Carnets berbères et nord-africains

Patrimoine documentaire berbère présenté sous forme de sources d'information, d'articles publiés et de documents archivés.

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25 mai 2008

La Colline oubliée

Mouloud Mammeri, La Colline oubliée
Gallimard, Collection Folio, numéro 2353, 224 pages. ISBN: 2070384748. Pages 29 à 35.


Présentation :
1939, au cœur des montagnes de Haute Kabylie. Dans un village gouverné par les valeurs et les coutumes ancestrales, les existences se déroulent au rythme des saisons. Mokrane y est né, y a grandi et y vit dans l'alternance des douleurs, des espoirs, des vengeances. Au moment de la guerre, la mobilisation et le départ des hommes engendrent un désarroi confusément ressenti comme une malédiction sur le village. Les habitudes et les mentalités changent, l'ordre colonial commence à ébranler l'harmonie séculaire d'un monde enchanté sentant sa fin prochaine.

Glossaire
Aourir : village berbère de Kabylie.
Aroumi : l'Européen, et en particulier le Français.
Baraka: pouvoir surnaturel d'un saint.
Cheikh : en arabe, « ancien ». Sage, chef de tribu. Titre honorifique, d'usage multiple, désignant un dignitaire.
Tajmaït : assemblée du village.
Takoravt : cimetière de Tasga.
Taleb : étudiant d'une école coranique.
Tasga : village du narrateur.
Timechret : sacrifice de moutons ou de bœufs fait par tout un village à certaines occasions.
Iroumien : pluriel de Aroumi.

De toute façon on ne parlait plus que de cela, les femmes à la fontaine, sur les routes, les hommes sur la place publique, dans les cafés, les marchés. Pour des raisons diverses et par une étrange inconséquence chez ces hommes et ces femmes qui n'en auraient à subir que les ruines, c'était presque dans l'allégresse qu'on attendait la guerre. Enfin un grand événement, essentiel, puisqu'on y laissait la vie, général, puisqu'il affectait tout le monde, allait briser la monotonie de vivre. Comme si chacun était fatigué de n'attendre chaque jour que ce qu'il avait connu la veille, ils augmentaient encore du poids de leur consentement exprimé ou tacite la course folle vers la solution stupide. Du reste tout les y poussait : le bourrage de crâne de la presse, celui de la radio, des racontars à l'origine soigneusement calculés, la misère. Cette grande veulerie et cette indigence qui depuis des années s'étaient abattues sur Tasga et tous les autres villages de la montagne allaient peut-être trouver là leur remède ? Tous en étaient arrivés sinon à la vouloir, du moins à vaguement l'attendre.

Depuis longtemps en effet, notre cité souffrait d'une maladie étrange, insaisissable. Elle était partout et nulle part; elle semblait disparaître quelques mois, puis fondait brusquement, terriblement, comme pour rattraper le court moment de répit qu'elle nous avait laissé. On avait essayé tous les remèdes ; rien n'y faisait, d'autant plus que nul ne savait exactement quelle était la cause du mal, quel saint on avait offensé, en quoi les jeunes avaient dépassé la juste mesure ou les vieux fait à l'assemblée des raisonnements faux et pris des décisions injustes.

Deux ans de suite toutes les sources avaient tari, et il avait fallu descendre chercher l'eau très bas, dans la vallée. La grêle avait brûlé le blé en herbe ; on avait éteint dans le même été quatre incendies à quelques jours d'intervalle dans la même forêt d'Ifran. Les enfants ne se battaient plus; ils s'asseyaient en rond sur la place, comme les vieux, et parlaient d'automobiles ou du prix des denrées, ils ne jouaient pas, comme nous jadis, aux chacals, aux sangliers, aux jeux aventureux qui nous menaient jusqu'à Aourir et plus loin ; il n'était jamais question parmi eux de batailles à coups de pierres ; et les vieux qui nous les interdisaient à cause des blessures et des ravages que les deux camps faisaient dans les champs, finirent par regretter que nulle troupe jamais ne couchât les moissons dans sa course rapide. Il naissait toujours autant d'enfants, mais c'étaient surtout des filles; il y avait aussi beaucoup de morts, mais c'étaient plutôt des garçons qui mouraient. Un vent maléfique soufflait sur Tasga ; tous les vieux se souvenaient d'être sortis tête nue sous la neige ; il avait suffit à notre cordonnier de rester sous le vent du nord le temps de ferrer son âne : on l'a enterré le lendemain. Un si brave homme, qui vous raccommodait des chaussures pour presque rien.

Mais le plus grave n'était pas là, le plus grave, c'était cette tristesse qui suintait des murs ; ces ânes lents qui descendaient la pente de Takoravt, ces bœufs somnolents, ces femmes chargées semblaient s'acquitter sans joie d'une corvée insipide qu'ils avaient tout le temps de finir : il semblait qu'ils avaient devant eux l'éternité, alors ils ne se pressaient pas ; on aurait dit que les hommes et les femmes n'attendaient plus rien, à les voir si indifférents à la joie.

Et puis trop de jeunes gens partaient pour la France, où ils allaient gagner de l'argent. La terre ne pouvait pas suffire à tous les besoins. Nos grands-pères avaient deux fois moins de besoins et quatre fois plus de terre que nous. Alors tout le monde partait. Cela avait commencé par les deux fils du cordonnier, après la mort de leur père ; puis Mebarek était parti, Ouali, Ali, puis Idir, mais de celui-ci on ne pouvait rien dire ; ce n'était certainement pas pour travailler qu'il était parti ; et on ne savait même pas s'il reviendrait.

Alors les rues vidées des groupes bruyants, brutaux et gais de tous ces jeunes gens partis gagner de l'argent devinrent propres et froides. Les jeunes filles, que personne n'attendait maintenant sur les places, ne cherchaient plus que le nombre exact de cruches qu'il leur fallait, alors qu'autrefois elles repassaient si souvent qu'elles devaient, comme disait Ouali, verser leur eau dans des jarres percées ; encore ne venaient-elles que lentement et sagement et aux fontaines les plus proches, au lieu que jadis elles riaient et se détournaient et allaient chercher l'eau de l'autre côté du village. Et les fontaines et les chemins, privés des rires et des jeux des jeunes filles, étaient devenus austères et sereins comme les raisonnements des sages.

D'ailleurs il y avait trop de jeunes filles, il y en avait tant que cela devenait inquiétant. On n'en avait jamais tant vu à Tasga, car les jeunes gens ne se mariaient plus. Ils disaient comme les Iroumien qu'il leur fallait d'abord gagner assez d'argent pour deux ; ils croyaient, les impies, que c'est du travail de leurs bras que sortirait la nourriture de leurs enfants ; ils ignoraient que c'est Dieu qui comble et Dieu qui appauvrit. Nos aïeux étaient sages qui se mariaient d'abord, sachant bien que c'est une nécessité naturelle et un devoir envers Dieu et la loi du prophète et qui ensuite tâchaient de pourvoir aux besoins de la maison, car Dieu est clément et miséricordieux.

Mais il n'y avait pas que cela. Il y avait aussi que les discussions à la tajmaït devenaient de plus en plus un long dialogue entre le cheikh et mon père. Il n'y avait plus à Tasga d'orateur qui pût parler longuement et dignement ; les vieux, parce qu'après le cheikh et mon père, ils n'avaient rien à dire, les jeunes parce qu'ils étaient incapables de prononcer en kabyle un discours soutenu ; quand par hasard l'un d'eux prenait la parole, on voyait s'abaisser une à une les têtes barbues et ravagées de tous les vieux assis en ligne sur les dalles du fond; un malaise les parcourait tous, car les discours des jeunes ressemblaient aux conversations des épiciers : ils étaient secs, froids, sans ordre, sans citations, ils ne visaient à rien qu'à la solution d'un petit détail précis, leur grand mot était « lmoufid », le minimum : alors qu'est-ce que l'assemblée pouvait attendre de harangues qui visaient ouvertement au minimum ?

C'était comme si Sidi Hand-ou-Malek, le Saint qui veillait depuis près de quatre siècles sur notre village et notre tribu tout entière, s'était désintéressé de nous. Il y avait partout comme un avilissement, une fatigue de vivre, et, n'était le respect dû à leur ancêtre aimé de Dieu, c'était à se demander si aux prières de nos marabouts, la baraka du grand saint ne restait pas muette, comme s'il ne nous aimait plus, sourde comme si elle n'entendait plus nos voix.

Il est vrai qu'on avait tout fait pour mériter cette malédiction. Le maquignon de chez nous n'avait-il pas eu un jour l'audace de proposer à l'assemblée que fût supprimée Timechret, le sacrifice de moutons ou de bœufs que le village tout entier faisait à la petite aïd ou au début du printemps ? « Cela coûte trop cher et puis à quoi cela sert-il ? » Même un faux taleb, récemment arrivé de l'Université d'El-Azhar au Caire, avait dit que c'était péché dans notre religion, mais Dieu lui pardonne d'avoir émis ce blasphème, il est si jeune.

Cependant la majorité des hommes du village était de cet avis. Le dernier argument avait emporté les derniers scrupules : « À quoi ça sert ? » À la fin de la harangue du maquignon la rumeur d'approbation avait été si forte que le cheikh, sentant la partie perdue, avait levé la séance avant qu'aucune décision fût prise : on déciderait à la prochaine réunion; il espérait qu'entre-temps Dieu éclairerait les aveugles
- Nous trancherons cela plus tard, dit-il, s'il plaît à Dieu. À chaque jour suffit sa peine.
Et de cela inlassablement il parlait à mon père et à tous les vieux
-Nous aurons une timechret cette année, leur disait-il, cette année et toutes les années qui seront avant celle de ma mort, puis, après moi, que les gens de Tasga fassent comme il est écrit qu'ils feront.

Source: Homme moderne

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15 mai 2008

Apulée, premier romancier de l'humanité

L'auteur

Apulée est né vers 125 ap. J. C. à Madaure, aux confins de la Gétulie et de la Numidie, non loin de Cirta, splendidissima colonia. Cirta c'est l'actuelle Constantine. En d'autres termes, Apulée serait aujourd'hui Algérien. Fils d'une famille qui appartenait à la bougeoisie cossue des cités provinciales, Apulée fit ce que font encore aujourd'hui les fils de famille : des études dites supérieures. Carthage rayonnait alors, sur l'Afrique du Nord, de tout son éclat universitaire. Le jeune Apulée alla vite se réchauffer à cet intense foyer de culture latine.

Après avoir séjourné à Rome, il se rendit à Athènes où il goûta aux conférences des philosophes tout en se faisant initier aux Mystères. De ce séjour athénien, il retira une connaissance incomparable de la langue grecque. De retour à Carthage, il mena une vie publique de rhéteur et de conférencier et fut choisi comme prêtre du culte impérial.


Info Soir - 8 mai 2008

Premier romancier de l'humanité
Apulée, enfant de Souk Ahras, revisité

La vie, la personnalité et la pensée d'Apulée, premier romancier de l'humanité, né à Madaure (actuel Medaourouch, dans la wilaya de Souk Ahras), ont été au centre de la conférence donnée hier après-midi à la Bibliothèque nationale d'Alger par le professeur français, Paul Mattei. «Apulée de Madaure a été en même temps un témoin et un représentant d'une civilisation en pleine mutation», a indiqué le professeur de langue et littérature latines à propos de cet auteur numide qui est l'auteur d'un ouvrage «picaresque» intitulé L'Ane d'or, considéré comme le premier roman de l'humanité et dont la traduction en arabe a été réalisée par l'universitaire algérien feu Abou Laïd Doudou.

«Apulée, qui a aussi écrit des œuvres philosophiques d'inspiration platonicienne, est aussi célèbre pour L'Apologie, un long discours de plus de cent pages dans lequel il parle des mutations de situations, de sentiments et d'idées du 2e siècle mais surtout des rapports entre les hommes et les femmes à l'intérieur de la famille», a précisé l'universitaire français mettant en exergue les «évolutions juridiques» évoquées par Apulée. «Outre la somptueuse rhétorique, L'Apologie est un témoignage historique de premier ordre sur le 2e siècle», a affirmé Paul Mattei à propos de l'œuvre d'Apulée «un fils de la Numidie, l'une de ces provinces de l'Afrique romaine, une région riche sur le plan linguistique, économique et agricole».

«La richesse de l'Afrique romaine était réfractée à travers une multitude de petites cités», a expliqué le conférencier citant la partie Est de l'Algérie, «une région de cités fort urbanisée». L'universitaire français a aussi évoqué la vie d'Apulée, né autour de l'an 125 qui, après une formation à Carthage «cité des écoles et des avocats», a suivi des études au Conservatoire de la philosophie d'Athènes avant de revenir dans son village où il mena une vie de conférencier mondain. «Apulée qui parlait plusieurs langues a toujours revendiqué son appartenance régionale», a conclu Paul Mattei qui a qualifié Les métamorphoses, un roman en onze tomes de «l'un des plus beaux morceaux de la littérature latine».

R. C. / APS

Info Soir - 3 juillet 2007

Apulée le rebelle, le philosophe

Le Théâtre national présentera, demain, mercredi, sa nouvelle production : Apulée, une pièce écrite par Ahmed Hamdi et mise en scène par Bouzid Chawki.

«La pièce renvoie à l’histoire de l’Algérie», a déclaré le metteur en scène lors d’une conférence de presse hier au Théâtre national. Et d’ajouter : «C’est l’histoire d’Apulée, un personnage numide entré en rébellion contre l’autorité romaine. C’était un philosophe et un combattant à la fois.»

Dans ce texte dramatique, le personnage d’Apulée est un personnage tragique : «Il lutte contre son destin, sachant que la bataille est perdue d’avance», a indiqué le metteur en scène, avant de poursuivre que le protagoniste, un héros, a connu une fin tragique : l’action révolutionnaire qu’Apulée a menée contre Rome est réprimée, et le rebelle est capturé et exilé. Il est banni de son pays.

«La pièce revêt une importance particulière», a expliqué Chawki Bouzid, et ce, dans la mesure où «elle traite trois aspects : le rapport de l’intellectuel à l’autorité, la richesse de l’identité nationale et le rôle de l’intellectuel dans l’écriture de l’Histoire».

«J’invite à travers cette pièce les intellectuels algériens, notamment les historiens à restituer à la personnalité d’Apulée sa place dans la mémoire collective», a-t-il lancé. S’agissant ensuite du travail de la mise en scène, Chawki Bouzid a indiqué : «Nous avons tenu à combiner les aspects modernes au passé historique. Cette conjugaison apparaît et dans le décor et dans les costumes». Interrogé aussitôt sur les raisons de ce choix, Chawki Bouzid a répondu : «C’est pour montrer et dire que Apulée est un personnage de tous les temps, que son action s’inscrit n’importe où de par le monde ; c’est un personnage universel. Il s’agit également d’une lecture moderne – et actuelle – de notre histoire.»

La pièce mêle, en outre, musique et chant au jeu de la scène. «Nous avons tenu aussi à faire un mélange de chant et de théâtralité, a-t-il relevé et, pour ce faire, nous avons fait appel à des étudiants du conservatoire de musique qui montent sur les planches pour la première fois. C’est une manière pour eux de faire du théâtre et du coup s’initier au jeu de la scène. Nous avons voulu par cette initiative former des jeunes au théâtre et assurer en conséquence la relève.»La pièce sera jouée en arabe classique. «Ce sera de l’arabe spontané», a-t-il expliqué. Et de souligner : «Il faut savoir qu’on ne joue pas et qu’on ne dit pas un texte, mais qu’on joue plutôt une situation.» Cela revient à dire que l’important dans cette pièce n’est pas le registre linguistique puisqu’il s’agit d’un prétexte pour raconter une histoire, montrer des personnages.

«Nous ne privilégions pas la langue, mais l’action théâtrale. Notre texte se veut universel. Il s’adresse à l’humanité.»

Enfin la pièce sera jouée par une vingtaine de comédiens. «Au départ, je voulais faire du texte un opéra, mais comme l’argent fait cruellement défaut, j’ai dû donc me contenter de ramener mon projet à une expression théâtrale», a-t-il expliqué.

Yacine Idjer

Info Soir - 24 mai 2005

L’œuvre d’Apulée sur les planches
Un mythe revisité

Apulée de Madaure sera bientôt mis en scène par le Théâtre régional de Constantine.

La version arabe de la célèbre œuvre du romancier algérien Apulée de Madaure, qui a vécu au deuxième siècle de l'ère chrétienne, sera mise sur scène au mois de juin prochain par le Théâtre régional de Constantine (TRC).

Natif de l'ancienne Madaure, actuellement M'daourouche, une commune de la wilaya de Souk-Ahras, Apulée a écrit deux romans intitulés L'âne d'or ou les métamorphoses et Le conte d'Amour et de Psyché.

Cette dernière œuvre, qui remonte au deuxième siècle de l'ère chrétienne, a inspiré le TRC, qui a fait appel au concours du célèbre dramaturge et metteur en scène irakien Djaoued El-Assadi afin d'en faire une pièce théâtrale en arabe classique.

Traduit par Abou Laïd Doudou sous le titre L'âne d'or, ce conte évoque l'histoire de Psyché, une princesse dont la beauté était si rare et si incomparable qu'elle fut prise pour une déesse. La déesse Vénus, jalouse de Psyché, décida de punir cette beauté et lui faire payer cher l'usurpation de ses droits.

Le directeur du TRC, Abdelhamid Ramdani, a affirmé, au sujet de ce projet, que le ministère de tutelle a donné son aval pour le montage du spectacle, exigeant une distribution de rôles spécifiques, une scénique particulière, un décor approprié, des costumes adéquats et un jeu de lumière étudié.

Une fois réalisée, cette pièce, qui entre dans le cadre de la promotion et de l'encouragement du théâtre expérimental, représentera l'Algérie à la 19e édition du festival du théâtre expérimental prévu, en septembre prochain, au Caire (Egypte) avant d'être inscrite au programme des manifestations célébrant l'Année de l'Algérie, capitale de la culture arabe, en 2007.

Le dramaturge irakien a donné son accord pour la réalisation de ce projet artistique, dont le montage est évalué à 7 millions de dinars.

Djaoued El-Assadi devrait, dans ce contexte, se rendre incessamment à Constantine et contribuer, par le biais de la mise en scène de l'œuvre d'Apulée de Madaure, considéré comme étant le premier romancier algérien de son histoire, à l'amélioration et à l'élévation du niveau artistique des comédiens et techniciens du TRC.

M. El-Assadi, connu du public constantinois pour avoir déjà présenté sur les mêmes planches sa pièce Femmes traditionnelles en guerre, compte également aider les jeunes metteurs en scène du TRC à approfondir leurs connaissances et leur expérience dans le domaine de l'art dramatique en général et du théâtre expérimental en particulier.

Source: Dz Lit

R. C.

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05 mai 2008

Hawad, un poète touareg

Un poète touareg, Hawad, a relevé le défi de publier un recueil de poèmes en édition bilingue, français et touareg, défi d’autant plus étonnant lorsque l’on sait que le touareg est surtout une langue orale et que l’écrit consiste essentiellement à tracer des signes dans le sable ; c’est d’ailleurs le seul recueil actuellement publié en langue touareg.

Ce livre s’intitule « Buveurs de braises », long poème en douze chants, accompagné de calligraphies tifinagh (écriture des touaregs) originales de Hawad.

J’ai découvert ce poète en écoutant une émission sur France-Culture, « Poésie sur paroles », le 9 mars 1996 à 19 h 30. Ce fut pour moi, un choc émotionnel profond que d’écouter ce cri des entrailles provenant d’une autre culture mêlée à un instinct de conservation porté à l’extrême, s’acharnant à conserver sa propre identité et j’ai alors ressenti pourquoi Hawad avait appelé son recueil « Buveurs de braises ». En effet, la violence est un feu auquel tout touareg se brûle pour essayer de défendre son territoire et son nomadisme si mal accepté car difficile à contrôler par un pays. Il reste les cendres, le résidu et comme Hawad nous le dit :

« Ô assoiffés
nous avons bu les braises ».

Le peuple touareg est un peuple guerrier et Hawad nous parle des « chars du Sahel », de « la rafale d’une mitraillette » ; c’est aussi un peuple meurtri dans sa chair :

« je porte le deuil et la résistance
Mon visage est la métamorphose
de toutes les défaites de l’histoire
en revanches de l’aube
sur le crépuscule ».

Le poète élargit alors les revendications de son peuple à celles de tous les peuples bafoués de monde entier :

« Afrique et Amérique Latine
en plein poumon sont piétinées
âmes flétries ».

La poésie de Hawad est un cri qui prolonge l’âme de ces nomades déchirés entre modernité et tradition. Le poète emploie le « nous » pour insister sur le fait qu’il ne fait qu’un avec la lutte de son peuple.

Pour Hawad, la modernité signifie la société de consommation donc de destruction de l’être. Face à elle, la poésie est une arme, une force qui peut devenir violence même si cette violence des mots est porteuse d’une paix en elle-même. Tout touareg fait des poèmes :

« Ils nous ont volé les larmes,
Ils ne nous voleront pas la poésie. »

La rébellion des touaregs continue au Niger mais la sécheresse décime les troupeaux. Beaucoup préfèrent la facilité de la sédentarisation et Hawad n’est pas tendre avec ceux qui ont suivi ce chemin. Il crache son amertume sur eux et sur ceux qui ont voulu nationaliser le peuple touareg :

« En 1917 la France nous a châtrés
puis le Niger nous a jetés
dans un marécage de gale
le Mali nous a tannés de poux
la Libye nous a empâtés la langue
l’Algérie nous a mis le licou ».

Tour à tour, il cite la France, le Niger, le Mali, la Libye, l’Algérie, ... Chacun a voulu enfermé ce peuple, le soumettre mais c’est un peuple qui revendique le droit d’être nomade et possède une vie qui ne se soumet pas :

« O touareg
Ou bien l’orgueil
d’une vie fière
une vie qui ne soumet
pas même la dignité de l’ennemi
la mort
Ou alors l’effacement
jusqu’au résidu de notre semence
cette goutte de sueur
qui déjà se confond
avec le gravier
pavant la voie
de l’infini nomade ».

Il y a une opposition entre la force de la violence verbale qui témoigne de la lutte d’Hawad pour préserver l’identité des touaregs et la douceur, la profondeur et la pureté qui, par moments, jaillit de ses poèmes :

« Nous sommes le miroir du futur
Où est l’éclair
qui veut connaître
le visage du crépuscule
fondu dans son aube ? »

« Nous sommes la mémoire et le rêve »
« Nous sommes la branche et la racine
du temps »

« Et nous savons
faire oublier à l’homme
le chagrin de ses perles ».

Cette opposition entre violence et douceur n’est qu’apparente car comme un guerrier, Hawad a besoin de se ressourcer dans le silence, la poésie pour y puiser sa force. Il veut nous émouvoir, nous provoquer par des images neuves entre ciel et terre :

« La terre et les cieux sont nuée
de larmes et de mugissements »

« Et nous savons
veiller sur le compagnon vent
quand il s’épuise et brise ses ailes
et apprendre à l’étoile
à rire quand elle s’aveugle ».

Le vent est le seul allié car il efface les traces du passage des nomades là où l’eau est dépendance et où les pluies peuvent être lieu d’embuscade si elles ne sont pas empoisonnées. Pourtant l’eau, c’est la vie et encore plus dans le désert mais le touareg apprend à supporter les manques ce qui fait sa fierté, son orgueil :

« Avec tout ce qui s’est effondré sur nous,
même s’il s’agit du ciel,
avec le fardeau,
nous marcherons ».

Hawad vit depuis 1995 en France. Il nous dit qu’il y a ici des gens plus touaregs que les touaregs (les SDF, les victimes de l’exclusion, de la consommation, tous les délaissés).

La poésie d’Hawad est un cri de guerre contre l’injustice envers son peuple et par extension, envers tout être bafoué :

« Et le front de la nuit
que nous avons blanchi
en veillant sur la pierre
de la résistance ?

Comme nos frères fils d’Israël
au temps de leur grand exil
je bois la conscience nocturne de l’encre
et m’enivre de la raison de l’alphabet ».

La litanie revient, incessante, lancinante, obsédante. Le touareg veut être l’homme du passé dont les origines remontent à plus de deux mille ans mais aussi celui du futur :

« Nous sommes les rivets de la mémoire
dans les tempes de l’aube
et les traits de feu
posés entre les racines
et les envolées de l’absolu ».

Son cri devient lamentation :

« Mon visage est grimé
de lames d’étincelles »

« Car nous sommes
cette pierre tombale
du temps et du vent ».

Hawad a faim d’absolu, d’une faim jamais rassasiée :

« d’une faim d’étoiles
que j’avalerai
dans la poussière de la marche »,

faim d’absolu et soif d’espace, de liberté :

« Écartez-vous, écartez-vous
laissez-nous encore
la bride de l’épuise-vent
Pour l’homme des carrefours
et de l’embouchure des rêves
nul besoin d’un mensonge
crue de larme
bridée par la pitié ».

Comme Icare, au risque de se brûler les ailes au feu de la braise, il veut s’envoler dans le désert des grands espaces :

« Hommes
rêvez
de tous les larges du désert
où nous sommes libres
un seul peuple fier
jalousant les étoiles ».

Il se fait messager pour conserver l’identité de son peuple. Il ne veut pas que les touaregs deviennent un objet de curiosité malsaine et humiliante :

« Hé Touaregs
fruits exotiques pour les média
et les quincailleries touristiques
made in Paris-Dakar
singes toutes directions ».

Il secoue la léthargie des touaregs prêts à oublier leurs origines, par un leitmotiv de questionnements :

« N’avons-nous pas existé ?
Nous étions peuple de javelots »

« N’avons-nous pas vécu ?
Nous étions les palmes
des aurores et des routes
psalmodiant les voix
des tendons et des racines
en fouets enveloppant
la colombe des rêves
au fond des girons
de la flamme et de l’amour »

et il affirme :

« Et Toi
l’autre rive
Pégase aux ailes
de chardons et de braises »

pour finir avec :

« nous avons nourri les braises
Échardes
nous avons remonté la douleur
jusqu’aux fibres du nerf
Et fiel aigre
nous délions les vertiges
et la panse des météorites ».

Comme Pégase, Hawad part vers un désert ailé qui a banni les frontières.

Catherine RÉAULT-CROSNIER

19.09.1997

Bibliographie :

HAWAD, « Buveurs de braises, Ed. MEET, 1995.
Émission « Poésie sur paroles » de Jean-Baptiste PARAT, le 09.03.1996.
Émission de télévision sur les touaregs sur Monte Carlo en avril 1997.

Source: crcrosnier

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01 mai 2008

Isefra n at zik: oeuvre de Remdan At Mensur

Dans ce recueil, Remdan at Mensur, tel un griot, se fait l’écho du vécu de nos ancêtres. Tous les événements qui jalonnent la vie de l’homme de la naissance à la mort y sont relatés par des poèmes.

(JPG)

Outre l’intérêt académique de l’oeuvre, il faut noter l’extraordinaire richesse et beauté de la poésie kabyle, qui a "le mérite d’enfermer une grande richesse dans des formes brèves. La fonction du silence où les paroles baignent, où se prolonge leur écho devient capitale" (1)

Nous remercions Remdan At Mensur qui nous prouve par cette oeuvre ce que disait Jean Amrouche à savoir que "La poésie kabyle est un don héréditaire. De père en fils, de mère en fille, le don de création se transmet". (2)

Une oeuvre absolument salutaire pour tous les amoureux de la culture kabyle, tant il est vrai, comme le dit la mère de l’auteur, que ce legs de nos ancêtres est un véritable trésor ("niγ a mmi d lknuz").

Nota : Dans l’ introduction du recueil, Remdan At Mensur propose une simplification de l’écriture de notre langue en supprimant notamment certains "points" et "tirets". A ce propos nous vous invitons à donner votre avis quant au mode de transcription du berbère sur le forum dédié à ce sujet.

Références bibliographiques :

(1) Yvette Grimaud, attachée de recherches au CNRS. Notice rédigée pour le disque Florilège de chants berbères de kabylie, Paris 1966

(2) Jean Amrouche, Chants berbères de Kabylie, Maxuala-Radès Tunis, Monomotapa, 1939

Cette oeuvre peut être obtenue auprès de ocoram@wanadoo.fr

Source: tizi hibel.free

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21 mars 2008

Dossier: Si Mohand u M'hand poète kabyle [2/2]

Nostalgie des lieux

L’amour chez Si Mohand n’est peut être heureux que dans l’absence, dans la nostalgie des lieux et des êtres. Au village il y a des codes de conduite. Les silences même sont chargés de sens. C’est peut-être comme les poètes de l’anté-islamique, celui des métaphores et des paraboles dans un platonicisme naïf, Si Mohand-ou-M’hand va graduellement vers la vertu qui le pousse à la sagesse, à la foi comme la visite qu’il fut au Cheikh Mohand El Hocine.

Il imagine la rencontre a Dieu, comme enfant, il avait appris le Coran dans toute la ferveur religieuse. Il rend grâce à la Divinité sublime et transcendantale,

* Rapporté par A. Hanoteau, «Poésies populaires de la Kabylie», Paris, 1897.
“Au temps des jours heureux
Ma parole était écoutée
Au temps de ma droite chance
Je m’applique à psalmodier le Coran
J’avais étudié le Coran ligne à ligne
Mon nom était connu de tous
Jadis j’étais chevalier
Je montrais la voie à beaucoup
Maintenant le sort a tourné
Et ma chance s’est endormie”

Mais vers la fin de sa vie, Si Mohand résigné adhère entièrement dans toute la ferveur à la volonté de Dieu.

“La volonté de Dieu s’accomplit
Il comble et Il éprouve
Dieu l’a décidé tout reproche est superflu
Tout acte est pour toi prédestiné
Tu as tout écrit sur les fronts
C’est Dieu qui pousse dans la voie
Hommes suis-je maître de ma volonté ?

Traduit par Mouloud Mammeri

Si Mohand-ou-M’hand en appelle à tous les saints
“Saints de toutes statures
Je vous conjure tous
Aidez-moi à ramener dans la Voie ma raison »,

De si Baloua à Cheikh Mohand-ou-EI Hocine. Si Mohand-ou-M’hand sait qu’il y a le Qessam (celui qui distribue et gère les destins)

“Toi qui nous as créés
A Toi nous sommes accrochés
Hâte-Toi de me délivrer
Très Bon, tu es Le Miséricordieux
Tu veilles sur nous tous,..
Dieu ne peut pas se tromper”.

Dans sa poésie, on retient cette foi et cet attachement à Dieu l’Unique.

“De grâce Dieu prends partie de moi
Puisque Tu sais Tu vois
Je suis enlisé sauve-moi”

Aux Saints, le poète adresse cette prière :

“Je suis coincé
Sortez-moi de l’impasse
Le remède est impuissant à guérir le mal”
Saints de Aït Iraten
Me voici comme l’oiseau paralysé
Par ses ailes coupées
Je suis déjà comme dans la tombe
Adieu les plaisirs sont finis
Maintenant je suis vieux, desséché
Je sens l’épouvante. La peur a fondu sur moi”.

Ce fils de fusillé a écrit plus de 280 poèmes qui sont gardés et traduits par Mouloud Mammeri dont  les “Isefra de Si Mohand” publié en 1956 dans l’édition François Maspero.

Ange-Génie et Clerc

Mais toute cette inspiration, la légende rapporte que Si Mohand ou M’hamed a rencontré un ange au bord d’une source, qui lui a révélé “Parle et je ferai les vers” En ce moment Si Mohand était d’une piété inégalée. Depuis ce jour, Si Mohand ne faisait que versifier. On dit dans la croyance populaire que les génies hantent les eaux. Si Mohand en clerc connaît cette tradition. Il épelle en verbe ce qui lui est dicté. Ces poèmes qu’on appelle en kabyle Isefra est une sorte de Tiqsidin qui narrent les exploits des saints hommes. La poésie de Si Mohand révèle des éclairs de réalité, dans le recueil traduit et commenté par Mouloud Mammeri il y a lieu de lire :

- L’épreuve du siècle (Taluft n zzman)
- Jadis et maintenant (Zik ....Tura)
- Isem adjid
- L’épreuve de l’exil (Taluft l gherba)
- Nostalgies (tujjmiwin)
- L’épreuve de l’amour (talufb n teyri)
- Jeux (Urar)
- Séparations (Faruq)
- Edens perdus (Zziy Legnan)
- Les compagnons (Taluft imeddukai)
- L’épreuve du destin (taluft n twenza)
- L’un…l’autre (Albaâd-alhâd)
- L’épreuve de la fin (Taluft n toggara)
- Vieillesse (tewser)
- Le pèlerinage de l’Adieu (Zzyora bbwem safer)
- Le dernier voyage (Inig aneggaru).

« Il est clair que je marche à la tombe, finis les plaisirs, A tous mes amis je pardonne» tels étaient les derniers vers de Si Mohand-ou-M’hand.

Extraits des poèmes de Si Mohand-ou-M’hand
Traduit par Mouloud Mammeri 

Voici quelques extraits que j’ai voulu présenter pour montrer l’œuvre du poète contenue dans un recueil de 244 poèmes dont la majorité fut rassemblée par Saïd Boulifa et recueillie auprès des élèves de l’école normale de Bouzaréah, des jeunes gens du village d’Adeni de la tribu des Aït Iraten, celle de Si Mohand-ou-M’hand. Si Mouloud Feraoun, lui aussi, a pu rassembler, en 1956, quelques informations sur la vie du poète de chez Si Youcef ou Lefki de Taourirt Amren (voir Mouloud Feraoun :  Les Poèmes de Si Mohand, Paris, Editions de Minuit, 1960).

Vieillesse Tewser


Cœur sur qui séjournent les brumes Ay ul yef izga uyemyim
Me voici tout anxieux Aqlj deg ttexmim
Maigri parmi les chagrins Ay daafey yilifen
J’ai soif de vous. Je veux avec vous rester Nem cedha neb’ anneqqim
Mon cœur saigne U yeççur d idim
A Dieu je veux tout confier Annehk’ iwi y d ixelqen
Le pèlerinage de l’adieu Zzyara bbwen safed
Qui veut méditer Dieu W’ tbyan Rabb’a t iwehhed
Regarde le pauvre Mohand-ou-M’hand Di Muhend-u-M’hend
Dont est dévoyée la raison Meskin iâawj rray is
Il avait étudié le Koran l’avait psalmite Iyra leqwran ijewwed di zik is
Il était jadis vigoureux yeghed
Et le voila qui ne peut plus que lever les paupières. Turo la-ireffed s wallen is.
Mon mal sans remède L mehna w ur tesâi tt bib
M’a livré à l’exil Teggyi d ayrib
Assiste-moi Dieu de Ta Miséricorde Atained alleh nestagfer
Mais Dieu n’est-ce pas accorde la délivrance Yak Rebbi Yedmen tifrat
Ici-bas ou dans l’Au-delà Di Lmut di Lhayat
Car tout a été fixé de tout temps Kulci yura deg ssaheg

(*) Dr Boudjemaâ HAÏCHOUR Chercheur-Universitaire

Notes bibliographiques

1. Mouloud Feraoun : Les Poèmes de Si Mohand, Paris, Edition de Minuit, 1960.
2. Saïd Boulifa : Recueil de poésies kabyles, Alger, Jordan, 1904
3. Mouloud Mammeri : Les Isefra de Si Mohand, Maspero,1982.
4. M. Hanoteau : Poésies populaires de la Kabylie du Djurdjura, Paris, 1867
5. Emile Dermenghem : La Poésie kabyle de Si Mohand-ou-M’hand et les Isefra, Documents Alger, Séries-culturelles, 1951- n°57.
NB : Ce texte a été remis, pour publication, à la revue  TIMMUZGHA du Haut Conseil à l’Amazighité et à la Revue du Haut Conseil de la langue arabe

Si Mohand-ou-M’hand ou le drame du colonisé

Une société traumatisée dans ce siècle de l’épouvante, dira-t-il, où «Tous les maux ont fondu sur nous, et ce monde pour tous a volé en morceaux, ce monde s’est effondré sur ses fondations». C’est le vécu tragique de Si Mohand mais aussi celui de tout un peuple. Témoin lucide de ce siècle de la colonisation. Si Mohand est dans tout le désarroi, «seul, triste et le jour pour lui est comme la nuit», ce vers de Victor Hugo sur sa fille Léopoldine illustre bien le vécu quotidien des Algériens. Les dures réalités de la misère quotidienne l’exaspèrent et l’exil était pour Si Mohand une source féconde d’inspiration. Il disait de lui tel que rapporté par Mouloud Mammeri dans les “Isefra de Si Mohand”.

“Jadis, je fus clerc. Aux soixante Sourate.
Jadis, je maniais la plume, m’adonnais à l’étude sans repos.
Mon nom était connu de tous.
Jadis, j’étais chevalier, comblé de biens et entouré de disciples.
Nul n’est libre de rester chez lui, de l’exil amer est la condition”.
De la déchéance à laquelle on se résigne mal à l’inquiétude. Voilà le lot quotidien du poète. Les anciennes solidarités ont volé au vent des neuves ruptures.
“En ce siècle ingrat, nul ne te secourt si tu tombes”.

Dr Boudjemaâ HAICHOUR

La Nouvelle République - 31 décembre 2005 / 2 janvier 2006

Si Mohand et Rimbaud
Deux poètes atypiques, deux mythes incomparables

Pour marquer le centenaire de la mort de Si Mohand (1905-2005), nous avons jugé utile d’en parler sous l’angle de cette comparaison fondée sur des similitudes et des différences évidentes, telle l’originalité qui fait la beauté d’un poète véritable.

Leur célébrité vaut bien une comparaison, même s’ils sont incomparables. Si Mouh ou M’hand a rencontré au printemps de sa vie l’armée coloniale qui, en faisant disparaître son village, a décimé sa famille, Rimbaud a connu une jeunesse perturbée mais il a baigné dans la civilisation chrétienne et la culture gréco-latine.

Si Mouh ou M’hand était d’expression kabyle et de culture populaire. Avant de commencer à errer, il avait appris très tôt le Coran et reçu dans une zaouia un enseignement en arabe classique qui lui permettait de se classer parmi les rares lettrés de son temps. Rimbaud a fait l’école française et très jeune, il avait donné les signes de sa vocation de poète.

Lui aussi a mené une vie de bohème ; Londres, Bruxelles, Milan, Stuttgart, Copenhague, Hambourg, Vienne l’ont vu passer plusieurs fois et ce, avant qu’il ne s’embarque tour à tour pour Alexandrie, Chypre, Aden, Batavia, l’Ogadine. Il tenta même une carrière militaire en s’engageant dans l’armée hollandaise, mais ne tarde pas à déserter pour recouvrer la liberté, si chère à tous les poètes.

C’est vers dix ans qu’il devint autonome à la faveur d’un père capitaine de l’armée souvent absent et qui abandonnera sa famille dès sa mise à la retraite, et d’une mère autoritaire et imbue de principes bourgeois.

Quand on n’a pas connu l’affection parentale pendant l’enfance, on devient psychologiquement déséquilibré. Une longue frustration conduit à la violence, sinon au dévoiement ou à la vie de marginal.

Il finit par mourir dans la douleur et la misère, à moins de 40 ans, après avoir été le maître incontesté du symbolisme et le précurseur du surréalisme.

Si Mohand aussi n’a jamais connu de vie stable. La colonisation est pleinement responsable de son destin tragique. Elle lui a tout démoli, son village et son univers familial, au point de le priver du feu sacré dont les jeunes ont besoin pour s’épanouir, connaître ses repères.

Sa vie durant, il allait et revenait de Kabylie en Tunisie, ne trouvant refuge que dans la poésie et la drogue. Quand il avait quelque économie, il la dilapidait auprès de celles qu’ils aimait rencontrer au cours de ses pérégrinations à Annaba, Tunis et ailleurs.

«Je prie Dieu de leur inspirer la voie droite : Qu’elles aillent loin de moi, je n’ai plus un sou» (trad. de deux vers, Mammeri, p. 41).

Deux vies de poète, deux itinéraires et quelques similitudes

Rimbaud a beaucoup travaillé sa poésie. Son cas rappelle les propos de Molière faisant allusion aux spectateurs à qui il fait part de la peine qu’il s’est donnée pour composer des pièces théâtrales versifiées, en disant : «Que de vers qui ont fait rire le public ont coûté de larmes à l’auteur.»

Pour atteindre la perfection, il a dû transgresser la syntaxe en restant dans le respect des règles, remanier sans cesse la rime, le rythme et les sons musicaux, choisir des mots expressifs à valeur symbolique et métaphorique pour mieux impressionner, convaincre, atteindre la consécration. On a défini Rimbaud comme un mystique à l’état sauvage, et on a retenu de son œuvre Une saison en enfer, les traits du sacrilège de la religion et de la société.

Pour Camus, il a été le plus grand poète de la révolte. Michel Decaudin, auteur de la préface consacrée à ses œuvres dit qu’on a cru trouver la clé de la poésie de Rimbaud dans l’alchimie, ou dans la kabbale, ou dans la sagesse hindoue, ou simplement dans un jeu de rébus.

Chez Si Mouh ou M’hand, la poésie coulait comme de source abondante. Aux dires de ceux qui l’avaient connu et selon la version de Mouloud Mammeri, il était assis près d’une source lorsqu’un ange se présenta à lui pour le mettre impérativement devant une alternative : versifier ou parler. Si Mohand aurait choisi de parler. Et depuis ce jour, les poèmes sont venus de lui naturellement sous l’impulsion de son double angélique qui donnait à ses paroles une forme poétique.

Si Mohand a appartenu à une société où la poésie s’est imposée pendant des siècles. Comme un genre majeur. Privée de l’écriture au fil des colonisations, la population en avait fait un moyen efficace de communication. Les boutiques des artisans et les places publiques devenaient parfois des lieux de rencontre où s’organisaient des joutes oratoires. Le seul inconvénient était que toute la production passait par l’oralité, et pour peu que la mémoire fût défaillante, une bonne partie se perdait au fil des générations, devenait anonyme.

Malgré les interdits, même les femmes contemporaines de Si Mohand pouvaient exercer leur talent dans ce mode de transmission esthétique, ceci à l’image de l’Afrique à longue tradition orale qui a vénéré les griots sans jamais manquer d’apprécier les griottes.

Si Mohand, un pécheur incorrigible

La vie de Si Mohand dominée par l’errance et les trois vices dont il n’arrivait pas à se débarrasser : boire, fumer, aimer, a été marquée par une brillante carrière de poète admiré. Il composait dans la langue de ses aïeux des vers adaptés au contexte et destinés à tous ceux qui pouvaient l’écouter. Il fallait l’écouter d’une oreille attentive pour saisir au vol ce qu’il déclamait, car Si Mohand ne répétait jamais un poème fraîchement élaboré, peut-être parce que l’ange qui l’habitait ne le voulait pas.

Une fois, c’était chez cheikh Mohand ou El Hocine, un autre artisan du langage chez qui, sous le prétexte qu’il sentait sa mort prochaine, il s’était rendu. Si Mohand resta muet au grand étonnement du cheikh qui l’avait reçu avec courtoisie et qui s’impatientait de l’entendre improviser des vers. «Cheikh ! dit un adepte des lieux, votre visiteur ne parle pas s’il n’a pas consommé son produit dopant, et si tu veux on va aller le lui chercher non loin d’ici.»

Par respect du saint homme, Si Mohand avait dissimulé sa pipe derrière un buisson. Et sitôt dit, on lui apporta sa pipe que le poète bourra de drogue. A peine eut-il tiré quelques bouffées que les vers vinrent d’eux-mêmes. Un poème prit forme. «Répète-le», lui dit le cheikh sidéré. «Non, répondit tout de go Si Mohand, je ne répète jamais mes vers.» Le cheikh s’emporta et lui demande de retourner à ses vices en lui souhaitant de mourir loin de sa terre natale. «Si Dieu veut, mais à condition que ce soit à Asseqif Netmana», répliqua Si Mohand avant de se remettre à boire, fumer, fréquenter.

Le kif, la cocaïne, l’absinthe, le vin devaient être à ses côtés pour oublier les malheurs qui s’étaient abattus sur lui. Même ceux qui lui restaient des plus proches comme son oncle paternel, ses deux frères et sa mère émigrés en Tunisie, l’avaient reçu froidement lors de son dernier voyage qu’il avait tenu à faire malgré la misère, la distance.

Il lui fallait parcourir la distance à pied. Aujourd’hui, avec le recul, on l’imagine cheminant doucement, un sac sur le dos, sous le froid ou la chaleur et dans les mêmes vêtements à l’aller et au retour.

Pour se procurer quelque argent, il aidait son frère dans la gargote, confectionnait des beignets, se faisait payer comme écrivain public pour les lettres qu’il écrivait en arabe aux ouvriers illettrés qui le lui demandaient.

Et comme à chaque fois, toutes les économies allaient dans l’alcool, la drogue, les lieux de débauche. «Kif et vin agitent mon cœur tant j’acquiesce à tous mes désirs», puis dans un autre poème «Délivre-moi du kif et de la cocaïne saint Baloua, je suis malade guéris-moi» (traduction de Mouloud Mammeri).

C’est entre 1857 et 1871 qu’il a vécu un drame qui allait décider de son sort qui est aussi celui de la Kabylie.

Pourtant, s’il n’y avait pas eu d’occupation coloniale, tout le prédestinait à une existence heureuse et propre, dominée par la pratique religieuse, une vie spirituelle et d’ascèse orientée vers le bien et le rapprochement de Dieu. Il venait de sortir de la zaouia quand, tout à coup, il y eut comme un renversement brutal qui lui a emporté ce qu’il avait de plus cher. Il aurait même tenté une vie conjugale, là aussi ce fut l’échec à vie. Sa belle famille avait émis le vœu de l’empoisonner… tant elle le considérait comme un indésirable. C’est à partir de ce divorce forcé qu’il devit poète malgré lui.

A la différence de Si Mohand sur qui le destin s’est acharné en l’accablant de malheurs : village disparu, père fusillé, oncle paternel déporté, oncle, frères et mère exilés forcés en Tunisie, Rimbaud a choisi d’être un poète errant.

Après une éducation sévère de la mère et l’absence frustrante du père, il fait de brillantes études qui auraient pu le conduire à une brillante carrière s’il ne les avait pas interrompues volontairement. Mais tel n’était pas son tempérament forgé par un caractère difficile, ses tendances à la fugue, sa révolte à la fois contre la famille, les convenances, la morale et la religion. Son professeur de rhétorique avait remarqué ses qualités déjà révélées à l’enfance : originalité incontestable, étonnante faculté d’assimilation.

Au lieu de continuer ses études, il va à Paris et se fait arrêter pour n’avoir pas payé son ticket de train ; c’était à la veille de la guerre contre les Allemands, 1870-1871, dates marquantes pour Si Mohand et toute sa Kabylie natale, mais dans un contexte beaucoup plus grave.

Une poésie engagée, des idéaux fondés et clairement exprimés

La vie sentimentale de Si Mohand occupe la première place dans sa production poétique. Elle traduit tout ce qu’il ressent intérieurement face à un monde sans perspective d’avenir. Lui, à qui la vie errante est arrivée comme un accident de l’histoire, il devait privilégier ses frustrations de poète sans famille trop éprouvantes pour qu’il en fît abstraction. Ainsi, quelle que soit la rubrique à laquelle appartient chacun de ses 280 poèmes recueillis par Mammeri dans son livre Les Isfra de Si Mohand, le mieux fourni par rapport à ceux de ses prédécesseurs, le poète revient de manière allusive à ses douleurs intérieures.

Parmi les poèmes placés sous le générique Prières, nous avons choisi le dernier pour son contenu. Ecrit dans un style synthétique, beau pour sa concision et ses images emblématiques, l’auteur parle de regrets, de misère matérielle et sentimentale, de frustration, de résignation. On pourrait le placer dans une perspective à la fois rétrospective et prospective.

«Si ma raison n’était point égarée / j’aurais juré de renoncer au kif, galvaudé par les proxénètes / en tout lieu Dieu a fait des partages affligeants / Il a fait le bonheur de l’esclave / Et jeté au rebut l’élite de l’esprit / Efface mon Dieu notre misère / Tu y es tenu / C’est maintenant le tour des malheureux.» (traduction de Mammeri).

Les plantes en général et les fleurs en particulier constituent chez lui des supports privilégiés pour leur capacité à pouvoir rendre concret ce qu’il y a de plus abstrait chez l’homme. On n’a pas besoin de reproduire le plus beau pour ses nombreux signifiés où il parle abondamment de son jardin où prolifère le basilic, tant il a voyagé de bouche à oreille chez tous les passionnés de Si Mohand. On lui trouve parfois quelques similitudes avec le chanteur Slimane Azem qui a beaucoup puisé de la poésie de Si Mohand, les deux ont souffert mais différemment de l’exil. Nous avons pu trouver d’où le chanteur a tiré sa chanson qu’il a naturellement remodelée pour avoir une forme mieux adaptée au public.

«Hioudeau / fonds dans le ciel / cette fois sans doute vas-tu emporter mon message / va chez Lahbib / compte-lui seul à seul / tous les saints que j’ai visités / Dis-lui : je suis à terre souillé / ou en mer perdu / Priez que je ne sombre pas.» (traduction de Mammeri)

Rimbaud a vécu lui aussi en marge de la morale et de la société, parce qu’il l’a voulu et ce, dans une aventure dite du voyant telle qu’il l’a conçue par un dérèglement des sens qui lui fait connaître toutes les formes d’amour, de folie, de souffrances.

Le Bateau ivre a été composé après sa première expérience de la liberté en arrivant à Paris où il apprend le vrai visage de la vie et ce qu’est la loi. Ce poème symbolique entre dans ses premières illuminations suivie d’Une saison en enfer, poèmes en prose d’une puissance créatrice inimaginable. Il fait part de ses regrets d’avoir eu comme compagnon de route Verlaine qui a attenté à sa vie en lui tirant dessus avec un pistolet, pour une affaire non élucidée. Une saison en enfer est peut-être l’œuvre des désillusions, si l’on s’en tient à ce début significatif

«Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l’ai trouvée amère. Et je l’ai injuriée ! Je me suis enfui. O sorcières, ô misères, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié ! »

N’a-t-on pas vu dans ses aventures exotiques, une thérapie, voire une envie d’effacer de sa mémoire les premières expériences malheureuses ? Il entame une nouvelle carrière de voyages et d’aventures exotiques dont nous avons parlé précédemment. Il ne faut pas oublier d’ajouter que Rimbaud applaudit à la chute de l’Empire, apprend avec joie l’insurrection de la commune et s’indigne de la répression qui ont valu à Louise Michel d’être déportée en Nouvelle Calédonie où elle a fait la connaissance des Algériens lâchés dans cette île immense considérée comme une prison à ciel ouvert pour des révoltés et combattants de l’envergure de ceux qui ont mené l’insurrection en Algérie en 1871.

Légendes canaques qu’elle a écrit comme prisonnière politique, Louise a jugé utile d’adjoindre un poème de Si Mohand, venu peut-être de la bouche de l’oncle déporté. Rappelons aussi que Rimbaud attaque dans ses nombreux poèmes et violemment Napoléon III ainsi que le conformisme et le catholicisme, tout en exprimant sa compassion pour les pauvres gens.

Boumediene A.

Lire: Dossier: Si Mohand u M'hand poète kabyle[1/2]

Source: DZlit

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Dossier: Si Mohand u M'hand poète kabyle[1/2]

Si Mohand Ou M'Hand Ath Hammadouche est né vers 1845 et est mort en 1906 (d'après Boulifa). Si la date de sa mort semble établie, celle de sa naissance est approximative. En effet, l'Etat Civil en Kabylie n'a pas eu d'existence officielle avant 1891. Il naquit donc dans l'ancien village de Chéraïouia où son père Mehand Améziane Ou Hammadouche, originaire de Aguemoun, s'était réfugié pour échapper à une vendetta. Après 1857, le village de  Chéraïouia fut rasé et à son emplacement fut édifiée la citadelle de Fort-National (Larbaâ Nath Irathen). L'autorité militaire attribua aux habitants un terrain à 10 Km au nord, près de Tizi-Rached, qui appartenait à une zaouïa.

En fait, la population s'est répartie, pour une faible part sur ce terrain où naquit la nouvelle Chéraïouia, mais pour la plupart aux alentours de Fort-National

Les parents de Si Mohand s'installèrent à Akbou, au lieu-dit Sidi-Khelifa. Son oncle paternel, Cheikh Arezki Ou Hammadouche, maître en droit musulman y avait ouvert une zaouïa où un taleb enseignait le Coran, non seulement aux enfants de la famille mais aussi à tous ceux du village. C'est là que Si Mohand commença ses études avant de rejoindre l'importante zaouïa de Sidi Abderrahmane Illoulen (Michelet). La famille était aisée et l'enfance de Si Mohand heureuse.

En 1871, lors de l'insurrection, la famille s'est engagée aux côtés de Cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie. Le père, Mehand Améziane fut exécuté à Fort-National, l'oncle Arezki déporté en Nouvelle-Calédonie et leurs biens confisqués au profit de l'Etat. La famille ruinée et anéantie se dispersa, la mère se retira dans la nouvelle Chéraïouia avec son jeune fils Méziane et là commença la vie de vagabond de Si Mohand, errant de ville en ville. Son frère aîné Akli s'enfuit à Tunis avec l'essentiel des ressources de la famille.

Si Mohand passa quelque 30 ans d'errance entre la Kabylie et la région de Bône (Annaba) où de nombreux Kabyles travaillaient comme ouvriers agricoles ou comme mineurs. Un autre de ses oncles, Hend N'Aït Saïd , était d'ailleurs installé dans les faubourgs de Bône.

Si Mohand mourrut en 1906 à l'hôpital des Soeurs Blanches de Michelet et fut enterré au sanctuaire de Sidi Saïd Ou Taleb.


L'Expression - 17 mai 2006

Le poète de l’errance et de la révolte

Si Mohand, un poète ce qu’il y a de mieux et de vrai.

Il n’est pas poète celui qui n’est pas révolté, et Si Mohand ou M’hand semble incarner la chose jusqu’à la moelle des os. La révolte s’empara de lui justement et surtout après la révolution de 1871 de cheikh El Mokrani où sa famille a pris part avec beaucoup d’abnégation. Son père fut exécuté et son oncle cheikh Arezki déporté en Nouvelle Calédonie. Sa famille, qui vivait dans l’aisance -son père était usurier- c’était la noblesse de l’époque, fut dépossédée de tous ses biens, «comme il sied aux vaincus des grandes batailles», disait un poète français en référence aux événements de la Commune de Paris.

Cet épisode a été vécu comme un drame, un choc à ne plus s’en remettre. Les portes de l’errance s’ouvrent donc grandement devant les yeux du poète telles celles de l’enfer.

Mon coeur tout troublé
Par le kif et l’alcool
N’a suivi que ses penchants
Accueillez le vagabond
O gens sensés et nobles
Etranger dans son pays
Dans l’exil et dans l’oubli
J’ai ignoré mes devoirs
C’est maintenant que mon coeur saigne.

A quelques exceptions près - la langue et la situation géographique seulement les séparaient -Si Moh ressemblait de beaucoup à son égal français Arthur Rimbaud, l’autre amoureux des sentiers, des chemins inconnus et des contrées lointaines qui aimait d’ailleurs à répéter:

«Je suis un piéton rien de plus.»
«De l’Alma à Ménerville
L’ennui me prit
A la côte des djellabas
Je suis parti tôt le matin
J’ai marché sans relâche!
Le soleil est descendu sur les crêtes
Sans honte je m’affale dans un café
Mourant de fatigue
Et demandant pardon aux saints. »

A ce sujet, Mouloud Feraoun, qui avait mené une grande recherche sur sa poésie et sa vie, écrira: «Il était pareil à une feuille que le vent emporte et qui ne pourrait se fixer nulle part ailleurs que sur la branche d’où elle a été détachée.» Comme pour dire que le poète ne pouvait s’enraciner que dans sa Kabylie, plus précisément au sein de son village natal. Et comme il a tout perdu (déraciné de sa terre natale), il se livre alors à l’errance et, de surcroît, au gré des vents.

Plus qu’un choix, une raison de vivre, l’errance avait un ascendant terrible sur lui puisque le poète a toujours refusé, selon des témoins de son époque, de monter dans un train ou une diligence (qui est un moyen de transport de l’époque par excellence), non pas par crainte mais par esprit d’indépendance.

Le poète naquit vers 1845. La date de sa naissance n’a été rendue possible, et approximativement, que parce que beaucoup de témoignages et de dires confondaient la durée de sa vie avec celle du Prophète (Qsssl). Soit dit 63 ans. Mais si on fait le décompte -sa mort a eu lieu en 1906 à l’hôpital des Soeurs blanches à Michelet- Si Moh devait avoir au moment de sa mort 61 ans.

La décadence de sa famille après la défaite (c’était un retournement de position radical) et son mariage qui fut un échec -sa femme l’avait quitté pour sa paresse- ont eu raison de sa ténacité et de sa croyance en des jours meilleurs, et le voilà qui aborde en sanglots mais avec résignation:

«Vois mon coeur oppressé!
En lui-même il éclate
Chaque fois que je pense à elle
O suprême créateur
Nous implorons ta justice
Sois un soutien pour nous
Délivre-nous des tourments. »

«J’avais un jardin incomparable aux pousses drues et vigoureuses
Que Dieu protège ses richesses
Un mur le fermait et l’abritait...
Maintenant qu’un torrent y fut dirigé
l’éboulement a tout emporté
Il n’en reste aucune trace.»

Si Mohand avait émis le souhait d’être enterré à Askif N’Temana, une localité de la Haute Kabylie, ce qui a été réalisé grâce à son ami le poète Si Youcef, qui s’était chargé des funérailles. Mais le souhait le plus cher au poète qui a été formulé en vers et en toute inconscience s’est révélé plus tard une vérité absolue. En voici son voeu:

«Ceci est mon poème
Plaise à Dieu qu’il soit beau
Et se répand partout
Qui l’entendra l’écrira
Ne le lâchera plus
Et le sage m’approuvera.»

Abdeslam AOUDÈNE

Liberté - 17 mai 2006

Une fin en apothéose à Icheraiouen

Le destin de Si Mohand u M’hand est scellé dans l’exil et l’errance au lendemain de sa rencontre tant attendue avec cheikh Mohand Oulhocine.

De leur vécu, les deux hommes se vouaient mutuellement une déférence irréprochable à distance. Le poète décida un jour d’aller rendre visite au cheikh. Un des serviteurs annonça au saint de la zaouïa l’arrivée du meddah. “Cet homme n’est pas un meddah, c’est un sellah (bienfaiteur)”, rétorqua le vénéré cheikh. Cette réponse lourde de sens se veut en fait un signe fort du grand respect et l’esprit fraternel qui lient les deux personnages. Si Mohand cachait même sa pipe de kif dans le buisson avant de venir à la rencontre du vertueux homme. Cela signifie la parfaite considération qu’exprime le poète pour le cheikh. Le premier échange de mots est une déclamation de poèmes exécutée excellemment par Si Mohand. “Pour le départ, prépare le viatique. Malade est mon cœur. Ce pays va changer d’homme…”, lança-t-il.

Cheikh Mohand Oulhocine était surpris par des poèmes aussi sublimes. Il demanda alors au poète de lui répéter les vers. Mais Si Mohand u M’hand lui fera comprendre qu’il ne répète jamais les vers qu’il a déjà déclamés. Devant le refus du poète, la discussion a pris une autre allure.

La rencontre des deux bardes s’est terminée par une sorte de propos qui présageaient à Si Mohand u M’hand un exil loin des siens. Et comme l’avait prédit cheikh Mohand Oulocine, Si Mohand u M’hand sera enterré dans une terre d’asile “Asequif n’tmana”, un 28 décembre 1905.

Une célébration loin  des circuits officiels

Après 1857, le village d’Icheraiouen où il naquit vers 1845 fut rasé et à son emplacement fut édifiée la citadelle du Fort National (Larbaâ Nath Irathen actuellement). L'autorité militaire attribua aux habitants un terrain à 10 km au nord, près de Tizi Rached, qui appartenait à une zaouïa. En cette année 2006, le centenaire de la disparition du poète de l’errance a été célébré dans différentes régions du pays.

C’est ainsi qu’un colloque ayant pour thème “Un poète, une œuvre, une société” a été organisé à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Errant sans abri et sans destination, il a laissé une poésie qui témoigne d’une époque, d’une histoire, mais aussi d’un peuple. Le comité national de la préparation du centenaire a atteint son objectif après 5 mois d’activités sans l’assistance des pouvoirs publics. Younès Adli, écrivain, l’un des initiateurs de cette action, déplore l’indifférence du ministère de la culture et des collectivités locales qui n’ont pas apporté l’aide nécessaire.

La clôture du centenaire a été fêtée en apothéose sur la terre natale du poète, au village Icheraiouen, à Tizi Rached. Le comité du village, représenté par MM Nebri Achour et Khris Mohand Saïd, respectivement président et SG, a, à ce propos, organisé au centre culturel de Tizi Rached, des conférences animées par M. Ali Sayad, anthropologue, professeur à l’université de Metz (“amitié et fidélité dans l’œuvre de Si Mohand u M’hand”), M. et Mme Malika et Idir Ahmed Zaid (“Si Mohand et Mohia”). Le bilan et les perspectives du centenaire résument également le thème d’une autre conférence animée par MM Younès Adli et Ali Maameri.

La journée a été clôturée par la traditionnelle waada, organisée par le comité du village d’Icheraiouen où une dizaine de moutons, provenant d’amis et de citoyens, ont été sacrifiés à cette occasion.

Badreddine K.

Le Soir d'Algérie - 16 mai 2006

L'hommage de la terre natale

Le village Icheriouène, arch des Ath Irathen, a abrité les festivités marquant la clôture du centenaire du poète errant, Si Muhend u Mhand. A l’initiative du Comité national de préparation du centenaire (CNPC) et le comité du village, la cérémonie de clôture de ce centenaire, dont le coup d’envoi des travaux a été donné en décembre dernier à Alger puis poursuivi à travers plusieurs régions du pays (Akbou, Oran, Boumerdès) en plus du colloque international de Paris, a été marquée par l’organisation de plusieurs conférences, une projection de film de Amar Arab intitulé Si Muhand 1857 et une déclamation publique de la poésie de Si Muhend avec la population locale et les nombreux invités.

Et pour donner un caché festif et rituel à cette cérémonie de clôture, le comité du village a offert une grande waada ponctuée par une veillée avec les “khouanes”. Quel serait donc le meilleur hommage à rendre à Si Muhend u Mhand que d’organiser la clôture du centenaire au sein de ce village, qui a vu naître le poète errant, déporté par l’armée coloniale en 1857. Younes Adli, écrivain et fondateur du CNPC, a rappelé toutes les actions qui ont marqué la célébration du centenaire et a donné toutes les projections à tracer à l’avenir pour réhabiliter le barde et le poète errant.

Deux demandes pour baptiser un site au nom de Si Muhend ont été déposées au niveau des wilayas de Tizi-Ouzou et d’Alger. Une œuvre théâtrale de la poésie de Si Muhend d’une durée d’une heure trente est fin prête et en exclusivité, une nouvelle production cinématographique retraçant le personnage et l’œuvre du poète sera sur les écrans d’ici deux mois. Le comité national a également prévu la réédition des ouvrages et l’édition de support magnétique (CD) regroupant des voix masculines et féminines déclamant dans les trois langues (kabyle, arabe et français) la poésie de Si Muhend.

Et fait inédit, Algérie Poste a émis un timbre à l’effigie du poète errant. La célébration du centenaire a été marquée par l’organisation, pour la première fois, à Paris d’un colloque international sur la vie et l’œuvre de Si Muh. En marge de ce colloque, le comité national a appris que l’œuvre du poète est enseignée à Milan (Italie), le même enseignement se fera au Maroc et des promesses pour vulgariser l’œuvre et le personnage de Si Muh jusqu’au Brésil. Par ailleurs, on a appris que l’idée de célébrer le centenaire d’un autre philosophe kabyle qui aura vécu à la même période que le poète errant, en l’occurrence Si Muhend ou Lhocine, serait sur la bonne voix.

Younes Adli lance un appel à toutes les bonnes volontés pour graduellement, aller à la concrétisation de ce projet. Intervenant lors des travaux de clôture du centenaire, Idir Ahmed Zaïd, universitaire, a élucidé les conditions de formation de l’aède Si Muhend. Le conférencier a montré comment des ruptures historiques et sociétales ont enfanté le poète qui s’inscrit dans le vaste champ de la tradition orale kabyle et africaine d’une manière générale.

Pour M. Ahmed Zaïd, le poète lui-même va être un agent social, générateur de ruptures, dans la structure même de la poésie kabyle, dans la thématique abordée habituellement par la poésie kabyle traditionnelle et par rapport au lieu même de la production poétique, lieu même de la recherche de la perfection et de l’éloquence, de la réthorique… Ces ruptures sont essentiellement, selon Idir Ahmed Zaïd, historiques, sociales et culturelles résultant d’une campagne d’occupation et de pacification de la Kabylie.

Sur un tout autre sujet, Mme Malika Ahmed Zaïd a situé les similitudes et les dissemblances qui existent entre deux poètes Si Muhend et Muhya. “Il y a eu emprise de l’histoire sur les deux hommes”, dira la conférencière qui a longuement disserté sur les deux hommes, deux époques, frappés d’un même destin et qui vont être en rupture par rapport à la tradition kabyle.

J-L Hassani

Liberté - 4 avril 2006

Quelle place pour Si Mohand u M’hand dans le programme scolaire ?

“Si Mohand u M’hand, un poète, une œuvre, une société” est le thème d’un colloque qui s’est ouvert, avant-hier, à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Organisée par l’association qui porte le nom du poète, la rencontre a vu la participation d’une brochette d’écrivains et d’enseignants universitaires.

Dans une allocution d’ouverture, Ould Ali L’hadi, directeur de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, a mis en exergue l’importance que revêt ce genre de manifestations pour faire connaître tous ceux qui ont marqué de leur empreinte la culture algérienne.  “Cette rencontre se veut une occasion d’hommage, de débat et de bilan. D’hommage parce que l’homme célèbre est et demeure une icône de notre histoire récente. Sa poésie aide à fixer quelques repères historiques et contribue à rétablir bien des vérités.

De débat, qui sera animé par des communicants de renom entre universitaires, hommes de culture et militants. Chacun y apportera un éclairage sur une période très mouvementée de notre passé, sur un homme à l’héritage si consistant et sur une société qui continue à s’y identifier, aussi bien au passé qu’à l’homme en tant qu’acteur. De bilan, qu’il faudra dresser sans complaisance car le poète est au centre de plusieurs débats allant de la poésie à l’histoire en passant par la littérature, la sociologie et l’anthropologie.”

Des questionnements persistent et nos honorables conférenciers tenteront d’apporter les réponses. M. Ould Ali rappellera que cet événement s’insère dans un programme global étalé sur une année et qui commémore le centenaire du barde. “Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu et ce colloque vient clôturer cette occasion particulière. Car le témoin d’une époque que fut Si Mohand u M’hand mérite de retrouver la place qui lui revient dans l’histoire de notre pays. Son œuvre gagnera à être vulgarisée et enseignée dans tous les paliers de l’enseignement. Aussi, nous participons activement, aux côtés d’acteurs, de militants et d’hommes de culture, à l’initiative visant à classer l’œuvre de Si Mohand u M’hand et de cheikh Mohand Oulhocine au niveau de l’Unesco, comme patrimoine universel.”

Inaugurant le cycle de conférences, Bali Madjid, enseignant, a souligné : “Si Mohand u M’hand est et demeure le plus connu et reconnu de nos poètes. Un siècle après sa mort, son œuvre autant que son mythe se perpétuent.” Pour sa part Youcef Merahi, secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), a indiqué que l’œuvre du barde n’est pas épuisée à ce jour avant de s’interroger : “Quelle place pour ses poèmes dans le cursus scolaire ?” Lui succédant, Saïd Chemakh, enseignant à l’université de Tizi Ouzou, a consacré son exposé à “Thamurth dans la poésie de Si Mohand”.

La journée d’hier a été marquée par l’animation de quatre communications. Ghobrini Mohamed, ancien journaliste, actuellement conseiller à la communication au bureau des Nations unies à Alger, a parlé de son dernier livre Dialogue de géants, un montage poétique imaginaire entre Si Mohand u M’hand et cheikh Mohand Oulhocine. Rachid Mokhtari a revisité les isefras de Si Mohand dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil. De leur côté, Abdennour Abdesselam, linguiste, et Madjid Rabia, poète, ont développé respectivement deux thèmes, à savoir “L’étude comparative Si Muhand u M’hand-Baudelaire” et “Si Muhand u M’hand et cheikh Mohand Oulhocine”.

En marge de ces conférences, une vente-dédicace de livres et de recueils de poésies a eu lieu dans le hall de la Maison de la culture. La projection du film Si Muh, l’insoumis et son making-off était également au programme.

A. TAHRAOUI

Le Jeune Indépendant - 4 avril 2006

La poésie de l’errance

A Si Muhend anwi-k id yerran, a twalid zman, ma k-ghiden widen yettrun. L’hommage d’un géant de la chanson kabyle à un célèbre poète ayant la même langue d’expression était le vœu du regretté Slimane Azem, qui avait compris que Si Muhend U M’hend avait encore un rôle à jouer et qu’il avait encore beaucoup à dire si la mort ne l’avait emporté.

En cette année 2006, le centenaire de la disparition du poète de l’errance a été célébré dans différentes régions du pays. C’est ainsi qu’un colloque ayant pour thème «Un poète, une œuvre, une société» a été organisé à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, dimanche et lundi derniers.

L’association Si Muhend U M’hend, qui travaille à ce point depuis près d’une année, a finalement réussi à le réaliser. Tous les participants se sont accordés à dire que l’immense héritage du poète ne pouvait être résumé en deux jours de débats et d’échanges.

Si Muhend a découvert sa passion et laissé exprimer son génie après les incursions coloniales de 1857 qui avaient totalement déchiré sa famille, celle des Aït Hamadouche. Son village natal, Icharïouene, dans le aârch de Tizi Rached, a été complètement rasé par les occupants et son père exécuté.

Sa mère s’était alors réfugiée dans un autre village avec son frère cadet, tandis que son grand frère quittait le pays en famille pour s’installer en Tunisie. A l’âge de douze ans, Muhend se retrouvait seul, dans un monde dominé par la loi du plus fort et où l’Algérie subissait les affres de la colonisation française.

Livré à lui-même et n’ayant personne à ses côtés, Si Muhend commence son voyage d’errant. Il lance ses sentences un peu partout et récite des poèmes en chaque circonstance. Il ne répétait jamais ce qu’il avait déjà exprimé. C’est pour cette raison qu’il avait eu des problèmes avec chikh Muhend U L’hocine qui lui avait demandé un poème déjà récité à l’occasion de leur première rencontre.

Comme le poète s’était refusé à accéder à cette demande, chikh Muhend s’était mis en colère et lui avait «jeté un sort» : celui de mourir errant et d’être enterré à Aseqif N t’mana, un cimetière réservé aux étrangers, dans la région d’Icharïouène.

Durant toute son «errance» sans répit, Si Muhend a traversé plusieurs villes d’Algérie, de Tunisie, avant qu’une maladie suivie d’une hospitalisation à l’hôpital des sœurs blanches d’Aïn El-Hammam ne l’emportât. Il a rendu l’âme le 28 décembre 1905.

L’errant sans abri et sans destination laisse une poésie qui témoigne d’une époque, d’une histoire, mais aussi d’un peuple. Si Muhend avait crié sa misère, les souffrances de son peuple, son destin malheureux, son aventure. Ses malheurs ne l’ont pas empêché d’écrire des poésies sur l’amour, la femme et l’espoir.

Les conférenciers ayant participé au colloque ont basé leurs interventions sur les éléments de la personnalité de Si Muhend u M’hend, sur son art, miroir de son peuple, et sur la langue qu’il utilisait, sans crainte ni peur. Huit communications sur l’œuvre du poète ont été données par des chercheurs et des hommes de lettres.

Ainsi, Bali Madjid avec «Si Muhend, l’intemporel», Youcef Merahi avec «Laissez Si Muhend à son mythe», Saïd Chemmakh à travers le thème «Tamurt dans la poésie de Si Muhend et Muhend», Akli Salhi avec «Si Muhend et la poésie kabyle d’aujourd’hui…» A noter également la communication de Ghobrini Mohammed ayant pour thème «Si Muh u M’hend/ Chikh Muhend : dialogue des géants» et celle de Rachid Mokhtari «Les isfras de Si Muhend dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil».

Le colloque a été agrémenté de ventes dédicaces de certains ouvrages, comme ceux de Rachid Mokhtari, de Youcef Merahi, de Mohammed Ghobrini ou de Boualem Rabia. Des montages poétiques ainsi que la projection du film Si Muhend U M’hend, l’insoumis ont également été du programme.

Les travaux du colloque ont été clôturés dans l’après-midi d’hier, après d’ultimes débats.

T. Drifa

Liberté - 2 avril 2006

Si Mohand u M’hend, un poète, une œuvre, une société

La maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou abritera, aujourd’hui et demain, un colloque consacré à la vie  et à l’œuvre du poète Si Mohand u M’hend. Le programme de cette manifestation  à laquelle devraient prendre part des écrivains et enseignants universitaires prévoit huit communications.

Une projection du film Si Mohand u M’hend l’insoumis, une exposition permanente et une vente-dédicace de livres et recueils de poésie en présence de MM. Rachid Mokhtari, Youcef Merahi, Mohamed Gobrini, Abdennour Abdesselam et Boualem Rabia seront également au menu.

Né au courant de l’année 1845, à Icheraïouène, l’un des villages composant l’agglomération de Tizi Rached, Si Mohand u M’hend a connu l’exil dès sa tendre enfance.

En 1857, le général Randon, chargé de réduire le Djurdjura à sa juste expression, fait exproprier les habitants et raser le village du poète afin de bâtir sur son emplacement Fort Napoléon, qui deviendra plus tard Fort National, aujourd’hui Larbaâ Nath Irathen. Après l’insurrection kabyle de 1871, à laquelle les Ath Hamadouche prennent part activement, ses parents, qui étaient représentants de la Rahmania pour les Ath Irathen, sont, à l’instar de tous les autres insurgés, durement réprimés. Cheikh Arezki, son oncle, est déporté en Nouvelle Calédonie, Saïd, le frère de Arezki, s’enfuit en Tunisie, le père de Mohand, Ameziane, est exécuté à Fort National. Le futur poète a failli y passer lui aussi. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier de l’armée française qui avait jugé sa mort “inutile”. Tous les biens des Ath Hamadouche seront séquestrés. Ils se sont alors dispersés en se réfugiant dans d’autres hameaux limitrophes.

La mère du poète, Fatima n’Ath Saïd, se retire à Icheraïouène, avec Meziane, le plus jeune de ses enfants. Akli, son frère aîné, se rend en Tunisie avec l’essentiel de ce qui restait de la fortune paternelle qu’il emporta avec lui. Resté seul, Si Mohand va désormais commencer une vie d’errance. De Kabylie à Tunis via Alger, la misère de ses concitoyens kabyles exilés a réveillé en son âme l’inspiration de rimer des vers. Le barde ne chantait pas l’exploit des héros mythiques mais le mal-être des Algériens des débuts des “bienfaits” de la colonisation et la nostalgie d’une époque perdue à tout jamais. Sa poésie spontanée, limpide et puissante a enchanté des générations entières.

Certains de ses vers ont été “érigés” en proverbes tellement ils étaient, et sont encore, significatifs. Si Mohand u M’hend est le poète kabyle de la tradition orale le plus célèbre et le plus documenté. Atteint d’un mal incurable et empirant de jour en jour (un abcès au nombril, selon Dermenghem, une gangrène au pied, dit le poète), Si Mohand rendra l’âme le 28 décembre 1905. Il est enterré à Asqif n’Tmana, près de Aïn El Hammam, selon la parole prophétique du cheikh. De nombreux ouvrages ont été consacrés à sa vie et à son œuvre, lui qui a souffert de la méchanceté et de l’incompréhension des hommes.

Comme l’écrivait Mouloud Feraoun dans Les poèmes de Si Mohand, le poète découvre avec effroi qu’il n’est lui-même qu’une illusion et qu’il n’y a de vrai que le Créateur.

À ce sujet, Si Mohand u M’hend disait : “Ô Dieu, aie pitié de moi/Je suis celui à qui tu as ôté la vie/Et qui n’attend plus rien de ce monde…/Mon Dieu, tu es le roc éternel/Et moi l’invisible poussière/Que le vent en a arrachée…”

A. TAHRAOUI

L'Expression - 1er avril 2006

Si Muhend U’Mhend revient cette semaine

Le poète est entré dans la légende de son vivant avec, gravée dans la mémoire, sa rencontre avec Ccix Muhend U Lhocine.

Si Muhend U’Mhend, ce barde de la Kabylie dont le nom est passé à la postérité, revient cette semaine avec le colloque organisé sous l’égide du ministère de la Culture, en collaboration avec la Maison de la culture Mouloud-Mammeri et l’association culturelle Si Muhend U Mhend, et ce, les 2 et 3 avril prochain.

L’ouverture de l’exposition se fera aujourd’hui et la cérémonie d’ouverture demain. Suivront ensuite, et le même jour, une communication avec Madjid Bali sous le thème «Si Muhend l’intemporel», M.Youcef Merahi interviendra, lui, avec une communication sous le thème : «Laissons Si Muhend à son mythe», puis le Dr Chemakh interviendra avec une conférence sous le thème «Tamurt dans la poésie de Si Muhend».

Le lendemain 3 avril, plusieurs communications sont prévues telles «Si Muhend U Mhend et Ccix Muhend: dialogue de géants», «Les Isefra de Si Muhend dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil», et enfin, une projection du film: Si Muhend U Mhend, l’insoumis!»

Rappelons que le barde kabyle est né à Icheraiouene, un village de l’agglomération de Tizi Rached en 1845, fils de Muhand Ameziane N’ath Hamadouche et de Fatma Ath Saïd. Il serait décédé en 1905 des suites d’une gangrène au pied alors que d’autres parlent d’un abcès au nombril. Le poète disait toujours qu’il «était atteint d’un mal incurable».

Il est enterré au cimetière d’Aïn El Hammam à Asquif N’temana. Si Muhend U Mhend a quitté la Kabylie après le rouleau compresseur des armées d’occupation avec le maréchal Randon vers 1857.

L’armée d’occupation fit raser Icheraiouene et bâtit sur son emplacement le Fort Napoléon devenu, plus tard, le Fort National et enfin, Larbaâ Nath Irathen. Après cet événement, les parents de Si Muhend s’installent à Sidi Khelifa, un petit hameau près d’Ighil Gherfi dans les environs de Larbaâ Nath Irathen.

Les parents de Si Muhend devaient d’ailleurs venir avant cela de Aguemoune, un autre village de Larbaâ Nath Irathen pour fuir une vendetta avant de s’installer à Icheraiouene. Les Aït Hamadouche prirent une part active lors du soulèvement de 1871. Ces derniers étant les représentants de la confrérie de la Rahmania pour les Ath Irathen. Aussi, et à l’instar de tous les autres insurgés, ils furent impitoyablement réprimés. Cheikh Arezki, l’oncle de Si Muhend est déporté en Nouvelle-Calédonie, Saïd, l’autre oncle, s’enfuit en Tunisie, Mohand Ameziane, le père, est exécuté à Fort National et Si Muhend lui-même ne dut la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier français qui a jugé «sa mort inutile».

Les biens des Aït Hamadouche furent placés sous séquestre et la famille se dispersa en trouvant refuge dans les autres villages. La mère de Si Muhend, Fatma N’ath Saïd, se retire à Icheraiouene avec Meziane le plus jeune des enfants, Akli, son aîné se rend en Tunisie où il fonde un foyer et acquiert un petit magasin et une fermette. Si Muhend, définitivement «libéré» des contingences, parcourut la région entre la Kabylie et la Tunisie en chantant ses poèmes et en vivant d’expédients. Si Muhend chantait le quotidien et aussi la nostalgie des temps anciens. Spontanée, simple, limpide mais très puissante, sa poésie a enchanté des générations.

Le poète est d’ailleurs entré dans la légende de son vivant avec, gravée dans la mémoire, sa rencontre avec Ccix Muhend U Lhocine. Une vie d’errance et de privations le mena à l’hôpital des Soeurs Blanches de Michelet (Aïn El Hammam) où il mourut le 28 décembre 1905. Aujourd’hui encore, ses poèmes transmis de bouche à oreille et transcrits aussi bien par Feraoun que par Mammeri pour les modernes, sont encore égrenés par les jeunes et moins jeunes.

A. SAÏD

Poèmes de Si Mohand

Isefra (poèmes)

[Transcription de Mouloud Feraoun]

- 1 -

Ceci est mon poème;
Plaise à Dieu qu'il soit beau
Et se répande partout.
Thikelta ad hhedjigh asfrou
Oua lahh addlhhou
Addinaddi ddeg louddiath.
Qui l'entendra l'écrira,
Ne le lâchera plus
Et le sage m'approuvera :
Oui thislan ar dha thiarou
Our as iverou
Oui ilan ddelfahhem izrath :
Que Dieu leur inspire pitié;
Lui seul peut nous en préserver :
Qu'elles nous oublient, nous n'avons plus rien !
An helel Rebbi athet ihheddou
Ghoures ai neddaou
Add vaddent addrim nekfath.


- 2 -

Ce siècle fait fuir
Qui a enrichi les chiens
Vous êtes brisés, ô nobles coeurs !
El qern agi iserhhav
Ddeg revhhen leklav
Therzem  ia oulad bab allahh.
Je dois aux méchants mes cheveux blancs,
Ma raison m'a abandonné,
Je suis "le fils dépravé".
Selmahna ensen aï nechav
Dderaï iou ighav
Semani edaria malahh.
Il faut donc me résigner
Puisque le lâche se fait craindre
Tant pis, ô mon âme, tant pis !
Djigh echi netalav
Mi ddouddaï mouhhav
Chahh ! a raï ou, chahh !

Si Mohand Ou M'Hand, Errance et révolte
(Poésie) - Auto édition, Alger, 2000


Isefra (poèmes)

[Transcription de Younès Adli]

- 1 Résistance : n°74 page 171 -
Les règles sont désormais perverties,
C'est ainsi établi
Les vils ont pris le dessus.
Ddenya fmedden tfusel
Di lefhem yetnesel
Zwamel bedlen tikli
Tous les hommes bien nés
Ont pris la forêt
Bravant les affres de l'adversité
Krabbw'illan d lasel
Di lghaba yehmel
âaryan talab'ur telli
Dieu a ainsi destiné ce siècle
Qui nous enserre dans l'inquiétude
Jusqu'à trébucher à chaque pas.
Lqern akk'i t id yersel
deg-wnezgum nehsel
mi nger aqeddam neghli.

- 2 Conseils : n°52 page 43 -
Toi l'intelligent,
Ne sois jamais
De la compagnie de l'homme hautain
A lfahem a k-nxebber
Albâad ma meqwer
Ur ttili deg tayfa-s
Si tu lui fais appel
Il ira crier sur tous les toits
Et te méprisera à outrance
Ma tqesd-t ur k-itesser
Ad yezg a k-ihqer
Hsut iâeda tilas
Alors, sois humble
Eloigne-toi de lui
Apprends à oublier même le paradis lorsqu'il te rejette
Ma tellid d uhdiq wexer
Xir baâed meqar
Igenet ma tugi-k anef-as

- 3 La femme : n°13 page 91 -
Mon cœur pensif
S'étonne des réalités
Et jure de ne plus s'égayer
Ata wul-iw yetpensi
Yegul ur yedsi
Yetewhim i lehqayeq
Me voilà forcé de partir
Sans le sou
Sans revoir ma bien-aimée
Rhil ad ruhegh forsi
Adrim ixusi
Abrid ar taâzizt yeghleq
Elle se priva de dîner
Elle éclata en sanglots
A s'étouffer.
Wellah ma tecc imensi
Ala imeti
Imi nsel ala tnehheq

Liberté - 11 octobre 2000
[Lire aussi]

Poésie : Si Mohand ou M’hand ouvrira le cycle "Regard sur les figures de notre culture" du HCA

Le célèbre poète amazigh, le bohême et vagabond Si Mohand ou M’hand, ouvrira un cycle de conférences et de rencontres culturelles intitulé "Regard sur les figures de notre culture" que se propose d‘organiser le Haut commissariat à l’amazighité (HCA) dans le cadre de son programme pour l’année en cours. Ainsi,une journée d’études sera consacrée le 12 octobre prochain au Centre de loisirs scientifiques au plus illustre des figures de la poésie orale amazighe de la fin du XIXe siècle.

L’œuvre du poète, son itinéraire, sa vie de vagabond et de bohême ainsi que le contexte sociohistorique qui a vu naître son génie,feront l’objet de plusieurs conférences et d’un débat qui vont réunir d’éminents spécialistes et universitaires.

Fascinant, adulé mais aussi honni, Si Mohand ou M’hand dont les œuvres ont été réunies et présentées au large public, grâce à un travail de longue haleine entrepris par feu Mouloud Mammeri, a légué un héritage littéraire des plus précieux en amazigh. Son œuvre est un reflet de la société algérienne de l’après-guerre insurrectionnelle de 1871.

Si Mohand ou M’hand Ath Hamadouche est né vers 1845 à Icheraoun,près de Tizi Rached. Sa famille s’engage dans la révolte de 1871 dirigée par cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie. Son père a été fusillé et sa famille se trouvera tout de suite ruinée et anéantie.

Depuis, le futur poète ne cessa d’errer de ville en ville et de hameau en hameau à travers l’immense Kabylie, prenant très vite goût à cette vie de troubadour au point où ni le mariage ni la vie de famille ne réussirent à le "fixer". Le mythe du poète errant est ainsi né, il continuera dans cette voie jusqu’à sa mort dans un hôpital de Sœurs blanches en 1905.

Deux autres figures de culture algérienne contemporaine seront au rendez-vous dans le cadre de ce cycle :le musicien et compositeur Iguerbouchen, mort en 1954 et dont l’œuvre est mondialement reconnue, et le chanteur populaire et non moins troubadour ,Aïssa Djermouni dont les chansons de melhoun chaoui continuent, après plus d’un demi-siècle de sa disparition, à retentir dans les fêtes de mariage de Aïn El Beïda et des Aurès, jusqu’à nos jours.

Le quatrième festival Si-Mohand-Ou-M’hand

Le quatrième festival Si-Mohand-Ou-M’hand s’est ouvert à Tizi-Ouzou le 16 août 2000. Pendant trois jours, les daïrates de Larbâa Nath Irathen et Tizi-Rached organisent diverses festivités. Le festival rend hommage à Cheikh Noureddine et aussi à Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, et à  Si Mohand-U-M’hand, Cheikh Mohand Ou l’Hocine, Matoub Lounès et Ahcen Mezani.

Le Matin - 10 février 2003

Cinéma. Sur les traces de « Si Mohand U M'hand »

«Si Mohand existe ! Je l'ai rencontré ! Et il parle kabyle », annonce Yazid Khodja. Une affirmation triomphante d'un producteur, qui, au terme d'un long compagnonnage avec un personnage, près d'une décennie à fréquenter un poète à travers lectures et recherches, voit son rêve devenir réalité, ou presque. Car il s'agit de cinéma, un entre-deux, entre fiction et réalité, entre industrie et art. Une équation d'emblée difficile, qui tient ici de l'entreprise périlleuse.

Tout commence, en 1995, à la lecture d'un scénario écrit par Rachid Soufi, occupé le reste du temps à donner de la cohérence à des mètres de pellicules. Yazid Khodja rachète les droits du texte. Vingt pages qui vont signer le début d'une odyssée, une sorte d'errance qui rejoint le destin du poète. Deux ans plus tard, sa société de production Prime Kamera signe un contrat de partenariat avec l'Entreprise nationale de production audiovisuelle (ENPA) qui apportait dans le panier de la mariée, matériel de tournage, le savoir-faire de ses techniciens et la mise à disposition de son laboratoire. Une union qui ne dura pas, suite à la mise à mort par décret de l'ENPA (mais également du CAAIC et de l'ANAF). Le matériel cinématographique est mis sous scellés, le fonds du FDATIC (Fonds de développement de l'art, de la technique et de l'industrie cinématographique) est gelé Retour à la case départ.

Pour ne pas faillir à la règle nationale qui veut que la production des oeuvres de l'esprit coïncide souvent avec cérémonies et commémorations, les « réjouissances » du Millénaire d'Alger, menées tambour battant par Chérif Rahmani, viendront « ressusciter » Si Mohand U M'hand en 2000. Yazid Khodja ressort son projet de film et bénéficie d'une aide financière. Le gouverneur d'Alger promet la mise à disposition du matériel cinéma, mais il passe la main au printemps.

La parenthèse dure deux années et ne se referme qu'à la faveur des préparatifs pour l'Année de l'Algérie en France.

Si Mohand U M'hand sera retenu sur la première liste des longs métrages qui en compte sept. Sept millions de dinars seront ainsi ajoutés à la cagnotte d'un film qui tarde à démarrer.

En panne de matériel, le projet connaît un turn-over important de réalisateurs candidats à mettre en scène le scénario de Khodja. Tenu par des engagements fermes avec ses partenaires, ce dernier n'attend plus. Il ira chercher son matériel dans l'Hexagone loué pour 2,5 millions de dinars, confie les rênes de la réalisation à Rachid Benallal, la direction photo à Allel Yahiaoui et la direction d'acteurs à Sonia. Il donne le premier tour de manivelle le 29 décembre 2002.

Après moult mésaventures et contretemps, Si Mohand U M'hand qui « habite » Yazid Khodja depuis huit longues années, prend forme. Aujourd'hui, à quatre semaines de la fin du tournage, le film a consommé près de 4 500 m de pellicules et réalisé trente minutes d'images utiles. Au final, cent minutes et 54 millions de dinars pour conter la vie et l'oeuvre de ce poète du XIXe siècle qui sera incarné par Dahmane Aidrous.

Mais le producteur n'est pas au bout de ses peines. Le film, qui sera fin prêt pour juin 2003, fait face aujourd'hui à un autre problème. Le commissariat général de l'Année de l'Algérie en France exige le remboursement de l'aide accordée, arguant du fait que le contrat (qui stipule réception du film fin décembre 2002) n'a pas été respecté.

La polémique de la semaine est l'oeuvre de Younès Adli. Conseiller littéraire et historique, mais également dialoguiste dans le film, il se refuse d'« être complice de ce gâchis ». Son problème ? La langue. Pour Younès Adli, le réalisateur (auquel il ne reconnaît que ses qualités de chef monteur), tout autant que la directrice d'acteurs ne maîtrisent pas la langue, kabyle s'entend. Il estime ne pas être « en mesure de prendre les responsabilités en tant que conseiller et créateur de dialogues sans avoir les moyens de les exercer ». En clair, Adli estime indispensable sa présence sur un plateau où l' « équipe qui encadre les comédiens ne parle ni ne comprend le kabyle ».

Des propos que Yazid Khodja qualifie d' « inélégants » qui « frisent le racisme ». A cela il oppose le fait que « le choix des collaborateurs n'a été guidé que par la connaissance de la langue kabyle, nous avons privilégié l'expérience et la compétence dans le domaine cinématographique » et que « le principal porteur de la langue, c'est le comédien, et tous les comédiens à l'exception de certains rôles sont berbérophones et originaires de Grande Kabylie ». Il rassure « ceux qui s'autoproclament les gardiens vigilants de la langue et des dialogues que ce qu'il y a lieu de préserver et de transmettre, c'est la poésie de Si Mohand. Et là, il n'y a pas risque de mauvaise traduction, les pères tutélaires de l'amazighité, Boulifa, Feraoun, Mammeri, veillent ».

Alors crise de « paternité » ou de dialogues ? Ces derniers sont à présent confiés à Boualem Rabia, Younès Adli refusant de livrer les siens.

Yasmina B.

Liberté - 10 février 2003

Le poète de l’errance

Si Muhand U M’hand reste l’un des grands symboles de l’identité kabyle et l’un de ses plus grands poètes.

Ses œuvres, d’une grande émotion, qualifiées de plus légères que l’air, sont imprégnées de sa grandeur d’âme et de son attachement à ses valeurs ancestrales et à sa terre bénie.

Le poète, éternel errant, vivant d’expédients, a usé d’un verbe tranchant et d’une verve rebelle pour dénoncer les injustices et les souffrances des siens, dépossédés par le colon, affaiblis par la grande famine de 1868 ou piégés dans les enfumades. Il n’hésitait pas à user de poésies pour répondre à toutes ces injustices.

Pourtant, on ne sait que peu de choses de la vie de Si Muhand, et seuls quelques fragments de ses œuvres sont parvenus à nous. Le poète usait de l’oralité et n’écrivait jamais ses poèmes, il était pourtant fin connaisseur de l’arabe littéraire.

Si Muhand est né probablement entre 1840 et 1850 à Larbâa nath irathen, bien que certains soutiennent que son village natal soit incertain.

Son père, Mohand Ameziane-ou-Hamadouch s’était réfugié à Cheraoui, un village rasé par les Français en 1857. Une vie d’aventure et d’errance commença pour le poète vers 1871, à la mort de son père, tué par les français, et à la déportation de son oncle Akli en Nouvelle-Calédonie. Confronté à une grande misère, il préférera adopter une fuite en avant, en allant de village en village, offrant à ses compagnons d’un jour une poésie qui allait marquer la culture berbère par sa force et sa richesse et sera transmise de génération en génération avec bonheur.

Muhand U M’hand avait-il prédit que sa poésie serait éternelle en clamant un jour
“Qui l’entendra l’écrira Ne la lâchera plus et  Le sage m’approuvera” ?
Boulifa, en 1900, et Feraoun, en 1955, tentèrent de sauver son œuvre de l’oubli en la transcrivant. Le poète mourut en 1906 à l’hôpital des Sœurs Blanches, à Michelet.

N. B.

Info Soir - 30 septembre 2004

Si Mohand U M’hend. Le poète rebelle

Enfin, le film Si Mohand U M’hend ! Et à travers cette cinématographie, ce sont la vie et la poésie du rebelle qui sont mises en exergue.

La salle Ibn-Zeydoun a abrité, hier, l’avant-première de Si Mohand U M’hend, l’insoumis, un film coréalisé par Rachid Benallal et Liazid Khodja.

Le film retrace la vie du poète kabyle, Si Mohand U M’hend, à la fois rebelle et errant, et qui a marqué son époque par sa verve poétique.

Une poésie forte, descriptive et lourde de sens. Et c’est grâce à elle que Si Mohand U M’hend, chantre de l’amazighité, est devenu le symbole d’un destin collectif. Son œuvre, comme sa vie, intimement liées, a été perçue par tous comme un signe et un instrument de libération.

Le film dont le dialogue est en amazigh, s’ouvre sur les prémices d’une insurrection qui a été réprimée dans le sang ; ensuite, le film se poursuit en décrivant «la fulgurance nomade de ce poète de génie qui, furtivement, rasait les murs et visitait les villes sans imposer nulle part sa présence, pourtant toujours et partout remarquée et ressentie».

Et à travers ces errances, c’est toute «une vie de poésie sevrée au gré des escales, du vin et de paradis artificiels».

Le personnage ainsi que sa vie et sa poésie constituent la chair essentielle du film. Sa présence, voire sa prestance occupe d’un bout à l’autre le film.

Par ailleurs, cette cinématographie en tamazight s’inscrit dans cette action de promouvoir l’amazighité, donc la culture, la langue et l’histoire berbère.

Né entre 1840 et 1850 à Larbaâ-Nath-Irathen et décédé en 1906 à l’hôpital des Sœur-Blanches à Michelet, Si Mohand U M’hend est considéré, voire défini comme le poète de l’errance et de la solitude.

Effectivement, le poète passait son existence à aller de ville en ville, de village en village pour dire sa poésie à tous ceux qu’il rencontrait. Il disait en vers sa peine et sa révolte, il faisait entendre sa parole d’une grande force et d’une richesse extrême, d’une esthétique exceptionnelle et d’une poéticité fulgurante. Si Mohand U M’hend exprimait une profonde peine dans sa poésie, une tristesse qu’il ressentait à la fois pour sa personne, seule et nomade, et aussi pour les siens.

Douloureusement confronté à une grande misère, Si Mohand U M’hend usait d’un verbe incisif, expressif, d’une verve rebelle pour dénoncer les injustices qu’il a subies, ainsi que les souffrances qu’enduraient les siens, un peuple dépossédé de sa liberté et abusivement exploité par l’administration coloniale.

La poésie lyrique de Si Mohand U M’hend, à l’origine orale, a été transmise de génération en génération, grâce à Boufila (1900), et à Feraoun (1955), et grâce aussi à d’autres qui ont travaillé à transcrire l’œuvre du mythique poète afin de préserver la parole de ce dernier, ce riche patrimoine culturel, une poésie intense et éloquente.

Il est à noter que ce film est un projet de «Djazaïr 2003, une année de l’Algérie en France», mais vu les difficultés financières, il a accusé un retard de plus d’une année. Et après maintes obstacles, le pari est relevé : le film a eu enfin son épilogue.

Yacine Idjer

L'Expression - 30 septembre 2004

Poète étranger dans sa terre

Dédié à Ali Zaâmoum, le film, nous dit-on, est un clin d’oeil à la vie de Matoub Lounès.

«Je voudrais profiter de cette occasion pour vous faire remarquer une heureuse coïncidence. Un film ce soir va naître sur les écrans en même temps qu’on annonce la naissance du Cnca. Espérons donc que le cinéma algérien va renaître de ses cendres. Je crois que le cinéma algérien a vécu ces dernières années le sort de Si Mohand U M’hand, les cinéastes ne sachant plus à quel saint se vouer. Si certains ont continué malgré tout à croire en leurs rêves, d’autres laminés par l’absence de structure à même de faire évaluer le secteur, ont perdu espoir...

J’espère que le film sera à la hauteur du personnage». C’est par ces mots circonstanciels que le réalisateur Rachid Benallal a marqué l’entame de l’avant-première du film qui a fait tant couler d’encre, Si Mohand U M’hand. Une cérémonie qui a drainé une foule de personnalités du monde cinématographique et qui s’est déroulée en présence d’une vingtaine de personnes sur les planches de la salle Ibn Zeydoun entre l’équipe technique et artistique. Retraçant la vie et l’oeuvre de ce poète «insoumis», il nous est révélé à l’écran la légende populaire selon laquelle Si Mohand U M’hand est né d’un pacte avec un ange.

«Parle et je ferai les vers, ou fait les vers et je parlerai». «Je parlerai», répondit le poète. Inspiré du livre de Younès Adli, Si Mohand U M’hand, errance et révolte, le film est aussi l’oeuvre du coréalisateur et concepteur du scénario et dialogue, Liazid Khodja qui affirme en avoir fait «une version partielle et subjective car l’envergure de Si Mohand U M’hand nécessiterait plusieurs films...». Evoquant le portrait de Si Mohand U M’hand, le poète kabyle de la fin du siècle dernier qui aura connu un destin tragique, marqué du sceau de l’errance et de la révolte, Liazid Khodja le qualifiera d’«observateur aigu de ses citoyens. Il a dénoncé toutes les tares des autres». Et d’ajouter: «C’était un insoumis car il refusait de se soumettre aux nouvelles règles de la colonisation. Le texte m’a beaucoup plu car il me permet aujourd’hui d’embrayer, en faisant un clin d’oeil à Matoub».

Une coproduction algéro-franco-marocaine, ce film qui a bénéficié entre autres de l’aide financière de la FAF de l’ordre de sept millions de dinars - soutien controversé - est également dédié à Da Ali Zaâmoum.

Incarné d’abord par le jeune Fodhil Hamla, ensuite par Dahmane Aïdrons, le barde de la culture kabyle apparaît à l’écran comme un poète écorché, éprouvé par le temps ne cessant d’errer dans son Algérie en clamant «je suis étranger dans ma terre!». Il exprimait ainsi le drame d’un pays profondément mis à mal par la conquête coloniale.

Bercé par la musique de Mohamed Guechoud, le film privilégie les décors naturels en pleine montagne à Tizi Ouzou ou au bord de la mer, à l’image d’Azzeffoun.

Les décors étant signés Mustapha Flici, l’espace est rehaussé par la lumière d’un Allel Yahiaoui. Né en 1850 dans la Kabylie, à Tawrit-Mimoun, Si Mohand U M’hand mourut en 1906 alors que la colonisation triomphante s’étendait à tout le pays. Errant d’une région à une autre, notamment à Annaba ou partant en Tunisie revoir sa famille, «l’indiscipliné» trouvera son exil dans la boisson, l’amour et le kif. Mais par-dessus tout, sa vie fut jalonnée de poésies, traduisant ce qu’il y avait au plus profond de son coeur, des coeurs des autres...Le film sera projeté aujourd’hui à 15 heures dans les salles de cinéma, à Béjaïa et Tizi Ouzou.

En présence des comédiens et du staff technique, Rachid Benallal expliquera hier lors d’un point de presse le choix des poèmes par la contrainte horaire. «Nous avons tenté de montrer une facette de ce personnage. Notre appréhension était de comment parler de poésie à travers le cinéma. Notre but était de faire rayonner sa poésie et la rehausser au titre de poète universel comme Verlaine». Ayant connu des déboires, ce film qui date de 1994 a connu maintes «turbulences» liées notamment au refus du commissariat de l’Année de l’Algérie en France de soutenir ce film. A propos du différend qui a opposé le producteur Liazid Khodja à Younès Adli, Khodja dira qu’il regrette qu’Adli ait jugé ou a cru devoir étaler leur problème sur la place publique.

«La vision que j’ai donnée de Si Mhand U Mhand est la mienne, je tenais à la faire prévaloir. C’est ma lecture et ma responsabilité». Ce film, nous indique-t-on, a eu comme référence, principalement le premier recueil de poèmes de Boulifa et le travail de Mammeri. Le devenir commercial du film prendra acte, nous apprend-on, après le mois de Ramadan et notamment dans les différentes villes du pays. Et Liazid Khodja de conclure: «Ce qui m’intéressait c’est la fluidité du récit partant d’une contribution à la langue et d’un combat pour l’amazighité.»

O. HIND

La Nouvelle République - 30 septembre 2004

Le poète mal ressuscité

Le film de Yazid Kodja et Racid ben Allel a enfin vu le jour. aprés une longue attente. Si MOHAND U m’hand a été projeté mardi soir à la salle Ibn Zeydoun de l’Office Riadh El Feth «Le film coincide avec la naissance du centre national de cinéma» lance d’emblée le co réalisateur du film, Rachid Ben Allel. La comparaison n’est pas fortuite, les deux projet ont en commun, un long retard inexpliqué et non justifié. Pour Lyazid Kodja, le film est le résultat d’un long combat, imposé par le 2ème commissaire de l’année de l’Algérie en france, notamment M. Raouraou, qui a contesté les 7 millions de centimes d’aide alloués au film par son prédécesseur M. Hocine Snoussi. Est-ce là, la cause du retard ? Personne d’autre que le producteur du film ne saurait répondre.

Quelles que soient les circonstances atténuantes de ce retard, Si Mohand est sorti de son mythe pour devenir un homme comme les autres.Un être en chair et en os. Mille excuses Si Mohand, a beau être un être comme les autres, mais il ne l’était pas. Le poète de la Kabylie ne fut jammais comme les autres. Mohand des Ait Amadouche s’est distingué de ses pairs par sa sensibilité, sa grande générosité et surtout sa résistance qu’il a habillement traduit en poèmes gravés dans les mémoires. Contrairement aux tentatives d’autres cinéastes celle de Khodja et Benallel a apporté ses fruits. Grâce ce long métrage, l’ouevre du poète, suavée grâce aux anciens et plus récément grace aux livres de Mouloud Feraoun, vient d’être présentée au large public. L’acharnement de Yazid Khodja, auteur du texte de Si Mohand U M’hand, l’insoumis est un clin d’oeil tous les résistants de la cause berbère, notamment le rebelle, Matoub Lounès.

Un film sur la vie du poète, c’est aussi un film sur l’identité et la culture amazigh. sur une revendication, à ce jour d’actualité. pendant plus 100 minutes,Yazid Khoja et Rachid Ben Allel ont choisi de raconter une partie de la vie du troubadour. La partie la plus importante considèrent certains car à son retour de la zaouia où il était étudiant, Si Mohand va être confronté aux changementx qui ont secoué sont villages, les montagnes fières du Djurdjura mais aussi des changements qui ont boulversé son pays, soumis au colonialisme.

«L’idée était de dresser un portrait du grand poète Kabyle de la fin du siècle dernier, une des figures les plus complexes de la poésie algérienne. Un poète qui n’a eu d’égard ni envers ses compatriotes, qui vivent et se soumettent au affres du colonialisme, ni envers les étrangers venus d’un pays lointain, asservir les siens».Et on a enfin rencontré Si Mohand, effectivement il parle kabyle. C’est dans la kabylie, dans le village de ait hamadouche, que la caméra de Benallel s’est installée pour reproduire la vie d’une autre époque. La kabylie de la fin du siècle dernier. Si mohand est un jeune homme qui se distingue d’un ncarme particulier. à tel point qui est sujet de convoistise des jeunes filles de son village. seulement le coeur de Mohand ne bat que pour Yamina.

La vie du poète suit son corurt , le plus normalement du monde, jusqu’au jour ou les français se déchainent sur la population kabyle, afin de faire étouffer la résistance. Si Moand perd sa bien aimée et beaucoup des siens. Sa famille se refuge en un premier temps dans un village voisins avant de partir en tunisie. et c’est le début de l’errance pour le poète. Le film qui met en avant plan le côté charmeur du poète et ses différentes aventures, dans les quatres coins d’Algérie, notamment à Annaba et Alger, ne donne pas assez d’importance à son combat contre le colonialisme. Même si dans certaines scènes, dans les prisons, les poèmes patriotiques et dénnonciateurs du colonialisme sont déclamés.

Alger, Annaba, tunis sont des escales importantes dans la vie du troubadour et que les réalisateurs ont tenu mettre en exergue.

Si Mohand U M’hand l’insoumis, c’est l’histoire d’un rebelle qui a vécu toute sa vie sur les routes de la vie, buvant, aimant, se drogant. Pour qui la poésie est une raison d’être. Ce qui ne transparaît pas vraiment dans le film, où la poésie est simplement un espace d’expression.

Moncef B.

Le Soir d'Algérie - 30 septembre 2004

La légende populaire entre mythe et réalité

Pour son avant-première mondiale, le film qui a suscité tant d’engouement et de curiosité avant même son premier tour de manivelle sur la vie et l’œuvre de Si M’hand u M’hand sera, au grand bonheur de ses réalisateur et co-réalisateur respectivement Liazid Khodja et Rachid Benallal, sur les écrans de la Maison de la culture, ce jeudi.

Un film qui a mis beaucoup de temps pour démarrer en raison de multiples tracasseries administratives et après moults mésaventures et contretemps. Si M’hand u M’hand est enfin ressuscité presque un siècle après sa disparition. La légende populaire voudrait que le génie poétique soit né d’un pacte. Un contrat signé avec un ange. Le poète de l’errance s’inscrit entre deux concepts diamétralement opposés, mythe et réalité.

Il est un parfait personnage pour le cinéma, après sa révolte, son aventure, son errance. “Il a fait l’image de l’humaine condition”, comme l’a si bien souligné Mouloud Mammeri. Le producteur, Liazid Khodja, a bien compris, surtout et saisi l’occasion pour “monter” un long métrage qui a pu réunir une pléthore d’acteurs, bien connus maintenant sur les écrans du cinéma berbère, à l’image du troubadour Dahmane Aidrous et de Djamila Amzal, suffisamment bien connue et consacrée comme la “gardienne” du cinéma amazigh. Un film qui, finalement, se conjugue entre plusieurs équations.

Réalité, fiction, art, le producteur, au bout de plusieurs années, a récolté le fruit de “son compagnonnage” avec un poète qu’il a pu rencontré à travers les lectures et les recherches documentaires. Ayant à peine frôlé certains blocages, le film, disons-le, a failli ne pas voir le jour. Des problèmes financiers, du matériel de tournage et mêmes certaines “incohérences liées à la traduction”, toutes ces tracasseries ont réussi à geler le démarrage du tournage prévu normalement pour fin décembre 2002.

Le producteur ira, en personne — histoire de tenir ses engagements — chercher du matériel de tournage en France pour une bagatelle estimée à plus de 2,5 millions de DA. Rachid Benallal s’occupera de la réalisation alors que la direction d’acteurs ira à Sonia et la photo à Yahiaoui Allel. Après donc quatre mois de tournage sur les routes cahoteuses de Béjaïa, le film, qui aura consommé près de 4 500 m de pellicules et réalisé 30 mn d’images utiles, a duré, au final, 100 mn pour un coût global de 54 millions de DA.

Tout “ce courage” pour conter la vie et l’œuvre de Si M’hand d’Ath Hammadouche, né vers 1906 et mort en 1954, d’après Boulifa.

J.-L. Hassani

Info Soir - 1er octobre 2004

Si Mohand U M’hend, un mythe en poésie

Liazid Khodja et Rachid Benallal, les deux réalisateurs du long-métrage Si Mohand U M’hend, l’insoumis, ont tenu, mercredi, une rencontre à la filmathèque Mohamed-Zinet (Riad El-Feth), apportant ainsi quelques précisions sur le film.

Ce qui frappe d’emblée l’attention du public, d’un bout à l’autre du film, c’est, à l’évidence, la dimension poétique que renferme la fiction à travers le personnage de Si Mohand U M’hend.

«Il a été très difficile de faire passer la poésie dans le cinéma, sans pour autant rendre le film plat. Donc il a fallu mener des recherches approfondies pour pouvoir ressortir ce côté très sensible par lequel s’est caractérisé le poète», explique Rachid Benallal. De son côté, Liazid Khodja affirme : «D’abord, il y a eu un travail de choix dans les poèmes ; ensuite, la difficulté était de savoir comment donner corps aux poèmes choisis. Pour cela, on a dû consulter des universitaires et des spécialistes. Les poèmes que nous avons insérés dans le film constituent une réaction à un événement, ils répondent à une situation vécue par le poète. C’est-à-dire chaque poème est un fait en lui-même.»

Il est à mentionner à cet effet que l’œuvre de Si Mohand U M’hend est un récit autobiographique. Chacun des poèmes raconte la vie du poète, ses errances, ses amours, ses révoltes, ses souffrances… Et c’est donc à partir de ça que l’histoire a été constituée avec toute sa poésie.

Par ailleurs, Dahman Aïdrous, celui qui a incarné le personnage de Si Mohand U M’hend vieux, a déclaré que c’était pour lui une responsabilité de bien mener le jeu. «J’étais confiant et j’ai assumé mon rôle, car j’étais très bien entouré», explique-t-il.

Fodhil Hamla, qui a joué Si Mohand U M’hend jeune, a dit que c’était une expérience enrichissante à partir du moment où elle lui a permis d’avoir une autre approche, plus fouillée, du poète. «Pour moi, c’était un plaisir de jouer ce rôle et de rendre mon personnage à la hauteur de Si Mohand U M’hend. Il a fallu que je travaille dur afin de donner le meilleur de moi-même», déclare-t-il.

Si Mohand U M’hend, l’insoumis est un film qui ne montre qu’un seul profil du personnage. «Si Mohand U M’hend a drainé tant de poèmes. Les faire passer dans le film ne pouvait qu’alourdir l’histoire, et puisque le film obéit à des contraintes de temps et d’esthétique, on a du faire un choix au niveau du scénario», souligne Rachid Benallal. Et d’ajouter : «Si Mohand U M’hend est un grand personnage, c’est un mythe, il a une multitude de facettes et pour connaître ce personnage, il faut faire plusieurs films et sur sa vie et sur son œuvre.» «Notre but, et c’est notre choix, c’est d’abord de montrer un personnage cultivé, et surtout donner une vie à un mythe qui fait partie de notre mémoire collective, et faire ressortir et l’aspect humain et l’aspect poétique de Si Mohand U M’hend», reprend Liazid Khodja, ajoutant que «le second objectif est celui de contribuer au combat de l’amazighité et pour la culture et l’histoire berbère».

Faire un film sur Si Mohand U M’hend ne date pas d’hier  c’est un projet qui remonte jusqu’aux années 1990, mais avec la dissolution des entreprises nationales de production cinématographique, et après que le fonds d’aide à la création du ministère de la Culture eut été gelé, le projet n’a pas abouti.  Il a fallu attendre 2000 pour que le film soit soutenu par Cherif Rahmani, à l’époque gouverneur du Grand-Alger. Avec «Djazaïr 2003, une année de l’Algérie en France», le projet devait avoir des subventions, mais ça n’a pas été le cas, vu les quelques différends qui opposaient les promoteurs du projet et le commissaire. Il a fallu collecter des fonds auprès de partenaires comme les services culturels de l’ambassade de France ou encore le centre cinématographique marocain et Canal+ Horizons.

Après moult péripéties, le film sort sur les grands écrans. Il est à noter enfin que cette œuvre  sera projetée à la maison de la culture de Béjaïa et de Tizi Ouzou ; quant à sa carrière commerciale, elle sera entamée juste après le ramadan, précise Liazid Khodja.

Yacine Idjer

Liberté - 2 octobre 2004

La vie du poète kabyle Si Muhand u M’hand sur les écrans

Le film Le Rebelle retraçant la vie du poète errant Si Muhand u M’hand a été projeté à la salle Ibn-Zeydoun de Ryadh El Feth et à la Maison de culture de Tizi Ouzou et de Béjaïa, après des péripéties et entraves liées à son financement et autres tracasseries. Le film coréalisé par Rachid Ben Allel et Yazid Khodja est inspiré du livre de Younès Adli, Si Mohand u M’hand, errance et révolte. Yazid Khodja a aussi signé le scénario et le dialogue.

Le film relate donc la vie intense de Si Muhand u M’hand, qui a vécu des évènements douloureux comme la répression par le colonialisme, des révolutions qui ont éclaté dans la région comme celle de Fatma n’Soumer et Boubelgha entre 1853 et 1857, la révolution d’El Mokrani en 1871, sans oublier le châtiment collectif infligé aux populations qui ont soutenu ces révolutions d’abord en Kabylie, ensuite dans certaines villes algériennes où il a séjourné. Le réalisateur a tenté de reconstituer fidèlement l’époque déjà par le choix du décor et des lieux où a vécu le poète, puis par le choix minutieux des costumes confectionnés après des recherches par Mme Fatiha Soufi, qui estime que les costumes de la région des Aurès et ceux de la Kabylie étaient identiques jusqu’au XIXe siècle.

Les premières scènes du film montrent un jeune homme, Si Muhand u M’hand (interprété par Fodil Hamla), dans le village d’Ichrayouan, sur les hauteurs de Larbâa Nath Irathen, en train de faire une cour assidue à sa bien-aimée Yamina, près d’une source. Le rêve se transforme vite en cauchemar lorsque, apprenant le soutien des jeunes du village à la révolution d’EL Mokrani, les autorités françaises répriment le soulèvement, attaquent le village, tuent le père de Si Muhand u M’hand, réquisitionnent les biens des villageois.

Le poète vit intensément ces douloureux événements et pleure la mort de sa bien-aimée dans un poème poignant.

Sa famille s’étant exilée en Tunisie, le poète mène alors une vie d’errance, habité par le souvenir de la mort et de la destruction. Il est fait référence dans le film à la légende populaire selon laquelle Si Mohand u M’hand est né d’un pacte avec un ange.  “Parle et je ferai les vers, ou fais les vers et je parlerai.” “Je parlerai”, répondit le poète. Depuis, il ne répondit alors plus aux gens que par des vers. Il exerça divers métiers dans différentes villes comme Annaba, écrivain public, ouvrier dans une carrière ou employé dans des restaurants européens.

Le scénario a mis en évidence les grands évènements qui ont marqué la vie du poète comme sa fréquentation de la zaouïa Rahmania où il fit son apprentissage.

Des années passent et le poète suit sa voie faite d’errance et d’instabilité. A l’age adulte (rôle interprété par Dahmane Adrous), il retourne en Kabylie où il rencontre le sage Si Mohand Oulhocine. Il mourut à l’hôpital des Sœurs chrétiennes à Michelet des suites d’une gangrène. Le poète Si Muhand u M’hand, dont la date de naissance est présumée entre 1840 et 1845, est décédé le 28 décembre 1905 dans la ville de Michelet. Adulé et respecté, Si Muhand u M’hand a légué à la postérité des poèmes d’une richesse inestimable transmis de génération en génération par voie orale.

R. C.

Le Soir d'Algérie - 2 octobre 2004

Un délicat ratage

Le projet de réalisation du film sur l'une des figures de proue de la poésie algérienne, Si Mohand U M'hand, a enfin vu le jour. Le projet, il est nécessaire de le rappeler, a survécu à plusieurs turbulences et discordes déclarées entre les parties devant participer à la réalisation de l’œuvre.

Une production retraçant la vie de celui qui demeure la légende éternelle d'une Kabylie rebelle et insoumise. Il a été projeté en avant-première, mardi dernier, à la salle Ibn- Zeydoun. Co-réalisé par Yazid Khodja et Rachid Benallal, le film refait le parcours mi-épique, mi-tragique du forgeron du verbe, du ciseleur du mot : Si Mohand U M'hand. Une destinée hors pair qui a pris naissance précocement. Son talent de poète s'est manifesté après l'invasion coloniale, l'exécution de son père et la dispersion de sa famille.

C'est en se retrouvant à lutter seul face aux vicissitudes de la vie, que la nymphe des eaux, la muse de la poésie lui est parue. “Je versifie par ta langue; ou tu rime par la mienne”, lui suggère-t-elle. La réponse de notre poète ne s'est pas faite attendre : “Je rime et tu parles.” Et sa destinée fut ! Devenant poète errant ne laissant ni monts ni vaux, Si Mohand U M'hand a goutté à tous les plats : de la misère à l'aisance, de la luxure à la débauche passant par toutes les sortes de folie et de sagesse.

En somme, sa vie n'est pas différente de celle de Rimbaud, Verlaine et autre Apollinaire. Cependant, la réalisation d'une œuvre de la dimension de ce poète s'est avérée délicate. La preuve, les multiples failles d'ordre historique et socioculturel constatées dans le film. Ainsi, en tentant de délimiter le contexte historique, le réalisateur a donné l'impression d'avoir mis le personnage principal sur le banc des oubliettes. Le film prend une autre tournure, il dévie de son sujet pour emprunter les voies d'un film documentaire racontant, par l'image, l'histoire de l'Algérie du XIXe siècle.

En faisant allusion à la résistance populaire ainsi qu'aux batailles de Bouamama, Cheikh Ahaddad… Si Mohand U M'hand n'a occupé dans cette étape du film qu'une partie infime, voire il était le grand absent. Une autre déviation qui a fait que Rachid Benallal mette de côté l'héros, le côté social. Le sujet est considérablement éloigné de son environnement social. D'une façon plus explicite, on remarque l'absence de synchronisation et d'harmonie entre le côté socioculturel, voire sociologique du film, (les us et les traditions de la Kabylie, l'organisation sociale) et le personnage luimême.

Un autre ratage qu'on décèle dans Si Mohand U M'hand: les costumes. Ces derniers ne sont pas compatibles avec le XIXe siècle. La costumière, Fatiha Soufi, aurait pu faire preuve de plus de créativité et actionner un peu plus son imaginaire et accentuer le tout par une recherche approfondie quant à l'habillement de la population kabyle, ses particularités et ses spécificités régionales. D'autant plus que les costumes confectionnés sont dotés d'un coloris outre mesure, ce qui donne l'impression que l'environnement social du poète est bien aisé.

Aussi les concepteurs du film auraient dû prendre en considération l'époque et la conjoncture historique mais aussi la situation sociale, le mode et les conditions de vie des Kabyles, en particulier, et des Algériens, en général. En effet, le colonialisme qui envahissait implacablement et progressivement, la pauvreté qui rongeait la société, la famine qui frappait de plein fouet… ces éléments, d'une importance inestimable, ont été dans la plupart des cas marginalisés. Par ailleurs, le film donne au spectateur l'idée que la société kabyle jouit largement d'une autonomie linguistique, sinon comment explique-t-on le langage kabyle pur utilisé par les acteurs ? Là encore, on a tendance à oublier ou à omettre une réalité à la fois historique, linguistique et religieuse de la région.

En fait, le maraboutisme a été largement répandu en Kabylie. Les zaouïas ont été construites un peu partout, les mausolées aussi. Il est vrai que le réalisateur a insinué, dans certaines séquences, à cette évidence, mais d'une façon laconique et uniquement dans les pratiques quotidiennes et sans que cela ne soit remarqué dans les dialogues. Ainsi, cette réalité religieuse a beaucoup influencé sur le dialecte kabyle. Et ce n'est pas fortuit si la langue arabe a fortement pesé sur le parler en question, et ceci se manifeste nettement à travers les innombrables emprunts relevés. Bref, le film manque de profondeur multidimensionnelle. A force de vouloir réaliser une fresque cinématographique, Rachid Benallal et Yazid Khodja ont fini par faire pousser un légume inodore, incolore et, de surcroît, ne jouissant d'aucun goût de fiction.

H. C.

Le Jeune Indépendant - 3 octobre 2004

Un poète populaire en images

C’est avec joie et chaleur que le public cinéphile a accueilli le film l’Insoumis de Lyazid Khodja et Rachid Ben Allel, projeté en avant-première jeudi dernier à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Avant que le rideau ne se lève, le co-réalisateur, Rachid Ben Allal, et certains comédiens, dont Dahmane Aïdrous, l’homme qui eut la difficile mission de se mettre dans la peau de Si Mohand U M’hand, ont souhaité la bienvenue au public.

Cette occasion a été également une opportunité pour le co-réalisateur de donner des explications au public présent sur les conditions très difficiles rencontrées lors du tournage du film. D’après Ben Allal, pas moins de 10 années ont été nécessaires pour finaliser ce produit cinématographique, à cause du manque de moyens financiers.

«Notre équipe a été obligée de rembourser la somme de 7 millions de dinars à un groupe financier qui s’était engagé dans le projet, mais qui a décidé de se rétracter par la suite». Notons qu’en plus du nombreux public qui s’est déplacé pour voir sur écran la vie de ce grand et mythique poète populaire de la région, plusieurs personnalités culturelles et artistiques, dont le chanteur Lounis Aït Menguellet, étaient présentes.

En plus de l’histoire relatant la vie de cet illustre poète, le public présent a pu se retremper dans l’ambiance des traditions algériennes, mais il a pu aussi évaluer les souffrances du peuple algérien durant l’époque coloniale. Sur ce plan, les historiographes de Si M’hand U M’hand ont certainement leur point de vue sur cette œuvre.

Ils peuvent donc s’impliquer d’une manière officielle et efficiente sur ce sujet précis, dès lors que quelques passages de la vie du poète se prêtent à l’étude. C’est le cas par exemple de la tabatière laissée dans un bosquet par Si Mohand U M’hand au moment où il s’apprêtait à rencontrer cheïkh Mohand Oulhocine.

Certains intellectuels ayant fait des recherches sur ces deux illustres figures affirment qu’en réalité Si Mohand U M’hand ne s’est jamais débarrassé de sa tabatière, d’où la suite du duel verbal. Par ailleurs, les différends ayant existé entre les deux hommes étaient surtout d’ordre politique.

La caméra de Lyazid Khodja et Rachid Ben Allel a filmé ce passage dans le sens historique retenu par le populaire.

Saïd Tissegouine

Le Soir d'Algérie - 4 novembre 2004

Un centenaire pour Si Mohand u Mhand

Le grand poète de l’errance, de la révolte et de l’amour Si Mohand u Mhand aura son centenaire tout comme ceux qui, à travers le monde, ont marqué par leurs œuvres l’humanité. Une juste récompense pour un poète qui a su tisser, par le seul pouvoir des mots, une poésie-vérité transmise par la tradition orale de génération en génération depuis deux siècles.

Le coup de starter de cette manifestation qui se veut grandiose et à la dimension de l’homme de culture qu’il a été sera donné le 28 décembre 2005, non seulement à travers l’Algérie, la France et l’Europe, mais aussi aux USA, au Canada et même en Chine, c’est-à-dire partout où est implantée la diaspora kabyle. Cela après que la date exacte de sa mort, présumée en 1906, fut strictement authentifiée par les registres de décès de l’hôpital Sainte Eugenie de Michelet (Aïn El-Hammam) où avait rendu l’âme le poète.

Le noyau du comité d’organisation de cet événement articulé autour de Younès Adli en Algérie et Gana Mammeri en France et en Europe avec des réseaux partout dans le monde s’attèle d’ores et déjà aux préparatifs. Tout sera mis en œuvre pour donner à la manifestation une audience internationale et à la mesure de ce poète de l’universalité. Enseignée à Naples, sa poésie est traduite en italien et en suédois alors qu’un séminaire lui a été consacré à l’université du Colorado ,selon Younès Adli.

Cet événement dont il est attendu beaucoup parachèvera l’universalité de Si Mohand en le faisant entrer à l’Unesco. Très peu d’ouvrages et d’études ont été consacrés jusque-là aux œuvres de ce poète qui a innové la poésie kabyle en la portant du sizain au neuvain. Idem pour la filmogrophie et le théâtre. Ce pourquoi le comité préparatoire lance un appel pressant à la contribution intellectuelle de tous les artistes, et aux vieux qui ont fait de la rétention de livrer ses poèmes inédits, de même qu’il est annoncé nombre de projets ambitieux pour montrer l’œuvre de ce poète dans toutes ses facettes dans la perspective du centenaire.

Les organisateurs qui envisagent la création d’une fondation Si Mohand u Mhand évoquent le tournage d’un film long métrage avec le réalisateur Ali Mouzaoui, un documentaire de 52 mn axé sur la période charnière située entre 1 857 et 1 871 ainsi qu’une mise en scène théâtrale de 90 mn dont les textes sont prêts, confie Younès Adli. La réflexion concerne également le recours à l’informatique et à l’Internet ainsi qu’aux CD et bandes dessinées pour reprendre son œuvre et la traduire en plusieurs langues. Le domaine des études et de la recherche ne sont pas occultés puisqu’il est envisagé aussi l’octroi de bourses d’études et l’institution d’un doctorat sur le thème, le tout dans l’optique de faire entrer l’œuvre du poète à la Bibliothèque de France.

Dans ce pays, une caravane sillonnera les grandes villes pour porter son œuvre alors que des tables rondes et des colloques se tiendront un peu partout. La coordination des Berbères de France qui fédère quelque 80 associations sera elle aussi mise à contribution. Elle remettra au ministère français de la Culture un dossier dans la perspective de la participation aux rencontres internationales sur la culture. Annaba et Tunis, villes dans lesquelles a vécu le poète, constitueront également des destinations privilégiées dans l’organisation de l’événement.

Cet hommage sur lequel sont fondés de grands espoirs consacrera à coup sûr l’universalité de l’œuvre de ce poète algérien qui aura marqué son siècle et son temps.

S. Hammoum

L'Expression - 29 décembre 2004

Le barde errant de Kabylie

Les festivités s’achèvent aujourd’hui à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou.

L’association culturelle Si Muh U Mhend commémore l’anniversaire de la mort du barde errant de Kabylie Si Muh U Mhend. ! Les festivités s’achèvent aujourd’hui à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Le coup d’envoi des activités de commémoration du centenaire de la disparition du poète, hier lundi, a été marqué par une exposition non-stop et une projection vidéo ainsi que par une conférence-débat animée par MM. Abdenour Abdeslam et Hacène Hirèche. Hier, en marge de l’exposition, une visite à la maison de Si Muh U Mhend est prévue à Icheriouen et un recueillement sur la tombe du poète à Asqif Ntemana à Aïn El Hammam est également prévu. Enfin, et pour aujourd’hui, un récital poétique sur Si Muh U Mhend se déroulera à partir de dix heures, le récital sera suivi d’un concours interannexes sur l’oeuvre du barde.

Si Muh U Mhend, de son vrai nom Mohand Hamadouche, est un célèbre poète du XIXe siècle, il est né en 1845 au village d’Icheriouen dans la région de Tizi-Rached, dans la confédération des Ath-Irathen. Fils de Mohend Améziane N’ath Hamadouche et de Fatima Ath Saïd. Dès sa plus tendre enfance, Si Mhend fait connaissance avec l’exil et la détresse. Après le soulèvement de Kabylie en 1857, le maréchal Randon expropria les habitants du lieu qui deviendra plus tard le Fort-Napoléon et ensuite Fort-National et à l’indépendance Larbaâ Nath Irathen. Suite à cela, la famille de Muhend ira s’établir à Sidi Khalifa, un lieu proche de la même région.

Ce lieu était en fait un second exil pour le poète, le premier étant la fuite devant une vendetta ayant eu lieu quelques années plus tôt, quand ses parents ont du dû quitter le village d’Aguemoune. Après le soulèvement de 1871, la Kabylie subira une terrible répression et les Aït Hamadouche qui faisaient partie des insurgés en payèrent le prix. L’oncle de Si Mhend, cheikh Arezki fut déporté en Nouvelle-Calédonie et le frère de Si Mhend, Saïd, s’enfuit en Tunisie. Le père de Si Muhend, U Mhend, Mohend Améziane est exécuté et Si Mhend U Mhend lui-même, ne dut la vie qu’à l’intervention d’un officier français. Les biens de la famille sont séquestrés aussi et la famille du barde alla s’installer dans les villages des environs. C’est là que commence pour Si Muh U Muend la vie d’errance. Si Muh U Muhend chanta la vie des Algériens face à un amer quotidien.

Sa poésie spontanée, aussi limpide que puissante, a enchanté des générations entières et plusieurs de ses poèmes sauvés de l’oubli sont encore chantés par les paysans qui lui vouaient et lui vouent toujours au-delà de la mort, un amour toujours vivace. Si Muh U Mhend est entré dans la légende! Chantant le tragique et l’amour, le poète utilisa un verbe simple et accessible à tous.

Admis à l’hôpital des soeurs blanches, Ste-Eugénie à Aïn El Hammam, Si Muh U Mhend mourut le 28 décembre 1905. Il est enterré, comme il l’avait prédit lors de sa rencontre avec le cheikh Mohand Ou L’hocine à Asqift N’Temana, près de l’entrée nord de la ville d’Aïn El-Hammam.

A. SAÏD

Info Soir - 30 décembre 2004

Cent ans déjà…

Mohand U M'hand est le poète de l’exil et de la souffrance. Il a eu un destin amer et tumultueux, marqué par les secousses de la vie qui ont ébranlé l’Algérie au XIXe siècle.

Durant l’année 2005 sera célébré le centenaire de la disparition de l’illustre poète kabyle Si Mohand U M’hand. A cette occasion, diverses manifestations culturelles et artistiques sont prévues, allant des projections de films aux représentations théâtrales, en passant par des conférences et des rencontres autour de la vie et de l’œuvre du poète.

Younes Adli, un universitaire, qui prendra part à ces rencontres commémoratives, a animé, lundi, à la médiathèque Bachir-Mentouri (ex-Pichon, place Audin), une conférence ayant pour thème la vie et l’œuvre de Si Mohand u M’hand.

«Si Mohand U M’hand est le produit de deux faits historiques, dont chacun a profondément marqué l’Algérie du XIXe siècle. Il y a d’abord l’année 1857, au cours de laquelle le village natal de Si Mohand U M’hand a été rasé par l’occupation coloniale pour y construire un fort militaire ; ses habitants avaient été évacués vers les villages avoisinants. Si Mohand et sa famille étaient allés vivre chez un oncle. Il y a aussi l’année 1971, pendant laquelle il y a eu une guerre insurrectionnelle menée par la confrérie El-Rahmania, remettant en question l’occupation française, mais malheureusement, cette révolte a abouti sur un échec.

La population a subi une répression féroce : le village fut brûlé et rasé, Le père de Si Mohand U M’hand fut fusillé, sa mère et son frère préférèrent s’exiler en Tunisie, alors que son oncle fut déporté en Nouvelle-Calédonie», a rapporté l’intervenant, ajoutant : «Si Mohand U M’hand se retrouva alors seul et sans aucun bien. Il n’avait aucune raison de rester chez lui. C’est alors qu’il entame son errance à travers toute l’Algérie,et même bien au-delà, jusqu’en Tunisie.» Si Mohand U M’hand s’en allait donc au hasard des sentiers et des chemins, au gré de son inspiration poétique.

«C’est dans son errance qu’il forgea sa poésie», a expliqué Younes Adli, précisant que «le poète composait un poème dès qu’il assistait à un événement fort et marquant».

Cela revient à dire que la poésie de Si Mohand U M’hand est ancrée dans un contexte social et historique, que le poète a vécu l’Histoire et, à travers sa poésie, est racontée l’histoire de sa société.

Chaque poème raconte donc une histoire, car «pour Si Mohand U M’hand il est nécessaire, dès qu’il y a un chamboulement dans l’Histoire, de consigner les changements survenus dans son temps».

De ses trente-cinq années d’errance, «on n’a pu recenser que 360 poèmes, ce qui est très peu, voire faible. On n’a pas encore récolté l’essentiel de sa production poétique, sachant qu’une grande partie demeure dans les mémoires. Toutefois, la mémoire ne peut résister au temps, à l’oubli», a souligné Younes Adli.

N’écrivant pas ses œuvres et ne les répétant pas, Mohand U M’hand, qui avait réussi à faire sortir la poésie kabyle de ses montagnes pour la propager, çà et là, à travers toute l’Algérie et même au-delà des frontières (Tunisie), avait une technique spécifique : le neuvin (9 vers), à travers lequel il véhiculait un message.

Cette conférence a eu lieu à l’occasion de la commémoration du 99e anniversaire de la disparition de Si Mohand U M’hand, le poète de l’errance, de la liberté, mais aussi de la souffrance. Il est à rappeler qu’un programme culturel et artistique est prévu pour l’année 2005, célébrant le centenaire de la disparition de l’artisan du verbe, décédé le 28 décembre 1905.

Yacine Idjer

Info Soir - 11 avril 2005

Le poète rebelle

Le célèbre poète troubadour amazigh Si Mohand Ou M'hand était d’un tempérament réfractaire. Sa poésie cristallise ce trait de caractère.

La révolution d'El-Mokrani (1871), celle des paysans comme certains l'appellent, avait constitué, de par ses incidences sur la vie de Si Mohand Ou M’hand, un facteur déterminant dans le façonnage de la personnalité de ce poète et particulièrement dans sa vocation de poète rebelle contre les institutions en place à cette époque, selon Hamid Bouhabib, professeur de littérature populaire à l'Université de Béjaïa.

En refusant la fonction d'écrivain attaché à l'administration coloniale que cette dernière lui proposait, Si Mohand Ou M'hand, qui jouit d'une place sacrée dans la mémoire collective kabyle, exprimait sa résistance vis-à-vis de toute l'institution coloniale au même titre que son refus de porter une carte d'identité, imposée par cette administration durant toute sa vie, était perçu comme la non-reconnaissance par lui de l'ordre colonial établi, a précisé M. Bouhabib.

Cet état d'esprit émerge à travers les quelque 300 poèmes répertoriés de Mohand Ou M'hand où le mot «France» ou même l'utilisation d'un simple mot en français est totalement absent, comme l'avait noté le défunt Mouloud Mammeri dans une étude sur sa poésie, a révélé l'intervenant.

L'institution religieuse n'a pas non plus été à l'abri de ses critiques acerbes, après avoir constaté que ses dirigeants vivaient en bonne intelligence avec l'ordre colonial, après l'échec de la révolution du Cheikh Haddad pourtant proclamée à partir de la zaouïa.

Le professeur dit avoir répertorié une soixantaine de poèmes où le poète traçait un parallèle pertinent entre «l'époque heureuse d'antan et celle malheureuse d'aujourd'hui» pour décrire l'état de désespoir dans lequel il se trouvait, ainsi que son pays.

La communauté juive autochtone a été sévèrement dénoncée par Si Mohand pour avoir accepté la loi Crémieux qui lui octroyait la nationalité de l'occupant et de s'être retournée contre sa famille algérienne en se mettant du côté de l'envahisseur pour des objectifs purement mercantiles, a-t-il ajouté.

Si Mohand Ou M'hand était un voyageur infatigable. Il a vécu un certain temps à Tunis, puis à Annaba, et disait des poèmes dans lesquels il faisait une description détaillée de la vie des gens et des misères qu'ils vivaient. Il avait composé également en arabe à l'intention de ses amis, à Annaba, a conclu le professeur, qui considère qu'au-delà de son héritage poétique et des mythes tissés autour de son personnage, Si Mohand Ou M'hand est «un référent dans notre quête identitaire».

APS

Horizons - 29 septembre 2005

Si Mohand  ou M’hand, un poète universel

Si Mohand Ou M’hand la légende. Ceux qui sont imprégnés par les vers de Si Mohand, les amoureux des Isfra, paroles "de mystère et de création" ont pu assister à la rencontre initiée par le Café littéraire sur le chantre par M Boukhalfa Bitam assisté de Youcef Merahi.

Mohand sera marqué par les bouleversements subis autant par la Kabylie de ce 19e siècle, que  la société algérienne de l’époque  et par sa famille  le déplacement des membres de sa famille, la déportation de certains d’entre eux, l’exil vers la Tunisie.

La parole poétique devient inépuisable, elle prend sa source "dans l’intérieur profond" de l’être blessé par un destin cruel.

"El Ouâd", le sort la prédestination et la mauvaise étoile reviennent souvent dans les mots du poète. La consolation vient par le verbe signale M Bitam. Pour expurger un vécu issu d’une période historique qui a  marqué la Kabylie du Djurdjura.

Il y a alors bouleversement  identitaire, errance et cheminement au hasard de ses déplacements. Des périples prolixes si forts pour sa vocation. Marginal et contestataire, "sans épouse, sans foyer" Si Mohand, "l’enfant d’un naufrage" va jusqu’à blasphémer, proférer contre Dieu  Même si l’on perçoit et l’on remarque dans ses poèmes une place privilégiée de la religion et le culte des saints. Lui même lettré en arabe, parce que  élève de zaouïa, il a une bonne connaissance du Coran et des versets coraniques.

Si Mohand, nous explique M Bitam est un barde qui puise "dans la mémoire et le souvenir".

"Il est le poète algérien et  universel". Son oralité lyrique belle et sensible a survécu à l’oubli dès lors que ses vers continuent de faire des adeptes.  Bien que  nous déclare M. Bitam "3/4 des neuvains  de Si Mohand se sont perdus."

Si Mohand l’inépuisable, qui vagabonda 30 ans durant, mourut à l’âge de 46 ans en 1906, bien que nombre d’attestations  indiquent qu’il s’est éteint à plus de 60 ans. Il laisse une œuvre qui est transcrite, diffusée restituée et marquée par le génie. Le mythe Si mohand Ou M’hend suscitera toujours un engouement et inspirera nombre d’entre nous.

Leïla N.

El Watan - 14 décembre 2005

Il y a un siècle disparaissait Si Mohand  ou M’hand

Le poète errant d’expression kabyle du siècle dernier, Si Moh Oumhand, commence à prendre une place dans le gotha des grands poètes. Après la découverte de sa poésie grâce au travail de collecte de Mouloud Feraoun et de Mouloud Mammeri, les manifestations de reconnaissances et d’hommages, voilà qu’un groupe d’intellectuels et de militants associatifs ont décidé de hisser à un haut niveau l’œuvre de ce poète en la diffusant lors du centenaire de sa mort ce mois de décembre.

Younès Adli, auteur de plusieurs ouvrages, dont Si Moh Oumhand, poète de l’errance, coordonne les festivités de ce centenaire. Il dira : « Il y a maintenant plus d’une année que nous avons constitué un petit groupe d’hommes et de femmes rassemblés autour de cet événement que nous avions jugé majeur dans la vie culturelle du pays. Notre ambition se militait à appeler toutes les bonnes volontés citoyennes et officielles pour le prendre en charge. »

Younès Adli a, en outre, précisé que le ministère de la Culture, le HCA et la Bibliothèque nationale y sont favorables et un travail de sensibilisation est dirigé vers les nouvelles assemblées élues pour apporter leur soutien. Les associations et les institutions sont déjà à pied d’œuvre, ajoute notre interlocuteur. L’association Numidia d’Oran prépare un programme culturel, l’association l’Etoile culturelle d’Akbou a déjà diffusé le contenu des festivités.

La même association a également prévu de réaliser une stèle à l’effigie de Si Moh Oumhand. Les universités d’Alger, de Tizi Ouzou et de Béjaïa s’apprêtent aussi à organiser des journées d’étude sur le poète. En France également, la Maison des sciences de l’homme et l’université Paris VIII organisent un colloque international autour de la poésie de Si Moh Oumhand en début d’année. En Italie, l’on a appris auprès des organisateurs du centenaire que l’université de Rome a introduit cette année un module intitulé : « La poésie de Si Mohand ».

Une fondation Si Moh Oumhand est en projet. Poète errant, barde insaisissable, aède libre, Si Moh Oumhand a composé un nombre inconnu de poèmes. Seuls 400 ont été collectés et édités. Son œuvre poétique est aujourd’hui d’une valeur sociologique et historique inestimable. Les préparatifs du centenaire continuent.

Saïd Gada

El Watan - 21 décembre 2005

«Re» visiter le Baudelaire algérien

En ce mois de décembre, l’Algérie fête le premier centenaire de la mort du poète Si Mohand U M’hand, le Baudelaire ou le Verlaine algérien. Le coup d’envoi de cette célébration a été donné hier matin, à la salle Ibn Khaldoun, par une journée d’étude organisée par l’Etablissement Arts et Culture et un comité créé spécialement pour l’organisation de ce centenaire.

Au programme de cette journée, plusieurs interventions ainsi qu’une table ronde autour du poète d’expression kabyle. Pour certains, c’est une évocation et un retour sur son œuvre. Pour d’autres, le personnage est toujours peu connu et reste à découvrir, au moment où une université italienne a décidé d’introduire un module de poésie de Si Mohand U M’hand. Mais pour situer quelque peu ce poète du XIXe siècle, il suffit peut-être de souligner le fait que son enfance est placée sous le signe de la violence et de l’exil et que son œuvre est directement inspirée de son vécu.

Certains événements bouleversants, au début de la colonisation française, ont été les catalyseurs de ses vers. Il assiste à l’arrivée des troupes françaises du général Randon en Kabylie et à la destruction de son village. A la place, les Français avaient construit une ville fortifiée devenue Fort National (Larba Nath Iraten). Installé dans un hameau voisin, le jeune homme se consacre ensuite au fiqh. Mais la révolte de 1871 met un terme à ses projets.

Son père est exécuté, son oncle déporté avec les Kabyles en Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique et la famille dispersée. Seul et déraciné, Si Mohand U M’hand devient un poète errant. Dans sa bouche, l’exil, sa terre natale, l’amour et le destin deviennent des vers. Exclusivement dans sa bouche, parce qu’il jure de ne jamais répéter deux fois le même poème, un peu comme pour conjurer le sort, le sien. Seule la mémoire populaire a permis de conserver son œuvre. Œuvre qui a très tôt inspiré des chanteurs kabyles de l’émigration.

C‘est sur cet aspect, en particulier, que s’est penché le premier intervenant de cette journée d’étude qui lui est consacrée. Rachid Mokhtari, auteur de La chanson de l’exil : les voix natales (1939-1969), insiste sur Slimane Azem et Zerrouki Allaoua. Pour l’intervenant, Si Mohand est « le premier poète à se pencher sur le thème d’el ghorba (l’exil), en lui donnant le sens de dépossession des terre et du pays, au sens matériel et symbolique », explique Rachid Mokhtari en ajoutant que le poète se sentait étranger dans son propre pays.

Moins d’un demi-siècle après sa mort, explique-t-il, des chanteurs kabyles émigrés vont reprendre sa poésie. « Slimane Azem est différent de Zerrouki Allaoua, mais selon la sensibilité, le vécu et la culture de chacun d’eux, ils vont puiser dans le verbe mohandien et se servir du poète comme témoin ». L’intervenant continue son développement en évoquant, entre autres, les reprises de poèmes avec quelques légères variantes, dont l’extension du cadre géographique de l’exil, pour ce qui est du chanteur Slimane Azem.

« Zerrouki Allaoua, lui, puisera dans un autre registre, continue Rachid Mokhtari, celui de la nostalgie et donc de l’amour et de la femme. Parce que les deux chanteurs ont vécu une tragédie qui vient se greffer à celle du poète, ils vont puiser dans sa matrice poétique pour exprimer la tourmente de l’exil, à travers les mots de Si Mohand ». Pour l’intervenant, le poète « a dépassé le cadre de la poésie pour entrer dans le champ de la recherche universelle ».

Dans ce sens, il est utile de souligner le fait que le centenaire de la mort de Si Mohand U M’hand est également célébré en France. La Maison des sciences de l’homme lui consacrera un colloque international de deux jours, les 4 et 5 janvier prochain ayant pour intitulé « Centenaire de Si Mohand U M’hand ou la poésie d’expression kabyle d’hier à aujourd’hui ». On sait d’avance que l’une des recommandations de cette rencontre sera l’établissement de sa biographie en tenant compte des récents acquis de l’anthropologie historique, de l’ethnohistoire et de l’histoire sociale.

Pour les organisateurs de ce colloque, l’objectif est à la fois de discuter chaque point de vue des auteurs qui se sont intéressés à l’homme et à l’œuvre et de replacer le distingué poète kabyle dans les acquis du savoir en matière de sciences sociales, sur un plan méthodologique et épistémologique.

Zineb Merzouk

Le Jeune Indépendant - 21 décembre 2005

Un hommage à la grandeur de l’homme

Un hommage à la grandeur de l’homme a été rendu hier, à la salle Ibn-Khaldoun, par l’établissement Arts et Culture, au père spirituel de la poésie berbère, Si Mohand U M’hand, à l’occasion de la célébration du centenaire de sa mort (1905-2005).

Des hommes de lettres, des artistes, des peintres, des poétesses et poètes ont tenu à prendre part à cette commémoration qui s’est voulue un espace d’évocation, de découverte et d’admiration pour celui qui a erré, durant toute son existence, à travers l’Algérie et l’étranger, pour exprimer ses souffrances par le verbe, dans la langue qui l’a bercé.

De son vrai nom Si Mohand U M’hand Ath Hammadouche, l’enfant d’Icheraïouen, petit village perché sur les hauteurs de Larbaâ Nath Irathene (ex-Fort National), a passé une trentaine d’années à errer d’une ville à l’autre, après que sa famille était tombée dans le déchirement.

Issu d’une famille révolutionnaire, Si Mohand a vu sa vie bouleversée le jour où son père a été fusillé par l’armée française lors de l’insurrection de 1871 et son oncle déporté en Nouvelle-Calédonie. C’est à cette époque-là qu’enfant, il se livre à l’errance, ne trouvant refuge que dans la poésie.

Il a chanté le destin dont il a été la victime, l’exil dont il a souffert, mais aussi l’amour de la femme et de la patrie. En décembre 1905, lorsque la flamme de sa vie s’est éteinte à l’hôpital d’Aïn El-Hammam, géré à l’époque par les «Sœurs-blanches», le poète ne savait pas que les œuvres qu’il a laissées derrière lui allaient provoquer une révolution dans la poésie kabyle.

Il serait certainement heureux et soulagé de savoir que cent ans plus tard, la poésie qu’il a semée partout où il était passé est encore intacte, protégée et fidèlement chantée par les plus grandes figures du répertoire berbère. Mouloud Mammeri, il y a quelques années, Rachid Mokhtari, Youcef Merahi, Younes Adli et d’autres, aujourd’hui, continuent d’étudier son œuvre.

Y a-t-il un mystère particulier qui donne cette singularité à ce poète ? En tout cas, chaque étude faite sur lui ne fait que renforcer la présence de sa poésie dans le temps. La journée d’hier a été très riche par les conférences et la table ronde qui ont retracé le parcours du poète errant.

Si Rachid Mokhtari a consacré son intervention à évoquer la place de la poésie de Si Mohand dans la chanson kabyle, notamment celle de Slimane Azem et d’Allaoua Zerrouki, Younès Adli a jeté tout son dévolu sur «la production de Si Mohand, un siècle après».

Enfin, notons que la journée d’hier a été marquée par l’organisation d’une soirée artistique durant laquelle ont défilé les chantres de la chanson kabyle, à l’exemple de Djamel Allam, Si Moh, Ouazib…

R.M.

Info Soir - 21-22 décembre 2005

Un verbe qui inspire

Le nom de Si Mohand U M’hand est toujours aussi évocateur et présent et sa poésie toujours aussi forte et émouvante.

Le centenaire de la disparition du poète Si Mohand U M’hand a été célébré, mardi, à la salle Ibn Khaldoun, à travers deux interventions retraçant sa vie et son œuvre.

Dans sa communication, Rachid Mokhtari, écrivain et critique littéraire, a abordé le thème : «La poésie de Si Mohand dans la chanson kabyle». Pour illustrer son exposé, il a pris les cas de Slimane Azem et de Zerrouki Allaoua.

Le communicant précisera, d’abord, que Si Mohand U M’hand aborde dans sa poésie le thème de l’exil, expérience qu’il a vécue et dont il a souffert.

Cette souffrance est profondément ressentie dans sa poésie au point qu’elle confère à celle-ci une forte émotivité.

Slimane Azem, qui a connu, lui aussi, les affres de l’exil, s’est inspiré du verbe de Si Mohand U M’hand pour composer ses chansons.

«Slimane Azem a puisé, selon sa sensibilité et son vécu, dans la poésie de Si Mohand U M’hand», souligne l’intervenant. Et d’enchaîner : «Slimane Azem quêtait son identité artistique et esthétique à travers Si Mohand U M’hand». Il se sentait proche du poète, voire identique puisque les deux ont enduré les mêmes souffrances de l’exil.

«Slimane Azem concluait toujours ses chansons avec des ‘’dits’’ de Si Mohand U M’hand. Dans ses chansons, il l’interpellait d’ailleurs, il s’adressait à lui et le prenait comme témoin, témoin de sa société, son époque et son vécu», explique-t-il. Et de conclure : «Slimane Azem reconstruisait le monde (et se reconstruisait) à travers la poésie de Si Mohand U M’hand.»

Ensuite, Rachid Mokhtari exposera le cas de Zerrouki Allaoua.

Il dira à ce propos : «Zerrouki Allaoua a introduit dans la chanson kabyle la musique moderne (guitare électrique) et, contrairement à Slimane Azem, celui-ci ne va pas puiser dans la poésie de Si Mohand U M’hand. Il va seulement y butiner. Il n'en prendra que des parcelles. Il parlera de l’amour, de la beauté perdue et, notamment, de la nostalgie.»

Yacine Idjer

Info Soir - 21-22 décembre 2005

Un refuge esthétique

Si Mohand U M’hand a vécu son existence comme une déchirure, une souffrance parce qu’il a assisté à la dépossession de son pays, de sa terre et de sa langue.

«Je suis étranger dans mon pays», disait-il. Il a vécu sa vie comme une tragédie, un traumatisme, une fracture, une cassure. Pour oublier, il s’en va par les chemins et au hasard des routes. Il mène une vie de vagabond.

Et dans son errance sempiternelle, «Si Mohand U M’hand reconstruit ses racines défaites à travers sa poésie, dans une esthétique, jusqu’à aujourd’hui, inégalée», souligne Rachid Mokhtari. «Il construisait un monde esthétique parce qu’il n’avait plus de repères et plus de refuge dans lequel il pouvait se protéger, il construisit cependant un monde ludique et non pas larmoyant et nostalgique, poursuit-il. Au lieu d’écrire sa poésie, Si Mohand U M’hand l’écrivait dans l’oral, dans le substra mental et verbal des Algériens.»

Younes Adli dira, de son côté, que Si Mohand U M’hand était un lettré, qu’il incarnait une formation complète, voire une double éducation. «Il a appris la poésie, la grammaire et le fiqh, mais comme il était en contact permanent avec la science infuse de son milieu, il a hérité du droit coutumier kabyle», précise-t-il. Et d’ajouter : «Il est l’homme d’une double culture, d’une double formation.» Il affirmera également que Si Mohand u M’hand était poète (organique) du ârch Essoufrou, il était son représentant, le faisant connaître au-delà des montagnes, dans les plaines.

Younes Adli relèvera que Si Mohand U M’hand, qui clamait sa poésie pour dire les malheurs de sa montagne, puisait sa force dans ce souci de consigner des repères historiques, dans cette ferme conviction de la primauté du spirituel sur le matériel, et enfin dans sa laïcité. Il dira à ce propos : «Si Mohand U M’hand était formé à la laïcité.» Et de poursuivre : «Il a été formé dans une zaouïa qui, elle, n’avait pas de complexe dans sa relation avec le sacré.»

Ainsi, «Si Mohand U M’hand a reçu un enseignement religieux ouvert et tolérant.»

Younes Adli attribuera à la poésie de Si Mohand U M’hand une dimension, outre poétique et historique, philosophique.

Yacine Idjer

Info Soir - 21-22 décembre 2005

Poésie de l’errance

«Regard sur la production de Si Mohand U M’hand, un siècle après», a constitué l’autre thème du centenaire. Younès Adli, président du comité d’organisation du centenaire, relève deux dates : «Si Mohand U M’hand a connu deux drames, deux événements majeurs, deux traumatismes qui ont bouleversé sa vie et l’ont marqué à jamais. 1857 est l’année où Si Mohand U M’hand, adolescent, a assisté à la destruction de son village par l’armée française.

Il fut déporté. Plus tard, en 1871, il vit une autre tragédie [plus violente] : sa famille dont les membres s’engagèrent dans la révolution furent activement recherchés. L'un s'enfuit en Tunisie, un autre fut déporté en Nouvelle-Calédonie ; quant à son père, il  fut fusillé, et Mohand, lui-même, échappa de justesse à la mort.» Ainsi, Si Mohand, stable jusqu’ici, «se voit brusquement jeté sur les routes de l’errance», dit-il.

Il parcourut villes et villages. Il s’en alla par les chemins pour d’autres cieux.  Il parcourut ainsi l’Algérie, allant jusqu’en Tunisie. Durant sa vie vagabonde, Si Mohand partout rimait et semait des poésies à tous vents. Toute l’œuvre de Si Mohand U M’hand ressemble à une confession. On peut y voir les rêveries d’un poète solitaire et l’expression subjective et privilégiée des émotions et des sentiments humains. Hormis quelques formules proverbiales, on n’y trouve en effet aucun didactisme ou moralisation.

Si Mohand U M’hand est un «sentimental» qui utilise le sentiment comme fonction prédominante, son rapport au monde l’est également, ainsi que son expression poétique, révélant une grande richesse intérieure et une profonde sensibilité.  Outre l’amour, l’exil et le destin, d’autres thuriféraires accordent plus d’attention au thème de l’errance, car cela exprime parfaitement la vie de Si Mohand U M’hand.

Yacine Idjer

El Moudjahid - 26 décembre 2005

Le poète de l’exil témoin de son siècle

Mohand-ou-M’hand Aït Hmadouche a vu le jour vers 1845 à Icheraiouen près de Tizi Rached, village relevant de la tribu des Aït Iraten. En cette période, les Français n’ont pas encore atteint la Kabylie, alors que Mohand-ou-M’hand est encore enfant, que la Kabylie fut prise au prix d’une farouche résistance anticoloniale. Le village complètement rasé, le général Randon fit construire un fort au nom de Fort-Napoléon qui sera débaptisé Fort-National,  aujourd’hui   Larbaâ-Nath-Iraten. En compensation, les terrains de la zaouïa de Tacherahit étaient un lieu où l’on enseignait déjà à l’époque le commentaire de Sidi Khelil, jurisprudence qui faisait autorité dans le droit musulman. Cette zaouïa fut fondée au 18e siècle par le M’rabet, Cheikh Ghorab qui sera parmi les animateurs de l’insurrection de 1871 contre le colonialisme.

Si Boulifa a connu le poète, plus de cent poèmes ont été recueillis. Si Mohand est mort à soixante ans passés. Il sera le poète d’un siècle de l’exil et de la résistance anticoloniale.

Si Mohand-ou-M’hand ou la magie du verbe

Il est des hommes qui marquent leur temps et symbolisent ainsi un destin communautaire. Au-delà des paysages qui façonnent la beauté de notre pays, la Kabylie est sans doute une région qui fascine par son panorama. Longtemps, elle continue d’inspirer les peintres et les poètes. Sa configuration et la nature de son relief donnent l’impression d’une méditation ancrée dans la profondeur d’une piété et d’une relation à une certaine mystique depuis l’aube de l’histoire.

Une région où le sens de l’honneur émane du sacré garantissant la horma de l’espace habitable. C’est dans la Tajmaât que se prennent les décisions au regard de l’autorité patriarcale, du lignage et dans le strict respect des équilibres des tribus. El Amin dirige rassemblée de la Tajmaât dans toute la déférence et la considération par l’invocation à Dieu la Basamallah, Au nom de Dieu, le Miséricordieux, le Tout Miséricorde» (Bismillah Al-Rahman Al-Rahim). En fait la vocation de la Tajmaât est de veiller sur la horma du village dans cette légitime défense de l’honneur et l’Aânaya, c’est-à-dire cette protection qu’on accorde à des personnes, notamment l’Aânaya des M’rabets ou saints du village dont la baraka renforce le code d’honneur. C’est dans cet univers qu’est né Si Mohand-ou-M’hand, cet aède, le poète.

Mohand-ou-M’hand Aït Hmadouche a vu le jour vers 1845 à Icheraiouen près de Tizi Rached, village relevant de la tribu des Aït Iraten. En cette période, les Français n’ont pas encore atteint la Kabylie. C’est vers 1857 que le général Randon. alors que Mohand-ou-M’hand est encore enfant, que la Kabylie fut prise au prix d’une farouche résistance anticoloniale. Le village complètement rasé, le général Randon fit construire un fort au nom de Fort-Napoléon qui sera débaptisé   Fort-National,  aujourd’hui   Larbaâ-Nath-Iraten.   En compensation, les terrains de la zaouia de Tacherahit étaient un lieu où l’on enseignait déjà à l’époque le commentaire de Sidi Khelil, jurisprudence qui faisait autorité dans le droit musulman. Cette zaouïa fut fondée au 18e siècle par le M’rabet, Cheikh Ghorab qui sera parmi les animateurs de l’insurrection de 1871 contre le colonialisme.

Fuyant les hordes colonialistes, les Ath-Hmadouch s’installeront à Akbou dans un endroit appelé Sidi Khelifa qu’il ne faut pas confondre avec la Zaouia de Sidi Khelifa de Aïn tinn dans la wilaya de Mila.

L’exil de Si Mohand-ou-M’hand

Si Mohand-ou-M’hand, dont, le père M’hand Ameziane, et ses deux frères, Arezki et Saïd, ont vite quitté Aguemoun. Une autre version rapporte que le poète a vu le jour a Tighilt El Hadj Ali qui est un autre village de Ath Iraten.

On sait que la mère de Si Mohand-ou-M’hand, Fatima Aït Saïd, était originaire de Taddart Bouadda dans la tribu des Oumalou. C’est pourquoi on décèle chez le poète cette enfance traumatisée par les affres de la colonisation.

C’est à Sidi Khelifa que le poète passe son adolescence, zaouia où son oncle Cheikh Arezki, Moqadem de la confrérie, enseignait le Coran. C’est là où s’est produit l’illumination de l’enfant poète Si Mohand qui apprend le bréviaire de la doctrine et alla très vite s’affilier  à la zaouia de Sidi Abderrahmane des Illoulen. Il venait d’avoir à peine vingt ans lorsque éclata l’insurrection de 1871 qui fut réprimée atrocement Son oncle Arezki fut déporté en Nouvelle Calédonie. Saïd Ath Hmadouche s’enfuit en Tunisie, le père du poète  fut exécuté à Fort-National et les biens de la famille séquestrés. Les Ath Hmadouche se dispersent et vont trouver refuge chez les leurs.

La mère du poète se retire à Icheraiouen avec Meziane, le plus jeune de ses enfants. Le poète lui-même n’a eu la vie sauve que par miracle et se marie avec la fille d’une veuve d’Oumalou. Mais cette thèse n’est pas fondée. Il vivra chez sa belle-mère, mais des raisons d’honneur le poussent à divorcer. C’est le commencement d’une vie d’errance.

L’Odyssée de Si Mohand-ou-M’hand ou les poèmes de l’exil

Il voyagera à travers le pays et ira jusqu’en Tunisie. La ville d’Annaba va être pour lui un lieu sûr car il y retrouve beaucoup des gens de son village venus travailler dans les mines et les fermes. Devenant gargotier avec son oncle M’hand Ath Saïd, à Gahmoussia près de Annaba, il faisait de temps en temps la traversée Azeffoun-Annaba dans un petit bateau. Après une vie adonnée aux plaisirs Si Mohand- ou-M’hand commençait à rimer des vers en kabyle et en arabe. Il faut dire que le poète vivra en bohémien jusqu’à sa mort en 1906. Il entreprendra un dernier voyage, peut-être en pèlerinage d’adieu, pour voir les siens réfugiés à Tunis. Si Mouloud Mammeri dira de Si Mohand-ou-M’hand qu’il a laissé de son périple 38 poèmes qui marqueront 38 étapes de cette odyssée. Il la fera cette odyssée, comme le décrit Mouloud Mammeri, dans «la faim, le dénuement, les fatigues, la solitude, la révolte, le désespoir, les humiliations, l’angoisse....».

Visite du poète chez Cheikh Mohand-ou-El Hocine

Sans doute la rencontre des deux hommes va être le tournant dans la vie de Si Mohand-ou-M’hand qui a tant espéré de voir le saint Cheikh Mohand-ou-EI Hocine. Visite attendue à l’heure tardive des destins accomplis. Un moment pathétique où le poète va s’adresser pour la première fois au vénéré Cheikh Mohand-ou-EI Hocine, homme pieux, de grande générosité de cœur et qui ne manquait pas lui aussi de don quand il s’agit de déclamer des vers et d’improviser poétiquement des maximes, voire même des versets du Coran dons la langue amazigh.

Cheikh Mohand-ou-EI Hocine fut de ceux qui ont animé la zaouia Rahmanya. Il fut bercé dans le mysticisme et la poésie ancestrale populaire. Pour les deux hommes, il y avait cette quête d’aller vers le soufisme, mais chacun le pensait à sa manière. L’humilité ne change pas les rapports entre les hommes. Il n’est pas mauvais et c’était digne que Si Mohand-ou-M’hand aille chez Cheikh Mohand-ou-EI Hocine en qui il voit l’homme vertueux. Il va à la rencontre du Sacral.

Les deux hommes ont appris le Saint Coran dès leur  jeune âge. On raconte que «Cheikh Mohand n’a jamais serré la main d’un Roumi et qu’il a lavé publiquement le pan de son burnous parce qu’un administrateur en visite surprise chez lui l’avait frôlé».

Il faut dire que leur rencontre s’est terminée par une sorte de propos qui présageaient à Si Mohand-ou-M’hand qu’il vivra dans l’exil loin des siens. Et comme l’avait prédit Cheikh Mohand-ou-EI Hocine, Si Mohand-ou-M’hand sera enterré sur une terre d’asile chez les Sidi Saïd.

“Vous qui guettez l’aube à prier et chanter Dieu. Aidez-moi cette fois je suis au plus mal”.

(A Kra ittaassan lefjer, stzallit d’adker aa yent-î abrid a nterrey).

Si Mohand-ou-M’hand et Cheikh Mohand-ou-El Hocine
Bénédiction et ultime voyage

Cheikh Mohand-ou-EI Hocine est un pieux qui rend ses oracles dans un style prophétique dans la beauté spirituelle. Da Mouloud Mammeri écrit que le poète Si Mohand-ou-M’hand, cachait sa pipe de kif dans un buisson par respect pour Cheikh Mohand-ou-EI Hocine, cet homme vertueux. Alors le poète s’adressa au Cheikh dans une fraternelle communion.  Ces deux bardes de la région se parlèrent. Son poème est une invitation comme dans la mystique soufie

«Pour le départ prépare le viatique
Malade est mon cœur.
Ce pays va changer d’hommes ».

Cheikh Mohand-ou-EI Hocine, qui déclame dans la perfection linguistique kabyle des vers, n’a jamais entendu pareil accent. Au sublime de ces vers, le Cheikh dit au poète de lui répéter les vers “Aiwed es ziyi wayen d-ennid akka”. Mais ce dernier lui rétorqua qu’il ne peut reprendre les vers déclamés.

Parfois on se dit pour celui qui a savouré le spleen de Baudelaire, il y a un peu de cette poésie inspirée par l’hallucination du kif (hachich) ou les fleurs du mal. Il sent venir  la mort et le dit :

“Je ne peux plus bouger. Je suis, cela est clair, sur le chemin de la tombe”.
Cette fois préparez les dalles…
Cette fois j’ai peur de mourir”

C’est un M’rabet de Tikorabin des Ath Sidi Saïd qui se chargera de sa sépulture et le fera enterrer au cimetière même de Tikorabin après avoir été hospitalisé à l’hôpital des Sœurs Blanches, près de Michelet.

Si Mohand-ou-M’hand ou le drame du colonisé

Une société traumatisée dans ce siècle de l’épouvante, dira-t-il, où «Tous les maux ont fondu sur nous, et ce monde pour tous a volé en morceaux, ce monde s’est effondré sur ses fondations». C’est le vécu tragique de Si Mohand mais aussi celui de tout un peuple.

Témoin lucide de ce siècle de la colonisation. Si Mohand est dans tout le désarroi, «seul, triste et le jour pour lui est comme la nuit», ce vers de Victor Hugo sur sa fille Léopoldine illustre bien le vécu quotidien des Algériens.

Les dures réalités de la misère quotidienne l’exaspèrent et l’exil était pour Si Mohand une source féconde d’inspiration.  Il disait de lui tel que rapporté par Mouloud Mammeri dans les “Isefra de Si Mohand”.

“Jadis, je fus clerc. Aux soixante Sourate.

Jadis je maniais la plume, m’adonnais à l’étude sans repos.
Mon nom était connu de tous.
Jadis j’étais chevalier, comblé de biens et entouré de disciples.
Nul n’est libre de rester chez lui, de l’exil amer est la condition”.

De la déchéance à laquelle on se résigne mal à l’inquiétude. Voilà le lot quotidien du poète. Les anciennes solidarités ont volé au vent des neuves ruptures.

“En ce siècle ingrat, nul ne te secourt si tu tombes”.

Infidélité ou trahisons

Ce siècle est sans pudeur disait-il. A la limite les infidélités peuvent sembler des trahisons.

Alors que Mohand revenait fêter l’Aïd, Il n’a point de famille, surtout pas d’épouse aimée,

“l’Aïd est arrivé, la blessure de mon cœur s’est rouverte, je n’avais pas d’argent”.

“L’Aïd est tombé un lundi, mon cœur endeuillé, pauvre de lui
N’a personne avec qui échanger le baiser du
Pardon”.

Traduit par Mouloud Mammeri

Mais il se reprend et se donne le change et la joie l’envahit et les vers suivants montrent ce plaisir d’esthète :
“Mon cœur palpite
Ah ! Devenu ramier
Est en un jour traverse l’eau
Vers les filles de soie vêtues,
En leurs alcôves chaulées”.

De ces élans lyriques que nous traduit Mouloud Mammeri, il y a peu de sublimation ; cette fuite dans le fantasme d’un rêve-remède à sa misère. Il appelle Sidi Beloua pour le délivrer des maux qui le rongent, dans la tourmente. Si Mohand est en communion avec son moi. Le nom de Dahbia revient dans son poème comme la beauté de ce bijou qui a parure de symbole.

“Quand elle parut aux rendez-vous,
Elle a la peau blanche,
Son visage est comme le soleil qui se lève
Sur le Lalla Khadidja, précédé de lumière”
Raconte à celle aux sourcils peints,
A la branche de palmier,
Dont le cou est d’un blanc immaculé,
Les dents comme des perles,
Et les pommettes vermeil.

(A. Hanoteau)

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Source: DZlit

Posté par Sinistri à 01:38 PM - 13- Littérature et poésie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 février 2008

Jean Amrouche Mythe et réalité, Réjane le Baut, entretien

Avec cette deuxième livraison de la collection « Auteurs d’hier et d’aujourd’hui », Réjane Le Baut retrace avec clarté et sans rien omettre, le parcours aux multiples voies de Jean Amrouche. Elle lève ainsi le voile - ici en Algérie - sur « cet inconnu » comme le désignait Kateb Yacine. Mais laissons la parole à Jean El-Mouhoub Amrouche lui-même qui, dans une lettre à un ami, au soir de sa vie, le 3 mai 1961, définit son destin avec lucidité et une juste fierté :

« Je suis le pont, l’arche, qui fait communiquer deux mondes, mais sur lesquels on marche, et que l’on piétine, que l’on foule. Je le resterai jusqu’à la fin des fins. C’est mon destin. Le subissant, je suis plus fort que lui, mettant ma satisfaction, ma consolation dans l’effort que je fais pour ressembler chaque jour davantage au roseau de Pascal. Il me suffit de la connivence d’amis fraternels tels que toi pour me sentir justifié. J’ai engagé toutes mes forces au service du peuple algérien : non pour des raisons proprement politiques, mais pour une raison d’honneur et pour des raisons d’ordre spirituel. »

L’urgente réhabilitation de l’enfant d’Ighil Ali s’impose

Née en 1931, Réjane Le Baut, enseignante au lycée Frantz-Fanon en Algérie entre 1962 et 1968, a soutenu une thèse de doctorat à Paris IV- Sorbonne sur “Jean Amrouche, itinéraire et problématique d’un colonisé” (1988). Rencontrée en marge d’un séjour à Alger, elle a bien voulu répondre à nos questions sur la vie, l’œuvre et le parcours exceptionnels et étonnants d’un homme, Jean El Mouhoub, longtemps mis aux oubliettes. Écoutons-la.

La dépêche de kabyle : Madame Le Baut, pourquoi cet intérêt particulier pour Jean El Mouhoub Amrouche ? '

Réjane le Baut : Jean Amrouche ne fut longtemps pour moi qu’une quinzaine de références dans le Journal de Gide, et aussi une voix et une date : Une voix riche, professorale, aux amples harmoniques musicales, sans aucun accent qui puisse laisser percer une origine étrangère, et qui maniait parfaitement l’imparfait du subjonctif, sublime, dira son amie la journaliste Dominique Arban : celle de l’Inventeur des Entretiens radiophoniques avec notamment Gide et Claudel et de l’émission littéraire et nocturne, hebdomadaire “Des idées et des hommes” qui dura onze ans (1948-1959).

Et aussi la voix grave écoutée avec émotion et respect aux Rencontres Internationales de Genève pendant quinze ans (1946 à 1961), puisque durant toutes ces années, il a fait partie des six membres de la délégation française ; certains s’en souviennent encore comme le critique suisse Jean Starobinski. Et surtout une voix angoissée lors de la soirée dramatique du 27 janvier 1956 à la Salle Wagram à Paris, au meeting organisé par le Comité des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord où il était à la tribune aux côtés d’Aimé Césaire, Alioune Diop, Michel Leiris, André Mandouze et Jean Paul Sartre.

Il nota dans son Journal que l’Express en annonçant la manifestation avait supprimé son nom. À ses yeux, cette omission n’était pas un oubli. Sa prise de parole fut quelque peu houleuse, couverte par des huées quand il dit “Je suis Kabyle et chrétien”. J’ai entendu sa voix s’arrêter, se briser, avant de rependre avec le rauque de l’angoisse : “Il ne saurait être question pour moi de renier, et à plus forte raison de haïr la France , qui est la patrie de mon esprit, et d'une part au moins de mon âme.

Mais il y a la France tout court, la France d'Europe, et l'autre, celle dont le colonialisme a fait un simulacre qui est proprement la négation de la France. C'est contre la France des colonialistes, contre l'anti-France, que les maquisards d'Algérie, mes frères selon la nature, ont dû prendre les armes, ces armes que la victoire seule, la victoire sur l'anti-France, fera tomber de leurs mains.” C’était huit jours à peine après l’échec à Alger de l’appel à la trêve civile lancé par Albert Camus.

Celui-ci, à partir de cette date, comme on le sait, entrera dans le silence sur la question algérienne. Une voix donc, Amrouche, et aussi une date: celle du 11 janvier 1958, où parut dans le journal Le Monde, quotidien qui tirait entre 400.000 et 500.000 exemplaires, très lu par les intellectuels et les étudiants, son article “La France comme mythe et comme réalité, de quelques vérités amères”, article d’abord refusé par L’Express.

C’est cet article très polémique et cinglant qui le fit entrer dans l’arène politique, “arène pour chien d’exil” comme il le dit dans son Journal en date du 18 janvier 1958, et le fit connaître des médias et d’un large public. Ce Jean, critique littéraire, et ce El Mouhoub, militant pour la cause algérienne, semblait bien complexe, une figure moderne de Janus, un Janus lucide et souffrant. "C’est important, un prénom" dira-t-il à Jacques Berque. Son mystère était suffisant pour motiver ma curiosité.

Et je me suis engagée dans un long et passionné voyage de découverte, peu encouragée, il est vrai, et étonnée et choquée par les paroles à la fois d’incompréhension et de manque d’aménité sur sa personne, qui m’étaient assénées aux éditions Gallimard par celle qui avait été sa secrétaire : " Il n’a pas eu de considération parce qu’il n’a pas eu d’œuvre ", me déclara-t-elle. Je ne pouvais en rester là. Comme le dit Montaigne : " Pour connaître un homme, il faut suivre longuement et curieusement sa trace ".

J’ai voulu comprendre le mystère et la richesse du personnage indivisément Français et Algérien, comme il le dira lui-même. J’ai eu l’immense privilège d’avoir en main ses brouillons où l’on voit son travail minutieux d’écrivain, ses écrits non publiés, notamment son Journal intime et de multiples correspondances ; je me suis efforcée de rassembler ses écrits dispersés dans de nombreux journaux et revues (TFL et Arche). Et surtout, la chance de rencontrer les personnes, de moins en moins nombreuses d’ailleurs qui l’avaient approché et qui sont aujourd’hui presque toutes disparues : des amis de jeunesse, des collègues, des romanciers de renom, des poètes, qui lui avaient voué une amitié indéfectible. J’ai recueilli leurs paroles ou leurs témoignages écrits. À travers leurs discours, je découvris qu’il avait été un personnage à la fois très controversé et très engagé dans la vie littéraire et politique de son époque et que sa personne gardait une aura tout à fait hors du commun, alors que lui-même s’était défini comme un paria. Ils en parlaient comme s’il était disparu de la veille.

Partagé entre deux rives et deux cultures. Comment vivait Amrouche cette double appartenance à la culture françaises et celles de ses origines?

Dans de nombreux textes, il explicite sa double appartenance, en particulier dans ses interventions à Radio Genève, dont mon livre “Mythe et réalité” ne donne qu’un extrait. La phrase la plus riche est sans doute: “ La France est l’esprit de mon âme. L’Algérie est l’âme de mon esprit”. Son enfance, nous le savons, a été vécue dans l’exil à Tunis dès l’âge de quatre ans, avec toutes les difficultés économiques et familiales qu’évoque le récit de sa mère, " la honte ", les humiliations racistes (M’tourni, renégat, carne venduta, bicot, tronc de figuier), le fait de se trouver toujours à part, en raison de sa langue, le français, et de sa religion, le catholicisme reçu en héritage, en ont fait une sorte d’hapax dans la société.

L’être très sensible et intelligent, qu’il était, en a souffert peut-être plus que quiconque. Il le rappelle à la fin de sa vie.

Sa jeunesse se passe, vécue dans le secret de sa conscience comme un drame permanent : le drame de l'indicible, du malentendu, de l’impossible amitié, du sentiment de péché, et surtout de l’exil ontologique, de la solitude, qui est un des thèmes majeurs de son premier recueil de poésies (Cendres– 1934).

Après sa prise de conscience sur la nature du colonialisme, comment Amrouche a-t-il vécu les critiques acerbes de certains de ses amis écrivains, notamment Albert Camus ?

Amrouche et Camus se connaissaient depuis 1941. Ils ne se fréquentaient plus depuis 1948. Amrouche, au moment de la guerre d’indépendance, tentera un rapprochement pour qu’ils oeuvrent ensemble pour la fin du colonialisme. Mais leur désaccord était et restera total depuis les prises de position publiques d’Amrouche à la Salle Wagram à Paris, au cours du meeting organisé par le comité des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord, le 27 janvier 1956 et après son article du Monde “ La France comme mythe et comme réalité” le 11 janvier 1958.

Camus s’en ouvrira à Jules Roy et traitera Amrouche de “dangereux sophiste” , (cf. Jules Roy, Mémoires barbares, p. 430). Amrouche avait tenté encore un rapprochement : “Néanmoins, j’ai écrit à Camus, parce que nous représentons, lui et moi, la tragédie algérienne, lui dans sa gloire, moi dans mon obscurité. Sa réponse, que j’attends, sera négative. Elle ne viendra peut-être pas. “ (Lettre à Janine Falcou-Rivoire, 29 décembre 1957). Mais celui-ci refusa.

Amrouche commente ainsi ce refus : "Non, rien à faire avec Camus. Il ne veut pas se compromettre dans un dialogue. Il vient de m'écrire qu'il porterait seul son témoignage" (Lettre à Janine Falcou-Rivoire, 11 janvier 1958). Après l’échec de son Appel à la trêve civile du 22 janvier 1956, Camus rentrera dans l’ombre tandis qu’Amrouche s’engagera complètement, tant par ses démarches, ses écrits, ses émissions radio, ses conférences, jusqu’à sa mort.

Quelle était la relation de Jean Amrouche avec De Gaulle?

Les relations personnelles d’Amrouche avec de Gaulle se sont définitivement nouées au cours du repas pris à Alger, à la Villa des Oliviers, en 1943. Amrouche y exposant ses idées au Général aurait largement inspiré le Discours de la Place de la Brèche (12 décembre 1943), à Constantine, selon le témoignage d’Edgar Faure. Durant ce qu’on a appelé la “traversée du désert” du Général de 1946 à 1958, Amrouche le rencontrera à Paris et ils correspondront. De Gaulle lui rendra témoignage comme à quelqu’un qui fut son “compagnon, lorsque c’était méritoire” (cf. “Mythe et réalité” p.54).

Comment a vécu l'enfant d'Ighil Ali ses derniers jours?

Amrouche a été profondément déchiré durant toutes les années de ce conflit, mais en même temps, il a trouvé une sorte de force et d’équilibre dans son contact avec les combattants, et son militantisme actif avec les armes qui étaient les siennes: la parole et l’écriture pour l’indépendance de l’Algérie. Dans ses derniers moments, il était tenu informé des négociations qui s’achevaient et il a même pu savoir que son ami très proche, Abderhamane Farès, avec qui il avait négocié dès le retour de De Gaulle au pouvoir, venait d’être nommé Président de l’Exécutif provisoire.

Quelques jours avant sa mort, au réveil de son opération, il parla en kabyle à sa fille aînée, médecin ! Il est mort entouré d’amis tant algériens que français qui comprenaient sa prise de position. Le professeur Jacques Berque, islamologue et historien, professeur au Collège de France, a pu même dire, comme d’autres, qu’Amrouche était mort de la guerre d’Algérie.

Un dernier mot?

Selon moi, il est temps d’opérer, par la lecture de ses oeuvres poétiques et politiques, son retour au pays natal, comme cela a été commencé lors de la célébration du centenaire de sa naissance, à Ighil-Ali et à la Bibliothèque nationale. Et c’est aussi ce que j’ai voulu faire dans mes conférences d’Annaba et d’Alger en janvier 2007, que j’intitule: “Prélude à un retour de Jean El Mouhoub Amrouche dans son pays natal – Intempestif et actuel.”

Propos recueillis par Hocine Lamriben

Source : La dépêche de Kabylie

Lire l'article en PDF
Source: Revue Tifin

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21 janvier 2008

Chants berbères de Kabylie, Jean Amrouche

Livre entièremment numérisé; vous pouvez le télécharger ici ou en cliquant sur l'une des pages ci-dessous. Bonne lecture!

Aperçu du livre

De Jean Amrouche
Collaborateur Mouloud
Mammeri, (
Publié 1989
L'Harmattan
Folk-songs, Kabyle
264 pages
ISBN 273840227

Pages sélectionnées

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Table des matières
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Références
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Références issues de pages Web

Jean Amrouche Chants Berberes
Acaoh Association culturelle Amazigh a Ottawa - Hull
www.geocities.com/acaoh/JeanAmroucheChantsberberes.htm

Jean Amrouche - Wikipédia
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre. Aller à : Navigation, Rechercher. Jean Amrouche, de son nom Jean El-Mouhoub Amrouche, naît le 6 février 1906 ...
fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Amrouche

Chants berbères de Kabylie par Jean Amrouche - Harmattan (L ...
bibliomonde : Pour chaque pays, des livres, articles, une banque de données, des fiches thématiques, un carnet d’adresses utiles, lieux à découvrir, ...
www.bibliomonde.com/pages/fiche-livre.php3?id_ouvrage=4427

JEAN AMROUCHE
Jean AMROUCHE. « J'ai respiré la chair du monde et le monde dansait en moi, j'étais à l'unisson de la sève, à l'unisson des eaux courantes, ...
www.limag.refer.org/Textes/Manuref/AMROUCHE.htm

Jean El Mouhoub Amrouche, le poète de l'Algérie immémoriale
Le 17 avril 1962, mourrait à Paris Jean El Mouhoub Amrouche. Il venait d’avoir cinquante-six ans. Ce juste d’entre les justes, cet homme dont la probité ...
www.algerie-dz.com/article1423.html

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Livres, ebooks : CHANTS BERBÈRES DE KABYLIE, Jean Amrouche
Commandez le livre CHANTS BERBÈRES DE KABYLIE, Jean Amrouche - Ouvrage disponible en version papier et/ou numérique (ebook
www.editions-harmattan.fr/html/livre/livre-4879.htm

Dz Lit - Marguerite Taos Amrouche
Née à Tunis en 1913, Taos Amrouche est la première romancière algérienne de langue française. Elle était à la fois la sœur de l'écrivain Jean Amrouche, ...
dzlit.free.fr/tamrouch.html

Marguerite -Taos Amrouche - LUCARNE
A travers cette lucarne ovale, vous percevrez un peu de moi. Balade au hasard du chemin, déambulation vers les choses que j'aime. Je ne sais pas où je vais
memoireduvent.canalblog.com/archives/2007/07/15/5623151.html

La résurrection de Jean Amrouche
La résurrection de Jean Amrouche «L'image poétique dans l'oeuvre de Lounis Aït-Menguellet» Yennayer sur la neige Fête de Yennayer: une date, une histoire ...
www.ziane-online.com/kabylie/culture/la_resurrection.htm

Histoire de Marguerite Taos Amrouche - Forum Soummam.org
Histoire de Marguerite Taos Amrouche Femmes kabyles
soummam.org/forums/showthread.php?p=1026

Autres éditions

Chants berbères de Kabylie

de Jean Amrouche - 1939; Errata slip.  

À propos de ce livre

Chants berbères de Kabylie

de Jean Amrouche - Songs, Kabyle - 1947 - 187 pages

À propos de ce livre - 

Chants berbères de Kabylie

de Jean Amrouche - Songs, Kabyle - 1986 - 187 pages

À propos de ce livre  

Termes clés

kabyle, autre dieu, mohand, mon cœur, berbères, ces chants, khali, ces poèmes, chœur, elle chante, arion, petit oiseau, burnous, nos poètes, cœur

Source: Books Google

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04 janvier 2008

Dihya, de Kateb Yacine

    kateb_yacine_oeuvre_fragment_litePublié dans KATEB Yacine, L'Œuvre en fragment, de Jacqueline ARNAUD, cette pièce de théâtre de Kateb Yacine relate les tous derniers instants de la lutte que mena Dihya face à la conquête arabe. Cet extrait est aussi intitulé sous le nom de "La femme sauvage".
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Entrent deux paysans.

PREMIER PAYSAN :

                                     Le feu, toujours le feu!

SECOND PAYSAN :

                                     Sang et poussière
                                     Feu et flammes
                                     Sur la terre libre d'Amazigh !

PREMIER PAYSAN :

                                     Où irons-nous
                                     Si toute la terre brûle ?

Entre Dihya. Elle s'adresse aux paysans.

DIHYA :

                                     Les récoltes sont perdues
                                     Mais nous pouvons tout perdre
                                     II nous reste la terre.
                                     A chacun de ses pas
                                     Sur le sol des ancêtres
                                     L'ennemi ne trouvera
                                     Que le feu sous la cendre.

PREMIER PAYSAN (à part) :

                                     La guerre n'est pas notre métier.

SECOND PAYSAN (même jeu) :

                                     Nous ne sommes pas des soldats.
                                     Nous avons pris les armes
                                     Pour défendre la terre,
                                     Non pour détruire notre pays.

PREMIER PAYSAN :

                                     C'est le blé, c'est le pain qui brûle !

SECOND PAYSAN :

                                     Le pain de nos enfants !

DIHYA :

                                     Le pain, le pain amer,
                                     Le pain amer de l'esclavage !
                                     Ils voudraient, les envahisseurs
                                     Vous le faire manger à genoux.
                                     Et demain si vous acceptez
                                     Ils vous le feront manger à plat ventre !

PREMIER PAYSAN :

                                     Si les Arabes avaient raison ?
                                     ...

SECOND PAYSAN :

                         Ne sont-ils pas les hommes de Dieu ?

PREMIER PAYSAN :

                         Les Juifs et les Chrétiens
                                     Ne croient-ils pas aussi
                                     En un seul Dieu unique ?

DIHYA :

                         Toutes ces religions qui n’en sont qu'une
                                     Servent des rois étrangers.
                                     Ils veulent nous prendre notre pays.
                                     Les meilleures terres ne leur suffisent pas.
                                     Ils veulent aussi l’âme et l'esprit de notre peuple.
                                     Pour mieux nous asservir, ils parlent d'un seul Dieu.
                                     Mais chacun d'eux le revendique
                                     Exclusivement pour lui et pour les siens.
                                     Ce Dieu qu'on nous impose
                                     De si loin par les armes
                                     N’est que le voile de la conquête.
                                     Le seul Dieu que nous connaissons,
                                     On peut le voir et le toucher :
                                     Je l’embrasse devant vous,
                                     C’est la terre vivante,
                                     La terre qui nous fait vivre,
                                     La terre libre d'Amazigh !

Elle embrasse la terre, imitée par les paysans. Entrent deux cavaliers.

CHŒUR DES CAVALIERS :

                         II n'y a de dieu qu'Allah
                                     Et Mohamed est son prophète !

DIHYA :

                       Ô peuple qui te dis libre,
                                     Pourquoi opprimes-tu
                                     Un autre peuple libre ?

PREMIER CAVALIER :

                         Tu l'entends ?
                                     C'est cette femme
                                     Qui soulève les tribus contre nous.

SECOND CAVALIER :

                         Dans ce pays les femmes sont belles.

PREMIER CAVALIER :

                         Comme les vierges du paradis...

SECOND CAVALIER :

                         Chez nous en Orient,
                                     Une jolie berbère se vend
                                     Plus de mille pièces d'or.

PREMIER CAVALIER :

                         Sidi Okba ramène 80 000 esclaves. 

SECOND CAVALIER :

                         A nous les vierges du paradis !

PREMIER CAVALIER :

                                     Ecoute ô Kahina !

DIHYA (à distance) :

                         Pourquoi donc ne nous appellent-ils
                                     Jamais par notre nom ?
                                     Mon nom est Dihya.

SECOND CAVALIER :

                         Ecoute ô Kahina !

PREMIER CAVALIER :

                                     Pense à ton pays.

SECOND CAVALIER :

                         Pense à tes enfants.

PREMIER CAVALIER :

                         Rends-toi, il n'est que temps.

SECOND CAVALIER :

                                     Ecoute, ô Kahina !...
                                     …

CHOEUR DES CAVALIERS (invisibles) :

                         Il n'y a de dieu qu'Allah
                                     Et Mohamed est son prophète !

DIHYA (aux paysans) :

                         Les Arabes m'appellent Kahina, la sorcière.
                                     Ils savent que je vous parle, et que vous m'écoutez
                                     …
                                     Ils s'étonnent de vous voir dirigés par une femme.
                                     C'est qu'ils sont des marchands d'esclaves.
                                     Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre.
                                     Pour eux, la plus belle fille n'est qu'une marchandise.
                                     Il ne faut surtout pas qu’on la voit de trop près.
                                     Ils l'enveloppent, la dissimulent comme un trésor volé.
                                     Il ne faut surtout pas qu'elle parle, qu'on l'écoute.
                                     Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable.
                                     Ils ne peuvent pas comprendre, aveuglés par leur religion.

PREMIER CAVALIER :

                         Pour la dernière fois,
                                     Ecoute, ô Kahina, reine des berbères...

DIHYA (aux paysans) :

                         Ils m’appellent Kahina, ils nous appellent berbères,
                                     Comme les Romains appelaient barbares nos ancêtres.
                                     Barbares, berbères, c'est le même mot, toujours le même
                                     Comme tous les envahisseurs, ils appellent barbares
                                     Les peuples qu'ils oppriment, tout en prétendant les civiliser
                                     Ils nous appellent barbares, pendant qu'ils pillent notre pays.

Aux cavaliers :

                                     Les barbares sont les agresseurs.
                                     Il n'y a pas de Kahina, pas de berbères ici.
                                     C'est nous dans ce pays qui combattons la barbarie.
                                     Adieu, marchands d'esclaves !
                                     Je vous laisse l'histoire
                                     Au cœur de mes enfants
                                     Je vous laisse Amazigh
                                     Au cœur de l'Algérie !

Charge de cavalerie. Elle est tuée au combat.

CHŒUR DE PAYSANS :

                      

Ô Dihya, tu t'es sacrifiée !
                                     Le cœur qui pleure,
                                     Je voudrais le brûler.
                                     La cause des ancêtres
                                     Est toujours plus puissante.
                                     La nuit tombe sur les traîtres.

ARNAUD Jacqueline, Kateb Yacine, L’œuvre en Fragments, Sindbad Actes Sud, Paris, 1999, pp. 427-431.
N° D’éditeur : 3432
Dépôt Légal : Septembre 1999
ISBN : 2-7427-2418-4 / F7 5890
433 pages.

Source: Tadukli (consulté le 04 janvier 2008)

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27 décembre 2007

Femmes et espace poétique dans le monde berbère

Tassadit YACINE (*)

Résumé

Les femmes sont naturellement associées à la production culturelle en particulier dans le secteur traditionnel. Comment ne pas établir de lien entre femmes et artisanat ? La poterie, le tissage, la décoration des murs, des jarres à grains, la broderie, etc., est principalement le fait des femmes en de nombreuses cultures. C’est aussi le cas dans de nombreuses régions du monde berbère et bien entendu celles que nous étudions comme la Kabylie. L’objet de cet article qui s’opère au niveau du travail matériel physique concerne aussi la production intellectuelle. Sans entrer dans les détails, j’essaierai de montrer comment les femmes parviennent à exister en tant que productrice et les obstacles qu’elles ont dû franchir pour exister en tant que telles.

Abstract

Women are naturally associated with cultural production, especially in the traditional area. A close relation between women and folk art is easily established. Pottery, weaving, decoration of walls and grain jars, embroidery, etc., are the domain of women in many cultures. This is the case in many regions of the Amazigh or Berber, world, including the region studied here – Kabylia. The objective of the article is to show how the division of labor between sexes that applies to physical and material production also applies to intellectual production. Without getting into the details, I will try to show how women succeed in existing as producers and the obstacles that they had to overcome to exist as such.

Texte intégral

La société kabyle est connue pour son code exacerbé de l’honneur et pour être le creuset d’une civilisation méditerranéenne ancienne où l’homme (au sens latin de vir) occupe un statut hautement valorisé. La suprématie des hommes sur les femmes puise ses fondements dans la mythologie où l’on voit la femme déchoir du statut de mère du monde et de l’humanité pour tomber dans celui de vilaine sorcière1. De nombreux autres récits soulignent les raisons pour lesquelles les femmes doivent être écartées des lieux publics (le souq, par exemple, qui est un espace éminemment masculin) et désavouées parce qu’elles ont trahi Dieu2. Les exemples où l’on retrouve la femme dans cette position de dominée sont nombreux, position qui puise sa légitimité dans le passé mythique. Cette culture mythique intériorisée n’est pas sans incidence sur la pratique sociale et, par-delà, sur les comportements humains.

Le langage, l’hexis corporelle, la division des tâches rappellent de manière constante, à la fois explicite et implicite, les fondements de la suprématie des hommes sur les femmes. Les femmes doivent se fondre dans cet «édifice» social et culturel bâti par les hommes et pour les hommes. Incorporées au groupe social (au sens de pénétrer dans le corps, faire corps), elles ont tenté tout au long de l’histoire de se faire une place dans les limites imparties par l’ordre dominant. Corps anonyme, les femmes ne parlent pas, elles sont parlées. Elles constituent ce corps collectif dominé où elles sont présentées comme un ensemble homogène au sein duquel tous les membres sont semblables. Pour les hommes, les femmes sont «interchangeables». Cependant ce corps dominé est indispensable pour faire fonctionner le monde, le répéter, le reproduire, le mimer sans y «apporter» la moindre touche personnelle, la moindre création. Il est difficile pour elles, surtout si elles sont cantonnées dans cette opposition, de concevoir le monde (au double sens du terme, de le faire et de le penser). À plus forte raison quand il s’agit de création poétique. Lorsqu'il leur arrive de donner vie et sens aux mots, elles ne sont jamais des auteurs, mais des répétitrices. Comme pour les enfants qu’elles portent mais qui ne portent pas leurs noms, elles ne revendiquent pour ainsi dire jamais la poésie qu’elles inventent. Les femmes n’ont pas la propriété de leur pensée. Car l'expression singulière d’une poétesse se confond d’emblée avec l'expression collective dominée par l’ordre établi.

Pourtant, la Kabylie a connu des femmes-poètes comme Yemma Khelidja Tukrift. Dans chaque village, il arrive que les habitants signalent l'existence d'une ou de plusieurs poétesses qui se distinguent du lot. Cependant, leur renommée ne dépasse guère le cadre du village (au sens de la taddart kabyle) ou de la tribu. Signalons que ces femmes sont versées en général dans une thématique en adéquation avec les valeurs reconnues du groupe : religion, morale, épopée. Elles quittent la sphère stricte de la «féminité» (au sens de tâches dévolues) pour celle plus large de la religiosité. C’est déjà reconnaître un lien implicite avec le piège de la communauté, car pour sortir du cadre étroit de la féminité et acquérir la parole (la parole masculine), elles consentent à intégrer dans leur vision du monde les schèmes de perception, d’appréciation et d’action des dominants dont elles sont les porte-parole mandatés, des porte-parole d'autant plus efficaces qu'elles sont dominées.

La poésie orale tout comme la parole obéit à des codes très stricts. L’importance de la parole est le fidèle reflet du statut du locuteur. Elle a ses propres canaux d’émission et de transmission. Marquée par les conditions sociales et culturelles de conception et d’émission, elle peut donner du crédit, du capital social symbolique, comme elle peut vouer son prétendant au châtiment, à la malédiction, à la ruine. Savoir parler, c’est avoir le sens de la répartie et mettre de son côté les hommes, se faire des alliés, mais c’est aussi posséder le monde (bab n yiles medden akw ines, « celui qui possède la langue possède les hommes », dit le proverbe). La poésie féminine joue donc ce double rôle, celui de conforter l’ordre dominant, parce que cet ordre constitue pour elle une référence, et celui de dénoncer son dysfonctionnement, ses injustices et ses hypocrisies. Les femmes représentent ainsi malgré elles ce corps dominé mais révélateur d’une histoire collective inscrite dans les structures sociales et mentales de tout le groupe. Ce sont elles qui vont permettre de mettre en évidence cette dualité à travers la poésie orale, cette dernière obéissant à des codes très rigoureux3.

Le code ancien distinguait en effet deux genres poétiques : celui des valeurs hautement représentatives (la poésie du haut, celle du cœur) et celui des valeurs stigmatisées (la poésie du bas, celle du sexe et des instincts). Ces distinctions se retrouvent projetées dans l’espace géographique (assemblée, souq, champ ou fontaine, cour, maison, etc.), ce dernier constituant un fidèle reflet de l'espace social.

Si la prise de parole implique symboliquement une prise de pouvoir, cela signifie pour les femmes une inversion symbolique de l’ordre. Le mode de fonctionnement des systèmes sociaux exige une cohérence apparente qui consiste en ce que les femmes entrent totalement ou partiellement dans le jeu — et au besoin se laissent piéger par ce dernier — en masquant par leur silence, leur soumission et leur complicité les rapports de force existants. Ce qui signifie nier et, partant, annuler la domination. Car les hommes en tant que dominants ne peuvent apprécier leur pouvoir que s'il paraît naturel, que s'il est librement consenti. Lorsque les femmes, par leur inconduite, les amènent à exercer un rapport de forces brut, révélant ainsi leur tyrannie, cette brutalité est désapprouvée par l’assemblée des hommes.

Sortie de ce cadre, l’expression féminine est donc perçue comme une atteinte à l’ordre public, une inversion des rapports de force et de sens et, plus encore, une inversion du monde. En revanche, quand elle utilise les canaux traditionnels (la voyance, la poésie, le cas extrême étant la folie), elle permet aux femmes de sortir du groupe tout en se laissant récupérer par lui. Adhérer au schéma traditionnel constitue en somme une catharsis nécessaire dans laquelle des vies socialement condamnées sont mises à profit par la collectivité. Tels sont les principes structurant les schèmes de vision de l'opinion publique.

Sur un plan strictement individuel, la poésie induit des situations paradoxales, au sens où la vision dominante est mise en cause. Il est extrêmement difficile pour une jeune fille (même s’il y a des exceptions qui confirment la règle) d'envisager d’écrire ou de vaticiner. En revanche, c'est plus courant chez les femmes mariées. C'est une façon de fuir — pour beaucoup — leur situation de femme sans «avenir» tout en conservant leur statut d’épouse. Se situant à l’intérieur d’un statut social, d’une classe d’âge, elles tentent d’échapper à cette condition. Lorsqu'elles sont reconnues pour leur pratique, elles ont accès au monde extérieur, ce que n'ont pas les femmes protégées par «l'honneur» masculin. Ce sont les nouveaux rapports introduits par cette position de la femme qui méritent d’être étudiés avec rigueur comme nous le verrons plus loin avec Nouara et Fatima.

Ce type d'expression permet aux femmes de sortir de la sphère de la domesticité, de distendre les liens — considérés comme indéfectibles — avec la famille et /ou le mari. Elles échappent au contrôle social, elles se singularisent (elles étaient «nous», elles deviennent «je»), elles affichent une personnalité différente, indépendante du mari qu'elles cessent de représenter. Mieux : il se produit une inversion des hiérarchies et du sens. Le conjoint devient le mari d'une telle, de la voyante, de la poétesse, de la chanteuse. Son identité de mâle, de représentant de son groupe, est entièrement mise en cause.

C'est ainsi que l'on peut décrire les relations entre les femmes et la poésie jusqu'aux années soixante. On ne peut pas dire que depuis, de ce point de vue, la société se soit totalement transformée, mais on peut cependant remarquer l'émergence timide des femmes dans le domaine de la chanson. Les chanteuses kabyles — comme les chanteurs — ont dû rompre totalement avec le groupe pour exister par elles-mêmes. On remarquera qu'elles ne gardent en public que leur prénom, souvent d'emprunt4. Elles n'ont pas de nom, ni d'appartenance (Chérifa, Hanifa, Ourida, Djamila, Anissa, El Djida, Karima, etc.), donc pas d’insertion explicite dans une généalogie. Le chant individuel est souvent l'expression d'une révolte contre la société. Les grandes figures féminines ont souvent connu un destin tragique : elles ont dû fuir leur village, leur famille et souvent un mari imposé. Dans le domaine de la chanson, comme dans bien d'autres, les femmes ont presque toujours eu des rôles secondaires. Les premières femmes qu’on entendit chanter ne furent que des «interprètes». Elles chantèrent leur vie et celle de leurs pareilles. C'est depuis la fin de la seconde guerre mondiale que les femmes kabyles ont chanté en public, c’est-à-dire depuis la création à Alger, en 1948, d’une chaîne de radio. Les premiers textes relèvent du domaine public. Convenons que pendant les années 50 la différence entre le particulier et le collectif5 était difficile à établir.

La division de l'espace reflète donc les rapports hommes/femmes, confortant bien entendu la domination masculine. Des lieux ayant une fonction très importante dans l’organisation sociale sont prédestinés à la réalisation de la poésie chantée ou simplement récitée : la maison, la cour intérieure, la fontaine, les champs, etc. C'est peut-être cette inscription dans l'espace qui peut nous donner une idée de la fonction réelle de régulation de la parole féminine. Car la poésie féminine a une fonction de régulation qu'il est difficile de passer sous silence. L'espace est presque régi en fonction des statuts sociaux et des sexes. Les femmes occupent les parties intérieures à l'abri des regards, les hommes les lieux ouverts et publics. Il ne faut cependant pas croire à une étanchéité réelle entre les deux mondes. La bipartition intérieur/extérieur se reproduit à l'infini. Mais dans l’univers intérieur et féminin il y a des parties plus ouvertes et plus exposées et d’autres qui le sont moins. La cour intérieure est un lieu fermé par rapport à la rue et, en même temps, un lieu ouvert pour le monde plus cloisonné de la maisonnée. Il en est ainsi de l'intérieur de la maison : il y a des endroits plus exposés à la lumière et donc forcément plus éclairés que d'autres qui sont dans l'ombre.

Nous ne prendrons ici que l’exemple de la cour intérieure (dite afrag) où jadis se déroulaient les fêtes. Ces dernières avaient lieu en automne6. L’afrag est l’extérieur de l'intérieur par rapport à la maison mais c'est aussi l'intérieur de l'extérieur par rapport à la place publique – espace spécifiquement masculin – ou par rapport aux champs, appelés symboliquement lexla, le vide. La mixité dans l'afrag est permise lors des fêtes. Un ordre dans le désordre : deux demi-cercles (dits ici ssef) divisent l'espace : d'un côté les hommes, de l'autre les femmes7 qui peuvent chanter voire danser à tour de rôle. Les groupes ne doivent pas se distribuer de n'importe quelle façon. Lorsque c'est une grande fête qui compte beaucoup d'invités et des invités étrangers à la famille, au groupe (par exemple une fête animée par des musiciens, la musique professionnelle attirant beaucoup de monde), on partage la cour en deux à l'aide d'un fil séparateur sur lequel on étend une couverture8. Ce qui montre bien que la séparation est plus symbolique que réelle. Quelle est la signification de ce geste dans la pratique ?

Les textes chantés par les femmes vont garder toute leur substance, leur sens, leur force. Malgré la mixité qui est en somme fictive, ils sont dits publiquement et on y reconnaît les voix des femmes. Soit ! Mais il y a quelque chose qui échappe à l'esprit rationnel ou à un observateur étranger. Le jeu consiste en fait à permettre le déroulement de la cérémonie et à marquer des limites. L’expression des femmes va atteindre son objectif, celui de toucher l’autre, le destinataire masculin, sans altérer l’ordre social. Revenons au statut de la parole et au statut des agents sociaux. En Kabylie et pas seulement là, la parole avait une fonction très importante, elle avait le pouvoir de donner la vie ou de l'ôter. Pour qu'elle soit efficiente, la parole doit être dite en face, dans un face-à-face, elle doit être publique9. La parole par excellence, c'est celle de l'homme d'honneur (aêrdi), de celui qui rompt et ne plie pas. Ce qui suppose un engagement total de soi, des siens etc. Que signifie donc cette parole dite derrière une couverture, derrière un mur, une porte, une parole en fait sans visage ? Cette parole d'exception, de défoulement, s'entend certes mais ne s'écoute pas. C'est une parole qui sort des «tripes » et se dirige derrière l'oreille, derrière le dos. En revanche, la parole masculine va droit au cœur et elle est devant, elle engage car elle est efficiente. Qu’en est-il aujourd’hui, s’agissant de femmes traditionnelles qui s’expriment en public ?

Deux femmes berbères (une marocaine et une algérienne), issues de sociétés pourtant très éloignées, illustrent ce qui vient d'être énoncé : l'expression féminine est souvent une expression totale (au sens de « fait social total » tel qu'on le retrouve en sociologie) dans la mesure où elle reflète la société dans son ensemble. Les femmes, plus que les hommes, ont le souci de rendre compte non seulement des grands événements qui traversent la cité, mais aussi des petits dont personne ne parle (les petits et les grands moments de la vie). C’est à partir de l’extérieur, de l’exil pour l’une et de la ville pour l’autre, qu’elles peuvent faire entendre leurs voix. Il s'agit de Nouara Bali, originaire de Kabylie et de Fatima Tabaâemrant originaire des Aït Baârem dans le pays chleuh. Elles ont en commun plusieurs points. Celui d'appartenir à des régions dont la langue – le berbère – n’est ni enseignée ni reconnue comme langue de culture, celui d'être orphelines, et enfin celui de s’être lancées dans le monde de la chanson ailleurs que dans leur milieu d’origine stricto sensu. Connaissant mieux l'itinéraire et les textes de Nouara, pour lui avoir consacré un ouvrage, je donnerai plus de détails sur elle que sur Fatima.

Nouara est née en 1939 à Amalou dans la région de Bédjaïa. Elle perd ses parents alors qu'elle n'a pas encore dix ans. Son père émigre en France avant la deuxième guerre mondiale. Sa mère doit se battre avec sa belle-mère qui n’entend pas respecter sa position de mère au sein de la structure familiale. C’est ainsi que naissent différents heurts et malentendus et la mère de Nouara quitte le village du vivant même de son époux pour gagner sa vie. Nouara est l’aînée et elle hérite, malgré elle, du comportement révolté de sa mère. À peine sortie de l'adolescence, elle est prise en charge par ses tantes paternelles qui agissent tantôt en protectrices, tantôt en gardiennes de l'ordre masculin. Ce sont elles qui la donnent en mariage et la poussent à divorcer le moment venu. Le jeu du mariage et du divorce commence très tôt pour la jeune femme. Dès l'âge de douze ans, dit-elle, elle entre dans le cycle infernal des mariages ratés, dont certains sont dus au caractère effronté de la jeune femme et d'autres au fait qu'elle n'est pas pleinement femme dans la mesure où elle n'a pas pu avoir d'enfants. À cette «anomalie», s'ajoute le poids de l'exil forcé. Pour des raisons matérielles, elle a suivi ses différents époux en France.

L'exil est un fardeau
Ma solitude aussi
La mauvaise compagnie dont je suis affublée
Me dégoûte (Esseulée)

C'est en France que Nouara apprend l'existence de modes d'expression différents de ceux de la société traditionnelle et qu'elle opte pour les modes de transcription modernes. Car elle découvre l'école à l'âge adulte et fait d'elle-même le cheminement pour acquérir l'instrument nécessaire à sa survie : l'écriture qui lui permettra de transcrire ses poèmes. Mais elle ne s'arrête pas là ; elle effectuera une démarche particulière en s'adressant à une femme anthropologue, proche d'elle par la culture, pour lui transmettre son savoir. Comme pour de nombreuses femmes, ce sont les moments fondateurs de sa vie qui vont ressortir dans ses vers. En premier lieu l'injustice première qui la prive de l'amour de ses parents, en particulier de l'affection de sa mère disparue très tôt :

J'avais dix ans
Lorsque mère disparut
Me laissant seule avec mon frère (Ma mère m'a laissée)

Dans son groupe d'origine, les hiérarchies sont clairement définies : une fille abandonnée d’abord par son père puis par sa mère alors qu’elle était encore enfant n'a pas la même position sociale (c'est le cas de l'auteur) qu'une fille qui a un père. Ce thème revient comme un leit-motiv dans ses vers :

Père tu m'as reniée
Comme si je n'étais pas ta fille
Mère, de moi tu t'es déchargée
Tu n'as laissé aucune trace
Je ne connaissais pas encore la vie
Lorsque vous m'avez abandonnée
Vous m'avez laissée dans les larmes
Alors que j'étais dans l'innocence
Votre cœur n'a pas tressailli
Vous n'aviez pas craint le Seigneur
Je sais que ma complainte est juste
Puisque je suis de votre sang
Vous m'avez laissé orpheline (poème 296)

À ce handicap de départ s'en ajoute un autre : elle n'a pas d'enfant. Nouara le vit comme une injustice, une soumission aux aléas du destin. Elle fait parler les autres femmes qui, directement ou indirectement, la qualifiaient d'arbre desséché, de bouc solitaire, lorsque elle se rendait à la fontaine(tala) ou aux champs (lexla). Même si Nouara vit en France, sa vision est restée celle d'une femme kabyle n'aspirant qu'à répondre à son devoir de femme et d'épouse accomplie. Plus d'une dizaine de poèmes sont consacrés à ce thème. En voici un extrait :

Si j'avais un enfant
Ce serait un jardin de bonheur
Je lui ferais une maison
Et je n'aurais point de souci
Il égaierait mon cœur
Mais la chance m'a vouée à l'abandon.
Elle s'en est allée
Et a effacé la trace de ses pas

Si je n'étais pas stérile
Je ne divorcerais point
Et ne me séparerais pas de l'aimé

J'aurais fondé un nid d'amour
Mais ce n'est point de ma faute
Car traître est mon destin (poème 297)

L'autre point nodal de sa vie concerne sa relation avec les hommes qui ne peuvent être ici que des maris le plus souvent imposés :

J’eus un mariage de contrainte
Tel est mon destin
Sept ans après
La vie est pour nous deux
Amère (Tel est mon destin)

Dans l'émigration, où le groupe se transforme tout en gardant les mêmes moyens de contrôle que dans la société traditionnelle, Nouara aura à se situer par rapport aux différents maris (elle s'est mariée cinq fois) :

J'ai voulu rencontrer
L'âme sœur
L'aimer
Et vivre avec elle
Mais j'ai échoué
Et tout s'est écroulé
Emportant mes espoirs, mes chimères
La vie m'a joué un mauvais tour. (Poème inédit)

Elle doit aussi se situer dans un univers strictement féminin où les positions des femmes sont définies par le statut des époux et par celui que confère la maternité. Ces différents mariages l'ont amenée à affronter belles-sœurs et belles-mères souvent cruelles.

Il serait cependant faux de croire Nouara enfermée dans ses problèmes. Elle s'intéresse à tout ce qui touche son monde : la revendication culturelle et identitaire, l'immigration, les événements politiques qui concernent son pays : Octobre 88 et les événements récents. La trajectoire de cette femme est très significative ; elle permet de saisir sur le vif la création par les agents de modes de production modernes lorsqu'ils se trouvent hors de leur espace «naturel» d'activité.

Fatima Tabaâemrant est beaucoup plus jeune. Elle est née en 1963 à Aït Lakhsas. Elle aussi perd sa mère à l'âge de deux ans. Son père ne tarde pas à se remarier. Très tôt la petite fille est confrontée à son destin. Dès qu'elle peut être autonome, Fatima se lance dans l'aventure du monde extérieur. Loin de la tribu étouffante, mais protectrice à coup sûr, c'est dans l'univers urbain qu'elle affronte les pires difficultés en se confrontant à la dure loi des rapports de forces dans leur extrême brutalité, « Une jeune et jolie fille sans protection masculine est souvent perçue comme une proie dans la jungle du show biz, fut-il balbutiant comme celui du monde traditionnel ». Les femmes traditionnelles, on l'a vu, ne manquent pas de vivre les pires situations pour exercer le métier de chanteuses ou de danseuses. Il en a été ainsi pour Fatima qui a su se battre non seulement pour s’imposer dans la chanson mais pour y imposer son identité de femme et de tachelhit. Tabaâemrant est connue aujourd'hui comme une des stars de la chanson marocaine. Sa voix, ses textes, sa présence sur scène ont contribué à faire d'elle une vedette de la chanson. Comme Nouara, elle chante aussi la condition d'orpheline :

Comment ne pas pleurer, moi, l'orpheline ?
Comment puis-je faire ? mon cœur
Jamais je n'ai trouvé la paix, le souci est mon lot quotidien
Quels que soient mes actes, le souci est mon fardeau
Mort ! Pourquoi n'es-tu pas tendre ?
Tu m'as enlevé ma mère, à moi qui étais si jeune
Tu es insensible au malheur des orphelins
Ne pleure pas, orphelin, Dieu dans sa bonté a tout vu.10 (Poème inédit)

Comme Nouara, elle chante les amours nostalgiques,

Les amours difficiles :
Me voilà je me plains devant mon tendre ami,
Mes souffrances apparaissent mon cœur ne les supporte plus
Mon amour écoute-moi, si tu entends ma plainte
Même si je ne te vois pas je me plains
Je t'expose ce chagrin que tu as laissé. (Dans les plaintes)

Et enfin Tabaâemrent chante sa culture tachelhit (tamazight) longtemps écrasée par les cultures dominantes. La langue tamazight est digne d’être reconnue car elle possède un alphabet permettant son passage à l’écrit.

Je jure que je ne vendrai jamais mon cœur pour de l'argent
Pour le vider du berbère dont il est plein
De même pour la culture je ne me fatiguerai jamais
Trésor, toi le berbère ; c'est Dieu qui l'a ainsi voulu pour nous
Ces trente neuf lettres de ton alphabet tifinagh
Je les ai toutes apprises par cœur, il ne m'en manque aucune
Quelle chance pour toi, berbère quelle grandeur pour ton histoire.
(Poème inédit)

Fatima chante aussi la libération des femmes et leur enseigne la liberté et la transmission de l’expérience.

La fille est colombe à sa naissance
Quand poussent ses ailes elle n'est plus immobile
Libérez-la si c'est là son destin
Qu'elle parte et qu'elle s'occupe d'elle-même
Pour enseigner aux autres ce qu'elle a appris. (Poème inédit)

Les textes de ces deux femmes permettent de comprendre ce qui a été dit. Les femmes relatent la vie, l'inégalité des chances due à leur sexe, les conditions générales et particulières11. Mais ce qui peut surprendre c'est que la poésie féminine dépasse largement la vie privée et publique des femmes. Car ces dernières sont déléguées, comme on peut le voir dans certains poèmes, pour parler des hommes, en leur faveur, mais aussi en les dénonçant, en les démasquant. Dans un cas, comme dans l’autre on voit bien qu'elles ont fait leur l'idéologie masculine. Car rappeler à l'homme son devoir et ses responsabilités d'homme, n'est-ce pas une façon de reconnaître la division sexuelle du travail et la division du travail sexuel ? La bipartition de l'espace obéit à cette division des rôles12. Conformément à la tradition, les femmes ont essayé de respecter cette vision du monde. Il est cependant des événements historiques qui sont déterminants pour les individus et pour les groupes. Il en fut ainsi pour les femmes dont la guerre d'indépendance contribua à changer le statut (dans la pratique). Celles qui chantaient auparavant l'amour vont désormais chanter avec beaucoup plus d'éloquence la résistance. Les hommes ayant déserté la cité, les femmes sont, du coup, devenues les relais du combat masculin. Elles ont pris naturellement les places assignées aux hommes tout en continuant à assurer leurs propres fonctions.

Bibliographie

BOURDIEU, Pierre

1972 Esquisse d’une théorie de la pratique, Paris Genève, Droz.

1980 Le sens pratique, Paris, Minuit.

1998 La domination masculine, Paris, Seuil.

ELHABIB HACHLEF, Ahmed & Mohamed

1993 Anthologie de la musique arabe (1906-1960), Paris, Publisud.

FRAISSE, Geneviève

1989 Muses de la raison, Paris, Gallimard.

GADANT, Monique

1995 Femmes et nationalisme en Algérie, Paris, l’Harmattan.

YACINE, Tassadit

1987 Izli ou l’amour chanté en Kabylie, Paris, Maison des sciences de l’homme.

1992a Les voleurs de feu, Paris, Éditions La Découverte.

1992b « L’anthropologie de la peur : rapports hommes/femmes en Algérie »,  Actes du colloque Amours, phantasmes et sociétés, Paris, l’Harmattan.

1994 « La féminité ou la représentation de la peur dans l’imaginaire social kabyle », Cahiers de littérature orale n° 34, p. 19-43.

1995 Piège ou le combat d’une femme algérienne, Paris, Awal/Publisud.

Notes

1 Yacine 1992a, p. 137.

2 Ibid. p. 144.

3 Yacine 1987. Nous avons montré qu’il y avait des règles propres à la société kabyle mais ces règles sont largement inscrites dans un système mythico-rituel beaucoup plus large et spécifique au monde méditerranéen. Les positions sociales sont déterminées par nombre d’éléments liés à la culture (vieux / jeune, initié / non initié, homme / femme), mais aussi en fonction de la position qu’on occupe dans l’espace (dehors / dedans, place publique (tajmaât, agora) /maison, souq / champ, etc.). Les limites qu’imposait l’espace géographique n’étaient rien d’autre que celles qu’imposait la société, espace géographique et espace social étant jadis intimement imbriqués.

4 Il y a, bien entendu,des exceptions comme Bahia Farah, mais c’est surtout en dehors de la Kabylie (comme Mériem Abed) qu’on peut constater ce phénomène.

5 Signalons que la grande cantatrice Taos Amrouche, internationalement connue, n’entre pas dans cette typologie. Elle exprime certes une douleur sociale, existentielle (être ou ne pas être) mais le moteur principal de son action est fondamentalement intellectuel et politique. Marguerite Taos est d’abord connue comme première romancière algérienne, puis comme chercheur chantant des textes recueillis dans et par sa famille.

6. Bourdieu 1972 : la division de l'espace dans la maison kabyle ancienne.

7. Au Maroc les hommes et les femmes organisent de véritables ballets connus sous le nom de ahwac ou ahidous. Selon les régions, les contacts hommes / femmes sont plus ou moins libres. Les femmes du Souss, même dans la fête, sont séparées des hommes par un rideau blanc, ce qui n'est absolument pas le cas dans le Moyen Atlas. Pour plus de précision : Yacine 1994, p. 19-43 et Yacine 1992b. ; voir également Gadant 1995 et Fraisse 1989.

8 C'est un peu les séparations que l'on trouve aussi à l'intérieur de la tente.

9 Bourdieu 1980.

10 Texte recueilli et traduit par Brahim Lasri.

11 Yacine 1995.

12 Bourdieu 1998.


Tassadit YACINE

(*) Tassadit YACINE est directrice d’études à l’EHESS à Paris. Elle est directrice de la revue Awal, Cahiers d’Études berbères qu’elle a fondée avec Mouloud Mammeri. Spécialiste de littérature orale berbère, elle a publié de nombreux ouvrages dont les plus récents sont : Les voleurs de feu. Éléments d’une anthropologie sociale et culturelle de l’Algérie, Paris, La Découverte, 1993 ; Jean-Mouloub Amrouche : Un Algérien s’adresse aux Français ou l’histoire d’Algérie par les textes (1943-1961), Paris, L’Harmattan, 1994 ; Chérif Kheddam ou l’amour de l’art, Paris, Awal-La Découverte, 1995 ; Piège ou le combat d’une femme algérienne, Paris, Awal/Publisud.

Pour citer cet article

Tassadit YACINE, « Femmes et espace poétique dans le monde berbère », Clio, numéro 9/1999, Femmes du Maghreb, [En ligne], mis en ligne le 22 mai 2006. URL : http://clio.revues.org/document287.html. Consulté le 27 décembre 2007.

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