Résumé

Pierre Bourdieu s'interroge sur la permanence de la domination masculine. Pour la mettre en évidence, il s'appuie sur une étude ethnographique qu'il a menée auprès des Berbères de Kabylie, une société entièrement construite autour de l'homme, archétype d'une culture méditerranéenne. La pensée relative à la différence des sexes y est profondément enracinée, permettant ainsi de dégager les structures symboliques qui perpétuent la domination de l'homme sur la femme.

Il souligne trois principes: la distinction des sexes résulte plus des normes sociales que de la nature. De fait, la distinction homme femme est plus une construction sociale qu'un fait biologique. Et ces normes arbitraires finissent par être acceptées comme une "nécessité de la nature" et s'ancrent ainsi dans les esprits. Ainsi, les femmes participent à la domination masculine parce qu'elles adoptent les catégories du dominant. Dans cette fabrication interviennent plusieurs acteurs, la famille d'une part (sur laquelle s'est concentré le travail des féministes) mais aussi l'Etat, l'école ou l'église vers lesquels Bourdieu pense se tourner pour voir les choses changer. Mais pour autant il n'apporte ni réponse ni projet à mettre en ouvre pour que les identités sexuelles, tyranniques, en fait, pour les deux camps, soient libérées de tout rapport de domination.

Cet essai est sorti au moment où le travail de Pierre Bourdieu et ses engagements politiques sont attaqués avec virulence. Au même moment, en septembre 1998 paraissait le livre de Jeannine Verdès-Leroux qui dénonçait son "terrorisme intellectuel".

Auteur Pierre Bourdieu
Editeur Points
Date de parution août 2002
Collection Points Essais, numéro 483
Nombre de pages 192 pages
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2020557711

Source: Fnac
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La domination masculine?


Extrait de la page 4:

[...]Pour tenter de sortir du cercle, on peut, par une sorte de subterfuge méthodologique, appliquer l'analyse anthropologique aux structures de la mythologie collective que livre, à peu près franches de toute interprétations demi-savante, une tradition étrangère, et pourtant familière, celle des montagnards berbères de Kabylie qui, par-delà les conquêtes et les conversions, et sans doute en réaction contre elles, ont fait de leur culture le conservatoire d'un vieux fonds du culte de la virilité (5). Cet univers de discours et d'actes rituels tout entiers orientés vers la reproduction d'un ordre social et cosmique fondé sur l'affirmation ultra-subséquente du primat de la masculinité offre à l'interprète une image grossie et systématique de la cosmologie "phallonarcissique" qui hante aussi nos conscients.[...]

Pierre Bourdieu 
lienActes de la recherche en sciences sociales lienAnnée  1990 lienVolume  84 lienNuméro  84 lienpp. 2-31

Source: Persée

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