Carnets berbères et nord-africains

Patrimoine documentaire berbère présenté sous forme de sources d'information, d'articles publiés et de documents archivés.

05 mai 2008

BERNUS Edmond, Les Touaregs

Compte rendu

Bernus Edmond, 2002, Les Touaregs
Paris, Ed. Vents de Sable, 171 p. (1 cart, 41 photos couleurs pleine page de Jean-Marc Durou)

Texte intégral

1 Depuis plus de trente ans le nom d’Edmond Bernus est associé à celui des Touaregs sur lesquels il a publié un grand nombre de travaux d’excellente qualité. Il n’a pourtant pas hésité à leur consacrer un nouvel ouvrage, dans un genre difficile – plus accessible, dit-on, aux géographes – la synthèse. Ainsi se donne-t-il pour tâche de présenter cette société du désert dans son milieu naturel, avec son histoire, son organisation sociale, la place qu’elle réserve aux femmes et aux artisans, son évolution récente et ses révoltes, écartelée qu’elle est entre cinq républiques différentes. Le tout illustré par de superbes photos de Jean-Marc Durou. Disons le tout de suite, ce livre apparaît comme une totale réussite.

2 Sur un territoire aride et immense les Touaregs sont à peine deux millions, parlant pourtant la même langue, « dénominateur commun majeur », et possédant la même écriture. Ils ne sont pas les premiers occupants de ce Sahara auquel on les identifie aujourd’hui : de nombreux monuments funéraires attestent de la présence en ce pays, alors plus fertile, d’autres populations, que lesTouaregs appellent « les gens d’avant », et que parfois ils ont côtoyés, les chassant ou les assimilant. A l’origine de leurs migrations, venues du nord généralement, ils citent, d’un bout à l’autre du Sahara, le nom de femmes ou de groupes de femmes. C’est là une première indication de la place occupée par la femme dans cette société, qui apparaîtra tout au long de l’ouvrage.

3 Le XIXe siècle voit les premiers contacts entre Touaregs et Européens, voyageurs, puis militaires, enfin colonisateurs. De nombreux jugements de valeur sont alors portés sur cette civilisation. Jugements passionnés et contrastés, allant de l’enthousiasme au mépris ; « les Touaregs, » remarque E. Bernus, « ne laissent jamais indifférents ». Alors que le pays semblait avoir accepté la présence des Français – les fusils ne pouvant que l’emporter sur les épées –- il s’embrase en 1916 et 1917 en une révolte qui se transforme en véritable guerre où les chefs touaregs connaîtront quelques succès. Elle vaudra aux nomades « repacifiés » une étroite surveillance administrative, différant entre Afrique du Nord et Afrique noire, le pays touareg étant ainsi coupé en deux. Constituant dans chacun des Etats où ils sont implantés une minorité peu scolarisée, les Touaregs restent à l’écart d’une évolution que, selon E. Bernus, ils n’ont pas vu venir. Ils atteindront l’époque des indépendances sans avoir été vraiment préparés aux changements qu’elle allait représenter.

4 C’est que, de tout temps, la société traditionnelle est organisée de façon hiérarchisée et complexe. Dans chaque grand ensemble politique, ou confédération, une tribu noble domine et fournit le chef suprême, amenokal, dont le pouvoir est matérialisé par un grand tambour, ettebel ou tobol. Son commandement s’exerce à la fois sur des aristocrates – et les vassaux qui en dépendent – et des religieux, « ceux de l’islam ». Tous sont hommes libres, au-dessous desquels figure la classe servile – théoriquement disparue aujourd’hui – rassemblant affranchis, serfs et serviteurs de case, noirs le plus souvent. Attachés aux tribus influentes et aux chefs on trouve enfin les artisans, maîtres du métal, du bois et du cuir, et aussi parfois maîtres de la parole, indispensables et pourtant souvent méprisés.

5 Pour les nobles le courage personnel est à la fois idéal et réalité, admirée souvent par les officiers occidentaux. Les guerres fréquentes entre confédérations rivales – ayant rassemblé jusqu’à plusieurs centaines de combattants montés, assistés de troupes à pied – sont le terrain où les hommes se doivent de réaliser des exploits propres à immortaliser leurs noms, celui d’Eféllan par exemple, qui vécut vers la fin du XIXe siècle et que célèbrent des récits épiques, encore connus aujourd’hui.

6 Les Touaregs sont musulmans, et pourtant la monogamie est de règle chez eux, fait unique en Afrique. C’est que la femme occupe dans cette société une place remarquable. Sa seule pensée galvanise le combattant qui crie le nom de celle qu’il aime avant de se lancer dans la mêlée. Comme les hommes, les femmes composent des poèmes et ce sont elles qui organisent les célèbres réunions galantes, ahal, où les hommes, vêtus de leurs plus beaux atours, les rejoignent pour les écouter jouer du violon – but officiel, du moins, de ces rencontres – et réciter avec elles des poèmes, œuvre des unes ou des autres. Le verbe haut, elles s’expriment et apostrophent, et leurs poèmes moqueurs, répétés de campement en campement, sont des armes assassines. Détail significatif, les femmes ont une part sur l’héritage de leur père, moitié, il est vrai, de celle de leurs frères. C’est à l’épouse en tout cas qu’appartient la tente familiale qu’elle emporte avec elle en cas de divorce. Elle sait d’ailleurs ce qu’est la solitude : le mode de vie nomade impose aux familles touarègues de continuels déplacements et des séparations pour suivre leurs animaux, et cette solitude forge aussi le caractère des jeunes bergers réduits, loin des campements,à la seule compagnie de leurs troupeaux.

7 Les Touaregs sont parvenus à dominer ce milieu naturel redoutable qu’est le Sahara. Ils ont donné un nom à chaque lieu et ils possèdent une connaissance intime de ses plantes, de ses arbres, des pâturages où ils peuvent mener leurs troupeaux, de ses puits et de ses pistes. Pendant des décennies ils ont su tirer parti de ces étendues désertiques, rusant avec les sécheresses par de grands déplacements vers le sud, ou menant en vue d’échanges, de l’Algérie au Niger et au Mali, d’importantes caravanes commerciales – plusieurs milliers de chameaux parfois – dont les célèbres caravanes de sel observées en direct par l’auteur.

8 Les trente dernières années ont été dures pour ce peuple et sa culture : arrêt des déplacements caravaniers, politiques de sédentarisation menées par les nouveaux Etats, longues et terribles sécheresses obligeant ces nomades à quitter leurs zones pastorales pour trouver refuge et travail dans les banlieues des grandes villes du sud. Chaque république a vu l’apparition de mouvements touaregs d’opposition présentant des revendications suivies de soulèvements, durement réprimés parfois, ce qui n’a pas empêché, à partir de 1990, une révolte généralisée affectant dans chaque pays tous les niveaux de la hiérarchie sociale touarègue. Ce fut l’embrasement, auquel des négociations s’échelonnant sur plusieurs années ont fini, péniblement, par mettre fin.

9 Quelles perspectives pour les Touaregs aujourd’hui ? « Il est très difficile de dresser un bilan et plus difficile encore de s’interroger sur l’avenir » remarque Edmond Bernus. Les « révoltes n’[ont] pas débouché sur une reconstitution d’une élite ». Aussi pour certains Touaregs c’est le sentiment d’échec qui prévaut car il leur est impossible d’accepter l’éclatement de leur peuple en cinq morceaux. Il existe pourtant des signes positifs de l’évolution de la société. Les Touaregs ne sont pas en voie de disparition démographique, contrairement à ce qui est parfois affirmé, même si leur taux d’accroissement est moins fort chez les purs nomades que chez les sédentaires. Les jeunes migrants, ishumar, ont acquis une ouverture sur le monde, susceptible de faire reconnaître dans chacun des pays quel est l’apport positif qu’ils peuvent représenter. Les artisans n’ont-ils pas déjà adapté leurs bijoux et leurs produits au nouveau marché du tourisme ? Et une nouvelle poésie touarègue, souvent œuvre de femmes, faite de révolte et de nostalgie du campement lointain, est en train de naître.

10 En cherchant bien on pourrait adresser de menus reproches à ce travail : maigreur des documents cartographiques réduits à une seule carte, absence d’une table des illustrations redonnant les thèmes des splendides photographies de Jean-Marc Durou qui présentent les Touaregs d’aujourd’hui. Tout cela est peu de chose. Ce qui compte, c’est la clarté et l’élégance des présentations thématiques, fondées sur une connaissance approfondie aussi bien des lieux que des auteurs, la réussite des formulations, la concision et la beauté d’un style imagé, le charme des recours constants au langage de la poésie touarègue. Disons-le, ce livre, où nous retrouvons tout entier ce remarquable chercheur qu’a été Edmond Bernus, est un bonheur …

Pour citer cet article

Référence électronique

Jeanne-Françoise Vincent, « BERNUS Edmond, 2002, Les Touaregs », Journal des africanistes, 75-1, Approches croisées des mondes akan I, 2005, [En ligne], mis en ligne le 6 avril 2007. URL : http://africanistes.revues.org/document621.html. Consulté le 05 mai 2008.

Auteur

Jeanne-Françoise Vincent

Source: Africanistes

Posté par Sinistri à 02:02 AM - 14- Publications - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


16 avril 2008

Tapis berbères du Maroc: La symbolique - Origines et significations

tapisBerbereMarocLa haute valeur artistique du tapis des tribus berbères a déjà inspiré des artistes comme Paul Klee et Le Corbusier. Cet ouvrage présente de nouvelles conceptions sur les débuts du tapis berbère et sur l'origine et la signification de ses motifs.

Le tapis berbère authentique ne descend pas des tapis d'Orient bien connus de l'ère islamique ; mais la similitude de la technique du nouage et de certains motifs indique des racines communes, qui remontent au néolithique d'Asie Mineure. A l'écart des grandes civilisations de l'Antiquité et loin des échanges culturels de la Route de la Soie, le tapis berbère, dans les régions montagneuses de l'Atlas et les plaines atlantiques, a gardé son originalité. Ceci le prédestine plus qu'aucun autre à l'explication des symboles à partir de leur origine. Puisque les textiles ne résistent pas à l'usure du temps et qu'il n'y a pas de chaînes de pièces probantes à travers les siècles et millénaires, c'est ici, pour la première fois, qu'un auteur présente les résultats d'études comparatives approfondies.

Il rapproche les motifs du tapis berbère des signes de l'art pariétal et des artefacts des premières cultures de l'homme ; il démontre que le tapis berbère connaît les mêmes principes dans l'emploi des signes et des formes et qu'on y découvre une étonnante ressemblance ou correspondance même avec les phénomènes du paléolithique supérieur de l'Europe et du néolithique d'Orient et du bassin méditerranéen. Ainsi, le tapis berbère peut être considéré comme le dernier témoignage authentique de ce monde archaïque. Le langage abstrait et géométrique du tapis berbère est dérivé à l'origine du corps et de la forme et fonction des organes sexuels humains. Il se base sur la dualité ; et la rencontre des deux sexes devient l'expression d'une magie de la fertilité qui, jadis, était universelle et comprenait toute la nature.

Création artistique de la femme berbère, son tapis reflète avant tout les phases de sa vie et l'expérience de sa vie sexuelle : comme vierge, comme nouvelle mariée, l'union avec l'homme, la grossesse et l'enfantement. L'ouvrage ne s'arrête pas à l'interprétation des textiles. L'analyse détaillée des documents et la comparaison avec d'autres domaines des sciences : art rupestre, statuaire, céramique, architecture, linguistique etc. font que la symbolique en général est concernée.

Le livre est rédigé d'une façon compréhensible pour tout le monde. Il ne s'adresse pas seulement à des amateurs et spécialistes de tapis, à des archéologues et ethnologues, mais à tous ceux qui sont intéressés aux origines de l'art et pour qui le déchiffrement du langage symbolique apporte des connaissances approfondies et la compréhension du vrai sens.

Détails 

  • Relié: 344 pages
  • Editeur : Art Création Réalisation - ACR (1 juillet 2006)
  • Collection : ORIENTALISME
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2867701805
  • ISBN-13: 978-2867701801
  • Prix :     EUR 71,25

Source: Amazone.fr

Posté par Sinistri à 06:25 PM - 14- Publications - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 avril 2008

Encyclopédie berbère: Sommaire du fascicule XXV

Sous la direction de Salem Chaker

[...] (En septembre 2002) nous quittait Gabriel Camps alors qu’il préparait le fascicule 25 de l’Encyclopédie berbère dont il est le fondateur[...].
Son décès est considéré comme une perte inestimable aux études berbères. Et l’on pouvait s’inquiéter quant au sort de l’Encyclopédie berbère, cet outil scientifique indispensable pour les chercheurs. Mais les efforts de Gabriel Camps qui a su, après des années de travail et de production, constituer une large équipe solide et pluridisciplinaire, ont fait que l’avenir de l’Encyclopédie n’est pas hypothéqué.
Nous sommes, par ailleurs, très enchantés d’apprendre que l’Encyclopédie berbère continue sous la direction de Salem Chaker.
Nous publions ci-après le communiqué des éditions EDISUD annonçant la parution du fascicule 25 de l’Encyclopédie berbère.


Comuniqué des Editions EDISUD

L’Encyclopédie berbère continue !

Initiée par le professeur Gabriel Camps dès 1972 sous sa forme provisoire, l’Encyclopédie berbère paraît régulièrement aux éditions EDISUD depuis 1984 (fasc. 1).

Le décès de G. Camps en septembre 2002, alors qu’il préparait le fascicule 25, est un coup dur pour les Etudes berbères ; mais la publication continue car G. Camps avait su réunir autour de lui, depuis le début du projet, une large et solide équipe pluridisciplinaire.

Selon le souhait de G. camps, c’est désormais sous la direction de Salem Chaker, Professeur de berbère à l’INALCO (Paris) et collaborateur de la première heure de l’Encyclopédie berbère, que cette équipe, qui associe historiens, pré- et proto-historiens, linguistes, ethnologues, spécialistes de littérature, géographes..., va poursuivre le travail engagé et le mener à son terme en une dizaine de fascicules. A l’heure actuelle, 25 fascicules de l’Encyclopédie berbère sont parus (soit 3938 pages imprimées) ; ils comptent, rédigées par plus d’une centaine de collaborateurs, 1025 notices rassemblant des savoirs considérables, jusque là extrêmement dispersés, dans trois domaines principaux : les sciences historiques, l’ethnologie-anthropologie et la linguistique.

L’œuvre est donc déjà colossale et elle s’est imposée comme la référence mondiale en matière berbère ; pour l’avenir, l’Encyclopédie berbère s’efforcera à la fois de maintenir, voire d’accélérer le rythme de sa publication (l’objectif étant de parvenir à deux fascicules par an) et d’assurer un bon équilibre entre trois grandes disciplines (sciences historiques/ethnologie/linguistique), entre les régions et entre les périodes historiques. Des réimpressions sélectives thématiques sont également envisagées afin de rendre plus accessible et plus visible la masse impressionnante de connaissances rassemblées dans certains domaines.

La parution du fascicule 26, qui comportera notamment d’importants développements sur "Juifs" et "Kabylie" est prévue pour le 2ème trimestre 2004.

******

Fondateur : Gabriel CAMPS

Directeur : Salem CHAKER

Conseillers scientifiques

H. Camps-Fabrer, J. Desanges, O. Dutour, H. Claudot-Hawad, M. Gast

Comité de rédaction :

D. Abrous
M. Arkoun
E. Bernus
A. Bounfour
R. Chenorkian
M. Fantar
E. Gellner
S. Hachi
J.-M. Lassère
J. Leclant
K.-G. Prasse
L. Serra
K. Slimani-Direche
G. Souville
P. Trousset
M.-J. Viguerra-Molins


Sommaire du fascicule XXV de l’Encyclopédie berbère

Hommage à Gabriel Camps (biographie, oeuvre scientifique, photo) - Textes de :

  • M. gast
  • E. Bernus
  • J. Desanges
  • S. Chaker

I (suite et fin)

I.71a Isaqqamâren, par M. Gast
I.71b Isaqqamâren(organisation sociale), par H. Claudot-Hawad
I.71c Isaqqamâran(génétique), par Ph. Lefèvre-Witier
I.72 Iubalena natio, par J. Desanges
I.73 Iunam, par G. Camps
I.74 Iunci (Macomades), par P. Trousset
I.75 Ivoire, par H. Camps-Fabrer
I.76a Iwellemmeden, par E. Bernus
I.77a Izli M. Peyron
I.77b Izli, Note linguistique complémentaire de S. Chaker
I.78 Izriten, par G. Camps
Index I

J

J.1a Jabbaren (station rupestre), par G. Camps
J.1b Jabbaren (anthropologie), par H. Claudot-Hawad
J.2 Jachère, par J. Erroux
J.3. Jarre, par G. Camps
J.4 Jasmin, par M. Gast
J.5 Jatte, par G. Camps
J.6a Javelot, par G. Camps
J.6b Javelot (Sahara - Monde touareg), par H. Claudot-Hawad
J.7 Jaziya, voir D.61 Djaziya, D.71 Djerawa et H.51 Hilaliens
J.8 Jean Troglita, par Y. Modéran
J.9 Jermouni Aïssa, par M. Haddad
J.10a Jeux en Kabylie d’après Boulifa / S. Chaker
J.10b Jeux chez les Ayt Mgild (Maroc central), d’après M. Claverie
J.10c Jeux à Tabelbala (Sahara algérien) d’après D. Champault
J.10d Jeux en pays touareg, par E. Bernus
J.11 Jilani (Mukhammed) S. Walentowitz
J.12 Jouets, par E.B.
J.13 Juba I, Juba II, par M. Coltelloni-Trannoy

Source: Tamazgha

Posté par Sinistri à 10:49 PM - 14- Publications - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Encyclopédie berbère: Sommaire du fascicule XXVI

Ci-après le sommaire du fascicule XXVI de l’Encyclopédie Berbère [ parue] aux éditions Edisud. Il est consacré essentiellement à la Kabylie.

Encyclopédie Berbère

Sommaire du fascicule XXVI (juin 2004)


"J"

J.14 Judaïsme dans l’Antiquité, par J. Lassère (p. : 3938-3951)
J.16 Juifs du Maghreb : de la conquête arabe à la décolonisation, par J. Taïeb (p. : 3952-3962)
J.16 Juifs au Sahara, par J. Oliel (p. : 3962-3968)
J.17 Juifs : Onomastique et langue, par J. Taïeb (p. : 3969-3975)
J.18 Jugurtha, par G. Camps (p. : 3975-3978)
Jugurtha, Note linguistique de S. Chaker (p. : 3979)
J.19 Jujubier, par M. Gast (p. : 3979-3981)
Jujubier, Note linguistique de S. Chaker (p. : 3981-3982)
J.20 Julien, voir I.46 Ilyan (p. : 3982)

Table des matières et Index J (p. : 3983-3985)

"K"

K1. Kabales (voir Bakales, EB IX, B17) - (p. : 3986)
K2. Kaboudia (voir Caput Vada, EB XII) - (p. : 3986)

"Kabylie" (p. : 3986)

K3. Kabylie : Géographie, par M. Dahmani (p. : 3986-3989)
K4. Kabylie : Anthropologie biologique , par M-C. Chamla (p. : 3990-3999)
K5. Kabylie : Art rupestre en Grande Kabylie, par G. Lefebvre ( p. : 3999)
K6. Kabylie : La Kabylie antique, par J-P Laporte (p. : 4000-4015)
K7. Kabylie : La région dans les écrits arabes, par R. Bellil (p. : 4016-4022)
K8. Kabylie : L’insurrection de 1871, par X. Yacono (p. : 4022-4026)
K9. Kabylie : Anthropologie sociale, par D. Abrous (p. : 4027-4033)
K10. Kabylie : Economie ancienne ou traditionnelle, par S. Doumane (p. : 4034-4038)
K11. Kabylie : Structures de l’agriculture en Grande Kabylie, par H. Isnard (p. : 4038-4042)
K12. Kabylie : Economie contemporaine, par M-O. Oussalem (p. : 4042-4046)
K13. Kabylie : Emigration, par K. Slimani-Direche (p. : 4046-4050)
K14. Kabylie : Les chrétiens, par K. Slimani-Direche (p. : 4050-4055)
K15. Kabylie : Langue, par S. Chaker (p. : 4055-4066)
K16. Kabylie : Dialectologie, par K. Naït-Zerrad (p. : 4066-4070)
K17. Kabylie : Littérature, par D. Abrous (p. : 4071-4074)
K18. Kabylie : Islam, par K. Chachoua (p. : 4074-4085)
K19. Kabylie : Le monde invisible. (voir C104) E.B (p. : 4085)
K20. Kabylie : Cosmogonie, par D. Abrous (p. : 4086-4092)
         Kabylie : Cosmogonie, Note complémentaire de S. Chaker (p. : 4092-4093)


Encyclopédie Berbère
Centre de Recherche Berbère (INALCO - Paris)
EDISUD (La Calade, RN7, 13090 Aix-en-Provence.)

Posté par Sinistri à 10:41 PM - 14- Publications - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 avril 2008

“Isefra n’Si Moh U M’hand’’ : un nouvel ouvrage prochainement dans les librairies

Aux sources de l’agora poétique kabyle

Mohand Zine Arab, un chercheur autodidacte en patrimoine berbère du village de Taourirt-Amrane (Aïn El Hammam), a lui aussi cumulé un certain nombre de poèmes de Si Mohand tout au long de ses harassantes investigations. Des variantes de poèmes déjà transcrits ailleurs et des inédits forment le nouvel ouvrage qu’il s’apprête à publier dans quelques quelques semaines chez “Les Editions du Savoir’’ à Tizi Ouzou.

Sans qu’elle soit déclarée officiellement comme telle, l’année 2006 sera sans doute celle d’Ibn Khaldoun dont ont commémore le 600e anniversaire de sa mort comme elle sera aussi l’année de Si Muh U’M’hand qui est mort il y a exactement un siècle.
Depuis le siècle qui a précédé la naissance de l’historien et sociologue maghrébin jusqu’à la fin du 19e siècle, où la parole magique de Si Mohand U M’hand atteignit son acmé dans une aventure qui dépasse la volonté même du poète, la société algérienne a vécu de multiples épreuves qui ont marqué une rupture radicale avec l’héritage almohade en se matérialisant par l’effritement de l’organisation politique et le début des occupations de l’ère moderne : espagnole, puis turque et, enfin, française. C’est suite à cette dernière, et plus particulièrement suite à la conquête de la haute Kabylie en 1857 par les armées françaises, que le destin de Si Mohand U M’hand se forgea dans le sang, la déportation et la misère.

De la tragédie et de la fatalité collectives, il a su exprimer par des mots simples, trempés dans la philosophie et le rhétorique kabyles, l’histoire, le récit, les angoisses et les espoirs. Il a fait de son cas personnel, le pattern de la déréliction humaine que coltinera la société algérienne des décennies durant. A côté de Cheikh Mohand U Lhocine, qui symbolise la rigueur morale et la sagesse kabyle hypostasiées en conduite de la vie, Si Mohand U M’hand se révèle comme un repère, un des éléments fondateurs de la modernité kabyle qui se prolongera dans les luttes du Mouvement national, la guerre de Libération et les mouvements culturels et politiques qui secoueront la Kabylie de l’après-indépendance.
Depuis les travaux consacrés par certains chercheurs coloniaux, puis par Boulifa, Feraoun et Mammeri, à la vie et à l’œuvre de Si Mohand U M’hand, d’autres ouvrages ont vu le jour au cours de ces dernières années. On se contentera de citer Younès Adli et le dernier livre de Ghobrini, ‘’La Rencontre des Géants’’, sur le ‘’sommet’’, l’unique, ayant réuni Si Muhand U M’hand et Cheikh Mohand U Lhocine.

Mohand Zine Arab, un chercheur autodidacte en patrimoine berbère du village de Taourirt-Amrane (Aïn El Hammam), a lui aussi cumulé un certain nombre de poèmes de Si Mohand tout au long de ses harassantes investigations. Des variantes de poèmes déjà transcrits ailleurs et des inédits forment le nouvel ouvrage qu’il s’apprête à publier dans quelques semaines chez ‘’Les Editions du Savoir’’ à Tizi Ouzou. Certains de ces poèmes ont été confiés depuis des années à des personnes qui, apparemment, préparaient des travaux sur Si Mohand. Mais, inquiet du sort qui pourrait leur être réservé après des années d’attente, Mohand Zine se résout à les faire publier lui-même au grand bonheur des passionnés du patrimoine littéraire kabyle.  Il faut souligner ici que la décision d’éditer un ouvrage sur Si Mohand U M’hand ne relève nullement, chez Mohand Zine, d’un effet de mode. Ce sont des pièces qu’il a amoureusement gardées dans son écrin depuis de longues années à côté d’autres textes dont il a patiemment fait la recension et qui, espérons-le, feront l’objet de publication.

L’itinéraire particulier et le destin exceptionnel de ce démiurge de la création kabyle moderne font que tous les travaux menés jusqu’à présent sur son œuvre et sa vie n’ont aucune chance d’épuiser le sujet. Poésie disséminée aux quatre vents dans une fougueuse oralité, mythe entretenu sur la personnalité et l’inspiration du poète, échos d’une insondable fertilité auprès des générations du 20e siècle, tout cela fait que  les recherches et les interrogations sur le poète ne font peut-être que commencer. 
Au recueil sobrement intitulé : ‘’Isefra n’Si Muh U M’hand’’ de Arab Mohand Zine, nous avons fait le texte introductif suivant :

Une épopée en devenir

“Ur d djin imezwura ayn ad inin ineggura’’ (nos devanciers n’ont rien omis qui puisse encore être dit par notre génération). Cette maxime kabyle pourrait s’appliquer aussi bien à la poésie de Si Mohand U M’hand que pour les études et recherches auxquelles ont donné lieu ses textes après leur recension qui n’a jamais épuisé un patrimoine au sort et aux ramifications exceptionnels. Patrimoine ; voilà un concept par l’ambiguïté duquel les recherches les plus raisonnées et les plus sincèrement engagées comme les manipulations les plus diaboliques des tenants de la culture officielle ont été justifiées.
Après Père Savignac, Boulifa, Feraoun et Mammeri et d’autres auteurs plus récents qui ont produit des livres sur Si Mohand et sa poésie, un autre ouvrage sur le poète et sa création serait-il vain ou d’une importance subsidiaire ? La lecture du livre de Mohand Zine Arab nous suggère tout à fait le contraire. Mieux, elle nous conforte dans l’idée que Si Mohand demeure un repère inamovible, un poète démiurge de la kabylité retrouvée qu’il importe toujours de héler et d’interroger par ces temps retors coincés entre le miroir  d’un passé aussi glorieux que chaotique et un présent guère mieux servi par une modernité factice, plus subie que sereinement vécue.

Le travail accompli par les prédécesseurs de Mohand Zine Arab a été effectué dans des conditions et un contexte des plus délicats où la culture authentique de tout un peuple était ravalée, dans le meilleur des cas, au rang de simple folklore lorsqu’elle ne figure pas dans le registre des survivances d’une expression indigène bonne pour égayer les nostalgiques d’un exotisme de pacotille blasés par la civilisation moderne. Leur mérite est d’autant plus grand qu’ils firent des pièces exhumées de Si Mohand un matériau à partir duquel d’autres interrogations et d’autres recherches verront le jour de façon à permettre à d’autres passionnés de la culture kabyle d’insérer les strophes, l’angoisse et la philosophie mohandiens dans une épopée générale de la renaissance kabyle.

Les inédits et les variantes des poésies de Si Mohand que nous présente ici Mohand Zine Arab sont le fruit de recherches harassantes et obstinées d’un passionné du verbe kabyle. Ayant eu accès aux travaux antérieurs menés par les Mammeri, Feraoun et d’autres chercheurs en anthropologie culturelle, il restait l’éternel insatisfait du fait que ses propres investigations lui ont fait découvrir des facettes méconnues du poète et des strophes non recensées de ses compositions. De ces dernières, il nous présente ici celles qu’il juge mériter d’être connues des lecteurs, car d’autres pièces de notre troubadour, répertoriées par l’auteur de ce livre, seraient vus comme ‘’vulgaires’’, ou du moins offenseraient quelque peu la morale générale. C’est un choix qu’il convient sans aucun doute de respecter même si Si Mohand U M’hand est un tout dont la philosophie de la vie est faite des grands moments d’interrogation allant de la métaphore lyrique sur la beauté inaccessible et dévoreuse des coeurs jusqu’à la déréliction humaine faisant plonger l’homme dans l’angoisse existentielle, le doute, et parfois même dans l’irréligion.

Le recueil à la lecture duquel nous invite l’auteur est composé de textes en version originale kabyle et d’une traduction en français. C’est maintenant une pratique bien établie qui facilite la lecture à tous ceux qui trouveraient des difficultés à comprendre le texte original. Demeure l’éternelle problématique de la traduction, sujet traité et trituré par tous ceux qui, peu ou prou, ont eu à s’expliquer sur le passage d’une langue à une autre, particulièrement dans un domaine aussi délicat que la poésie. Celui qui a sans doute pris le plus conscience de la relativité de l’entreprise de traduction, en l’occurrence Mouloud Mammeri, se trouve être, à notre sens, l’un des moins infidèles traducteurs du kabyle au français. Ceux qui ont assisté Arab Mohand Zine dans cette difficile tâche ont fait de leur mieux pour rendre l’idée développée par les vers de Si Mohand à défaut d’en communiquer toute la saveur et toute l’envoûtante ivresse. Comme le dit bien le proverbe kabyle : on ne peut pas, ici-bas, acquérir, tout à la fois, la perdrix (comme gibier) et ses œufs (Tasakurt, timallalin). Le joyau d’un tel travail- et qui justifie exclusivement les efforts qui y sont investis- demeure indubitablement la collecte des compositions elles-mêmes, présentées en kabyle, langue dans laquelle elles ont été dites par notre barde. Le défi qu’il s’agissait de relever dans ce cas de figure- une réussite incontestable qui comblera de bonheur tous ceux qui sont attachés à la promotion et à la modernisation de la culture kabyle-, a été de faire accéder au domaine de l’écrit des pièces fort dispersées, sauvegardées par la simple magie de l’oralité. 

Le travail de Mohand Zine Arab, fruit d’une patiente et longue investigation solitaire, nous redonne l’espoir, quelque peu émoussé ces dernières années, que d’autres poètes soient redécouverts et leurs œuvres dépoussiérées. Nous pensons par exemple à Youcef Ulefqi de Taourirt-Amrane, compagnon et émule de Si Mohand ayant à son actif un riche répertoire détenu par quelques rares vieilles personnes, comme nous pensons aussi à d’autres aèdes dont la fortune est plus aléatoire puisqu’ils sont encore confinés dans un quasi anonymat. Une chose paraît sûre avec l’ouvrage que nous tenons entre les mains : ce n’est pas un livre de plus sur Si Mohand U M’hand. Ce sont plutôt d’autres pièces du puzzle de la culture kabyle qui nous parviennent des tréfonds de la mémoire et qu’il importe d’ajouter au grand édifice entamé par les pionniers et les pères de la renaissance kabyle.

Amar Naït Messaoud

‘’Isefra n’Si Muh U M’hand’’ de Arab Mohand Zine
A paraître aux Éditions du Savoir, Tizi Ouzou

Source: La Dépêche de Kabylie

Posté par Sinistri à 06:51 PM - 14- Publications - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mars 2008

"Chrétiens de Kabylie 1873-1954"

Dirèche-Slimani Karima, Chrétiens de Kabylie 1873-1954. Une action missionnaire dans l'Algérie coloniale, Paris, Ed. Bouchène, 2004, 153 p.

Texte Intégral

En historienne, Karima Dirèche-Slimani se propose dans cet ouvrage « de reconstituer les étapes historiques et les modalités sociologiques » qui ont présidé à l’émergence d’une communauté de chrétiens d’origine kabyle. Ils ne sont que quelques milliers mais leur impact symbolique, hier comme aujourd’hui, pèse lourd dans l’imaginaire et les représentations d’une société et d’une nation en formation. En étudiant cette communauté de chrétiens de Kabylie, Karima Dirèche-Slimani répare donc cet oubli partagé.

L’auteur le déclare d’emblée et le démontre tout au long de son travail : le christianisme contemporain n’a rien à voir avec le christianisme antique. Cependant, ce dernier a servi à la construction du « mythe kabyle » qui considère la Kabylie comme une terre d’islamisés et non pas de musulmans. Sur cette base, le mouvement des conversions initié au xixe siècle va s’employer à réparer cet accident de l’histoire et contribuer ainsi à asseoir le projet colonial.

Evitant les pièges de l’idéologique et du politique qui guettent le chercheur dans pareils terrains, Karima Dirèche-Slimani s’applique à faire une histoire sociale du phénomène de conversion dont le contexte colonial puis l’indépendance ont rendu la lecture malaisée. Faire l’histoire des convertis, c’est tenter de saisir des identités floues et/ou mal définies en questionnant les lisières des configurations vagues à partir de silences et de non-dits.

Au-delà de la lumière jetée sur un aspect occulté de l’histoire de l’Algérie (et de la France) contemporaine, l’auteur interroge cet impensé lui-même qui fait que pendant plus d’un siècle aucun chercheur d’une discipline constituée n’a trouvé d’intérêt à aborder cette question, laissant le terrain libre aux spéculations et aux stigmatisations. Elle nous donne un premier élément de réponse en affirmant que « L’interaction entre christianisme et colonisation est, sans aucun doute, à la source de ces malentendus et de ces incompréhensions ».

L’auteur époussette une documentation riche et encore inexploitée. Elle nous invite aux archives des missionnaires qui se trouvent à Rome (Maison généralice des missionnaires) ou à Alger (archevêché), nous laissant entrevoir les trésors qu’elles recèlent. Des registres de catholicité ou Liber status animarum, et des registres de baptêmes in articulo mortis ; des diaires qui nous renseignent sur le statut personnel des populations, sur leur état sanitaire et médical ainsi que sur l’univers des individus, des familles et des missionnaires eux mêmes.

Karima Dirèche-Slimani affronte également la parole hésitante et fuyante des concernés eux-mêmes. Les Kabyles chrétiens que l’auteur a rencontrés ne parlent pas facilement de quelque chose qui aujourd’hui encore travaille leur être au monde.

Karima Dirèche-Slimani nous décrit les conditions historiques et sociologiques de la Kabylie de la fin du xixe siècle en partant de la donnée géographique. La Kabylie montagneuse, plus pauvre, n’avait pas suscité beaucoup d’intérêt aux yeux des Ottomans qui l’avaient délaissée ; et la colonisation française a longtemps hésité avant de la conquérir. Les différentes insurrections appellent cependant à une répression féroce qui coûtera très cher à cette partie de la Kabylie (70% de son capital selon R. Ageron) et fera fuir toutes ses élites traditionnelles. Faisant le lien entre cette violence répétée et « la fuite des élites locales, notamment des clercs et des grandes familles maraboutiques », Karima Dirèche-Slimani considère que « Les insurrections de 1857 et surtout de 1871 sont des moments majeurs de décléricalisation de la Kabylie ». Paupérisation, violence et déstructuration sociale ont précédé ou orienté l’installation des missionnaires dans une région fragilisée où ils ont été témoins et en partie acteurs des profondes mutations. Au-delà des raisons historiques et géographiques, l’implantation chrétienne en Haute-Kabylie est en partie facilitée par la quasi-absence de lieux confrériques, concentrés en grand nombre dans la plaine et dans la partie orientale de la basse Kabylie. Ainsi, par le hasard de la géographie et de l’histoire, au cœur du massif du Djurdura, cinq tribus (Ath Smaïl, Ath Menguellet, Ath Yenni, Beni Douala et les Ouadhia) se trouvent concernées par le phénomène de la conversion, si rare par ailleurs dans l’histoire de l’Algérie coloniale.

Convaincu dès son installation à Alger par ce qui désormais est appelé le mythe kabyle, Lavigerie crée « l’œuvre de Saint Augustin pour la résurrection de la foi ». Tout un programme. Il s’agit de refaire vivre une foi chrétienne enfouie sous le poids d’une couche d’islamisation récente. Ceux qu’on appellera plus tard les Pères blancs ont cru à « l’idée que les Berbères, islamisés par la contrainte et la violence, ne demandaient qu’à réintégrer la supposée religion de leurs ancêtres ». Un effort colossal de (re) christianisation qui va aboutir à quelques conversions que Karima Dirèche-Slimani a qualifiées de “conversions de la misère”. En effet, c’est sur le terrain de la pauvreté et de la maladie que toute cette épopée s’est jouée. En distribuant à manger aux démunis, en accueillant les orphelins, en soignant les malades, les missionnaires vont vite devenir indispensables et même recherchés par des populations vivant une grande misère et dans un grand désarroi. Bientôt, veuves avec des enfants à charge et orphelins ou personnes âgées en situation de dénuement total ou à l’article de la mort, vont commencer à accepter la conversion qui leur est proposée. Cette conquête des corps devient peu à peu une conquête des âmes. Les sœurs blanches deviennent des sortes de « marabouts » à qui on demandera de soigner toutes sortes de douleurs, même celle de la perte des êtres chers. En tant qu’infirmières, elles vont jouer un rôle dans l’évolution des mentalités et du rapport à la médecine. D’autres religieux vont investir l’institution scolaire pour développer leur apostolat. Ce qui favorisera la propagation du projet colonial parmi les populations les plus éloignées des centres de la colonisation. Il faut attendre l’avènement de l’école de Jules Ferry en 1880 pour que ces religieux se voient disputer un terrain qui, jusque là, leur était exclusivement réservé.

Au travers de ces “conversions de la misère” Karima Dirèche-Slimani nous laisse entrevoir une société en lambeaux où le dénuement et la maladie vont quelquefois pousser des parents à abandonner leur propre enfant en espérant ainsi le sauver. Recueilli et baptisé, le converti demeurera attaché à sa culture d’origine. Les mœurs paraissent plus fortes que la foi. Autrement dit la dimension sociale de la religion (pratiques matrimoniales, circoncision, etc.) semblent l’emporter sur son aspect privé. Sous peine d’un échec total, l’Église se voit obligée de s’accommoder d’écarts incongrus.

Complétant et confirmant la thèse défendue par le livre de Kamel Chachoua, L’islam kabyle, cette excellente étude vient à point nommé. Elle permettra sans aucun doute de mettre un peu d’ordre dans la surenchère et la polémique à propos de l’évangélisation des Kabyles que l’actualité de ces derniers mois a relancées en Algérie. C’est peut être volontairement que Karima Dirèche-Slimani n’y fait même pas allusion. Elle laisse le lecteur tirer ses propres conclusions.

Abderrahmane Moussaoui

Pour citer cet article :

Abderrahmane Moussaoui, «Dirèche-Slimani Karima, Chrétiens de Kabylie 1873-1954. Une action missionnaire dans l'Algérie coloniale, Paris, Ed. Bouchène, 2004, 153 p.»,
Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne],
n° 107-110 - Identités confessionnelles et espace urbain, septembre 2005.
Pagination : 516-518.

Mis en ligne le : 12 janvier 2006
Disponible sur : http://remmm.revues.org/document2845.html

Posté par Sinistri à 01:38 PM - 14- Publications - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

"L’islam kabyle. Religion, État et société en Algérie"

Chachoua Kamel, L’islam kabyle. Religion, État et société en Algérie, suivi de l’Epître (Risâla) d’Ibnou Zakrî (Alger, 1903), mufti de la Grande Mosquée d’Alger, Maisonneuve & Larose, 2001.

L’auteur propose une réflexion de sociologie religieuse et historique de la Kabylie du xviiie siècle à nos jours à partir d’un document original, une épître : la Risâla d’Ibnou Zakrî rédigée en 1903 par un imâm1 de la grande mosquée d’Alger. Formé dans une zâwiya et clerc au service d’un pouvoir colonial, Ibnou Zakrî a fait partie de ce mouvement de penseurs cléricaux pré-réformistes, soucieux d’apporter des solutions pratiques et concrètes à une situation sociale et religieuse en crise.

L’épître d’Ibnou Zakrî est fort intéressante à plus d’un titre : d’une part, parce qu’elle établit un état des lieux de la situation politique et religieuse de la Kabylie du xixe siècle2 et d’autre part parce qu’elle est rédigée par un musulman non arabe qui, de surcroît, est un clerc officiel. On reviendra plus tard sur la façon dont la berbérité du clerc est exprimée et assumée. La pensée d’Ibnou Zakrî est marquée par deux éléments fondamentaux : la décadence de la société kabyle, notamment celle de ses mœurs, de ses traditions et de ses institutions, et celle d’une élite qui n’arrive pas à émerger ou ne souhaite pas être représentative. Cette Risâla3 s’adresse à deux publics qu’elle souhaite réconcilier : celui constitué par les autorités coloniales et le public kabyle.

“ La Risâla d’Ibnou Zakrî est de bout en bout une œuvre de conciliation, d’adaptation, de compromis et de réforme, c’est-à-dire la réponse à cette situation douloureuse d’un auteur marqué par sa condition ethnique de kabyle (zawawi) et contraint par sa position politique de clerc musulman officiel à produire une réflexion, à vrai dire une leçon de réformisme ” (p. 33).

Si la Risâla vise à réformer la société kabyle en y apportant des réponses concrètes, elle ne remet pas du tout en cause le cadre colonial français.

Avec la lettre d’Ibnou Zakrî et l’analyse qu’en fait l’auteur, nous sommes loin des représentations traditionnelles de l’islam kabyle qui, dès la fin du xixe siècle, abondent dans la surenchère d’un islam “ laïc ” ou alors dans celle d’un islam obscurantiste pétri de superstitions et de croyances craintives. Elle démontre qu’il existait en Kabylie des maîtres religieux reconnus par leur savoir religieux, scriptuaire et spécialisé4. C’est une Kabylie des sciences religieuses, des lettrés qui émerge et qui nous est présentée dans cet ouvrage qui conjugue plusieurs méthodes disciplinaires : l’histoire, la sociologie et la biographie. C’est une autre Kabylie, loin des clichés et poncifs habituels5, où l’islam est au centre de la réalité sociale. Cette présentation est à l’opposé des tableaux traditionnels de la société kabyle constituée de saints marabouts et d’amusnawen uniques dépositaires du savoir religieux et réputés et craints pour leurs pouvoirs magiques.

La Risâla donne également à la zâwiya kabyle une place déterminante dans la société kabyle (entre 35 et 40 zawâyâ au xixe siècle)6 ; une place à la fois politique, sociale et religieuse, encore plus importante, selon l’auteur, que celle généralement attribuée à la tajma‘at7 considérée comme la seule institution villageoise fédératrice reconnue aux Kabyles8. La zâwiya présentée comme La Mecque des Kabyles, mais qui, selon l’auteur, a fait l’objet d’un double anti-cléricalisme : celui des ulémas traditionnels et celui des agents de pouvoir de la Troisième République. L’auteur n’accorde pas à la tajma‘at l’importance qu’elle revêt dans les productions postérieures à Ibnou Zakrî.

Il démontre d’ailleurs tout au long de sa thèse pourquoi la zâwiya a connu autant de vicissitudes et d’illégitimité notamment avec la politique coloniale française (et le traumatisme de la répression de 1871) pour que les sciences sociales n’en retiennent qu’une institution obscurantiste, malheureuse et oubliée.

Le ton est donné : il s’agit, au cœur de la démonstration, de présenter l’islamité des Kabyles et d’analyser la façon dont elle s’est manifestée dans la société, dans ses rapports avec les mouvements religieux maghrébins et moyen-orientaux et avec le pouvoir colonial. L’analyse est stimulante car elle permet de comprendre pourquoi les Berbères ont été toujours été perçus comme des islamisés et non comme des musulmans. Un prisme renforcé par le mythe kabyle que l’auteur présente comme

“ une mythologie scientifique et politique qui a été et est toujours, l’inconscient de cette absence de la science, des idées et des mouvements religieux qui ont traversé la Kabylie depuis le xixe siècle ” (p. 301).

L’ouvrage est divisé en trois parties. Dans une longue introduction, l’auteur retrace son propre parcours universitaire et intellectuel avec, en arrière-plan, un panorama de la production des sciences sociales sur le champs d’études berbères par les Algériens et les chercheurs étrangers. Ce passage est fort intéressant dans la mesure où l’auteur s’interroge sur les méthodes sociologiques qui l’ont formé et reprend à son compte les conseils de Bourdieu, à savoir faire la sociologie de la sociologie que l’on pratique : il se met ainsi volontairement en scène, dans une position intellectuelle qui s’expose mais témoigne de son souci d’honnêteté ; car être l’acteur et l’observateur d’une société en mouvement est une entreprise courageuse et périlleuse. L’ouvrage est entièrement marqué, à la fois, par la distance froide que l’auteur réserve à son objet d’études et par la sensibilité avec laquelle il aborde son terrain. L’acuité de l’analyse, le ton incisif et l’écriture nerveuse rendent la lecture passionnante et loin des représentations et des poncifs qui demeurent dans l’historiographie classique. Une façon de prendre à rebrousse-poil les idées qui dominent dans ce champs produites par les sciences sociales et accentuées par les Kabyles eux-mêmes.

La première partie est consacrée à l’histoire et à l’implantation des zawâyâ en Kabylie des xviiie et xixe siècles ; cette approche historique et sociologique se fait à partir d’itinéraires biographiques de chioukh kabyles et de leur influence dans les zawâyâ jusqu’à l’insurrection de 1871. Ces parcours de vie sont débarrassés de tous les aspects légendaires et mythiques attribués traditionnellement aux saints maraboutiques9 ; des personnages vénérés comme Sidi Abderahmane, cheikh Mohamad Ben Alla et Sidi Ali Mussa. Dans ce paysage religieux des xviiie et xixe siècles, on rencontre des maîtres religieux connus comme spécialistes en fiqh (droit musulman) et en naÌw (grammaire arabe) qui, au passage, accordent leur prestige aux confréries religieuses de la Khalwatiya et de la Rahmania. L’auteur montre les contrastes qui existent entre la Haute-Kabylie montagneuse où la zâwiya est quasi-absente et la Basse-Kabylie qui est une pépinière de lieux saints et de mausolées. Dans cette région de forte religiosité, l’auteur avance l’hypothèse suivante :

“ tout porte à croire que, sans la colonisation française, la Kabylie aurait probablement cheminé vers une principauté confrérique par imitation et concurrence avec les deux beylicats d’Alger et de Constantine qui l’enserraient ” (p. 73).

La seconde partie propose une présentation d’Ibnou Zakrî, témoin d’une époque particulièrement troublée et auteur d’un projet de réforme à propos des zawaya kabyles. L’auteur établit la formation religieuse et intellectuelle qui prévalait à l’époque et sort de l’oubli ces précurseurs du réformisme trop hâtivement oubliés et

“ rangés dans ces brouillons de l’élite réformiste qui émergera une trentaine d’années plus tard de manière élaborée dans l’Association des Ulemas Musulmans Algériens ” (p. 302).

C’est un moderniste sensible aux idées nouvelles et aux inventions qui circulent en ce début du xxe siècle. Il est conscient de la pauvreté et du retard économique de la société algérienne et particulièrement kabyle et mesure le fossé qui ne cesse de se creuser entre elle et la société métropolitaine. Ce pré-réformiste ne s’oppose pas à la puissance française et coloniale en termes de combat et d’opposition. Il pense qu’il peut exister un dialogue entre les deux parties en termes de respect et de civilité ; et que ses compatriotes ont beaucoup à apprendre de la France.

Il pose un regard critique sur l’histoire kabyle ; son analyse de l’insurrection de 1871 est particulièrement virulente et à l’opposé de l’historiographie berbéro/kabyle officielle. Il parle en effet de suicide collectif et remet en cause la responsabilité des leaders politiques de l’époque qui n’ont pas mesuré la disproportion des forces en présence. Il parle également d’une révolution illicite qui a mené la Kabylie dans la tragédie. Son regard sur la société kabyle n’est pas particulièrement complaisant. Il remet en cause, en termes très sévères, l’histoire de l’héritage et de l’exhérédation des femmes et le droit coutumier. Son regard sur le statut de la femme kabyle est un regard de réformiste qui mérite d’être particulièrement souligné pour un homme de son époque. Ses écrits puis ceux de son disciple Abu-Yaâla militent pour une nécessaire réforme des zawâyâ, accusées de maraboutisme et d’extatisme, et de l’enseignement religieux en Kabylie. K. Chachoua montre remarquablement les registres d’expression d’Ibnou Zakrî, qui oscillent entre la difficulté sinon la honte d’être un ‘alîm non arabe et la fierté qu’il éprouve à l’égard de sa région natale et de sa langue maternelle. Il semblerait que les deux états, Berbère et musulman, aient eu du mal à être conciliables dans le milieu arabe et citadin dans lequel évoluait Ibnou Zakrî. L’auteur n’hésite pas à soulever le tabou qui pèse sur cette question : le sentiment de handicap sinon de complexe des clercs kabyles attachés à une identité et à une langue non arabes. En sortant de l’oubli ces itinéraires de vie de clercs kabyles, il révèle les rapports entre une islamité arabe et une islamité non-arabe et les complexes et les malentendus qui en ont découlé conjugués au complexe de la provincialité qui ont connoté péjorativement l’islam kabyle. Les Berbères sont toujours considérés comme des islamisés et ont intégré sinon cultivé l’idée qu’ils doivent toujours justifier de l’authenticité de leur foi et de leurs pratiques religieuses.

La troisième partie propose une lecture de sociologie politique du réformisme des années 1930 à l’islamisme radical des années 1990.

Dans un premier temps, il fait l’état des lieux de l’iÒlaÌ (mouvement réformiste musulman) en Kabylie et montre les relations étroites entretenues par les commerçants et artisans avec le mouvement réformiste puis avec le mouvement national algérien. Ces catégories économiques, par leur mobilité et leur rôle social se positionnaient comme informateurs et stimulaient les rencontres et les débats particulièrement en basse-Kabylie :

“ il s’agit de mettre en évidence ce lien entre le réseau serré des zawâyâ qui tient en écharpe la Soummam, la fertilité de la terre et la prospérité qui en résulte, le commerce et la diffusion de l’ iÒlaÌ ” (p. 227).

Les zawâyâ qui n’ont concédé en rien au maraboutisme et au confrérisme (qui continuent à les caractériser) semblent cohabiter avec les idées réformistes et même devenir des espaces relais à l’islahisme. L’auteur explique cette relative autonomie religieuse de la Kabylie par l’importance des activités commerciales et agricoles et par la forte émigration que connaît la région dès le début des années 1900. Une émigration qui jouera un rôle non négligeable dans l’apprentissage du débat et du combat politique.

Ce passage est extrêmement intéressant car il démontre

“ qu’il y avait une présence de l’iÒlaÌ en Kabylie, mais aussi une présence de la Kabylie (comme unité linguistique, politique, géographique et religieuse) dans le discours islahiste ainsi qu’une collaboration forte et permanente des islahistes kabyles dans l’association des ulémas ” (p. 268).

Avec l’indépendance, l’État algérien institue une politique de dévalorisation et de fermeture des zawâyâ avec l’implantation générale des écoles publiques et l’imposition de l’enseignement religieux. Certaines zawâyâ sont transformées en instituts islamiques d’enseignement religieux (dès 1963). L’auteur pose la question de leur résistance ou de leur survivance. Avec ces bouleversements apparaît, dans les années 1970, un nouveau corps de clercs

“ mi-savants, mi-profanes, ni tout à fait choisis, ni complètement imposés, essaient de plaire à tous, ce qui contraste indéniablement avec les prédécesseurs qui multipliaient les distinctions physiques et symboliques afin de maintenir le fossé entre eux et la vie profane ” (p. 295), corps fonctionnarisé qui, selon l’auteur, a “ définitivement consacré et peut-être inventé la coupure entre culture savante et religion populaire ” (p. 296).

K. Chachoua explique la faiblesse relative de l’implantation de l’islamisme en Kabylie par l’ancienneté des confréries, des mausolées et des lieux de culte. Il établit une corrélation très intéressante entre les espaces urbains sans mémoire et le radicalisme musulman :

“ des lieux en somme vides d’ancêtres et sans histoire qui étaient aussi les hauts lieux de déracinement ”10.

K. Chachoua s’est attaqué à un sujet difficile, lequel soulève de nombreuses interrogations méthodologiques et scientifiques. C’est également une critique de l’enfermement idéologique et notionnel des Kabyles eux-mêmes qui reprennent à leur compte les clichés les plus éculés produits par la colonisation. Il s’agit de montrer

“ l’histoire d’une automutilation et d’une autodestruction systématique encore de nos jours ”.

L’auteur reprend les théories de domination de Pierre Bourdieu dans le sens où les dominés participent pleinement à leur domination. En rendant aux Kabyles leurs responsabilités collectives, qui font d’eux des acteurs agissants de leur propre histoire, l’auteur tranche avec les lectures misérabilistes ou les interprétations passives qui dominent encore le champ d’études berbères.

Cette étude est à l’opposé des discours construits et élaborés sur l’identité berbère par une élite intellectuelle et militante (qui ne fait qu’accentuer le décalage des réalités sociales et historiques entre le groupe et son élite). Cette étude la juge d’ailleurs sévèrement :

“ Seule la vision un peu trop positiviste et pessimiste de son élite scientifique et politique a pu, par une sorte de mythomanie et d’aliénation intellectuelle, convertir ce capital objectif (ouverture sur les langues et les pensées des autres) en handicap et stigmate, en présentant la somme de ces apports comme des facteurs de déracinement, de domination et d’aliénation sociale et culturelle ”11.

D’autre part, ce livre est rédigé dans une langue fluide et simple, débarrassée des formulations jargonantes dont sont si friands les anthropologues et les sociologues. Il est très rare de conjuguer la simplicité de la langue à la profondeur de la réflexion dans les productions en sciences sociales. L’auteur a su gagner ce pari si difficile : expression accessible, lecture passionnante et parfois déstabilisante (car éloignée des représentations classiques), hypothèses stimulantes, croisement et maîtrise des méthodes en sciences sociales. Sa double formation de sociologue et d’arabisant donne au lecteur l’opportunité de toucher au plus près l’intimité de ses matériaux de travail (la traduction de la Risâla est particulièrement remarquable).

S’il y avait un reproche à formuler, ce serait peut-être l’absence de comparaison avec d’autres groupes berbérophones. Cela aurait permis une approche plus large de l’arabisation et de l’islamisation en milieu berbère. L’auteur évoque trop brièvement, en quelques lignes à la fin de l’ouvrage, le Mzab et les Aurès.

À n’en pas douter, cet ouvrage, qui a déjà soulevé quelques débats polémiques et passionnés et qui propose une lecture nouvelle et audacieuse de l’islam dans les espaces non arabes, devrait devenir incontournable en sociologie religieuse du Maghreb.

Karima Direche-Slimani

Notes de bas de page :

1 De son nom Mohamed Sa‘îd ibn Ahmad ibn Mohamed ibn Zakrî Zawâwî al Djennâdî, mufti à la mosquée Sidi Ramdane de la Casbah d’Alger.

2 En cela, cet état des lieux constitue un témoignage direct d’une des périodes les plus déterminantes de l’Algérie coloniale ; dernier tiers du xixe siècle et début du xxe siècle qui correspond à une période de ruptures successives et de modernité agressive.

3 Il s’agit d’un petit livre de 127 pages que l’auteur présente comme un “ prêche transcrit ”.

4 Mohamed Said al Bahloul, Mohamed al Arbi al Harzouni, al Batouni, Mohamed ben Antar, Cheikh Tahar al Djazair.

5 Les plus courants : la laïcité, les pratiques démocratiques…

6 “ Les zawâyâ qui sont nombreuses en Kabylie, entre 30 et 40, voire même plus et de quelque importance qu’elle puisse être servent de lieux d’orientation et de conseil, bref ce sont la Mekke des Kabyles ” (Risâla, p. 318).

7 Terme berbérisé de djemâ‘a, assemblée villageoise.

8 C’est notamment la thèse d’Alain Mahé, voir Histoire de la Grande Kabylie, xixe-xxe siècles. Anthropologie du lien social dans les communautés villageoises, Éditions Bouchêne, 2001.

9 L’auteur montre la différence entre ces maîtres religieux dont la vénération repose sur la généalogie des savoirs et les saints marabouts qui sont attachés à un lignage spécifique, à une ancestralité et dont la vie est marquée par des dons surnaturels.

10 Page 299 où il évoque notamment les villages socialistes, les bidonvilles, les villes coloniales créées et occupées par les populations européennes.

11 Page 303, en conclusion.

Pour citer cet article :

Karima Direche-Slimani, «Chachoua Kamel, L’islam kabyle. Religion, État et société en Algérie, suivi de l’Epître (Risâla) d’Ibnou Zakrî (Alger, 1903), mufti de la Grande Mosquée d’Alger, Maisonneuve & Larose, 2001.»,
Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne],
n°101-102 - Sciences, savoirs modernes et pouvoirs dans le monde musulman contemporain, juillet 2003.
Pagination : 343-348.

Mis en ligne le : 1 décembre 2004
Disponible sur : http://sinistri.canalblog.com/archives/2008/03/29/8526376.html.

Source: REMMM

Posté par Sinistri à 01:16 PM - 14- Publications - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 mars 2008

Le voile du silence (Poche) de Djura

Descriptions

Quatrième de couverture
Djura_pic Une jeune Kabyle se voit condamnée à mort par sa famille, parce qu'elle a pris un Français pour compagnon et conçu un enfant avec lui. Cela se passe à Paris en 1987 et la victime de cette « expédition punitive o n'est autre que l'auteur de ce livre, fondatrice du groupe musical bien connu Djurdjura. Autour de ce témoignage hallucinant, Djura nous entraîne des montagnes de Kabylie aux cités d'urgence pour immigrés, dans un monde où le déracinement culturel va de pair avec un incroyable archaïsme de la condition féminine.

Un document saisissant, qui recoupe des thèmes d'une brûlante actualité dans la France et l'Europe contemporaines.


Détails

  • Poche: 188 pages
  • Editeur : LGF - Livre de Poche (1 décembre 1991)
  • Collection : Livre de poche
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2253058343
  • ISBN-13: 978-2253058342

Posté par Sinistri à 08:52 PM - 14- Publications - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mars 2008

Costumes berbères du Maroc : décors traditionnels

Les tapis ont donné leur renom aux tisseuses berbères du Maroc. Leur exceptionnelle habileté s'est aussi exprimée dans la réalisation des costumes traditionnels, dont les formes simples sont héritées de l'Antiquité.

Costumes berbères du Maroc : décors traditionnels

Les innombrables drapés, voiles et capes refl ètent la diversité des modes de vie et sont des signes identitaires pour les populations des montagnes et des vallées ; mais, de nos jours, leur usage se perd sous l'influence du modernisme.

Une partie de ces vêtements présentent une ornementation séduisante, mêlant en une subtile alchimie le savoir-faire transmis de mère en fi lle et la créativité personnelle. Un monde de décors permet de découvrir des prouesses de tissage, ainsi que des broderies multiformes, ou encore des motifs tracés au henné − le Maroc est le seul pays où cet usage est connu.

Ce livre bilingue français-anglais est le premier à dresser un vaste panorama de cet héritage exceptionnel, de la Méditerranée jusqu'au Sahara. Marie-Rose Rabaté, ethnologue, et Frieda
Sorber, historienne d'art et technologue du tissage, se sont relayées sur une durée d'une quarantaine d'années dans des recherches de terrain sur le costume berbère.

Femmes en milieu féminin, leur expérience irremplaçable a permis d'élargir les connaissances existantes, de recueillir des exemplaires rares, de capter la situation mouvante des artisanats textiles, et même de déceler, récemment, l'apparition de falsifications. D'autre part, au Maroc et ailleurs, beaucoup de collections se sont ouvertes à leurs études, pour la défi nition d'un style berbère du décor.

De très nombreuses images d'objets-témoins et des vues en gros plan déroulent ici leur kaléidoscope de couleurs et de formes ; elles donnent à connaître un art trop longtemps ignoré, en voie de s'éteindre avant d'avoir conquis sa place dans la culture artistique universelle.

  • Les auteurs

MARIE-ROSE RABATÉ 
Résidente au Maroc de 1963 à 1977, Marie-Rose Rabaté s'est passionnée pour l'ethnologie de ce pays. Elle y a réalisé des fi lms et des enquêtes sur les rites et les fêtes traditionnelles du Haut Atlas et de la vallée du Draa, qui ont abouti à la parution d'un livre, Le Moussem d'Imilchil, Maroc Éditions, 1970 et de plusieurs articles dans la revue du Musée de l'Homme, Objets et Mondes, entre 1967 et 1976.

Elle s'est aussi particulièrement attachée à l'étude des artisanats traditionnels, en préparant une thèse d'ethnologie sur les bijoux du Sud marocain, soutenue en 1972 (Université Paris V-Sorbonne). Au cours de ses nombreux séjours sur le terrain, elle a réuni et documenté une collection de référence de pièces de tissage vestimentaires du sud de l'Atlas, dont elle a fait don au Musée de l'Homme (transférée depuis au Musée du Quai Branly, Paris).

Bijoux et tissus, souvent mal connus jusque-là, ont constitué la base d'une recherche plus approfondie sur l'art berbère, poursuivie jusqu'à maintenant, grâce à la continuation de ses voyages d'étude au Maroc. L'accès à de nombreuses collections privées a été déterminant ces dernières années pour rendre possible un travail de synthèse sur les vêtements décorés dans le monde berbère marocain, en association avec Frieda Sorber.

FRIEDA SORBER 
Frieda Sorber, historienne de l'art et technologue du tissage, est conservateur des collections historiques du Musée de la Mode à Anvers (Belgique). Son intérêt pour le tissage des soieries européennes, avant l'introduction du métier Jacquard vers 1800, a motivé son premier voyage au Maroc ; la famille Ben Cherif de Fès conserve des métiers traditionnels, qu'elle a étudiés au cours de plusieurs séjours dans cette ville vers la fi n des années 1980.

Par désir d'élargir ses compétences, elle est passée tout naturellement de la technologie au rôle que jouent les tissus et costumes dans la société marocaine. Les foulards et les cordelières de soie, confectionnés par des artisans de Fès pour les Berbères, sont les fi ls qui l'ont guidée vers le monde rural pour de nombreux voyages d'étude, depuis la côte méditerranéenne jusqu'aux abords du Sahara.

Ces dernières années, elle a collaboré sur le plan scientifi que à d'importantes expositions sur le Maroc, publié des articles spécialisés sur le costume et sur d'autres productions textiles marocaines, et fait de nombreuses conférences sur ces mêmes sujets en Belgique, aux Pays-Bas, aux États-Unis et en Suisse.

  • COSTUMES BERBÈRES DU MAROC : Décors traditionnels

MARIE-ROSE RABATÉ 
FRIEDA SORBER 

Un volume de 288 pages au format 250 x 275 mm 
Environ 400 photographies en couleurs 
Reliure cartonnée et jaquette en couleurs pelliculée brillant 
Prix : 75 euros 
ISBN 978-2-86770-185-6 
ACR Edition

Source: VivreFemme

Posté par Sinistri à 08:46 PM - 14- Publications - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 mars 2008

Signes et rituels magiques des femmes kabyles

Les pratiques magiques, symboles graphiques et rites de passage transmis par les femmes autorisent d’autres interprétations de l’identité culturelle de la femme kabyle que celles qui, entre silence et isolement, lui sont généralement attribuées par l’observateur occidental. À travers poteries, tissages, tatouages et peintures murales, l’auteur propose une vision totalement renouvelée de la grammaire symbolique des “décors” de la culture matérielle berbère.

Auteur Makilam
Parution 1999
Isbn 2-7449-0042-7
Façonnage Broché
Collection Culture berbère
Prix 19 €
Nombre de pages 168 p
Format 16 x 24 cm

Source: Edisud

Posté par Sinistri à 03:35 PM - 14- Publications - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »