jouhadiHoucine Jouhadi (la photo) persiste et signe. Après avoir créé l’événement en traduisant le Coran en tamazight du temps de Hassan II, il vient de publier la traduction de l’essentiel des hadiths rapportés par l’imam El Boukhari. Ce travail risque de ne pas laisser de marbre certains fondamentalistes arabisants.

Houcine Jouhadi vient de publier la traduction en tamazight de l’essentiel des hadiths rapportés par l’imam El Boukhari. Parce qu’elle constitue un fait exceptionnel, cette nouvelle traduction présentée dans un ouvrage de près de 500 pages qui touche aux écritures religieuses, pourrait à nouveau susciter le débat. Mais, H. Jouhadi a la peau dure.

Il avait déjà bousculé les habitudes en publiant en 2003 la « Traduction des sens du Coran » au terme d’une décennie de travail. Avant même que cette traduction des 114 sourates du Livre saint contenue dans un livre de plus de 400 pages ne voie le jour, un article publié en 1999 par The Economist enfonçait le traducteur. On pouvait y lire notamment : « à priori, un professeur d’histoire d’un lycée de Casablanca ne devrait pas constituer une menace pour l’orthodoxie musulmane d’Afrique du Nord.

Pourtant, Jouhadi Houcine met la dernière main à un projet qui pourrait bel et bien faire trembler sur leurs bases les autorités marocaines. Depuis dix ans, à ses heures perdues, il traduit en tamazight les 114 sourates du Coran. Il s’efforce, dit-il, de mettre le Coran à la portée de la plupart des Marocains dont le tamazight est la langue maternelle. Rien que de très raisonnable, à première vue.

Mais, en donnant aux Berbères l’accès à la parole révélée de Dieu, cette traduction risque de saper l’autorité de l’establishment religieux et de son chef spirituel, le Roi Hassan II, commandeur des croyants. Des intellectuels berbères vont jusqu’à prédire que le Coran berbère va ébranler l’islam, comme la traduction de la Bible en langue vernaculaire a bouleversé l’Église au Moyen Âge ». L’hebdomadaire poursuit : « le Coran a été traduit en plus de 40 langues. La Turquie, le Pakistan, l’Indonésie et l’Iran ont tous leurs versions nationales, accompagnées de leurs interprétations. Les Berbères du Maroc, non. Au Xe siècle, le royaume des Barghwata traduisit son Coran en berbère. Mais les Barghwata furent vaincus par les "puritains" sunnites. Ces derniers, les accusant d’apostasie, firent brûler toutes les copies du Coran berbère. Il n’en reste que des fragments, conservés dans des musées occidentaux... ».

Après la publication de cet article, H. Jouhadi a été accablé par une salve de critiques a de la part des intellectuels arabisants et des fondamentalistes religieux. Un religieux puriste de Fès avait même voué cet historien doublé d’un théologien infatigable aux gémonies, voire à la vindicte populaire. Dans sa fatwa, le religieux a appelé les « gens de Souss à faire taire Jouhadi ». Mais, c’était mal connaître cet intellectuel du Souss qui se présente comme étant un intellectuel apolitique qui milite pour que les textes religieux soient à la portée de tous.

« Il y avait beaucoup de pression pour censurer mon travail », confie Jouhadi en se rappelant les moments difficiles ayant suivi la publication de l’article de The Economist. Par pression, il entend des visites répétées des services, une fatwa prononcée à son encontre par un mufti de Fès... Mais, cette page allait être définitivement tournée quand le traducteur a été décoré d’un wissam alaouite après la publication de sa traduction du sens du Coran en tamazight. La seule connue actuellement dans le monde entier. Mais l’ouvrage semble demeurer sous embargo. Il n’a même pas ouvert à son auteur les portes de l’IRCAM où il a énormément à donner.

Bio expresse

Né en 1942, Houcine Jouhadi est originaire de Aït Baàmrane. Après sa mise à la retraire au terme d’une carrière d’enseignant d’Histoire longue de 40 ans, il s’est totalement consacré à la recherche et à l’écriture. Sa bibliographie compte plusieurs articles publiés dans l’Encyclopédie du Maroc (Ma’lamat al maghrib), une biographie (en amazighe) du prophète Mohammed sous le titre de Tagharast n Ureqqas n Rebbi (Rabat, Publications de l’Amrec, 1995), un recueil de poèmes Timatarin (Symboles) édité en 1997 (Dar Qurtuba, Casablanca), la traduction du sens du Coran publiée en 2003 à compte d’auteur et la traduction la même année en tamazight du hadith qudsi. H. Jouhadi promet encore d’autres ouvrages après la publication récente de sa traduction de l’essentiel des hadiths rapportés par l’imam El Boukhari. Le tout, insiste l’auteur, pour que l’accès au savoir soit à la portée de tous, avec toute la rigueur scientifique et sans la moindre instrumentalisation démagogique.

Mohamed Zainabi

Source: Le Reporter.ma

Extraits / Exerpts

1. Al-Fatiha / Takettûmt n tsaduft / Ouverture / The Exordium
81. At-Takwir / Takettûmt n umuttel / Le reploiement / The Declining Day
103. Al-Asr / Takettûmt n wannaz / Le temps / The Declining Day
112. Al-Ikhlas / Takettûmt n Tghusi / La religion foncière / Oneness

Source: Monde berbère