Un sondage récemment conduit sur le site web de la chaîne satellitaire qatarie Aljazeera a soulevé l'indignation des Algériens, qui estiment qu'il fait l'éloge du terrorisme. Ce sondage, conduit sur le site entre le 12 et le 15 décembre, posait la question suivante: "Etes-vous pour les attentats d'al-Qaïda en Algérie ?"

Les résultats de ce sondage, publiés un jour seulement après le double attentat terroriste à Alger, qui a fait 41 morts et blessé 177 personnes, sont étonnants: sur les 30 000 personnes interrogées, 57,7 pour cent se sont déclarées favorables à ces attentats, contre 45,3 pour cent qui s'y sont déclarées opposées.

Ce sondage a été utilisé comme une propagande par l'Organisation al-Qaïda au Maghreb Islamique sur le site web de la chaîne, pour renforcer le soutien populaire à ses opérations en Algérie.

La nouvelle de ce sondage s'est répandue rapidement dans les quartiers et les villages du pays. De nombreuses personnes ont fait part de leur stupéfaction après qu'une telle question eut pu être posée.

Un jeune homme du nom de Karim a déclaré à Magharebia, tout en pleurant l'un de ses proches mort dans ses attentats, qu'il ne comprenait pas les raisons à l'origine de ce sondage.

La première réaction officielle est venue du directeur de la télévision algérienne Hamraoui Habib Chawki, qui a affirmé que ce sondage faisait de cette chaîne qatarie le porte-parole "officiel" de al-Qaïda. Dans sa déclaration télévisée, il a également déclaré que Aljazeera avait commis un "dérapage dangereux", affirmant que poser cette question de cette manière est "une manœuvre et une justification des actes terroristes".

Selon M. Hamraoui, "le comportement d'Aljazeera ne peut être accepté ni en Algérie ni ailleurs par toute personne digne qui dénonce le terrorisme et la criminalité".

Les trois stations de la radio d'Etat ont dénoncé l'initiative de Aljazeera et exigé des excuses au peuple algérien.   

Par ailleurs, la radio algérienne s'est interrogée sur le point de savoir si le réseau aurait posé la même question si les attentats avaient été perpétrés dans la capital du Qatar, Doha. Elle s'interroge également sur les sources de financement de Aljazeera.

L'ancien Premier Ministre Ahmed Ouyahia a déclaré que les raisons à l'origine de ce sondage par Aljazeera pouvaient se trouver dans le refus de l'Algérie de permettre à la chaîne d'ouvrir une agence en Algérie. Il y a trois ans, le gouvernement avait retiré sa licence à Aljazeera et lui avait interdit de travailler en Algérie après avoir publié un reportage sur un attentat terroriste contre une centrale électrique à Alger.

Malika Khelaf, éditorialiste à Al Massaa, a déclaré qu'en effectuant ce sondage, Aljazeera a renoncé à la crédibilité derrière laquelle elle tentait de se cacher. Elle a ajouté que la chaîne avait "explicitement annoncé son alliance avec les terroristes qui s'appuient sur la corruption dans le pays, et que son résultat n'est pas différent des déclarations publiées par al-Qaïda lorsqu'elle revendique les massacres qu'elle commet."

Selon des informations, les journalistes algériens travaillant pour Aljazeera ont appelé leur direction à adresser "des excuses officielles au peuple algérien", à diligenter une enquête et à "punir les responsables de cette grave faute."

Le rédacteur algérien de Aljazeera Khadidja Bengana a déclaré à Echorouk que ce sondage était une "grave erreur", et que la direction du réseau devrait s'excuser publiquement auprès du public algérien, même si ce sondage ne portait aucune intention malicieuse.

S'adressant également à Echorouk, le rédacteur en chef de la colonne économique de Aljazeera, Hatem Ghndir, a précisé que ce sondage avait été publié par Aljazeera.net et non par la chaîne d'information, soulignant la distinction entre les deux entités commerciales.

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