Farid Ali (alias  Khelifi Ali) est né à Bounouh (Kabylie) en 1919. De santé fragile, le chanteur militant décède d'une grave maladie en 1981. Dès la fin des années 1930, Farid Ali émigre en France comme convoyeur. Selon  feu Bessaoud Mohand-Arab, après avoir combattu dans les rangs des Brigades Internationales en Espagne pendant un temps, Farid Ali vient s'installer en France. Encouragé par les différents chefs d’orchestre du moment : Mohamed El-Kamal et Mohamed Jamoussi, et, plus tard, Amraoui Missoum, le chanteur se consacre à la musique dès la fin des années 1940. 

      En 1949, il participe aux deux récitals organisés par Mohand-Saïd Yala à la salle Pleyel (Paris), en compagnie de Mohamed El-Kamal, Allaoua Zerrouki, Mohamed Jamoussi et les frères cubains Baretto. Il était programmé pour un numéro de claquettes dont il était virtuose. Dès le début des années 1950 il est engagé en Kabylie, à la saison des fêtes familiales, pour animer des concerts villageois. En 1957 / 58 Radio-Paris produit quelques sketches et pièces radiophoniques où Farid Ali tient différents rôles. Deux sketches comiques et deux autres pièces de théâtre sont encore disponibles dans les archives sonores du fonds Radio-Paris. Les deux sketches en question sont : 1) "Kirdouch " et le marchand de loterie, enregistré le 9 novembre 1957; 2) - Sine yeghyal dhong micro ("Deux nigauds au micro"), enregistré le 15 / 12 / 1957. Ces enregistrements montrent que le chanteur était en France en 1957 contrairement à ce que certains biographes affirment.

       En même temps, l'artiste participe à l’émission de radio où sont reçus les chanteurs amateurs qu’il est chargé d’engager : Oukil Amar , Taleb Rabah , et d’autres. En été 1958, avec d’autres artistes algériens arabophones et kabylophones,  il fait partie de la troupe artistique du F.L.N. envoyée en Tunisie. Là, il enregistre deux chants de veine patriotique. Leur impact en sera grand parmi la population kabylophone. Il s’agit de A yemma aâzizen ur ettru ("O mère chérie ne te lamentes pas !") et Afus deg-gwfus ("Main dans la main"). Enregistrés, pour la première fois, semble-t-il, en Yougoslavie, lors de la tournée internationale de la troupe du F.L.N. dans les pays “frères" et "amis", les deux titres seront diffusés pendant tout le reste de la Guerre d’Algérie sur Radio-Tunis et sur les ondes d’autres radios amies. De nombreuses chansons de Farid Ali sont de la même veine patriotique. Elles appellent au soulèvement du peuple contre l’ordre colonial. Abrid ik-yehwan awi-t ! ("Prends le chemin que tu veux !") est l'une des chansons les plus explicites quand au sens militant qu’il veut diffuser parmi le public. Il y est dit :

1. Abrid ik-yehwan awi-t, lamaâna mmet d afehli
2. Ma yecna-yak Farid fehm-it, ur tettu kec d azayri
3. Da Mazigh, ecfu ghef lassel-ik

1. Prends le chemin que tu veux ! Mais meurs comme un homme !
2. Comprends ce que te chante Farid, n'oublie pas que tu es Algérien !
3. Tu es Amazigh, n'oublie pas tes ancêtres
[ Ndlr, ce fût probablement la première fois, sur les ondes radio, où le mot Amazigh est entendu du publique, pour clamer haut et fort  l'Amazighité - la Bérberité - de l'Afrique du Nord en échos au chant patriotique d'Idir Ait Amrane  au début des années 40 "Ekker a mmi-s u Mazigh"  (Ben Aknoun 1945) ].

       Après l’indépendance de l’Algérie, Farid Ali avait tout le potentiel artistique pour mener une brillante carrière musicale. Pourtant, il y renonça, de crainte, peut-être, de tomber dans les facilités de la variété qui était alors en vogue, à ses yeux démobilisatrice. Après avoir ouvert et exploité un café à Alger, il revient en France vers 1966. Là, Farid Ali sympathise avec les membres fondateurs de l'Académie berbère fondée à Paris par un groupe dont Bessaoud Mohand-Arab, Marguerite-Taos Amrouche , le Dr Saïd Hanouz, et d’autres. Il encourageait ceux-ci à aller de l'avant pour arracher au F.L.N., au pouvoir en Algérie, la reconnaissance de la culture et de l’identité berbères dans son pays. Au cours des années 1970 il reprend contact avec ses amis de la radio algérienne (chaîne II) où il anime une émission. Mais cette expérience ne dura que quelques mois.

       La quinzaine de chansons que nous a léguées Farid Ali montre qu'il fut en effet l’homme d’une œuvre nationaliste militante.

Mass Mehenna Mahfoufi

Extrait de « Chants kabyles de la guerre d ‘indépendance. Algérie 1954-1962 ». Préface Mohammed Harbi. Séguier – Atlantica, Paris, 2002.

Source: Tadukli