guerre du Rif. Après sa victoire sur les Espagnols à Anoual, le 21 juillet 1921, l’émir Abd El-Krim proclame la République confédérée des tribus du Rif. Défait en mai 1926 par les troupes franco-espagnoles dirigées par Pétain, il se rend puis est déporté sur l’île de la Réunion.

1927. Mort du sultan Moulay Youssef en novembre. Les Français imposent à la tête du pays son troisième fils, Sidi Mohammed (futur Mohammed V).

1930. Signature du dahir (« loi ») sur la juridiction berbère, le 16 mai, qui divise les deux composantes ethniques de la nation marocaine, Arabes et Berbères. Des manifestations nationalistes éclatent à Fès et dans toutes les grandes villes.

1934. Mort de Lyautey le 27 juillet. Fondation du Comité d’action marocaine (CAM) en novembre par de jeunes intellectuels, dont Allal El-Fassi, Mohammed El-Ouazzani et Ahmed Balafrej.

1936. Le général Noguès est nommé résident général du Maroc en octobre.

1937. Scission du CAM. Après une période de troubles dans tout le pays, les autorités françaises décident de déporter El-Fassi au Gabon et El-Ouazzani au Sahara.

1939. Sidi Mohammed appelle les Marocains à soutenir la France en guerre.

1940. Le général Noguès se rallie à Pétain.

1942. Débarquement allié en Afrique du Nord en novembre.

1943. 14-24 janvier : conférence des Alliés à Casablanca (Maroc), avec la participation du président Franklin Roosevelt (Etats-Unis) et de Winston Churchill (Royaume- Uni), qui promettent à Sidi Mohammed d’oeuvrer à l’indépendance du Maroc. Création du parti de l’Istiqlal (« Indépendance »).

1944. Le 11 janvier, l’Istiqlal publie son manifeste pour l’indépendance.

1946. Erik Labonne devient le nouveau résident général au Maroc. Retour d’exil d’El-Fassi.

1947. De violentes émeutes embrasent Casablanca en avril. La répression fait plusieurs centaines de morts. Le 10, Sidi Mohammed prononce un discours à Tanger, dans lequel il réclame l’indépendance du pays. Labonne est limogé et remplacé en mai par le général Juin.

L’indépendance

1951. Rupture entre Sidi Mohammed et le général Juin, soutenu par les colons conservateurs et les membres du parti extrémiste Présence française. Le général Guillaume devient le nouveau résident général.

1953. Le sultan est déposé en août par les Français, condamné à l’exil à Madagascar et remplacé par son cousin Ben Arafa. Sous l’impulsion des nationalistes, les grandes villes du pays se soulèvent. En décembre, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution sur le droit à l’autodétermination du Maroc.

1954. Francis Lacoste remplace le général Guillaume.

1955. Les accords de La Celle-Saint-Cloud (6 novembre) prévoient le retour du sultan, sous le nom de Mohammed V, et l’indépendance du pays. Rentrée triomphale de Mohammed V au Maroc le 10 novembre.

1956. Le Maroc accède à l’indépendance le 2 mars après la signature, à Paris, de la déclaration commune mettant fin au protectorat. En avril, le Maroc récupère la zone nord, qui était jusque-là sous contrôle espagnol, et la ville de Tanger en octobre. Le pays est à nouveau unifié (à l’exception de l’enclave Ifni et de la zone de Tarfaya, demeurées sous contrôle espagnol).

1957. Mohammed V prend le titre de roi en août. Son fils Hassan II est désigné comme son successeur.

1958. Déclenchement, en janvier, de l’opération militaire franco-espagnole contre l’Armée de libération du Sud marocain (ALSM) au Sahara occidental. Accord entre l’Espagne et le Maroc sur la rétrocession de la province de Tarfaya le 1er avril. Début de l’insurrection du Rif, écrasée par les Forces armées royales (FAR) quelques mois plus tard.

1959. Scission au sein de l’Istiqlal en décembre : Mehdi Ben Barka crée l’Union nationale des forces populaires (UNFP), d’inspiration socialiste et anti-impérialiste.

1961. Mort de Mohammed V le 26 février. Hassan II accède au trône le 3 mars.

1962. Adoption de la première Constitution par référendum le 7 décembre. Le roi exclut l’Istiqlal du gouvernement quelques semaines plus tard.

1963. Arrestations en juillet de membres de l’UNFP et de communistes suspectés de complot contre l’Etat. « Guerre des sables » entre le Maroc et l’Algérie en octobre-novembre. Ben Barka est condamné à mort par contumace le 9 novembre.

1965. Après le soulèvement de Casablanca – réprimé dans le sang par le général Oufkir –, en mars, l’état d’urgence est décrété. Le roi est doté des pleins pouvoirs. Ben Barka est assassiné à Paris le 29 octobre.

1969. L’Espagne rétrocède au Maroc l’enclave d’Ifni le 30 juin.

La répression

1971. Tentative de coup d’Etat au palais de Skhrirat, le 10 juillet (près de 100 morts). Ses instigateurs, dont les généraux Ababou et Medbouh, sont exécutés.

1972. Adoption de la troisième Constitution en mars, dont une partie sera suspendue en avril (report des élections législatives). Deuxième tentative de coup d’Etat militaire, le 16 août, menée par le général Oufkir, qui est tué le lendemain.

1973. Interdiction, en janvier, de l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM), principal syndicat étudiant. Restriction du code des libertés publiques en avril. Création, le 10 mai, du Front Polisario (Front populaire pour la libération de la Saguia El-Hamra et du Río de Oro) au Sahara occidental. En août, le Maroc récupère la totalité des terres coloniales.

1974. En juin, le cheikh Abdessalam Yacine publie une lettre ouverte au roi intitulée : « L’islam ou le déluge ». Il est aussitôt arrêté. La revendication marocaine sur le Sahara occidental est portée en septembre devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye : crise entre l’Algérie et le Maroc. Arrestations de nombreux opposants au régime, dont Abraham Serfaty et Abdellatif Zeroual.

1975. Lancement, le 6 novembre, de la « marche verte » pour le Sahara occidental à l’initiative de Hassan II. L’accord tripartite signé à Madrid entre le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie, le 14 novembre, consacre le partage du territoire entre le Maroc et la Mauritanie. Assassinat, en décembre, du leader de gauche Omar Benjelloun par un commando islamiste.

1976. Violents affrontements, au début de l’année, entre les troupes marocaines et algériennes à Amgalla (Sahara occidental). Le 27 février, le Front Polisario proclame la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à Tindouf (Algérie). Le 7 mars, rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie.

1977. Tenue des premières élections législatives, en juin, depuis l’adoption de la troisième Constitution. L’Istiqlal entre au nouveau gouvernement dirigé par Ahmed Osman, chef du Rassemblement national des indépendants (RNI) et beau-frère de Hassan II.

1979. Driss Basri est nommé ministre de l’intérieur en mars. En août, la Mauritanie se retire du sud du Sahara occidental en vertu d’un accord de paix signé avec le Front Polisario. L’armée marocaine se déploie aussitôt sur la totalité du territoire.

1980. Le Maroc commence la construction de « murs de protection » au Sahara occidental. A Fès, des incidents entre islamistes et forces de l’ordre, le 9 juin, font plusieurs victimes et conduisent à de nombreuses arrestations.

La « démocratisation »

1981. Des manifestations populaires contre la hausse des prix des denrées de base, en juin, sont durement réprimées par les autorités (plusieurs centaines de morts à Casablanca). Le 27 juin, Hassan II accepte le droit à l’autodétermination des Sahraouis et propose l’organisation d’un référendum « confirmatif ».

1982. La RASD est admise à l’Organisation de l’unité africaine (OUA), dont le Maroc se retirera deux ans plus tard.

1984. Les « émeutes du pain », en janvier, qui secouent Marrakech et le nord du pays, font des centaines de morts. Vague d’arrestations dans les milieux contestataires.

1986. Rencontre à Ifrane entre Hassan II et le premier ministre israélien Shimon Pérès (22-23 juillet).

1988. Rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie le 6 mai. En août, le Maroc et le Front Polisario acceptent un plan des Nations unies prévoyant un cessez-le-feu et la tenue d’un référendum d’autodétermination.

1989. Création, le 17 février, de l’Union du Maghreb arabe (UMA), qui rassemble le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie et la Libye. Le cheikh Yacine est placé en résidence surveillée en décembre, et le mouvement Justice et bienfaisance est dissous.

1990. Le Maroc se range aux côtés de la force multinationale envoyée dans le Golfe, en août, malgré le soutien de la population à l’Irak. Grève générale, en décembre, à l’appel des organisations syndicales, accompagnée de violentes émeutes dans plusieurs villes du pays (Tanger, Fès, Kenitra). Crise diplomatique, en novembre, entre Paris et Rabat après la publication du livre de Gilles Perrault, Notre ami le roi, qui dénonce les violations systématiques des droits humains par le régime marocain.

1991. Plus de 300 000 personnes manifestent à Rabat, le 3 février, leur soutien au peuple irakien. Au Sahara occidental, un cessez-le-feu est proclamé en septembre sous l’égide des Nations unies. Ce même mois, Abraham Serfaty est libéré de prison et expulsé du pays ; le bagne de Tazmamart est fermé et ses détenus transférés dans d’autres prisons du royaume.

1992. Hassan II présente en août un projet de réforme constitutionnelle destinée à « démocratiser » le régime. La réforme est approuvée par référendum le 4 septembre.

1993. Elections législatives en juin. L’opposition, menée par l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et l’Istiqlal, refuse de participer au gouvernement.

1994. Affrontements entre forces de l’ordre et étudiants, de janvier à mars, dans les universités de Fès et Casablanca. Le 24 août, deux touristes espagnols sont tués au cours d’une attaque terroriste à Marrakech.

Mohammed VI

1996. Adoption, le 13 septembre, d’une nouvelle réforme constitutionnelle, qui institue notamment une Chambre des conseillers – à côté de la Chambre des représentants – et renforce les prérogatives du roi.

1998. M. Abderrahmane Youssoufi, secrétaire général de l’USFP, est nommé premier ministre d’un gouvernement d’alternance le 4 février. Driss Basri est maintenu à l’intérieur.

1999. Décès de Hassan II le 23 juillet. Son fils Mohammed VI est intronisé le 30. Dans un discours, le nouveau roi évoque « les disparus et les victimes d’arrestations arbitraires ». Abraham Serfaty est autorisé à rentrer d’exil en septembre. La famille Ben Barka regagne le Maroc deux mois plus tard, après trentesix ans d’absence. Les émeutes qui éclatent à El-Ayoun, au Sahara occidental, sont durement réprimées. Driss Basri est limogé le 9 novembre.

2000. Partisans et adversaires de la réforme prévue du code de la famille défilent le 12 mars, les uns à Rabat, les autres à Casablanca. Le texte sera finalement retiré.

2001. Visite royale au Sahara occidental le 1er novembre.

2002. Une manifestation de soutien à la Palestine rassemble plus d’un million de personnes à Rabat le 7 avril. En juillet, crise hispano-marocaine au sujet de l’îlot Peregil/Leïla, situé à 200 mètres des côtes du Maroc. Les deux pays normaliseront leurs relations six mois plus tard. Les élections législatives du 27 septembre voient l’accession de 35 femmes au Parlement, tandis que les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), avec 41 sièges, deviennent la première force d’opposition du pays. M. Youssoufi est remplacé par M. Driss Jettou, qui n’appartient à aucun parti.

2003. Le 16 mai, des attentats terroristes font 45 morts à Casablanca, dont les 12 kamikazes. Le Parlement adopte le 28 mai une loi antiterroriste. Le roi annonce la « fin de l’ère du laxisme ». Dix peines de mort sont prononcées le 11 juillet contre des membres de la Salafia Jihadia, impliquée dans les attentats. Une centaine d’autres sont condamnés en août et en septembre.

2004. Le 7 janvier, le roi accorde la grâce à 33 prisonniers politiques, dont le journaliste Ali Lmrabet, et annonce la création de l’Instance équité et réconciliation (IER), chargée de recueillir les témoignages des victimes des « années de plomb ». Le 16, les députés adoptent à l’unanimité l’égalité juridique entre hommes et femmes. Le 22 juin, l’envoyé spécial des Nations unies au Sahara occidental, M. James Baker, démissionne. Rabat se prononce pour une solution « définitive et globale fondée sur une large autonomie ».

2005. Quatorze migrants africains sont tués en octobre par les forces marocaines et espagnoles alors que des centaines d’entre eux tentaient de pénétrer dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. L’armée marocaine réprime violemment les manifestations sécessionnistes qui se succèdent depuis plusieurs mois au Sahara occidental.

Olivier Pironet

Source: Le Monde diplomatique

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Algérie : chronologie historique

La conquête

IIIe siècle av. J.-C. Massinissa unifie les royaumes numides (berbères) des Massyles et des Massaesyles et fait de Cirta (Constantine) sa capitale.

112-105 av. J.-C. Rébellion de Jughurta, petit-fils de Massinissa, contre Rome.

347. Les tribus berbères insurgées s’allient aux donatistes, une secte chrétienne opposée à Rome.

354. Naissance de saint Augustin à Thagaste (Souk Ahras), dans le nord-est de l’Algérie.

439-533. Les Vandales règnent sur le Maghreb romain.

533. Domination byzantine.

711. Les Arabes sont maîtres de l’ensemble du Maghreb, qui devient une province omeyyade. Les populations se convertissent à l’islam.

742. Révolte kharijite contre le pouvoir central.

911. Destruction du royaume berbère de Tahert (région d’Oran) par les armées fatimides.

1453. Prise de Constantinople par les Ottomans.

1587. L’Algérie devient une régence dépendant de l’Empire ottoman.

1804-1827. Soulèvements tribaux et confrériques à travers toute l’Algérie.

1827. Le 29 avril, à la suite d’une dispute au sujet d’une dette française impayée, le dey d’Alger convoque le consul de France. Crise diplomatique franco-algérienne.

1830. Les troupes françaises débarquent à Siddi-Ferruch le 14 juin. Après la prise d’Alger, le 5 juillet, le dey Hussein Khodja signe la capitulation.

1832. En novembre, l’émir Abd El-Kader proclame le djihad contre les Français.

1837. La France reconnaît par le traité de la Tafna, signé le 30 mai, la souveraineté d’Abd El-Kader sur les deux tiers de l’Algérie. Elle conserve toutefois plusieurs « possessions », dont Alger, Blida et Oran. Le 13 octobre, les troupes françaises s’emparent de Constantine.

1843. Prise de la smalah d’Abd El-Kader par le duc d’Aumale, en mai, et massacres de populations civiles par les Français.

1844. Victoire française à la bataille de l’Isly, près d’Oujda, le 14 août.

1847. Abd El-Kader se rend le 23 décembre.

1848. L’Algérie est officiellement proclamée « territoire français » le 12 novembre.

La « francisation »

1850-1870. Insurrections dans les Aurès et en Kabylie, réprimées dans le sang. La famine ravage l’Algérie entre 1866 et 1868.

1870. Le décret Crémieux, promulgué le 24 octobre, accorde la nationalité française aux Juifs d’Algérie.

1871. Début de la révolte kabyle des frères Mokrani, en mars, contre les projets de confiscation des terres. Mokrani est tué le 5 mai. Près de 500 000 hectares de terres sont confisqués et attribués aux colons.

1881. Jules Ferry fait adopter en juin le code de l’indigénat, qui instaure un régime juridique spécial pour les Algériens de confession musulmane. L’Algérie est entièrement intégrée à la France par le « système des rattachements ».

1889. La loi du 26 juin accorde la nationalité française à tous les descendants d’Européens présents en Algérie, mais pas aux musulmans.

1912. Les musulmans sont astreints au service militaire en vertu de décrets promulgués en janvier.

1914-1918. Sur les 173 000 soldats appelés et engagés d’Algérie, 25 000 Algériens musulmans et 22 000 Européens sont tués au cours de la première guerre mondiale.

1916. Soulèvements dans la région de Constantine.

1926. Création, le 20 juin à Paris, de l’Etoile nordafricaine (ENA), dont Ahmed Messali (Messali Hadj) est élu secrétaire général. Le mouvement, qui réclame l’« indépendance de l’Afrique du Nord », sera interdit en 1929.

1927. Naissance de l’Association des étudiants musulmans nord-africains (AEMNA), présidée par Ferhat Abbas.

1933. Messali Hadj reconstitue l’Etoile nord-africaine, qui sera à nouveau dissoute en 1937 par le gouvernement du Front populaire.

1936. En novembre, le projet Blum-Viollette sur l’octroi de la pleine citoyenneté française à une élite de 21 000 Algériens musulmans est refusé par les colons et par les indépendantistes.

1937. Messali Hadj crée le 11 mars, à Alger, le Parti du peuple algérien (PPA).

1939. En septembre, le PPA est dissous, et ses principaux leaders sont arrêtés.

1940. Le décret Crémieux est aboli par le régime de Vichy en octobre.

1942. Débarquement allié à Alger.

1943. Ferhat Abbas présente en mai le Manifeste du peuple algérien, qui revendique l’égalité totale entre musulmans et Européens d’Algérie. Le texte est rejeté par le Comité français de la libération nationale (CFLN), formé à Alger le 3 juin. En décembre, le général de Gaulle annonce dans un discours prononcé à Constantine une série de réformes concernant les droits civiques des Algériens.

1944. Le 7 mars, de Gaulle signe une ordonnance qui supprime le code de l’indigénat et accorde la citoyenneté française à 65 000 Algériens.

La guerre

1945. Le 8 mai, la répression d’émeutes insurrectionnelles au cours desquelles une centaine d’Européens sont tués fait plusieurs milliers de morts (entre 15 000 et 45 000 selon les estimations) parmi les Algériens dans les régions de Sétif, Guelma et Kherrata.

1946. Ferhat Abbas fonde l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) en mai, et Messali Hadj le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) en octobre.

1954. En avril, un groupe de militants du PPA déterminés à entrer dans la lutte armée en constituant un front commun créent le Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA), transformé en Front de libération nationale (FLN) le 1er novembre : début de la guerre d’indépendance algérienne. En décembre, les partisans de Messali Hadj créent le Mouvement national algérien (MNA).

1955. Le Parlement français vote l’état d’urgence en avril. Le 20 août, des milliers de paysans de la région de Constantine se soulèvent. Débats aux Nations unies (27-30 septembre) sur la « question algérienne ».

1956. Le 16 mars, l’Assemblée nationale accorde les pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet. Le premier congrès du FLN, dans la vallée de la Soummam en août, aboutit à la création du Comité national de la révolution algérienne (CNRA). A la fin de l’année, on compte plus d’un demi-million de soldats français en Algérie.

1957. Janvier-octobre : bataille d’Alger. L’armée française généralise l’usage de la torture.

1958. Le 13 mai, l’armée prend le pouvoir en Algérie et crée le Comité de salut public, dirigé par le général Massu. Le 1er juin, à Paris, le général de Gaulle est investi comme président du Conseil (premier ministre). Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), avec à sa tête Ferhat Abbas, est formé le 19 septembre. De Gaulle propose la « paix des braves » aux insurgés algériens en octobre. Il devient le premier président de la Ve République le 21 décembre.

1959. De Gaulle reconnaît, au cours d’une allocution prononcée le 16 septembre, le droit à l’autodétermination des Algériens par la voie du référendum.

1960. « Semaine des barricades » à Alger : le 24 janvier, des colons dirigés par Pierre Lagaillarde appellent au soulèvement des Européens au nom de l’Algérie française. Ils se rendent le 1er février. Le 5 septembre s’ouvre le procès du réseau d’aide au FLN animé par Francis Jeanson. Des intellectuels favorables à l’indépendance publient le « Manifeste des 121 ». Le 19 décembre, l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît le droit de l’Algérie à l’indépendance.

L’indépendance

1961. Le 8 janvier, le référendum sur la politique d’autodétermination voit un large succès du « oui », en France comme en Algérie. En février, des activistes européens constituent l’Organisation armée secrète (OAS). Echec du « putsch des généraux » en avril. Le 17 octobre, la répression policière d’une manifestation algérienne pacifique à Paris fait une centaine de morts.

1962. Le 8 février, à Paris, les forces de l’ordre chargent un rassemblement contre l’OAS, tuant neuf Français. L’enterrement des victimes, le 13, rassemble un demi-million de manifestants. La signature des accords d’Evian, le 18 mars, est suivie d’un cessez-lefeu dès le lendemain. L’indépendance de l’Algérie sera ratifiée par référendum, en France le 8 avril 1962 et en Algérie le 1er juillet. Le 5 juillet, l’Algérie proclame son indépendance. Début de l’exode des Européens d’Algérie. Le bilan de la guerre est de 300 000 à 600 000 morts selon les sources. Le 22 juillet, M. Ahmed Ben Bella, soutenu par le colonel Houari Boumediène, qui commande l’Armée nationale populaire (ANP), forme à Tlemcen un Bureau politique contre le GPRA, installé à Alger. En septembre, l’ANP entre dans la capitale. M. Ben Bella prend la tête du gouvernement le 29 septembre.

1963. La Constitution est adoptée par référendum le 8 septembre. Instauration d’un régime de parti unique. M. Ben Bella est élu président de la République le 15 septembre. Hocine Aït Ahmed crée quelques jours plus tard le Front des forces socialistes (FFS) et entre en dissidence en Kabylie.

1964. Les troupes françaises se retirent d’Algérie en juin, mais restent présentes à Mers El-Kébir et au Sahara.

1965. Le colonel Boumediène renverse M. Ben Bella le 19 juin. La Constitution est abrogée en juillet.

1966. Nationalisation des mines et des compagnies d’assurances étrangères en mai. Signature d’accords de coopération avec la France.

1967. L’armée française quitte les bases de Reggane et Bechar en mai. En juin, l’Algérie rompt ses relations diplomatiques avec les Etats- Unis à la suite de la guerre de six jours entre Israël et les armées arabes. Coup d’Etat avorté contre Boumediène en décembre.

1968. Les Français évacuent la base de Mers El-Kébir en janvier.

1971. Nationalisation des hydrocarbures le 24 février : l’Etat acquiert 51 % des avoirs des sociétés pétrolières françaises présentes en Algérie. En novembre, le gouvernement lance la « révolution agraire » et la « gestion socialiste des entreprises » (GSE).

1973. Le IVe sommet des pays non alignés se tient à Alger en septembre.

1974. Dans un discours prononcé aux Nations unies, en avril, Boumediène prône l’instauration d’un nouvel ordre économique international.

1975. Visite de Valéry Giscard d’Estaing, en avril, la première d’un président français depuis l’indépendance.

1976. La Charte nationale est approuvée le 27 juin par référendum et la Constitution le 27 novembre. Boumediène, unique candidat en lice, est élu président en décembre.

L’islamisme

1978. Mort de Boumediène le 27 décembre.

1979. Le colonel Chadli Bendjedid est élu président le 7 février.

1980. « Printemps berbère » : émeutes à travers toute la Kabylie, en avril, pour la reconnaissance de la culture berbère.

1981. François Mitterrand, qui se rend à Alger en novembre, propose que les rapports franco-algériens soient « un symbole des relations nouvelles entre le Nord et le Sud ». Trois mois plus tard, les deux pays signent un accord sur le gaz.

1983. Visite du président Chadli à Paris, en novembre, la première d’un chef d’Etat algérien depuis l’indépendance.

1984. M. Bendjedid est réélu le 12 janvier. Adoption, en juin, du « code du statut personnel et de la famille ».

1986. Manifestations étudiantes à Sétif et à Constantine en novembre.

1988. De violentes émeutes à Alger et dans le reste du pays, du 4 au 10 octobre, font plusieurs centaines de victimes (600 morts selon un bilan officieux). L’état de siège est déclaré. M. Bendjedid est réélu en décembre après avoir promis des réformes politiques et économiques.

1989. Une nouvelle Constitution, qui ouvre la voie au multipartisme, est adoptée par référendum le 23 février. Le Front islamique du salut (FIS), créé le 18 février et dirigé par Abassi Madani et Ali Belhadj, est légalisé en septembre.

1990. Le FIS remporte une large victoire aux élections municipales et régionales du 12 juin, premier scrutin libre depuis l’indépendance. Le général Khaled Nezzar est nommé ministre de la défense en juillet.

1991. Le 23 mai, le FIS appelle à une grève illimitée. Les affrontements entre forces de l’ordre et militants du FIS font des dizaines de morts. Le premier ministre Mouloud Hamrouche, démissionnaire, est remplacé par Sid Ahmed Ghozali le 5 juin. Les élections sont reportées. Abassi Madani et Ali Belhadj sont arrêtés le 30 juin.

1992. Le président Bendjedid, soupçonné de complaisance envers le FIS, est contraint à la démission le 11 janvier et remplacé le 14 par un Haut Comité d’Etat (HCE), dirigé par Mohamed Boudiaf. Le second tour des élections est annulé. Les violences qui s’ensuivent font près de 70 morts. Le HCE proclame l’état d’urgence le 9 février et dissout le FIS le 4 mars. Le 29 juin, Mohamed Boudiaf est assassiné à Annaba. Le 26 août, un attentat à la bombe dans l’aérogare d’Alger, attribué aux islamistes, fait huit morts et une centaine de blessés.

1993. L’état d’urgence est prorogé pour une durée indéterminée le 7 février. On estime à 15 000 le nombre de personnes tuées en un an.

La réconciliation

1994. Le général Liamine Zeroual est nommé aux commandes de l’Etat le 30 janvier par le HCE. Apparition des Groupes islamiques armés (GIA), dont se démarque l’ex-FIS.

1995. Le 13 janvier, les principales formations de l’opposition, islamistes compris, signent à Rome un « contrat national » appelant notamment à l’arrêt des violences. Le pouvoir rejette le texte. Le général Zeroual remporte l’élection présidentielle dès le premier tour, le 16 novembre, avec plus de 60 % des suffrages.

1996. La réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs du président de la République et interdisant les partis religieux et régionalistes est approuvée par référendum, le 13 novembre, avec plus de 85 % des voix.

1997. Le 24 septembre, l’Armée islamique du salut (AIS), bras armé de l’ex-FIS et opposée aux GIA, annonce une trêve à partir du 1er octobre. Le 23 octobre, après avoir remporté les élections législatives de juin, le Rassemblement national démocratique (RND) de M. Zeroual obtient plus de 55 % des sièges des assemblées communales. La répression va crescendo.

1998. En septembre, M. Zeroual annonce sa volonté de démissionner et la tenue d’une élection présidentielle anticipée.

1999. Le 15 avril, M. Abdelaziz Bouteflika remporte l’élection présidentielle avec 73,8 % des suffrages. L’opposition dénonce des fraudes massives. Le 6 juin, l’AIS proclame l’arrêt définitif de ses opérations. Le 18 août, le Mouvement algérien des officiers libres (MAOL), créé en 1998, appelle à poursuivre en justice les généraux « responsables de la tragédie » algérienne. La loi de « concorde civile » est approuvée par référendum, le 16 septembre, par plus de 98 % des voix.

2000. M. Bouteflika charge M. Ali Benflis de former un nouveau gouvernement le 26 août.

2001. Emeutes sanglantes en Kabylie, en avril, après la mort d’un lycéen dans une gendarmerie. D’importantes manifestations ont lieu à Tizi-Ouzou et à Alger. Le 3 octobre, le gouvernement présente un projet de réforme visant à officialiser la langue berbère (tamazight). Signature, le 19 décembre, d’un accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne.

2002. Le 8 avril, le tamazight est reconnu langue nationale – mais non officielle – par le Parlement. Le FLN remporte les élections législatives du 30 mai, boycottées par les partis kabyles.

2003. M. Ahmed Ouyahia remplace M. Benflis à la tête du gouvernement en mai. M. Madani, libéré en juillet avec M. Belhadj, appelle à la fin de la lutte armée le 25 août.

2004. M. Bouteflika obtient 85 % des suffrages à l’élection présidentielle du 8 avril. Le gouvernement signe un accord de partenariat stratégique avec la France en juillet.

2005. Le projet de « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » est approuvé par référendum, le 29 septembre, à plus de 9 % des voix. Le bilan de treize ans de violences est de 150 000 morts et des milliers de disparus.

Olivier Pironet

Source: Le Monde diplomatique

 

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10 janvier 2008

Aperçu historique sur l'Afrique du nord

Note: Bien qu'il ne cite pas suffisamment de sources, cet article demeure fort intéressant. Je le trouve très riche par ces renvois. Bonne lecture.

Algérie

- 400000: présence humaine en Algérie, âge attribué aux restes de "l'Atlanthrope", découverts dans les sédiments du lac préhistorique Ternifine, en Oranie.

L'Atlanthrope était un contemporain, et un parent, du Sinanthrope et du Pithécanthrope de Java. Des ossements ont été retrouvés au milieu des outils de pierre taillée qu'il fabriquait. Des outils du même type ont été retrouvés sur d'autres sites attestant la présence de l'homme primitif.

A cette époque, l'Algérie était peuplée d'éléphants dont certaines espèces se maintiendront jusqu'à l'époque historique, mais aussi des rhinocéros, de phaccochères, d'hippopotames, de girafes, de bubales... "Ce sont les rives du Tchad et du Zambèze, transportées dans le Maghreb et au coeur du Sahara ; c'est un paysage de savanes tropicales, d'oueds pérennes, de lacs et de marais dans lesquels se déroulent les civilisations du paléolithique inférieur".

La civilisation Atérienne,  site de Bir-El-Ater, au sud de Tebessa,  civilisation reliée à l'ensemble moustérien (paléolithique moyen).

La civilisation Capsienne (Homo-Sapiens) aux environs du VIIème millénaire avant notre ère.  premiers hommes de notre espèce qui se soient manifestés an Afrique du Nord.

Partis du sud contantinois, les Capsiens, suivent la ligne des chotts, et se répandent dans l'ensemble du Maghreb. Ils peuvent être considérés comme les ancêtres des Numides, mais ils ne franchiront pas l'Atlas Tellien.

La côte était occupée à cette époque par des Ibéromaurissiens, apparentés au type Cromagnon. Malgré leur faible niveau de culture, ils s'adaptèrent à la civilisation néolithique comme les Capsiens.

Progressivement refoulés, ils se maintiennent pourtant jusqu'à l'époque historique. Les Capsiens, eux, adoptent les industries néolithiques et gardent leur forme de vie.

En Algérie, on assiste, d'une façon frappante, au voisinage immédiat de l'histoire et de la préhistoire. Hérodote et Saluste portent témoignage sur les formes maghrébines de la civilisation néolithique.

Il faut souligner, que c'est au Sahara, que la civilisation néolithique devait connaître ses plus belles réussites. Qu'il s'agisse de peintures du Tassili-N'Ajjers, et du Tassili du Hoggar, qu'il s'agisse de pierres taillées et polies, comme on peut en voir dans la magnifique collection du musée du Bardo, on découvre des oeuvres achevées d'une étonnante perfection technique. Et les fresques si importantes sur le plan documentaire, témoignent du goût artistique des Sahariens de la Préhistoire. Certaines pierres sculptées et lissées, qui représentent des animaux, bovidés ou gazelles, ont une puissance d'évocation étonnante.

massyles_chef2Gravures rupestres sahariennes du Tassili des Ajjer (3 000 ans av. J.-C.).

Chasseurs puis pasteurs et cultivateurs, les Berbères s’organisèrent en tribus et en confédérations, que les Grecs distinguaient sous les noms de libyques, numides et maures.

Le langage berbère s'appelle TAMAZIGHT n'a rien avoir avec l'arabe, ni l'hebreu, ni le punique, on a trouvé aucune langue s'en rapprochant, l'ecriture aussi, les Touaregues qui sont aussi berbères l'utilisent pour pratiquer des sois disant rites magiques.Cette écriture possède des caractères trés proche du grec.

Les berbères descendraient selon une légende du peuple atlante ceux ci seraient arrivés en afrique du nord par les iles canaries.

nsmailt6

Extrait d'alphabet punique

Extrait d'alphabet berbère du temps des numides.La date présumée par les scientifiques est VII s av J.C mais elle pourrait être     bien plus ancienne, les scientifiques n' ont pu dater d'autres inscriptions.

nsmailh9 Un extrait de texte berbere touareg en" tifinagh "( qui signifie     notre trouvaille), cet alphabet est encore utilisé de nos jours, il se lit de     généralement gauche à droite mais aussi dans d'autre sens, vous aurez remarqué que les     différences entre le "tifinagh" et l'ancien berbere sont minimes sur les docs

VIII° VI° siècle av JC
cartexpansiongrecque

Les Phéniciens fondèrent Carthage vers l'année 814 avant J.C.,

-734 les corinthiens fondent syracuse en Sicile

VII° av JC les nabatéens

Hérodote, au V siècle avant J.C., nous a laissé un apeçu sur le cadre de vie et sur les habitudes des Numides :

"A l'Est du fleuve Triton, vivent les Maxyès, peuple de laboureurs sédentaires possédant des maisons. Selon la tradition, une moitié de leur tête est rasée, l'autre moitié arbore une longue chevelure ; ils se teignent le corps au henné. Ils prétendent descendre des Troyens. La région où ils vivent, montagneuse, plus boisée que le territoire des Nomades, plat et sablonneux, comme d'ailleurs le rste de la Lybie vers le Couchant, abonde en fauves et animaux sauvages de grande taille : lions, éléphants, ours, ânes cornés, bracochères, cinochéphales, serpents . . . "

Hérodote nous renseigne aussi sur l'organisation de l'agriculture et les hauts rendements agricoles de la région.

Il est difficile de déterminer avec exactitude l'origine des Numides, mais l'hypothèse de l'origine troyenne émise par les propos maxyès, est acceptable. Salluste affirme, par ailleurs, que les Massyles et les Massaéysyles auraient été amenés par Hercule, au cours de son périple vers l'Espagne.

Strabon confirme Salluste en ce qui concerne l'authenticité d'Hercule, ce fabuleux roi Assyrien, qui serait venu d'Asie avant Cyrus.

Malgré l'ignorance profonde où nous nous trouvons en ce qui concerne la Numidie jusqu'au IV siècle avant J.C., tout laisse supposer que son développement a suivi le même itinéraire que celui des peuples méditérranéens.

Hérodote rapporte que des relations commerciales se dévelopèrent très tôt entre Phéniciens et Numides, favorisant ainsi la pénétration de la langue et de la culture puniques assez profondément dans le pays.
Les Numides apprirent des Phéniciens les procédés agricoles et industriels de la fabrication de l'huile d'olive et du vin, l'exploitation etle travail du cuivre. L'influence culturelle, par contre, fut très limitée et s'exerça essentiellement par l'intermédiaire de Carthage; elle ne se manifesta de manière sûre que dans le domaine de l'art, dont nous retrouvons des exemples dans les grands médracens de l'Aurès et de Tipaza.
D'après Polybe, historien grec, né en 200 avant J.C. et connaisseur de l'Afrique pour y avoir séjourné longtemps, le premier roi des Massyles fut Navarase, beau-frère de Hannibal (247-183 avant J.C.) grand général et homme d'Etat carthaginois.

-348: premiere convention entre Rome et Carthage.
-280: arrivee de Pyrrhus, roi  d'Epire, en Italie (a l'appel des Tarentins).
-278-276: Pyrrhus en Sicile.
-272: mort de Pyrrhus.
-269: Hieron, roi de Syracuse.
-263: Hieron : Syracuse devient l'alliée de Rome.

Au IIIe siècle avant J.C., la Numidie masséylienne était gouvernée par Syphax qui chercha à helléniser son pays, comme le faisaient à cette époque, les autres peuples de la Méditerranée. Il fut d'abord l'allié des Romains contre Carthage puis l'influence de son épouse Sophonisbe le fit changer de camp. Il fut battu et fait prisonnier par Scipion.

Première guerre punique (264-241 avant J.C.)

-247: naissance d'Hannibal (carthaginois).
-241: paix de Lutatius (fin de la premiere guerre punique).

Carthage dut faire face à la guerre de mercenaires, et fut aidée par la cavalerie numide du prince Navarase.

Au cours des années qui suivirent cette guerre, la puissance carthaginoise s'affaiblit, ce qui permit au roi des Massyles, Gala ( grandpère de Massinissa), d'entreprendre la conquête des villes côtières, dont Hippo-Régius, qui devint sa capitale. Il fut reçu triomphalement par la population qui chassa les Carthaginois.

HIPPONE

Plus ancienne que Carthage, HIPPONE (Hippo-Regius) garde des vestiges impressionnants de cette période ; on suppose que sous les ruines de son passé romain se trouve une ville punique. L'imposant mur préromain n'en est-il pas une preuve ?

Hippo-Regius fut conquise par Gaia, père de Massinissa, qui en fit une des capitales de son royaume.

massinissa MASSINISSA, roi des Numides (v. 238- Cirta 143 av. J.-C.), fils de Gaia, roi des Massyles.

-235: triomphe de T. Manlius Torquatus sur les Sardes.
-234: naissance de M. Porcius Caton.
-229: mort d'Hamilcar Barca.
-229: guerre d'Illyrie; triomphe du consul Cn. Fulvius (228).
-225-222: guerre contre les Gaulois.

Vantant dans leur discours la gloire et la valeur du peuple romain, la grandeur de son empire, les ambassadeurs demandèrent aux Gaulois de ne pas laisser l'armée d'Hannibal traverser leur territoire et leurs villes au cas ou  elle se dirigerait vers l'Italie; alors, a ce qu'on raconte, ils partirent d'un tel eclat de rire que les magistrate et les plus ages eurent bien du mal a calmer la jeunesse, si absurde et insolente leur paraissait cette demande: penser que, pour eviter la guerre en Italie, les Gaulois la feraient venir chez eux et qu' il s'exposeraient leur territoire aux dévastations pour défendre celui des autres! hannibal

"Quand le calme fut rétabli, on répondit aux ambassadeurs qu'aucun service rendu par les Romains, aucun outrage de la part des Carthaginois ne justifiait qu'ils se mobilisent pour les Romains contre les Carthaginois. Au contraire ils entendaient dire qu'en Italie on expulsait de leurs terres et de leur pays des peuples de leur race27, qu'on exigeait d'eux un tribut et qu'on leur faisait subir toutes sortes de vexations. Ce fut a peu près le même scénario dans les autres assemblées Gauloises et il ne fut pratiquement jamais question d'amitié ou de paix avant l'arrivée a Marseille." Tite live

-223: victoire du consul C. Flaminius sur les Gaulois (prise de Milan).
-222: victoire des consuls M. Claudius Marcellus et Cn. Cornelius Scipion sur les Insubres (prise de Clastidium); fondation des colonies de Cremone et de Plaisance.
-221: mort d'Hasdrubal j Hannibal lui succede.
-219: guerre contre Demetrios de Pharos; triomphe des consuls M. Livius Salinator et Paul Emile.

Deuxième guerre punique (218-202 avant J.C.)

Romains et Carthaginois se disputèrent avec acharnement l'alliance des royaumes numides.

-219/218: siege et prise de Sagonte (automne 219, pour Tite-Live: 218); 1'ambassade romaine a Carthage et déclaration de guerre,

P. Scipion debarque a Marseille (ete -218) et confie a Cn. Scipion la direction de la guerre d'Espagne;

Hannibal passe le Rhone, franchit les Alpes (août septembre -218); bataille du Tessin (fin novembre), de la Trebie (décembre).

-217 (fin juin): bataille du lac Trasimene; désignation de Fabius (dictateur) et de Minucius (maitre de la cavalerie); P. Scipion rejoins son frère en Espagne (automne).
-216: défaite de Cannes (aout) j défection de Capoue et de la plupart des villes du sud de l'Italie; capitulation de Casilinum (printemps);

-216 defaite d'Hasdrubal en Espagne (automne)

-216 mort de Gelon, fils de Hieron;
hiver -216-215: </ les delices de Capoue >~.

Alliée à Hannibal, la cavalerie numide se distingua brillamment. Elle parvint à envahir l'Iberia, la Gaule, traversant les Pyrénéees ; puis lesAlpes, contribuant à remporter en 216 avant J.C. la bataille de Cannae, la plus célébre victoire des troupes de Hanninal, demeurée, à ce jour, dans les annales militaires, comme un exemple de stratégie et de tactique.

La résistance et la robustesse des montures et des cavaliers numides y jouèrent un rôle considérable.

-215: mort de Hieron (printemps), avènement de Hieronyme, defection de Syracuse; mort du consul designe L. Postumius en Gaule; Philippe envoie des ambassadeurs a Hannibal; siege de Cumes; soumission de la Sardaigne; resistance de Nole (automne); reddition de Locres et de Crotone; succes des Scipions en Espagne.
-214: assassinat de Hieronyme (printemps); massacre de la famille royale; siege de Syracuse; operations en Sicile (Enna); M. Valerius Laevinus libere Oricum et Apollonie (fin de l'ete); succes en Espagne (Castulon, Munda).

-213: prise par les romains d'Arpi; siege de Syracuse (suite); prise de Tarente (?); les Scipions envoient une ambassade a Syphax, roi des Numides; alliance des Carthaginois avec Masinissa, fils de Gala.

ARCHIMÈDE, savant (Syracuse 287 av. J.-C.-id. 212). Archimède dirigea la défense de Syracuse attaquée par Rome. Pendant trois ans, il tint en echec l'armée de Marcellus. Il fit consuire des machines pour lancer à de grandes distances des traits ou des pierres. Au moyen de miroirs ardents formés par des miroirs plans judicieusement associés il enflammait, dit-on, les vaisseaux des assiégeants. Cependant, les Romains étant entrés dans Syracuse par surprise, Marcellus ordonna qu'on épargnât le grand homme. Mais celui-ci fut tué par un soldat.

-213 Rome prend Syracuse

-212: exécution des otages de Thurium et de Tarente; defection de Tarente a ['exclusion de la citadelle;

defection de Thurium; mort du proconsul Ti. Sempronius Gracchus dans une ambuscade; les Romains mettent le siege devant Capoue (automne); capitulation de Syracuse; mort de P. et de Cn. Scipion; reprise des operations en Espagne sous le commande ment de L. Marcius; fin de la campagne de Sicile (entree de l'hiver).

Scipion L'AFRICAIN part, en - 211, dans la péninsule Ibérique pour venger son père et ouvrir un second front contre Hasdrubal, dont le frère, Hannibal, ravage l'Italie. Il assiège et prend Carthagène, place forte économique, vitale pour le camp punique. Sa droiture le rend populaire auprès des indigènes, lassés de l'occupation carthaginoise. Il peut, alors, rallier facilement les Ibères à sa cause et soumettre l'ensemble de l'Espagne orientale.

La guerre en Iberia achevée et dans la perspective de la guerre en Afrique, Carthaginois et Romains recherchèrent l'alliance du roi numide.

Scipion L'AFRICAIN décida alors de traverser le détroit de Gibraltar pour négocer avec Lui. D'après Tite-Live, alors que Scipion entrait au port, Hasdrubal y arrivait aussi. Ainsi, ces deux ennemis se retrouvaient-ils sur le territoire du prince numide flatté de voir les deux plus grandes puissances du monde venir solliciter, en même temps, son amitié.

-210-208 ( ?): naissance de Polybe.

-205 Aidé par Massinissa, roi de Numidie détrôné par Syphax, allié des Carthaginois, Scipion ruse, feint de négocier, endort la méfiance de l'adversaire. Une nuit, il fond avec toute son armée sur le camp punique, et achève ce raid éclair par le massacre des Carthaginois à la bataille des grandes plaines. Les prévisions de Scipion se réalisent : Carthage, encerclée, rappelle Hannibal d'Italie. À regret, ce dernier quitte la péninsule qu'il occupe depuis quinze ans.,

-203: Hannibal quitte le sol de l'Italie.

Pour reconquérir le royaume de son père, réduit par Syphax roi des Masaesyles, Massinissa  s'allie aux Romains et Scipion fait prisonnier Syphax (-203) qui sera ramené à Rome, dont il épouse la femme, Sophonisbe.

hannibal Hannibal demande la paix à Scipion, qui la refuse, et les deux grands chefs de guerre s'opposent à la bataille de Zama (- 202). La deuxième guerre punique prendra fin avec la bataille de Zama. Ce sont les troupes numides de Massinissa, rallié à Scipion, qui contribuèrent à la défaite de Carthage, contrainte aolrs de     reconnaître Massinissa comme roi de Numidie.

Hannibal fut non seulement un meneur d'hommes, mais aussi un brasseur d'idées. Derrière le capitaine qui fit trembler Rome se cache l'homme politique né dans une Carthage soumise aux influences grecques. Hannibal se pose comme le continuateur d'Alexandre, comme l'homme du rassemblement des États méditerranéens. On peut dire que deux siècles avant César, avant Auguste, Hannibal a compris que le monde ne pouvait retrouver la prospérité que     dans l'unité.

-202: victoire  de Scipion à Zama et fin de la deuxieme guerre punique.

Après Zama , les Carthaginois doivent reconnaître Masinissa comme roi de Numidie. Il favorise l'urbanisation du pays, et fait de Cirta sa capitale. Voulant dominer l'Afrique, il empiète sur le domaine de Carthage, qui lui déclare la guerre, mais est vaincue. Il restera toute sa vie un allié des Romains.

CIRTA Constantine

Appelée SARIM BATIM par les Carthaginois CIRTA, recèle, en plus des restes des civilisations néolithiquescomme la grotte de Bou-Zabaouine, d'importants vestiges de la civilisation punique, ainsi, la stèle d'EL HORFA, qui atteste le maintien des cultes puniques après la chute de Carthage. On peut supposer que les populations de l'intérieur parlaient la langue punique, car Saint Augustin, quelques siècles plus tard, conseillait à ses prêtres d'apprendre le punique, avnt de se rendre dans les villes de l'intérieur et dans la campagne.
La civilisation carthaginoise, héllénisée pendant les derniers siècles de son existance, s'est répandue assez profondément dans le pays. Ses influences se retrouvent dans les traditions numides postérieures.

Lors de son couronnement(-204), Massinissa avait 36 ans. Né en 238 avant J.C., il régna pendant 54 ans jusqu'à sa mort en 148 avant J.C.

Pendant son long règne, il entreprit la construction d'un état unifié et monarchique. D'abord il s'attacha à sédentariser les populations et transforma les pasteurs nomades en agriculteurs.

Il favorisa l'urbanisation de la Numidie, poussant les cultivateurs à former de gros bourgs, auxquels il donna une organisation semblable à celle des villes puniques.

-195: Hannibal s'exile definitivement. 183: mort d'Hannibal.
-179: mort de Philippe V de Macedoine, son fils Per see lui succede.
-167-150: Polybe est assigne a residence a Rome; frequente les Scipions (surtout Scipion Emilien), prepare son Histoire centree sur les annees 220-167 (enquetes et voyages).
-149: mort de Caton.

Massinisssa qui regardait avec intérêt l'Orient Grec, avait accepté la forme de civilisation que six siècles, placés sous l'influence de Carthage, elle-m^me hellénisée au cours des deux derniers siècles, avaient apportée aux élites Numides. Il voulait éduquer son peuple selon les méthodes hellénistiques.

Dans son oeuvre d'unification, il empiéta sur le domaine de Carthage, qui lui déclara la guerre. Massinissa en sortit vainqueur.

-149 -146. Troisième guerre punique

La puissance grandissante de Massinissa en Afrique inquiéta Rome, au point qu'en déclarant la guerre à Carthage en 149 avant J.C. (troisème guerre punique), elle visait aussi Massinissa.

-148: mort de Masinissa.
A sa mort, son royaume fut partagé entre ses trois fils: Micipsa père de Hiempsal I et d'Adherbal, Manastebal père de Jugurtha et de Gauda, et Gulussa père de Hiempsal II dont la descendance assurera la lignée des derniers rois numides.

En détruisant Carthage en 146 avant J.C. et en créant la première colonie romaine en Afrique, Rome mettait une limite à l'extension territoriale de la Numidie et au renforcement de son pouvoir économique et Politique.

Après la mort de Manastebal et de Gulussa, Micipsa hérita du royaume et régna pendant 30 ans (148-118 avant J.C.)

La puissance de la Numidie unifiée inquiéta Rome, qui accentua la pénétration et obligea Micipsa à partager le royaume en indivis entre ses deux fils Hiempsal I et Adherbal et son neveu Jugurtha.

jugurtha
Rome aurait-elle pu deviner que ce partage susciterait une guerre après la chute de l'invincible Carthage? La Numidie se soulèvera violemment et Rome aura, en Jugurtha, un ennemi aussi redoutable que Hannibal.
    En effet, le partage de la Numidie imposé par Rome marqua le début de la lutte de     Jugurtha pour conserver l'unité de sa patrie. En 116 avant J.C., il s'empara de toute la Numidie et dut éliminer Hiempsal. En 112 avant J.C., Cirta; principauté de Adherbal, tomba après le siège qui finit par le massacre de ses défenseurs et des marchandsromains. Rome lui déclara la guerre. "La guerre de Jugurtha" chantée     parSalluste, dura sept ans.

Six armées romaines disparurent dans cette lutte mémorable. Jugurtha, aussi prompt dans la décision que dansl'action; adoré des Numidespour sa beauté; son courage et les ressources de son esprit, tint longtempsen échec les forces romaines.

Jugurtha résista mais perdit Cirta pendant le siège de l'hiver 107-106 avant J.C.. Livré en 105 par son allié, il fut conduit à Rome, enchaîné. Il contempla la ville qu'il méprisa pour sa promptitude à se vendre. Il y resta prisonnier, jusqu'à sa mort.

-105 Après sa défaite, son royaume fut partagé :

Sous l’autorité romaine, la Numidie devint avec l’Égypte le "grenier de Rome", fournissant blé et huile d’olive.

Bocchus reçut une partie de la Numidie occidentale. La Numidie orientale fut partagée en deux royaumes : La Numidie occidentale et la Numidie orientale qui revint à Gauda (105-88 avant J.C.) puis à Hiempsal II (88-68 avant J.C.) respectivement frère et neveu de Jugurtha.

A sa mort, Bocchus plaça son fils Bogud sur le trône de la Mauritanie occidentale qui prit le nom de Bogudiana, et légua ses nouvelles provinces à son fils Bocchus II qui la dénomma Mauritanie de Bocchus.

Ce partage eut lieu en 91 avant J.C.. Bocchus III régna jusqu'en 33 avant J.C.

Il se déclara en faveur de Pompée. Néanmoins, César lui laissa ses états, puis il suivit Octavien, tandis que son frère Bogud soutenait Antoine et put ainsi régner sur toute la Numidie.

-51 Cleopatre reine d'Egypte

-30 L'Egypte devient province romaine après la mort de Cléopâtre

juba1er Juba I succèda à Hiempsal son père, jusqu'en 46 avant J.C.. Il prit le     parti de Pompée et anéantit l'armée de Soribornus Curio, qui débarqua en Afrique en 49     avant J.C.. Battu à Thapsus par César, il se donna la mort, comme le firent ses alliés,     Scipion Scipion et Caton . ..

Son fils, le futur roi Juba II, enfant encore, fut emmené captif à Rome où il fut éduqué. Il épousa Cléopâtre Selené, fille de Cléopâtre et d'Antoine.

Auguste lui restitua, pour un temps, la Numidie et en 25 av. J.C. il devint roi de la Maurétanie, dont la capitale fut Iol.

Le phare de l'îlot date de son règne; il a été comparé; toutes proportions gardées, à celui d'Alexandrie. Cette construction atteste que Juba II, à l'instarde ses aînés, appliquait les principes d'une véritable politique économique. Le phare était l'une des élémentsde l'aménagement du port, destiné à développer sur la côte le trafic maritime, en vue du commerce aussi bien que des explorations géographiques.

Ptolémée fils de Juba II; fut le dernier roi Numide. Il fut assassiné par Caligula, en l'année 42 de notre ère. A ce moment-là, la ville s'étendait sur 2,5 km de long et 1,5 km de large, et renfermait dans son enceinte un grand nombre d'oeuvres artistiques et littéraires.

Les Romains; après la mort de Ptolémée, fils de Juba II, annexèrent la Maurétanie. Ils la divisèrent en deux provinces impériales: la Maurétanie Tingitane et la Maurétanie Césarienne, laquelle correspondait aux "Telles" Oranais et algérois et à la partie occidentale du Constantinois.

Contemporain de Ptolomée, Tacfarinas dirigea larévolte des Numides contre l'impérialisme romain; sous le règne de Tibère. Dès l'année 17 de notre ère, il livra une guerre sans merci aux armées romaines. Cette lutte indépendantiste dura huits années. Le guerrier Mazipa, combatit à ses cötés. Malgré les demi-défaites de Tacfarinas; la guerre sanglante entre les Numides et Rome ne prit fin qu'en l'année 24, dans la bataille que lui livra le pré-consul Donabela en Auzia. (Aumale), où Tacfarinas trouva la mort au champ d'honneur comme le voulait la tradition numide.

Tacfarinas tint tête à César, à qu'il envoya des Ambassadeurs. César, refusa ses revendications; argumentant que même celles de Spartacus n'avaient pas été prises en considération.

La domination Romaine

La Numidie est un territoire miliatire, dont le commandement est installé à Lambèse ; elle de viendera procince indépendante de la Proconsulaire en 198. A partir de 126, des voies de pénétration l'aideront à progresser par les pistes du Sud, mais elle se rétrécit vers le nord : Hippo Régius (Hippone) est en Proconsullaire, Igilgili (Jijel) en Maurétanie Sétifienne.

La côte de Numidie a deux ports : Rusicade (Skikda) et Chullu (Collo). Le reste de l'Algrie forme la Maurétanie Césarienne.

La Maurétanie était gouvernée à partir de Césarée (Cherchell). Sa frontière est plus méridionale, loin des monts du Hondna et des hautes plaines Oranaises; elle ne pénètre guère à plus de 100 km de la mer. Au-delà de cette band côtière, les populations numides continuent à suivre leur mode de vie, et à se battre contre l'occupation romaine.

Les cités romaines dans la Numidie et la Maurétanie s'érigèrent sur les villes romaines dans la numidie, dont certaines connurent un grand essor et jouirent d'une grande renommée dans ces contrées anciennes.

Hippone, Cuicul, Tiddis, Thevesli, Madouros, Tipaza, Siga, Ténès, et probablement les plus importantes villes romaines eurent comme assises les villes numides elles-même, fondées le long de la côte, sur l'emplacement des comptoirs phéniciens.

Les plus importantes ruines des villes romaines, se trouvent à l'est de la Maurétanie Césarienne, dans les Aurès, et au nord de la Numidie.

Si la sédentarisation s'est faite au temps des phéniciens et des Royaumes numides, c'est l'urbanisation qui constituera la base de l'empire romain. Le nombre et la splendeur monumentale des cités romaines que révèlent les imposantes ruines de Timgad, Lambèse, Djemila-Cuicul, Tiddis, Tipaza . . . témoignent du rôle joué par les Cités africaines.

TIDDIS

Petite ville numide, à 17 km de Cirta-Constantine, Tiddis recèle d'importants vestiges de cette période. Les fouilles archéologiques ont montré que Tiddis, tout au long de son histoire, a eu une vocation : la poterie. On y a découvert un vaste quartier de potiers, dont les ateliers sont équipés de fours, de douves et la plus belle collection d'outils de toutes les époques, y compris l'époque punique.

Les fouilles ont permis de découvrir des vases puniques et des lampes grecques du V siècle avant J.C..

Dans les tombeaux situés aux abords de la ville - les BAZINAS, sépultures très évoluées - on a trouvé des vases d'un aspect inconnu. Il s'agit d'un décor peint, géométrique, avec des bandes d'oiseaux et des danseurs très stylisés. Bref, de la poterie Kabyle, telle qu'elle est fabriquée aujourd'hui encore par les femmes, sans tours, par des techniques immémoriales...

Tiddis renferme aussi des vestiges anciens, des DOLMENS, sur le versant occidental du plateau ; et, surplombant de part et d'autre le ravin de Kheneg s'élève une cinquantaine de Bazinas au pied de la montagne à l'est.

Au IVe siècle apr. J.-C., alors que les légions romaines appelées à défendre l’Empire en déclin, se retirèrent de Numidie, la région fut, pour un temps, déclarée indépendante, sous la pression du mouvement donatiste. La population berbère latinisée, tôt convertie à la foi chrétienne, s’était en effet massivement ralliée à cette secte chrétienne, persécutée par les autorités romaines, après que le christianisme fut devenu religion officielle de l’Empire (313), tandis que les tribus berbères des montagnes, non latinisées, continuaient à résister.

Saint Augustin, né à Tagaste (Souk-Ahras), 354-430, est le plus célèbre des Pères de l'Eglise Latine et le plus gra,nd esprit des premiers siècles du Christianisme, en Occident.

Evêque d'Hippone, dès 396, il mourut dans la ville assiégée par les Vandales.

L'influence de Saint Augustin, est sans doute celle qui a marqué le plus la théologie de tous les temps, car son oeuvre a quelque chose d'universel. Toute sa pensée est centrée sur deux problèmes essentiels : Dioeu et le destin de l'homme.

429 les Vandales envahissent l'Afrique du Nord.
Dans un contexte d’anarchie, les Vandales, peuple germanique, envahirent l’Afrique du Nord et y établirent un royaume en 429. Leur domination, limitée à la bande côtière, resta cependant fragile, et des principautés berbères indépendantes purent se reconstituer durant cette période
Après avoir débarque en Tingitane (Maroc),les vandales pénétrèrent à l'est. On constate qu'au passage ils détruisirent les murailles de Caesarea (Cherchell) la capitale de la Maurétanie ; celles de Tipaza furent rasées méthodiquement à une hauteur uniforme.
En Numidie, ils parurent s'installer : ce fut le siège d'Hippone, où mourut Saint Augustin. Puis ils repatirent et s'installèrent en Tunisie ou ils resteront un siècle.

439  Geiséric( Vandales)  s'empare de Carthage.

Pillée par les Vandales en 440 puis reconstruite par Justinien, Carthage céda, à la fin du VIIe siècle, la place à Kairouan. Depuis quelques années, un mouvement culturel aspire à la renaissance de Carthage.

V siècle: la révolte de la population montagnarde.
Ceux de l'Aurès prirent et détruisirent Timgad vers 477. Les Circoncellions ne cesseront pas leur révolte et vers le milieu du siècle ils joignent leurs efforts à ceux des Donatistes pour mener une lutte commune.
 

En 533, les Vandales furent chassés par les armées de l’empereur byzantin, Justinien Ier, dont le rêve était de faire renaître la splendeur de l’Empire romain. La conquête byzantine, pourtant, se limita seulement à l’est du pays.

+636+646 Perte par l'empire byzantin de la Syrie et l'Egypte  prises par les arabes

Les Byzantins arrivèrent en Afrique du Nord vers le milieu du VI siècle, et, si leur occupation fut limitée dans l'espace, lle dépassa largement le teritoire occupé par les Vandales.
Ils s'intallèrent là où ils trouvèrent les matériaux nécessaires à la fortification des villes.
Les Byzantins se heurtèrent aux mêmes cavaliers, aux mêmes tribus que, naguère, les Carthaginois et les Romains. Cependant, ils restèrent un siècle, en Afrique du Nord. Ils fortifièrent les villes pour les défenfre contre les paysans des plaines et surtout conte ceux des massifs montagneux. Mais les luttes paysanes ne cessèrent jamais.

Le rêve de Justinien Ier s’effondra lorsque, en 647, les Arabes, porteurs d’une nouvelle religion, l’islam, se lancèrent à la conquête de l’Afrique du Nord. À l’est, dans les Aurès, ils durent s’opposer à la résistance de deux chefs berbères, Kusayla et la Kahina, une prophétesse. Mais, dès le début du VIIIe siècle, les Berbères se soumirent et se convertirent massivement à l’islam. Des chefs de guerre, tel Musa ibn Nusayr, s’illustrèrent même dans les troupes qui combattaient pour l’expansion de l’islam. Dès le début du VIIIe siècle, l’Algérie, comme l’ensemble du Maghreb, était devenue une province placée sous l’autorité des Omeyades. Les Arabes y constituaient une élite urbaine.

647, Les Arabes pénétrent pour la première fois dans le Maghreb, ils trouvent une province affaiblie par son isolement.

L'avénement de l'Islam au VIIe siécle est un des faits les plus considérables de l'histoire du Maghreb.

En l'an 681, avec l'arrivée de Sidi-Okba, l'Algérie entre dans l'histoire de l'Islam, car cette religion nouvelle obtient de plus en plus l'adhésion de la population qui participera à la conquête et à l'islamisation d'une grande partie de la péninsule ibérique;

IXème siècle de notre ère, Au III ème siècle de l'Hégire,  l'Afrique du Nord, toute entière, était conquise par l'Islam. Ce fut une conquète spirituelle sans précédent.

Après 740, tandis que se multipliaient les querelles de succession pour le califat, les Berbères se dressèrent contre l’autorité califale et, comme beaucoup de ceux qui, dans la communauté musulmane, luttaient contre la domination arabe, ils rallièrent les kharijites, dissidents fondamentalistes et démocrates de l’islam. Une communauté kharijite subsiste d’ailleurs aujourd’hui dans le Mzab (ibadites). Les Berbères kharijites fondèrent plusieurs petits royaumes.

La carte politique de l'Afrique du Nord qui va de la Tripolitaine à l'Océan Atlantique, présente au IXème siècle, la division que nous connaissons encore. Trois royaumes se juxtaposent : Tunisie, Algérie et Maroc.

777 Royaume des Rostémides ROYAUME DE TIHERT (Tiaret)

Au Maghreb central, l'Algérie est gouvernée par la dynastie des Rostémides, qui règnent dans Tihert, près de l'actuel Tiaret. A leur simplicité d'ascètes, ces imams joignent le goût de l'étude et une culture de savants. Dans Tihert, ils assemblent de riches bibliothèques et ils envoient en Orient des missions pour acheter des   manuscrits.

La science passionne leur entourage : les femmes de leurs familles s'adonnent à   l'examen du dogme, de l'exégèse coranique, des pratiques du culte et de la jurisprudence   islamique. D'autres sciences captent leur intérêt, en particulier l'astronomie au sens   large du terme.

5 2 789 Avènement du roi Idriss 1er, qui fonde un royaume   indépendant au Maroc

788-974 Idrissides   Maroc.Capitale:Fès   

800-909 Aghlabides  Ifriqiya, Algérie orientale,Sicile.

Le royaume des Rostémides, fut balayé en 911 par la dynastie arabe chiite des Fatimides, soutenue   par les Kabyles, une confédération berbère de l’Est. Dès le XIe siècle,   l’arabe devint la langue majoritaire dans les plaines et les steppes. Seuls les   Berbères des montagnes résistaient durablement.

Deux dynasties berbères devaient cependant régner sur toute la région entre le XIe et le XIIIe siècle : les Almoravides et les Almohades. Venues du Sud marocain, elles étendirent leur influence du Nord-Ouest africain au sud de l’Espagne. Tlemcen, la capitale des Almohades, devint un centre artisanal réputé. On y construisit de belles mosquées et de nombreuses écoles   coraniques. Les ports maritimes (Béjaïa, Annaba et Alger, en pleine expansion)   développèrent un commerce actif, apportant en Europe les fameux chevaux barbes, de la   cire, un cuir de qualité et des tissus.

1035

C'est en 1035 que les Almoravides, vont entrer dans l'Histoire. Guidés par le Saharien Yoûsof, fils de Tachfin, ils s'attribuent une mission religieuse. Yoûsof a laissé les plus beaux monuments de l'art musulman, en Algérie.

A la première étape de sa traversée, il remonte à agadir où il fonde Tagrart qui sera son lieu de résidence. Son modeste palais sera plutôt une dépendance de la Grande Mosquée.

Almoravides 1056-1147 Afrique du Nord et Andalousie

Tlemcen ne fut qu'une étape ; les Almoravides s'emparèrent de Nédroma, Ténès, mais ne dépassèrent pas Alger.

Les mosquées sont le plus beau legs des Almoravides. La date de la construction de la Mosquée de Nédroma est attesté par une inscription sur bois de cèdre qui couronnait le Minbar. Ces vestiges sont conservés au Musée des Antiquités du Parc de la Liberté à Alger.

C'est aussi l'inscriptin de la chaire qui nous permet de dater la Grande MOSQUEE D'Alger (1096).

L'architecture s'inspire de celle de la Grande Mosquée de Cordoue.

A Nédroma comme à Tlemcen et à Alger, l'art andalous exerce une grande influence. Pur la Grande Mosquée de Tlemcen, Yoûsof voulait un édifice simple et ainsi apparaît-il au visiteur qui pénètre dans la Mosquée par la face latérale. Le dépouillement architectural, où nous reconnaissons l'austérité du chef Saharien, fait contarste avec l'abondance décorative de la nef centrale, plus tardive, avzec ses plafonds aux poutres sculptées, le mirhab qui se creuse dans le mur du fond et la coupole qui précède cette niche. Une inscription sur la corniche nous indique qu'elle fut exécutée en 1136.

Le cadre du mirhab et la coupole dont les arceaux s'entrecroisent et soutiennent des panneaux de plâtre ajourés s'inspirent de la Grande Mosquée de Cordoue. S'y ajoutent des éléments de l'art hammadite telles les stalactites qui surmontent les arceaux entrecroisés.

De 1147 à 1269  la dynastie berbère des almohades régna sur l'Afrique du Nord et sur la moitié de l'Espagne.

"La prospérité du royaume almoravide fut interrompue par l'apparition d'El-Mahdi, fondateur de la dynastie des Almohades . . .". C'est ainsi qu'Ibn El-Khaldoun introduit ce nouveau personnage qui modifiera le cours de l'histoire du pays. C'est une époque mouvementée, où l'on assite à la fin de la grande épopée almoravide.

A la fin du règne d'Ali Ben Yoûsof en 1192, les Masmoûda disposaient déjâ de forces redoutables. Se dirigeant vers l'est, les troupes Almohades commandées par Abd-El-Moûmin arrivèrent aux monts de Tlemcen. En Espagne comme au Maghreb, les Almoravides furent incapables de résister aux Almohades. Seuls échappèrent les "hommes voilés", qui tenaient les Baléares : les Béni Ghânya, qui joueront un rôle non négligeable dans l'histoire de l'Algérie.

Ibn Toûmert, dit El-Mahdi, fut le précurseur du mouvement almohade. Disciple du théologien Ghazali, ce réformateur veut appliquer en Occident les préceptes de son maître. Partout, il censure les abus et captive les auditeurs par son éloquence. Il porte contreverse sur le terrain de la théologie alors que les Almoravides faisaient de la jurisprudence, leur arme de combat.

Ses partisans; les "Al-Muwahhidûn" (les Unitariens), professaient le dogme de l'unité de Dieu dans toute sa pureté. L'Algérie va prendre place dans l'histoire frâce au rôle joué par Abd El-Moumin, né à Nedroma. Grand Chef guerier, il dirigea trois campagnes qui conduisirent à l'unification de l'Afrique du Nord.

De cette époque date le premier cadastre de l'Afrique du Nord : en 1159, Abd El-Moumin ordonna l'arpentage de l'Ifroquiya et du Maghreb. On mesura depuis la Cyrénaîque jusqu'à l'oued N'oun, de long en large. On retrancha de cette surface un tiers pour les montagnes, les rivières, les lacs salés, les routes et les déserts. Les deux tiers restants furent frappés du Kharadj ou impôt foncier. Ce fut là une grande innovation.

1198 Mort de Averroes à Marrakech (médecin et philosophe arabe né à Cordoue en 1126)

Les Almohades souverains du Maghreb jouissaient d'un grand prestige tant en Orient qu'en Occident. Cependant l'Empire Almohade, rongé par les luttes intestines pour le puvoir et par la difficulté de gouverner un si vaste empire, commeçait son déclin.

Ce fut d'abord l''Espagne, qui échappa au califat almohade, suivi par la Tunisie (1236) avec les Hafsides, Tlemcen (1239) avec les Abd-Alwadides, le Maroc (1269) avec les Merinides, qui prirent Marrakech. Ce fut la fin de la dynastie almoravide.

C'est ainsi que la dynastie berbère des almohades régna sur l'Afrique du Nord et sur la moitié de l'Espagne de 1147 à 1269.

L’anéantissement des Almohades, en 1269, déclencha une rude bataille commerciale entre chrétiens et musulmans pour le contrôle des ports de la Méditerranée. La région fut partagée entre trois dynasties berbères : les Mérinides à Fès, les Abdelwadides à Tlemcen et les Hafsides à Tunis. Dès la fin du XVe siècle, après la reconquête chrétienne (la Reconquista) de la totalité de l’Andalousie, l’Espagne occupa plusieurs ports de la côte algérienne (Mers el-Kébir, Oran, Béjaïa). Les Abdelwadides acceptèrent le protectorat espagnol, mais les autorités religieuses des villes portuaires, soutenues par la population, engagèrent des corsaires, qui capturaient les navires marchands et retenaient l’équipage et la cargaison en échange d’une rançon.

1518, Alger et plusieurs autres ports furent assiégés par les Espagnols; les Turcs ottomans furent appelés à la rescousse.

Au début du XVIe siècle, Alger subit l'attaque des Espagnols (1514) qui occuperont la ville jusqu'à l'arrivée des frères Barberousse, en 1516. Ces derniers s'étant placés sous la protection de Constantinople, Alger devint la capitale d'un Etat algérien, plus ou moins vassal de l'Empire Ottoman. Malgré la rivalité entre les Janissaires turcs et les "raïs", Alger connut une grande prospérité lors de l'apogée de la "course" au XVIIe siècle.

Les Barberousse, deux frères corsaires, d’origine grecque ou sicilienne — selon les sources — et convertis à l’islam, obtinrent du sultan Soliman le Magnifique d’être envoyés en Afrique du Nord avec une flotte. Ils chassèrent les Espagnols de la plupart de leurs nouvelles possessions, résistèrent au siège de Charles Quint devant Alger (1541).

1549 Naissance de Ahmad al-Mansur, sultan du Maroc

1554 Les Abdelwadides furent déposés. Khayr al-Din, le plus jeune des Barberousse, fut nommé beylerbey, c'est-à-dire représentant du sultan en Algérie

Les Abdelwadides furent déposés en 1554, et Khayr al-Din, le plus jeune des Barberousse, fut nommé beylerbey, c’est-à-dire représentant du sultan en Algérie. Proconsuls militaires d’Afrique, ces "rois d’Alger" exercèrent leur autorité non seulement sur la zone littorale, mais sur les pachas de Tunisie et de Tripolitaine. En raison de son éloignement de Constantinople, la régence d’Alger fut gouvernée comme une province autonome.

Conséquence indirecte de la Reconquista espagnole, l’établissement des Ottomans en Algérie déboucha sur la mise en place d’une monarchie élective et des formes de gouvernement qui marquèrent profondément l’Algérie : au XVIIe siècle, Alger choisissait son dey qui recevait ensuite l’investiture de Constantinople. L’ordre était en principe assuré par deux forces militaires rivales, l’odjaq, la milice des janissaires, et la taïfa des raïs, la corporation des corsaires. Mais l’arrière-pays, le Sud, le Constantinois, la Kabylie, échappait au pouvoir de la régence d’Alger, qui fut essentiellement une "colonie d’exploitation". Le pouvoir ottoman eut recours à la formation de smalas (colonies militaires) et aux maghzens, des tribus privilégiées qui faisaient rentrer l’impôt.

Empire Chérifien 1525-2---- Maroc

1603 Mort de Ahmad al-Mansur, sultan du Maroc

1664 Moulay Rachid fonda la dynastie alaouite, qui règne encore de nos jours sur le Maroc

1827 Charles X se lance dans un blocus naval et dans une expédition militaire contre Alger

Dominée par la forteresse de la Casbah, la ville d'Alger couvrait toutes les pentes de l'acropole et étendait, en bordure de la mer, ses riches quartiers commerçants semés de palais et de mosuées. Au début du XIXe siècle (4 juillet 1830) la ville fut prise par les Français. Après 1830, des monuments anciens furent détruits pour faire place à des constructions administratives et militaires. Ne subsistèrent que la belle mosquée hanafite de la pêcherie (XIVe siècle) et la grande mosquée malakite (XIe siècle). Vers la fin du XIXe siècle, Alger devint un grand marché de vin, un important centre financier et un grand port.

1831 Les troupes françaises s'emparent d'Alger

1837 Par le traité de la Tafna, la souveraineté d'Abd el-Kader est reconnue

1839 Abd el-Kader déclare la guerre sainte contre la France
1839 La Grande-Bretagne occupe Aden, en Somalie

1839 : Début de l'ère des réformes dans l'Empire ottoman.

1839 L'empire Ottoman "cède" l'Algérie à la France

1840 Bugeaud devient gouverneur général de l'Algérie
1844 Bugeaud, le gouverneur général de l'Algérie, crée les Bureaux Arabes, dont le rôle est de protéger les arabes contre les exactions commises par les colons
1847 Défaite de Abd el-Kader
1848 La France déclare que l'Algérie est un territoire français
1849 Le Nord Yémen passe sous l'autorité ottomane
1858 La France crée un Ministère de l'Algérie

1870 Le décret Crémieux accorde la citoyenneté française aux 32 000 juifs d'Algérie

1871 Insurrection en Kabylie

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Alger joua un rôle important dans le débarquement des troupes alliées et devint le centre des décisions politiques et militaires en Afrique du Nord.

1945 8 mai : Le jour de la victoire, une sanglante explosion de violence est durement réprimée à Sétif.

Guerre d'Algérie

Pendant la guerre de libération contre l'occupant français (1954-1962), Alger fut un important foyer de la lutte armée. La Bataille d'Alger constitue un moment historique de grande signification.

1954

01.11. Le C.R.U.A. (Comité révolutionnaire de l'unité algérienne) déclenche la rébellion armée.
1er Novembre 0 heure declenchement de la guerre d'Algerie
-Série d'attentats ( attaques de casernes et postes militaires, incendies attaques de fermes, jets d'engins
explosifs, ...) à travers différentes régions du territoire
-Mort de Ramdane Benabdelmalek Adjoint de Ben M'hidi en Zone V, Benabdelmalek, ancien membre de
l'Organisation Speciale (O.S) etait l'un des 22 a la reunion du clos salembier (juillet 1954). Il fut tue dans la
nuit du 1er Novembre, non loin de cassaigne, a Bosquet, qui prendra son nom apres l'independance,
devenant ainsi le premier martyr militaire de la revolution. Il etait originaire de Constantine et, pour
echapper aux recherches de la police, avait emigre en Oranie a l'instar de son chef Ben M'hidi et de
Souidani Boudjemaa, originaires l'un de Biskra, l'autre de Guelma.

2 Novembre
-Stupeur et consternation dans les milieux europeens.
-Arrestation de nombreux militants et dirigeant MTLD.
3 Novembre -Roger Leonard declare:<<le mot d'ordre est venu de l'etranger>>.

5 Novembre

Le gouvernement français envoie des renforts en Algérie.
-Suspention de <<l'Algerie libre>>, organe du MTLD.
-Arrestation de membres du CRUA en Oranie.
-Accrochage dans la region de Souk-Ahras.
-Francois Mitterrand declare : << contre les separatistes, ca ne peut etre que la guerre >>.
-Dissolution du MTLD pour :<< atteinte a l'integrite du territoire national et a la Republique >>.

7 Novembre
-Perquisition aux siege d'organisations politiques et parapolitiques algerienne a Paris et en province.

8 Novembre
-Arrestation de Ahmed Zabana grievement blesse, Responsable de groupe dans l'Organisation Speciale(O,S)
il fut Arrete en 1950 et libere en mai 1953. Se convertissant au metier de soudeur, a Sidi-Bel-Abbes, il acquit
dews connaissances en matiere de fabrication de bombes artisanales. Sous les ordres de Ben M'hidi, il
organise un groupe d'action et, le 1er Novembre, attaquea la maison forestiere de St Lucien dont il abattit
le gardien. Lors d'un accrochage dans la region de St Denis du Sig, il fut blesse et fait prisonnier.
Juge par le Tribunal militaire d'Alger, le 3 mai 1956, et condamne a mort, il fut guillotine a Barberousse le
19 juin 1956. Zabana laissa un extraordinaire souvenir de courage et de determination a ses camarades de
detention qui furent frappes par sa capacite d'endurance aux sevices. << En effet, temoigne un ancien
detenu, blesse aux jambes, il devait ramper pour aller chercher sa gamelle sous les yeux de ses compagnons
auxquels les geoliers imposaient cette scene pour briser leur moral. Zabana en profitait pour les galvaniser
et les exhorter a ne pas flancher >>.
-Arrestation de Moulay Merbah a Alger.
12 Novembre -Accrochage en Kabylie.
15 Novembre -Premiere intervention de l'aviation dans l'aures.
20 Novembre -Mort de Badji Mokhtar, Militant MTLD des 1939, il fut elu au conseil municipal de
Souk-Ahras en 1947, tout en etant responsable de la section de l'O.S. Arrete en 1950 dans l'affaire Khiari qui
devoila l'organisation Speciale,il fut condamne a 3 ans de prison. Apres sa liberation en 1954, il se joingnit
au groupe des partisans de l'action et participe a la reunion des 22. Didouche Mourad lui confia la zone
frontiere entre Souk-Ahras et la mer, qu'il dirigea jusqu'au 19 Novembre 1954 ou il fut tue dans un
engagement avec les forces francaises dans la region de Medjez-Sfa, a la ferme Dali.
21 Novembre
-Declaration de F. Mitterrand au << Parisien Libere >> : << Le mouvement lance par les emeutiers n'a pas
atteint son but. Il a ete declenche trop tot, car cette operation devait etre lancee en janvier prochain. Nous
le savions et avions pris toutes nos precautions >>.
23 Novembre -Le gouvernement francais accorde une aide de 34 milliards au Maroc et a la Tunisie
24 Novembre -M. Temple, ministre francais de la guerre, declare : << les cadres de l'Indochine
seront affectes a l'encadrement des Goums en Algerie.
26 Novembre -Voyage de F. Mitterrand en Algerie : << jusqu'au 26 novembre, il y eu 528
terroristes arretes, 60 % viennent du MTLD >>.
29 Novembre -Mort de Grine Belgacem, jeune revolutionnaire ayant rompu avec l'administration
coloniale des 1950, a l'instar de beaucoup d'Algeriens, il gagna le maquis. On aime lui coller l'indicatif de
<<bandit d'honneur>> sans avoir jamais etudie la vie de cet homme qui pourtant n'avait terrorise que les
gardiens du systeme. Grine s'etait mis sous les ordres de l'ALN des le 1er Novembre et sa mort dans un
accrochage fut un grand soulagement pour les autorites francaises qui voyait en lui un des principaux chefs
de l'insurrection, tant il les avait effrayees.
-Evacuation du douar Ichmoul dans la region d'Arris, apres de violents combats.

1 au 15 Decembre
-Huit operations d'encerclements, ratissages et controles de la population en Kabylie.
7 Decembre
-F. Mitterrand declare a l'assemblee de l'union Francaise : << Le MTLD est l'ennemi a abattre. Le
gouvernement appliquera la loi sans pitie ; il n'y a pas de nuance a observer >>.
8 Decembre
-R. Leonard declare a Paris-Presse : << Le Gouverneur general estime a 400 le nombre des hommes resolus
qui sevissent dans l'Aures et croit que l'aneantissement de la bande de Grine Belgacem va tres serieusement
reduire les vocations.
10 Decembre
-Le premier ministre libyen demande au gouvernement francais de retirer ses troupes du Fezzan.
20 Decembre
-Operation de grande envergure dans la region de l'Ouenza avec 12 000 soldats.
22 Decembre
-Pour mettre fin aux activites clandestines du parti dissous, perquisition aux domiciles d'anciens membres du
MTLD en France et en Algerie ( 208 perquisitions, 142 arrestations ).
-Huit membres du MTLD sont arretes, tous adjoints au maire d'Alger, il s'agit de Abdelhamid Ali, Mustapha
Bouchakour, Mohamed Meftoul, Messaoud Zitouni, Zerargui Tahar, Abdelkader Amrani, Abdelkader Doumene
et Benzirag.
Les autorites francaises etaient convaincues que le MTLD etait seul capable de declencher un mouvement
insurrectionnel. Ce qui d'ailleurs n'etait pas une erreur, dans la mesure ou presque la totalite des responsables
du declenchement venaient de ce parti. Mais elles etaient loin de suivre l'evolution rapide du MTLD apres les
Congres de Niort et d'Alger ou l'eclatement avait engendre la neccessite de passer a l'action pour debloquer la
situation et eviter un passage a vide qui aurait pu durer indefiniment.
23 Decembre
-Mise en etat de siege de la region de Souk-Ahras.
-Operation Violette avec 4 000 soldats dans le Sud de l'Aures.
26 Decembre
-Operation dans le djebel Ichmoul.
30 Decembre
-Operation Aloes en Grande Kabylie.
-Depot de dossiers de torture aupres du procureur General a Alger, avec plaintes dument motivees.

1955

18 Janvier
-Mort de Didouche Mourad chef de la zone 2 (wilayaII) dans un engagement a Boukarkar, pres de Smendou.
Membre du Comite des 22, un des principaux fondateurs du FLN, il fut le premier chef de la zone 2 a
disparaitre au cours d'un engagement avec les unites parachutistes du colonel Ducourneau, a Oued-Boukarkour
pres de Smendou.
Ses nombreuses missions a Constantine pour le compte du parti, lui permirent d'avoir une bonne connaissance
de la region. c'est pourquoi, lors de la reunion du comite des Six a la veille du declenchement, il ceda l'Algerois
qu'il devait diriger et dont il etait originaire, a Bitat, contre le Nord Constantinois.
18 Janvier au 24 Fevrier
-Operation Veronique dans le Djebel Ahmar Kheddou (Aures) avec 5 000 soldats ( bombardements de villages,
incendies,massacres de civils), operation visant a l'isolement des combattants de l'ALN par rapport a la
population qui, privee de ravitaillement par bouclages, controles et rationnements, n'apporterait plus de soutien
logistique a ces combattants. L'effet de cette operation sera insignifiant, tant les autorites militaires et civiles
de la region ignoraient presque totalement les structures sociales des habitants de l'Aures et surtout les rapports
etablis entre ces derniers et les hommes de l'insurrection qui, depuis bien avant le 1er Novembre 1954, vivaient
deja en maquisards.
Sur le plan militaire et selon la presse colonialiste, neuf combattants seulement furent tues du cote algerien. ce
resultat montre bien l'inefficacite des moyens mis en oeuvre face a l'ALN.
20 Janvier
-Jacques Chevallier, nomme ministre de la defense apres le remaniement opere par Mendes-France.
23 Janvier
-Operation Violette dans l'Aures, prolongement de l'operation Veronique, avec 3 300 soldats, dirigee par le
colonel Millet, l'operation n'eut selon la presse, que quatre tues parmi les combattants algeriens.
C'est dire que l'offencive declenchee par le Haut-Commandement de l'armee francaise contre l'Aures fut un
echec total, et que la pratique de la guerre de guerilla par l'ALN etait efficace. La guerre des ombres allait
desormais se reveler couteuse pour le gouvernement francais qui n'arretera pas de reclamer toujours plus de
d'argent et de contingents pour la pacification.
25 Janvier
-Jacques Soustelle,nomme Gouverneur general a la place de Roger Leonard.
-Articles de presse relatifs a la torture.

Effectifs francais porte a 80 000 soldats contre 49 700 en Novembre 1954.
6 Fevrier -Chute du gouvernement Mendes-France, Considere par les ultras d'Algerie, comme le liquidateur
de l'Indochine, de la Tunisie et du Maroc, pour lesquels les negotiations en cours prevoyaient l'independance.
10 Fevrier
-Discussion entre Ben Bella, Khider, Ait Ahmed, Boudiaf et Mezghana (Messaliste) au Cair qui aboutissent a
une declaration commune annoncant la creation du FLN.
-Adhesion de Abane Ramdane au FLN, c'est sans nul doute l'un des personnage les plus importants de la
revolution algerienne. des sa liberation, il prit contact avec Ouamrane et rejoignit le FLN. Krim Belkacem le
designa comme conseiller politique de la zone 4 (W. IV). C'est alors que Abane Ramdane commenca a s'imposer
comme theoricien de la revolution. Rompant avec Messali et ses fideles partisans, il oeuvra au ralliement des
autres partis et formations algeriennnes, au FLN. Mais c'est surtout au Congres de la Soummam qu'il montrera
une grande habilete politique et une grande capacite d'organisateur.
11 Fevrier
-Ben Boulaid, chef de la zone 1 (wilaya I) fait prisonnier a la frontiere algero-libyenne, il devait prendre contact
avec Ben Bella en Libye pour fixer un plan d'acheminement des armes, lorsqu'il fut reconnu sur renseignements
par les autorites francaises en Tunisie. Apres un bref engagement ou il tua un soldat et en blessa un autre,
Ben Boulaid fut Arrete. Incarcere d'abord en Tunisie, il fut transfere a la prison civile de Constantine.
12 Fevrier -Jaques Soustelle, Gouverneur general arrive a Alger.
22 Fevrier -Cinquante tirailleurs desertent et rejoignent l'ALN avec armes et bagages.
23 Fevrier -Second ministere Edgar Faure.
26 Fevrier
-Deux fidaine sont arretes apres un engagement avec un groupe de gendarmes pres du Douar Maatka
(commune de Tizi-Ouzou). un troisieme fut tue. L'un des deux prisonniers derouta la police et la gendarmerie
dans les interrogatoires et s'averera un personnage d'une grande importance, apres l'arrestation le 23 mars 1955
de Rabah Bitat. Il s'agit de Aziz el-Riffi.
En effet, ce ne fut qu'apres l'arrestation de Bitat, que la presse communiqua :<<L'agent de liaison entre Krim,
Bitat et Ouamrane ne tardera pas a etre arrete>>. En fait, il etait entre les mains de la police. Il s'agissait de
Benhamadi (ou Fettah ou Zaoui). Quelque document trouve sur Bitat fut a l'origine de l'identification du captif
Benhamadi se revela etre Hamadi Aziz el-Riffi, originaire du Rif marocain. Il fut un des lieutenants de l'Emir
Abdelkrim el Khattabi, dans le Comite de liberation du Maghreb et, apres avoir suivi un stage de formation
militaire a Baghdad, revint au Caire avec le grade de sous-lieutenant.
Contacte en juin 1954 par Ben Bella, il fut remis a la disposition de la revolution algerienne par Abdelkrim el
Khettabi et envoye en Algerie des le debut de la guerre pour servir de conseiller militaire a l'ALN.
Arrive a Alger le 12 novembre, il ne put prendre contact avec l'organisation que le 9 Decembre ou il fut conduit
chez Krim Belkacem avant d'etre fait prisonnier le 26 Fevrier.
Hamadi el-Riffi fut condamne a mort le 29 janvier 1957 et execute.

3 Mars
-La consultation electorale prevue pour mi-mars est ajournee pour le Sud et le Sud-Est constantinois.
8 Mars
-Soixante-quinze tirailleurs tuent huit soldats, emportent armes et bagages et rejoignent l'ALN.
15 Mars
-Mr. Bourges-Maunoury, ministre de l'Interieur, annonce au conseil des ministre que d'importentes mesures
militaires allaient etre proposees au Conseil superieur de la Defense nationale, il ne s'agit pas de proclamer l'etat
de siege, mais un etat d'exception ou d'urgence.
-Soustelle, Gouverneur general, est attendu a Paris, pour en discuter avec le ministre de l'Interieur.
22 Mars
-L'etat d'urgence en Algerie, approuve par le Conseil des ministres, est depose le meme jour a l'Assemblee nationale
francaise, le gouvernement delimitera par decret les territoires ou l'etat d'urgence sera applique.
Les nouvelles mesures et dispositions permetront de soumettre dans certains cas les crimes et delits a la juridiction
militaire.
23 Mars
-Arrestation de Rabah Bitat, c'est le troisieme du groupe des Six et des Neuf historiques, apres Didouche
et Ben Boulaid, qui disparait du theatre des operations depuis le debut de l'Insurrection, ceci sur denonciation de
l'adjudant Slimane dit Djoudene. Celui-ci etait depuis longtemps un indicateur a la solde de l'administration
francaise, infiltre dans le camp activiste du MTLD avant le declenchement du 1er Novembre.
Il etait responsable du parti a Bouira et, beneficiant de la confiance des dirigeants du FLN, avait une certaine
responsabilite au plus haut niveau de la zone 4. C'est ainsi qu'il atttira Bitat dans un guet-apens sous pretexte de
lui remettre un message de la delegation exterieure.
28 Mars
-Rencontre de personnalites politiques algeriennes avec Soustelle, dans l'espoir de briser la representativite
unique du FLN et montrer qu'il y avait plusieurs tendances qui se declarent interlocuteurs valables. Soustelle
recevra toujours dans le meme espoir, Ferhat Abbas pour l'UDMA, Toufik el Madani et Kheireddine, pour les
Oulema. Mais ces personnalites etaient deja en contact direct ou non avec le FLN pour une eventuelle adhesion.
30 Mars
-Sur demande de Soustelle, dix huit officiers des affaires indigenes du Maroc arrivent en Algerie, sous le
commandement du Lieutenant-colonel Verlier, ou ils vont etre en mission dans l'Aures.

1er Avril
- L'etat d'urgence pour une periode de six mois, en Algerie, vote a l'Assemblee nationale par 379 voix contre
219 entre immediatement en application.
4 Avril
- Decret fixant l'application de l'etat d'urgence aux regions auresienne, constantinois et kabyle qui englobent
environ un million et demi de personnes.
13 Avril
- Edgare Faure, president du Conseil declare : <<Il n'est pas normal qu'un pays(la Libye) qui doit son
independance a l'initiative americaine, entretienne sur son territoire, pres des frontieres orientales de la
Tunisie, des camps ou l'on forme des hommes pour la guerre de guerilla, pour des raids et des assassinats>>.
Cette declaration avait pour but principal de susciter la reaction des pays membres de l'OTAN et surtout
celle des Americains. Le Gouvernement francais, conscient de ses faiblesses sur le plan militaire, son armee
etant dispersee en Indochine, en Tunisie, au Maroc et en Algerie, commencait des le declenchement de
l'insurrection algerienne a regarder du cote des forces francaises de l'OTAN.
Francois Mitterand l'avait explicite dans sa declaration au Parisien libere, le 21 novembre 1954.
22 Avril
- Implantation permanente dans l'Aures de troupes legionnaires, et parachutistes.
23 Avril
- Resolution en faveur des pays maghebins, a la Conference de Bandung. Grace au soutien de Nasser, une
delegation Algerienne, ou figuraient M. Yazid et Ait Ahmed, fut admise a la conference. Ce fut la premiere
assise a laquelle participait l'Algerie combattante.
- Application de la censure en vertu de l'etat d'urgence.
- Constitution de milices de colons qui entreprendront des exactions a leur compte.
24 - 25 Avril
- Soustelle, accompagne du prefet de Constantine M. Dupuch et du General Cherriere, se rend a paris pour
discuter de la situation en Algerie et surtout de celle de l'Aures, avec le ministre de l'interieur et les
membres du Gouvernement. A la suite des entretiens Edgare Faure - Soustelle, il fut decide la creation d'un
commandement dans la zone d'urgence du Constantinois, sous l'autorite et la responsabilite du prefet.
Un officier general sera charge de la direction de toutes les operations civiles et militaires, a compter du
1er mai 1955.
-Communique du Gouvernement general relatif a la resolution de Bandung. Le Gouvernement general
proteste contre la resolution de Bandung sur le droit de l'independance de la Tunisie, du Maroc, et de
l'Algerie qui signifie une ingerence dans les affaires interieures francaises. Le communique insiste sur
l'attitude de certains pays du groupe afro-asiatique qui abritent et entrainent des hommes comme
Hamadi el Riffi.
28 Avril
- L'etat d'urgence est etendu aux communes de Biskra et d'El-Oued.
- Dans la zone d'urgence, les reunions publiques sont interdites dans la region de Batna et dans les
communes mixtes de Tebessa. Le General Parlange, chef de la region d'Agadir, nomme Commandant unique
dans l'Aures.
29 Avril
- Rencontre De Gaulle-Edgar Faure a l'hotel La Peyrouse a Paris ou ils s'entretiennent de la situation en Algerie.
30 Avril
- Un groupe de combattants ALN attaque et desarme un goum dans la region de Philippeville.

30.09. L'Assemblée générale de l'ONU vote l'inscription à l'ordre du jour de l'affaire algérienne.
12.12. Les élections en Algérie sont reportées.

1956
2 février : Jacques Soustelle est remplacé par Robert Lacoste.
Avril-mai : Envoi du contingent.
20 août Les chefs F.L.N. (Front de libération nationale) de l'intérieur se réunissent pour la première fois; c'est le congrès de la Soummam d'où sortira la plate-forme du F.L.N.
29.10. Israël, l'Angleterre et la France déclenchent une opération militaire contre l'Egypte.
15.11. L'ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour.
05.12. Le gouvernement français dissout les conseils généraux et les municipalités en Algérie.

14 décembre : Le général Raoul Salan est nommé commandant en chef en Algérie.

1957 les tortures et exécutions sommaires

7 janvier : Les parachutistes du général Jacques Massu passent à l'offensive à Alger.
07.01. Le général Massu est chargé du maintien de l'ordre à Alger.
20.09. L'ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour.
24 septembre : Le général Massu gagne la bataille d'Alger.
29.11. L'Assemblée nationale vote la loi-cadre et la loi électorale de l'Algérie.

1958
7 janvier : Début de l'exploitation du pétrole saharien.
15 avril : Chute du gouvernement Gaillard: crise ministérielle de trente-sept jours.
26.04. 30 000 Algérois demandent un Gouvernement de salut public après la chute du gouvernement Gaillard.
13.05. Un Comité de salut public est créé à Alger sous la présidence du général Massu; on fait appel à de Gaulle.
13 mai : A Alger, la foule envahit les bâtiments administratifs et applaudit le Général de Gaulle.
15.05. De Gaulle se déclare prêt à assumer les pouvoirs de la République.
01.06. L'Assemblée nationale investit de Gaulle par 339 voix contre 224.
4 juin : Tournée triomphale du Général de Gaulle en Algérie: "je vous ai compris!".
19 septembre : Formation du gouvernement provisoire de la République Algérienne. (G.P.R.A.)
28.09. La nouvelle Constitution est approuvée par référendum (79 % de oui en métropole, 95 % en Algérie).
23.10. De Gaulle propose au F.L.N. la paix des braves.
Décembre : Le Général Challe et Paul Delouvrier remplacent le général Salan.
21.12. De Gaulle est élu président de la République.

1959
Janvier : Élaboration du plan Challe basé sur le principe de pacification.
22 juillet : Offensive Challe: opération "Courvoie".
16.09. De Gaulle proclame le droit des Algériens l'autodétermination.

1960
19 janvier : Le Général Massu est muté en métropole pour avoir critiqué la politique du général de Gaulle.
24 janvier : "Semaine des barricades"; les "ultras" tirent sur les gendarmes.
29 janvier : Discours de De Gaulle; la révolte s'éteint.
30 mars : Le général Challe démis de ses fonctions de commandant en Chef en Algérie.
25-29 juin : Les pourparlers de paix de Melun se soldent par un échec.
6 septembre : "Manifeste des 121" sur le droit à l'insoumission.
22 novembre : Création d'un poste de ministre d'état des affaires algériennes confié à Louis Joxe.
23 novembre : Départ de Paul Delouvrier.
20 décembre : Les Nations Unies reconnaissent à l'Algérie le droit à l'autodétermination.

1961
08.01. La politique algérienne du général est approuvée par référendum (75 % de oui).
25 janvier : Première manifestation de l'O.A.S.; assassinat de Me Popie.
25.04. Putsch des généraux à Alger; de Gaulle assume les pleins pouvoirs aux termes de l'article 16 de la Constitution.
20.05. Ouverture des pourparlers d'Evian.
20 mai-28 juillet : Échec des premiers entretiens d'Évian.
14.07. Recrudescence des attentats de l'O.A.S. (Organisation Armée Secrète).
8 septembre : Attentat du Petit-Clamart.

1962

18.02. Pourparlers des Rousses.

7-18 mars : Second entretien d'Évian: l'accord est signé.Ces   accords mettaient fin à huit ans d'une guerre qui n'en portait pas encore le   nom et pour laquelle la France avait déployé environ 400 000 hommes et durant   laquelle de 250 000 à 400 000 algériens furent tués (plus d'un million selon   le FLN).

mars 62 des décrets d’amnistie interdisent les poursuites contre les   auteurs de violence des deux camps. Les victimes ne pourront jamais attaquer   leurs bourreaux. Il reste tout de même le droit à la vérité, estiment certains.   Il y a un demi siècle, ils vivaient dans la Casbah d’Alger. Mustapha Merouane   avait 20 ans, Mohamed Abderaoui 27, Abdelkader Amour 17, Mohamed Boulay 12.   Les plus âgés militaient pour le FLN, distribuaient des tracts, portaient des   messages. Ils racontent les mêmes horreurs : la descente des paras au petit   matin, les interrogatoires, à leur domicile ou au Fort-l’Empereur, sur les hauteurs   de la ville. Le corps ligoté sur un sommier métallique, des fils électriques   dans le sexe, les orteils, les oreilles, le supplice de l’eau, les passages   à tabac… Tous nomment le même homme, qui dirigeait ces séances de torture :   Jean-Marie Le Pen.

19.03. Cessez-le-feu en Algérie.

08.04. Référendum à propos de l'Algérie (90,7 % des voix approuvent   les accords d'Evian).

20 avril : Le général Salan est arrêté.

Dès juin 62, l’historien et militant Pierre Vidal-Naquet publie dans   Vérité-Liberté un rapport de police daté de 57 qui accable Jean-Marie Le Pen.

17 juin : Trêve de l'O.A.S. et du F.L.N.; exode des pieds-noirs.

01.07. Référendum d'autodétermination en Algérie ; l'indépendance est   approuvée par 99,72 des voix.

03.07. Le G.P.R.A. (Gouvernement provisoire de la République d'Algérie)   s'installe à Alger.

5 juillet 1962 : Indépendance de l'Algérie

Le 2 février 1992 sur TF1, en pleine controverse sur l'immigration et   à quelques mois des élections législatives de 1993, Michel Rocard avait affirmé   :"j'ai fait condamner M Le Pen pour fraude électorale" et "Il   faut tout de même savoir qui est M. Le Pen, et s'en souvenir. En Algérie, il   a torturé." Poursuivi en diffamation par le leader d'extrême droite, l'ancien   premier ministre, condamné en première instance, avait été relaxé en appel à   Paris. Mais cette dernière décision qui reconnaissait la bonne foi de M. Rocard,   avait été cassée, la Cour de cassation confirmant sa première jurisprudence   Le Pen. Au terme d'un second procès devant la cour d'appel de Rouen, Michel   Rocard avait bénéficié d'une nouvelle relaxe. Et la Cour de cassation avait   fini par s'incliner.

juin 2000 , témoignage de Louisette Ighilahriz, dans Le Monde. Jacques   Massu allait exprime des regrets à l´égard de l´emploi de la torture. « Non,   la torture n´est pas indispensable en temps de guerre, on pourrait très bien   s´en passer, confiait le vainqueur de la bataille d´Alger. Quand je repense   à l´Algérie, cela me désole, car cela faisait partie (…) d´une certaine   ambiance. On aurait pu faire les choses autrement » (Le Monde du 22 juin).
  Le quotidien publie également une interview du général Paul Aussaresses, ancien   responsable des services de renseignement à Alger, qui reconnaît avoir pratiqué   des "exécutions sommaires" : "la torture ne m'a jamais fait plaisir,   mais je m'y suis résolu", dit-il. Il nie avoir pratiqué la torture lui-même,   mais reconnaît avoir procédé à 24 "exécutions sommaires"

31 octobre 2000 . L'Humanité publie l'appel de 12 intellectuels, parmi   lesquels Pierre Vidal-Naquet et Henri Alleg, qui réclament la reconnaissance   et la condamnation par l'Etat français de l'usage de la torture en Algérie.

9 novembre 2000 . Le Monderévèle "l'affaire Mohamed Garne", né d'un   viol collectif de sa mère par des soldats français, en août 1959 en Algérie.   Ce "Français par le crime" demande la reconnaissance par la justice française   du préjudice subi.

28 décembre 2000 . Enquête du Mondesur les troubles psychiques liés   à la guerre. 350 000 anciens d'Algérie seraient concernés.

Mai 2001 . publication du livre du général Aussaresses, Services spéciaux   Algérie, 1955-1957.

27 juin 2001 . Trois anciens militants du FLN accusent sur France 3   le général Maurice Schmitt, ancien chef d'état-major, d'avoir été le "chef d'orchestre"   de leurs tortures, en 1957, à Alger.

juin 2001 La plus haute juridiction française, la Cour de cassation,   a ainsi confirmé, en juin 2001, un arrêt de la cour d'appel de Paris   en faveur de Pierre Vidal-Naquet. Quelques mois auparavant, elle avait pris   la même décision en faveur de Michel Rocard, qui, en 1992, à la télévision,   avait déclaré: "Il faut tout de même savoir qui est M. Le Pen,   et s'en souvenir. En Algérie, il a torturé."

12 octobre 2001 . Publication par Le Monded'une enquête sur les viols   pendant la guerre d'Algérie.

22 novembre 2001 . Mohamed Garne se voit accorder une pension de l'Etat   français.

26 novembre 2001 . Procès du général Aussaresses au tribunal correctionnel   de Paris. Il est poursuivi pour "complicité d'apologie de crimes de guerre"   et sera condamné en janvier 2002 à 7 500 euros d'amende (peine confirmée en   appel en avril 2003.)

les 4 mai et 4 juin 2002 articles sur la torture en Algérie publiés   par Le Monde, avant le premier tour de l'élection présidentielle et le deuxième   tour des législatives. Signés par Florence Beaugé, spécialiste de l'Algérie   au Monde, ils faisaient état, sur la foi de témoignages concordants, de la participation   de M. Le Pen à la torture pendant la guerre d'Algérie.

Juin 2003 : La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a relaxé,   jeudi 26 juin, le quotidien Le Monde de la plainte déposée contre lui   par Jean-Marie Le Pen. Le président du Front national s'estimait diffamé par   des articles parus dans le quotidien en mai et juin 2002, dans lesquels Florence   Beaugé, spécialiste de l'Algérie, faisait état, sur la foi de témoignages concordants,   de la participation de Jean-Marie Le Pen à la torture pendant la guerre d'Algérie.   Le tribunal, estimant l'enquête menée « particulièrement sérieuse et approfondie   » et son « caractère de contradiction suffisant », a débouté M. Le Pen de sa   plainte, reconnaissant « la bonne foi » du journal.

Victoire contre l'impérialisme...

"Pendant sept ans et demi d'une guerre cruelle le peuple algérien a tenu tête à l'une des plus fortes puissances coloniales du siècle: plus d'un million de soldats français ont été mobilisés à cet effet avec tout leur armement moderne: aviation, artillerie, blindés, marine.

La France est arrivée à dépenser jusqu'à trois milliards de francs par jour. Elle a bénéficié de l'appui massif de l'OTAN dans tous les domaines: militaire, financier, diplomatique, moral.

Elle a tenté avec l'aide d'une grande partie du peuplement européen en Algérie, de lutter désespérément pour le maintien de l'Algérie française .

Face à cette puissance qu'avait à opposer le Peuple algérien ?

D'abord sa foi en la justesse de sa cause, la confiance en lui-même et en ses destinées et la volonté inébranlable de briser les chaînes du colonialisme; ensuite, et surtout, son unanimité dans la lutte. Les Algériens - hommes et femmes, jeunes et vieux, d'Alger à Tamanrasset et de Tebessa à Mamia - se sont dressés dans leur totalité dans la guerre de libération. Ni les tentatives de division, ni la présence de contre-révolutionnaires et de provocateurs dans leurs rangs n'ont pu altérer leur foi et leur unité. Les Algériens se sont sentis comme les organes d'un même corps dans cette lutte gigantesque. Le F.L.N. et l'A.L.N. ont été des instruments de combat efficaces au service du Peuple, et par leur action continue ont porté des coups sérieux au colonialisme.

La Révolution algérienne a forcé l'admiration de tous. Elle jouit actuellement d'un prestige universel qui lui vaut de nombreux appuis.

A nos frères Maghrébins et Arabes, au pays socialistes, aux peuples du tiers monde, aux démocrates de France et d'Europe qui nous ont aidés, nous devons aujourd'hui d'exprimer notre reconnaissance pour leur soutien et leur solidarité.

Cette lutte a été d'un précieux enseignement pour les peuples subjugués encore par l'impérialisme. Elle a détruit le mythe de l'invincibilité de l'impérialisme. Tout en conduisant à la libération de l'Afrique, elle a démontré qu'un peuple aussi petit soit-il, et avec des moyens réduits, peut tenir tête à un impérialisme même très puissant et arracher sa liberté."
Extraits de l' Appel au peuple algérien par le président du GPRA, Benkhedda, in "Le Moujahid" , édition spéciale du 19 mars 1962

"L'Algérie, pendant l'année dont nous parlons [1961-1962], a été une terre maudite. Tous ceux qui y ont touché se sont sali les mains. Les responsables sont dans tous les camps. Le F.L.N., le pouvoir, les barbouzes, les gendarmes, les autorités civiles : personne ne s'est montré brillant, ni tout à fait honnête. Ce fut une vaste foire d'empoigne, où le plus fort et le plus rusé a gagné. Si elle ne sut pas se montrer unie, l'O.A.S. (1) avait au moins des motifs pour expliquer son action. L'avenir a prouvé que les pieds-noirs avaient quelques raisons de ne pas vouloir l'Algérie algérienne."
Robert Buchard, Organisation Armée secrète , Paris, Albin Michel, 1963, T. II, pp. 211-212

"Les signataires d'Evian, les Français en particulier, peuvent-ils assurer que la paix raciale est là, que la vie communautaire juste et équitable va régner par enchantement, que les adversaires d'hier vont, fraternellement, bâtir une Algérie nouvelle ?
La croire et même l'espérer, c'est oublier une réalité vieille de sept ans et cinq mois. D'aucuns diront très antérieure.
Les lointains attentats du 1er novembre 1954 se sont transformés en flots de sang et de haine. L'armée française a laissé derrière elle des centaines de milliers de tués. Le F.L.N. annoncera un million, chiffre probablement peu éloigné de la réalité. Il y eu des représailles aveugles et collectives (...). Chaque famille algérienne compte plusieurs chouhada (1) (...).
Les tortures, les sévices ont été le lot journalier. La bataille d'Alger a été gagnée, si l'on se rappelle les termes de Bigeard, dans la m... et le sang.
Dans les postes, les commissariats, la contrainte a été constamment le moyen de pression pour obtenir des renseignements. Il y a eu des exécutions légales aussi bien en France qu'en Algérie. La justice française n'a pas été tendre. La guillotine a fonctionné. Pendant les quelques mois où François Mitterand a été garde des Sceaux, cinquante-huit terroristes algériens ont été guillotinés. Les corvées de bois ont liquidé les irréductibles, les gêneurs, tous ceux qu'on ne pouvait plus présenter. Les cadavres ont été éparpillés au hasard dans les fonds d'oued et des fourrés avant de devenir la proie des chacals pleurant dans la nuit.
En France même, il y a eu des ratonnades policières. (...) Il y a eu les prisons, les internements, les camps de déportation. Des régions transformées en zones interdites ont été dévastées. Des douars entiers ont vu leurs mechtas brûlées, le bétail abattu, les récoltes abandonnées. Les populations regroupées ont pataugé dans la boue et plié sous la misère.
Les haines de clan ont joué à mort entre Algériens pro-français et anti-français. Le neutralisme n'était pratiquement plus possible. L'engagement pour un camp ou pour l'autre était obligatoire.
(...) Le F.L.N., qui a commencé les assassinats et les massacres, a de son côté autant servi l'horreur. Elle fut sa meilleure alliée. (...) Bombes, attentats se sont succédé. Jeunesse innocente fauchée au Milk Bar ou à l' Otomatic, fermiers assassinés, musulmans francophiles égorgés, la liste est longue de ceux qui ont payé le tribut de leur titre de Français ou de Pro-Français. Qui n'a pas supporté dans sa famille, dans ses biens, dans sa chair même le prix de la rébellion ?
La réponse est sans ambiguïté. Faute de protection, la communauté européenne et ses amis sont condamnés à l'exil ou à la mort. La valise ou le cercueil."

1) Martyrs

Pierre Montagnon, La guerre d'Algérie , pp. 376-377

depuis l'indépendance, le Grand Alger, en continuel développement, abrite près de 3 000 000 d'habitants. Capitale politique et intellectuelle, Alger est aussi un imortant centre industriel. Le port d'Alger est le premier port d'Algérie.

Torture en Algérie : deux généraux français affrontent leur mémoire

Un débat sur la condamnation par l´Etat français des pratiques de l´armée pendant la guerre d´Algérie s´est ouvert depuis la publication du témoignage d´une militante du FLN, torturée en 1957. Le général Jacques Massu se dit favorable à cette repentance officielle.

QUARANTE ANS après, la mémoire de la guerre d´Algérie sursaute. Profondément enfouis dans l´inconscient national au nom de la paix sociale, les douloureux souvenirs d´un drame de huit ans (1954-1962) qui a déchiré la France et failli emporter la République, émergent à l´heure où ses acteurs vieillissants dressent l´inventaire de leur vie. Ce processus avait fait un bond avec la publication, dans Le Monde du 20 juin, du témoignage de Louisette Ighilahriz, une militante algérienne indépendantiste. Pendant trois mois, à la fin de 1957, à Alger, cette jeune fille alors âgée de vingt ans, fut atrocement torturée à l´état-major de la 10e division parachutiste du général Massu. Depuis lors, elle recherchait désespérément le médecin militaire français qui, pris de compassion, l´avait finalement sauvée en la transférant à l´hôpital.

Nommément mis en cause dans ce témoignage, les généraux Massu et Bigeard avaient réagi immédiatement : tandis que Marcel Bigeard qualifiait de « tissu de mensonges » le récit de la militante algérienne, Jacques Massu allait jusqu´à exprimer des regrets à l´égard de l´emploi de la torture. « Non, la torture n´est pas indispensable en temps de guerre, on pourrait très bien s´en passer, confiait le vainqueur de la bataille d´Alger. Quand je repense à l´Algérie, cela me désole, car cela faisait partie (…) d´une certaine ambiance. On aurait pu faire les choses autrement » (Le Monde du 22 juin). Cette étonnante déclaration de repentance avait fait grand bruit, notamment parmi les millions de personnes – anciens appelés, pieds-noirs, anciens harkis et Algériens de France – dont la jeunesse a, d´une façon ou d´une autre, été salie par le conflit algérien. Parmi l´abondant courrier que Le Monde a alors reçu, une partie reprochait au journal d´avoir rouvert des plaies encore à vif, oublié les atrocités commises par le FLN et mis en cause l´armée, en publiant la confession de « Louisette » ; une autre contenait de multiples témoignages sur l´utilisation de la torture et les exécutions sommaires. Les regrets du général Massu étaient salués particulièrement par le père Alain Maillard de La Morandais, ancien officier en Algérie, qui invitait l´Eglise à la repentance vis-à-vis des « crimes de la torture depuis l´Indochine jusqu´à l´Algérie ».

ACCUMULATION DE CONFESSIONS

Le travail de mémoire s´accélérait, un an après le vote historique des députés, le 10 juin 1999, permettant de qualifier de « guerre »des événements qui, officiellement, n´avaient consisté qu´en des opérations de « maintien de l´ordre ». Depuis lors, l´accumulation de confessions reflète un mouvement inédit de retour sur un « passé qui ne passe pas », rappelant la résurgence de la mémoire de l´occupation nazie à partir des années 70.

Cette aspiration n´a pas échappé au journal L´Humanité, qui a publié, le 31 octobre, un appel d´intellectuels demandant une reconnaissance et une condamnation officielles de la torture pendant la guerre d´Algérie. Signé par douze des principales personnalités ayant milité contre cette « gangrène », le texte invoque le « devoir de mémoire auquel la France se dit justement attachée ». Les signataires demandent à Jacques Chirac et à Lionel Jospin,« de condamner ces pratiques par une déclaration publique » et invitent « les témoins, les citoyens à s´exprimer sur cette question qui met en jeu leur humanité ».

A cet appel, Lionel Jospin a partiellement répondu, le 4 novembre. Rendant hommage au discours de Jacques Chirac reconnaissant la responsabilité du pays dans la persécution des juifs sous l´Occupation, M. Jospin a estimé que « d´autres moments sombres de notre histoire nationale »devaient faire l´objet du « même effort ». Le premier ministre, qui s´exprimait lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France, a évoqué l´appel publié dans L´Humanité, s´affirmant « convaincu que ce travail de vérité n´affaiblit pas la communauté nationale. Au contraire, il la renforce en lui permettant de mieux tirer les leçons de son passé, pour construire son avenir ».

Philippe Bernard

Le Monde daté du jeudi 23 novembre 2000

Le quotidien publie également une interview du général Paul Aussaresses, ancien responsable des services de renseignement à Alger, qui reconnaît avoir pratiqué des "exécutions sommaires" : "la torture ne m'a jamais fait plaisir, mais je m'y suis résolu", dit-il. Il nie avoir pratiqué la torture lui-même, mais reconnaît avoir procédé à 24 "exécutions sommaires"

Source: pythacli (consulté le 10 janvier)

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05 janvier 2008

La Mauritanie

 Quand les conquérants ont pris pied sur le littoral, ils ne se sont guère hasardés à l'intérieur 0. Les seuls à avoir réussi sont venus du nord-est ou du sud.

Noirs, Berbères, Arabes, Européens

Au début de notre ère, cet espace était peuplé de Noirs: les Bafours, créateurs des premières palmeraies de l'Adrar, et les Sarakollé. Ils seront progressivement refoulés par les tribus berbères des Lemtouna et des Sanhadja, venues du Maghreb. Ces derniers fondent au IX e siècle l'empire d'Aoughost (régions du Hodh et du Tagant) que l'empire du Ghana à son apogée, au Xe siècle, réussira à vassaliser et à faire payer tribut. L'islamisation de la région a progressé lentement entre ces deux dates. Elle s'intensifie au XIe siècle lorsque Yahia Ben Ibrahim, un Sanhadja, entreprend au retour d'un pèlerinage à la Mecque de parachever la conversion de ses compatriotes de l'Adrar. Vers 1050, son compagnon, Abdellah Ibn Yacine, prend la relève, s'empare d'Aoughost, étend son autorité des rives du Sénégal aux confins du Tafilalet (Maroc) et lance le mouvement des Almoravides.

Tué dans une expédition contre les hérétiques, Ibn Yacine est remplacé par Abou Bakr qui installe un camp sur l'empla­cement de la future Marrakech (1069). Deux ans plus tard, il regagne le Sahara pour mater des rébellions, pousse plus au sud, et conquiert Koumbi Saleh. Son frère ou cousin, Ibn Tachfin, à qui il a confié le gouvernement du Nord en son absence, s'impose aussitôt. Il sera le véritable fondateur de la dynastie et de Marrakech où il construit une mosquée-cathé­drale, avant de conquérir le nord du Maroc puis les principau­tés musulmanes d'Espagne. Épopée prestigieuse à laquelle ne cessent de se référer, de nos jours encore, Mauritaniens, Sahraouis et Marocains pour faire valoir leurs droits sur le Sahara occidental.

A partir du XIIIe siècle, les Berbères seront submergés par de nouvelle vague: les Arabes. En effet, arrivés au XIe siècle Ifrikiya, les Beni Hilal et les Ben Soleim ont mis près de deux siècles avant de venir buter sur l'AtlantIque, dans le cul-de-sac saharo-mauritanien, précédant la tribu des Hassanes qui imposera son dialecte, le hassania. Descendants de ces tribus arabes et berbères, les Maures organisent aux XVII e et XVIII e siècles des émirats dans l'Adrar, le Tagant, le Brakna, le Trarza, et opposent une vive résistance aux français qui s'installent à Saint-Louis en 1638. En 1854, Faidherbe est nommé gouverneur du Sénégal; c'est lui qui contraindra les maures à abandonner la rive gauche du fleuve, ouvrant ainsi la voie à la colonisation de  la Mauritanie, à la fin du Siècle.

La pénétration se précise au début du XX[siécle] lorsque  la France [a] en 1903, un «Protectorat des pays maures», transformé (sic), en octobre 1904, en « territoire civil » contrôlé par un commissaire du gouvernement général de l'Afrique occidentale française (AOF) puis, en 1920, en colonie. Pionnier de la pénétration le commandant Xavier Coppolani avait espéré pouvoir, avec l'accord des marabouts i du Sud rallier tous les chefs maures par des actions diplomatiques. S'étant rapidement heurté aux tribus guerrières du Nord, Il tombait dans un guet-apens à Tidjikja, en 1905. Peu avant son assassinat, Il ecrivait: « La Mauritanie est un tout et il faut en occuper l'ensemble sous peine de n'en rien contrôler ». Et ce « tout» globe, comme on l'a vu, le nord du Sahara occidental où Ma El Aïnin résistera jusqu'à sa mort, le 28 octobre 1910, sa ville de Smara ne tombant qu'en 1913. La « pacification» ne sera d'ailleurs achevée qu'en 1934 par Madrid au Sahara devenu espagnol et en 1936 par la France en Mauritanie.

Les transformations d'une société complexe

Indépendantes les unes des autres, souvent rivales, on peut estimer que les tribus maures ont pâti de l'absence de pouvoir central. Il n'en demeure pas moins qu'elles partagent la même civilisation nomade, différente de celle des sédentaires du Nord; qu'elles ont une identité ethnique et une base historique, Sociale et culturelle commune. De Smara à Néma, d'El Aïoun à Nouakchott, de Dakhla à Tindouf, les ressemblances sont frappantes: mêmes visages basanés qui rappellent ceux des Yéménites, même derraa (boubou) blanche ou bleue, même allure altière, même coutumes - entre autres, celle du thé qui rythme la journée et qu'on sert rituellement trois fois de suite2 -, même dialecte, le hassania, si différent des autres parlers maghrébins, mêmes femmes au visage dévoilé et à la robe ample, même goût pour la poésie, même tendance à s'exprimer de façon allusive.

Ce n'est pas parce qu'une société ne répond pas aux critères européens de l'Etat ou de la nation qu'elle n'a pas sa spécificité et ne constitue pas un peuple. Société complexe au demeurant, divisée en deux ethnies: les Maures arabo-berbères ou bidanes (blancs) et les Négro-Africains, et subdivisée en tribus et castes. Depuis quatre ou cinq siècles, elle est restée figée au stade qu'Ibn Khaldoun appelle «al oumrane al badawi» («la civilisation bédouine»), stade tribal qui répond aux besoins fondamentaux de l'homme définis par le Coran - se nourrir, se vêtir, se loger, se reproduire - mais qui ne se préoccupe pas de l'accumulation de la plus-value propice à l'édification de riches et puissants Etats, en Islam comme ailleurs.

La société traditionnelle était formée de castes hiérarchisées mais également imbriquées et interdépendantes. Au sommet, la noblesse d'épée et celle de la pensée: les Hassanis (guerriers d'origine arabe), les Tiyab (Hassanis devenus marabouts), les Mrabtin (anciens Zwaya berbères guerriers), les Zanaga (anciens Lahma berbères adonnés à l'étude); viennent ensuite les Maallemin (forgerons), les Igiawen (griots), les Aabid (Noirs captifs), les Haratine (esclaves affranchis), les Imragen (pêcheurs captifs non affranchis), les Nemadi (chasseurs tribu­taires). Les castes sont abolies à l'indépendance mais se main­tiennent dans la réalité et, le 5 juillet 1980, une nouvelle loi devra être adoptée pour Supprimer officiellement l'esclavage 3

La communauté négro-africaine comprend plusieurs ethnies: Toucouleurs, Peuhls, Soninké et Ouolofs 4 , divisées en tes aussi rigides que celles des Maures; elles aussi - ce qu'on ignore le plus souvent - pratiquaient l'esclavage 6 . Jusqu'à la colonisation, les uns et les autres ont vécu sans monnaie ou presque, pratiquant l'autoconsommation et le troc.

L'économie reposait sur l'élevage, l'agriculture, la pêche artisanale, l'exploitation des salines, la collecte de la gomme, commerce des caravanes. Les Maures, pasteurs nomades, tenaient le commerce et l'élevage des chameaux, les Négro­fricains, sédentaires le long du fleuve, étaient agriculteurs, les Peuhls pratiquant la transhumance bovine. Le troupeau camelin, estimé à un demi-million de têtes, était prospère dans le nord 5 , tandis que le sud demeurait le royaume des bovidés: chèvres et moutons (plus d'un demi-millions de têtes) répartis sur l'ensemble du territoire.

La colonisation va secouer ces structures en affaiblissant les tribus guerrières, qui protégeaient les autres groupes, au profit des tribus maraboutiques, et en introduisant des Négro-Africains, rapidement francisés, dans les circuits administratifs et les secteurs naissants des techniques modernes, telle la mécanique. Néanmoins, la société n'en est pas profondément boule­versée, les militaires et fonctionnaires français ayant surtout pratiqué, selon deux clichés en honneur à l'époque,  l' »administration du vide » et la « politique du verre de thé ».

0. Anglais, Français et Hollandais se sont livré une lutte sans merci pour le contrôle des comptoirs d'Arguin et de Portendick, Les Européens recherchent l'or, les esclaves, l'ambre gris et la gomme arabique; pour obtenir la vente exclusive de cette dernière, ils versent aux chefs maures des « coutumes ». A la suite des traités de  La Haye (1727) et de Paris (1814), Hollandais et Anglais renoncent à Arguin et ne contestent plus la présence française. Les Français, installés au Sénégal, se serviront des" coutumes» comme prétexte pour intervenir en Mauritanie; la conquête sera réalisée à partir du Sénégal.

1. La dynastie almoravide (des mourabitoune) a édifié des ribat (forteresses) fendues par ces" templiers musulmans ». Mourabitoune (sing. Mrabu) est à l'origine du mot marabout qui a changé de sens et a désigné les sages et les lettrés après avoir désigné les guerriers.

2. Selon la tradition, « le premier est fort comme la vie, le deuxième doux comme l'amour et le troisième suave comme la mort ».

3. Cette loi a tenu compte de la déstructuration de la société tribale. de l'urbanisation croissante et de l'impérieuse nécessité de moderniser le pays. Toutefois, les haratine, analphabètes dans leur quasi-totalité (98 %) et sans formation professionnelle, restent le plus souvent dans la dépendance de leurs maîtres qui leur assurent gîte, nourriture et protection. Bien que d'origine négro-africaine (certains sont, il est vrai. les enfants d'un maître maure et d'une esclave noire), ils sont arabophones dans leur très grande majorité.

4. Selon une enquête de l'INSEE, en 1957-1958 ils se répartissent ainsi: Toucouleurs, 55 % ; Peuhls, 16 % ; Sarakollé ou Soninké, 27 % ; Ouolofs, 2 %. Les résultats du recensement effectué en 1976 n'ont pas été publiés; on estimait toutefois que les Maures, y compris les haratine, représentaient 75 à 80 % de la population totale et les Négro-Africains 20 à 25 %. Certains dirigeants négro­fricains contestent ces chiffres; assimilant les haratine à leurs ethnies, ils affir­ment constituer 50 à 60 % de la population. A la fin de 1989, les résultats du recensement de 1988 n'avaient pas encore été publiés; le président Ould Sid Ahmed Taya m'a assuré qu'ils « le seront et ne seront pas falsifiés ». Cf. Arabies, n° 36, décembre 1989, Paris.

5. Il a périclité à la suite de la sécheresse des années soixante-dix. du conflit du Sahara occidental et de l'exode vers Nouakchott.

6. Les discriminations chez les Négro-Africains sont souvent plus accentuées que chez les Maures, contrairement à une opinion répandue; à titre d'exemple, les esclaves des Noirs n'étaient pas enterrés dans les mêmes cimetières que ceux de leurs maîtres.

Paul Balta, Le grand maghreb des indépendances à l'an 2000

Source: AmazighWord
 

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