30 janvier 2008
Dossier : GUERRE D'ALGÉRIE
Introduction |
| Chaque
année ou presque depuis deux décennies, de nouveaux témoignages
inédits, ouvrages de synthèse ou travaux universitaires viennent
enrichir la bibliographie de la Guerre d'Algérie. En ce sens, l'hiver 1998/1999 est un cru exceptionnel avec la publication par le Service historique de l'armée de Terre du deuxième volume de La Guerre d'Algérie par les documents, celle des témoignages de deux témoins de premier importance: le général Ailleret et Jean Morin, la collecte de témoignages d'appelés en Algérie par Claire Mauss-Copeaux. Un entretien avec l'historien Bernard Droz, une chronologie des événements et le compte-rendu du volume consacré à la ville d'Alger par les éditions Autrement viennent compléter notre dossier. L'ouvrage de Jean-Paul Brunet sur la manifestation d'octobre 1961, tant attendu, revisite avec rigueur une question longtemps polémique, tandis que le livre Soldats en Algérie de Jean-Charles Jauffret fera désormais autorité. Voir également le Onzième Commandement de André Rossfelder et notre entretien exclusif avec l'auteur. Et aussi : Services Spéciaux. Algérie : 1955-1957 du Général Paul Aussaresses Parutions Histoire ( Mis en ligne le 30/04/1999 ) Source: Parutions A lire également sur parutions.com: de Yves Courrière , Philippe Monnier |
Le bagne secret de la France coloniale
Révélations sur une «prison sans barreaux» entre Béchar et Tindouf
Nicolas Sarkozy et une partie de la classe politique française ont beau plaider l'avenir franco-algérien, le passé n'en finit pas de se rappeler au souvenir. Périodiquement, la guerre, longtemps «sans nom», révèle un pan inconnu ou, à tout le moins inédit, des «événements d'Afrique du Nord».
Dernière page inédite en date, un voyage poignant dans le bagne militaire de Tinfouchi au fin fond du Sud-Ouest algérien. Spécialiste des questions militaires du conflit algérien, le professeur Jean-Charles Jauffret en livre le «dossier secret» dans la dernière livraison de «Guerre d'Algérie magazine».
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, Jean-Charles Jauffret dirige au CNRS un programme de recherches intitulé «Mémoires des combattants français de la guerre d'Algérie». Signataire de plusieurs ouvrages, il a publié en 2005 «Ces officiers qui ont dit non à la torture», un livre coédité en Algérie sans son introduction. Une coupe synonyme aux yeux de l'auteur de censure. Rappel de contexte et récit circonstancié à l'appui, l'historien apporte une nouvelle pièce à conviction sur l'arsenal répressif de la guerre d'Algérie. A l'image des exécutions sommaires, des enlèvements et de la gestion «politique» de la chaîne de la torture, Tinfouchi fait partie des secrets les mieux gardés de la séquence algérienne.
La chape de plomb et les manœuvres dilatoires des gouvernements de la IVème et Vème République ont maintenu un voile épais sur un «enfer» qui n'osait pas dire son nom. Le lieu perce le secret militaire un an jour pour jour après le retour au pouvoir du général de Gaulle.
Le 13 mai 1959, Raymond Guyot, un sénateur communiste de la Seine - ancienne circonscription regroupant Paris et ses banlieues immédiates -, s'empare de la parole et interpelle le ministre des Armées, Pierre Guillaumat. Sa question orale résonne douloureusement sous les lambris du Palais du Luxembourg.
Sur la foi de doléances de militaires du contingent d'obédience communiste, le sénateur révèle l'existence, en plein désert, d'un bagne militaire. La sémantiquement correcte des armées le désigne sous le vocable de «compagnie disciplinaire d'Afrique du Nord». Le site a fait l'objet à chaud (1959) d'un dossier dans La Défense, le mensuel du Secours populaire français.
Depuis, victime d'un silence pesant, Tinfouchi s'est inscrit sur la liste des «plus grands oublis de cette guerre d'Algérie qui n'en finit plus d'étonner par ses déviances en marge de la légalité républicaine», explique le professeur Jauffret. L'historien auquel on doit, entre autres, un éclairage exhaustif sur le contenu des archives militaires s'est livré à une patiente recherche sur le bagne. A défaut d'archives militaires et institutionnelles disponibles, il a interrogé des «pensionnaires» du camp et consulté des fonds privés (courriers, photos). Cette matière lui a permis de restituer «la réalité d'une prison sans barreaux», opérationnelle entre juin 1958 et juin 1962.
Installé à mi-chemin entre Béchar et Tindouf, le bagne a abrité des «soldats du refus», ces militaires de gauche qui ont refusé de prendre les armes en Algérie, et des cas disciplinaires. Enclavé dans un des endroits les plus désertiques de la planète, il était exposé aux pires fluctuations climatiques. «Une telle amplitude thermique et l'isolement total au coeur des sables brûlants garantissent contre toute tentative d'évasion».
Dans une missive adressée à ses proches, Lucien Fontenel, un appelé encarté communiste, rappelle une histoire à faire dormir debout. Un jour, les militaires en charge des lieux invitent des «pensionnaires» à prendre connaissance, lors d'une sortie, du sort cruel promis aux évadés. Une manière de les mettre en garde contre toute tentative similaire. Selon le récit macabre de Lucien Fontenel, ils découvrent les corps de cinq à six camarades «morts de soif et grillés par le soleil» ou encore «déchiquetés par les hyènes et les chacals».
Toute la cruauté de Tinfouchi et sa nature de bagne impitoyable sont dans ce détail du récit de Lucien Fontenel : pendant plusieurs jours, le commandement de la «compagnie disciplinaire d'Afrique du Nord» n'a fait aucune recherche, ni aucune chasse aux fuyards. En bon connaisseur des lieux, il n'avait pas le moindre doute sur l'implacable «verdict du désert».
Preuve du secret qui entoure son existence, Tinfouchi brille par son silence dans la paperasse officielle. «Un seul document administratif y fait référence, précise le professeur Jauffret, son JMO ou Journal des marches et opérations, à présent incommunicable» aux archives militaires. Détail qui ne trompe pas, les éléments d'informations contenues dans le JMO brillent par leur rareté. L'historien a retrouvé la trace d'une lettre datée du 10 novembre 1959 et signée du ministre des Armées, Pierre Guillaumat.
Destiné au général Maurice Challe, commandant en chef des forces armées français en Algérie, le courrier ministériel assigne un rôle à Tinfouchi. «Il vous est loisible de diriger vers la compagnie spéciale d'Afrique du Nord, aussitôt intervenu l'avis du Conseil de discipline, ceux que l'intérêt supérieur de la discipline générale commande d'écarter rapidement de leur corps».
«Dans ce bagne au milieu du néant, rappelle Jean-Charles Jauffret, la Vème République a connu ses lettres de cachet et l'embastillement arbitraire pour cinq politiques français», allusion aux soldats du refus de la guerre d'Algérie. «Saura-t-on un jour ce qu'il est advenu des disciplinaires algériens ? Dans ce Sahara des débuts de la Vème République hors de toute indiscrétion et en toute impunité, à côté des sites consacrés à l'exploitation pétrolière, aux essais nucléaires et aux armes et engins spéciaux garants de la souveraineté nationale, en référence aux sites de Tindouf et de Tinfouchi reliés par piste routière, il est à présent possible d'ajouter un pôle disciplinaire, oublié lors des Accords d'Evian et envoyé aux oubliettes de l'Histoire».
Source: Le Quotidien d'Oran
Edition du Mercredi 30 janvier 2008
Cinéma marocain : Moumen Smihi sur le chemin poétique
Dans le cinéma marocain, aujourd’hui riche en dirhams et ambitieux pour son avenir (pourvu que les cinéastes ne continuent pas à aligner clichés et platitudes...), se détache un artiste à part, un créateur très doué.
Les films de Moumen Smihi, cinéaste tangerois, ne sont pratiquement pas projetés dans les salles de son pays. Et quand cela arrive, l’affiche est vite remplacée par un film commercial. Le très bas niveau culturel des exploitants de cinéma étant connu. Inaccoutumé aux salles de son pays, il faut aller dans les festivals pour voir les films de Moumen Smihi ou passer le voir rue, Sidi Boukhari à Tanger, où l’accueil est subtil et les cassettes vidéo toujours prêtes.
En 1990, invité par Boudjemaâ Karèche à la Cinémathèque d’Alger, Moumen Smihi avait montré une partie de son travail. On se souvient fort bien de ces œuvres sombres et belles à la fois que sont El chergui, ou le Silence de la nuit, un film réalisé en 1975, sur Tanger des années1950, et de 1944 ou Les récits de la nuit, de 1981, une œuvre qu’on a comparé (à un niveau bien plus modeste) à Autant en emporte le vent...marocain !
Deux films qui se rejoignent par leur rigueur et leur qualité, leurs thèmes n’étant pas très éloignés : le drame de l’occupation coloniale du Maroc, la servitude des conditions des femmes marocaines à cette époque : la polygamie, la sorcellerie, le maraboutisme... Lorsqu’en 1988, le cinéma marocain était encore dans un marasme totale, Moumen Smihi avait réussi pourtant un coup d’éclat avec son long métrage Caftan d’amour constellé de passion. Une œuvre manifestement d’avant-garde et jusqu’à maintenant très peu montrée dans les salles. Un film qui tranche avec sa touche poétique, son souffle surréaliste : Khalil, un jeune homme tangérois, rêve de se marier et voit même sa future femme en rêve. Mais la réalité dépasse son rêve : Rachida qui devient sa femme est une superbe créature, une diva qui passe son temps à se regarder dans son miroir. Situation épineuse pour Khalil. A l’heure des comptes, il se demande s’il est bien digne de son rêve... Moumen Smihi aurait tant voulu avoir Isabelle Adjani pour le rôle de Rachida. Elle n’était pas libre ou bien trop chère...
Ensuite, Moumen Smihi émigre quelque temps au Caire, où il réalise simultanément un documentaire sur le cinéma égyptien (Adel Imam, Salah Abou Seïf, Toufik Salah, Khaïri Bishara, Mohammed Khan y apparaissent tour à tour) et un long métrage fiction La Dame du Caire avec Yousra et Izzat Al Aleili. Deux films qui ne sont jamais sortis. Le Centre du cinéma marocain les a enterrés... Retour à Tanger, où il réalise deux documentaires (pour des chaînes de Tv étrangères) : Matisse à Tanger et Chroniques marocaines (en référence à Othello d’Orson Welles, tourné au Maroc).
Puis le tout dernier film de Moumen Smihi Al Ayel, le gosse de Tanger
que le jury du Festival de Marrakech n’a même pas mentionné au
palmarès... mais en primant avec beaucoup de zèle des petits films
européens ou américains. C’est un film autobiographique, l’histoire
d’un enfant de Tanger pendant la période internationale de la ville,
dans les années 1950. Un film sur le temps qui passe, sur les êtres et
les choses qui ne sont plus. Alors que le 7e art au Maroc connaît un
nouveau souffle, espérons que Moumen Smihi ne sera pas oublié par... la
Commission d’aide à la production.
Source: El Watan
Edition du 30 janvier 2008 > Cinéma
28 janvier 2008
Bibliothèque nationale d’El Hamma (Alger)
Hommage au dernier survivant de la génération des pionniers de la littérature
La salle Lakhdar Essaïhi de la Bibliothèque nationale a abrité une cérémonie en hommage à l’écrivain Kaddour M’hamsadj.
L'écrivain Kaddour M'hamsadji, qui se définit lui-même comme le “dernier survivant” de la génération des pionniers de la littérature algérienne post-indépendance, a fait l'objet jeudi à Alger d'un hommage par ses pairs, anciens et jeunes. Celui qui avait pour amis Mouloud Feraoun, Mouloud-Mammeri, Moufdi Zakaria, Mohamed Dib, Kateb Yacine, Jean Sénac et autres “monuments” de la littérature algérienne a parlé d'une voix émue de ses “cinquante années d'écriture”. "Après l'indépendance, et après avoir publié mes premières œuvres, j'ai connu tous les anciens avec lesquels j'ai entretenu une amitié totale", a-t-il raconté, devant un parterre d'écrivains et d'admirateurs. "Où sont tous ceux-là et les autres Malek Haddad et Mohamed-Cherif El-Aïd ? Je crois bien que je suis le dernier de ma génération", a-t-il dit avec nostalgie. La pièce théâtrale La Dévoilée, qui fut la première œuvre publiée de M'hamsadji, date de 1959, avec un "jugement" (critique) d'Albert Camus, Prix Nobel de littérature en 1957.
Homme de théâtre mais aussi poète, romancier, essayiste, scénariste pour le cinéma et la télévision, chroniqueur littéraire et amoureux de la culture populaire algéroise, il a touché avec bonheur à tous les genres. Il a ainsi écrit des contes : Le Coq du bûcheron (1967), La fillette, le cheval et le colon (1984), des essais sur la jeunesse de l'Emir Abdelkader, la Casbah d'Alger et le jeu de la bouqâla, des nouvelles, Fleurs de Novembre (1969) et divers poèmes.
Son dernier roman date de 2000 : Le rêve derrière soi. Il a été également le premier écrivain algérien à être traduit en chinois, avec le roman Le silence des cendres (1963) sur la Révolution, lequel a été porté à l'écran par Youcef Sahraoui en 1975.
En cette occasion, le directeur de la Bibliothèque nationale (BN), Amine Zaoui, qui a accueilli la cérémonie d'hommage, a qualifié M'hamsadji de "véritable pont entre les intellectuels algériens, arabophones et francophones". "Vous et les écrivains de votre génération", de Moufdi Zakaria à Mouloud Mammeri, "vous nous donnez une leçon : l'Algérie a besoin de toutes ses énergies, de tous ses enfants", a-t-il dit en s'adressant à l'auteur. Pour sa part, l’intéressé n’a pas manqué de dévoiler sa joie tout en disant : "Cet hommage, auquel d'ailleurs je ne m'y attendais pas, me fait chaud au cœur car tout écrivain, tout artiste aime à être reconnu et honoré par ses lecteurs".
Plus généralement, les hommages rendus aux hommes de lettres algériens "répondent à ceux qui prétendent que l'Algérie est stérile en littérature, en arts et en savoir, thèse anciennement propagée par les colonisateurs pour se donner bonne conscience", a-t-il conclu.
Kafia Aït Allouache
Source: La Dêpèche de KabylieTourisme en Habitat Traditionnel en Algérie: Bibliographie
Sariane Mounir, Beztout Mohamed
OUVRAGES
CHALLAMEL, Les Oasis de l’Oued Rirh en 1856 et 1881, Paris, 1881.
KIVA, Une excursion dans les ksour du sud, 1883.
Eugène
FROMENTIN " Sahara et Sahel. I : Un été dans le Sahara. II : Une année
dans le Sahel " Paris, E. Plon et Cie, Imprimeurs-Editeur, 1887.
FALLOIS E. de Femmes du Sud. Les femmes du Sahara. 1892
FLAMAND G.-B.M. de l’Oranie au Gourara, Notes de Voyages. Paris, A. Challame, et Alger-Mustapha, Giralt, 1898.
GAUTIER E.-F. Gravures rupestres sud-oranaises et sahariennes Alger MASSON 1904.
GAUTIER E.-F. Les Oasis sahariennes Alger Imprimerie orientale Pierre Fontana, 1905.
P.
PALLARY, Instructions pour les recherches préhistoriques dans le
nord-ouest de l’Afrique. Alger, Présentation et commentaires par Par
Eglal Errera. Actes Sud, 1987.
CRESTI,
Federico & Gianfranco AMADEO Un village du Sahara algérien : Béni
Abbès. Etude sur les formes et l’évolution de l’habitat traditionnel en
milieu saharien Istituto Universitario Orientale Napoli 1988.
EBERHARDT (Isabelle) Ecrits sur le sable. (Récits, notes et journaliers). Tome I des oeuvres complètes. Paris Grasset 1988
EBERHARDT Isabelle, vie et Mort d’une rebelle, 1877 – 1904, Calman-Lévy, juin 1989.
FREY, Philippe Nomade blanc le Sahara d’est en ouest en solitaire L’aventure continue - Paris, Robert Laffont, 1991.
ZAÏED A., « Le Monde des ksours du Sud Est tunisien", Tunis, Beït al Hikma, 1992, 268p.
DUROU (Jean-Marc) Le grand rêve saharien. Actes sud, 1997
DUROU
Jean-Marc Carnet Saharien, 25 années de photographie, d’émotion et
d’aventures, racontées par Sylvain Estibal Vents de Sable Paris, 1999
MOUSSAOUI
Abderrahmane Espace et sacré au Sahara. Ksour et oasis du sud-ouest
algérien Paris, CNRS Éditions, 2002, 291 p. (coll. « CNRS
Anthropologie »)
ARTICLES
MERCIER M., "Notes sur l’architecture berbère saharienne", Hespéris, t. VIII, 1928, pp. 413-418.
LESELLE,
Les Houillères du Sud-Oranais, Document interne, Centre des Hautes
Etudes d’Administration musulmanes, (Paris), vers 1954, 7 pages.
CAPOT
REY R., "Greniers domestiques et greniers fortifiés au Sahara le cas du
Gourara.", travaux de l’IRS, t. XIV, 1956, pp. 139-159.
MARCE J. &U, Dar, Article de l’Encyclopédie de l’islam, E.J.Brill, Lenden, 1965.
ECHALLIER J.C., "Sur quelques détails d’architecture du Sahara", le saharien, n° 42 & 44, Paris, 1966-67.
HENSENS
J. Habitat traditionnel des oasis présahariennes, Le Ksar, problèmes de
rénovation, extrait (pp. 83-107) du bulletin Economique et Social du
Maroc, 1969, n° 114, juillet septembre.
ECHALLIER J.C., "Forteresses berbères du Gourara. Problèmes et résultats de fouilles", Libyca, t. XXI, 1973, pp. 293-302.
VALLET J. Tamentit, Oasis du Sahara algérien, Institut géographique national, Paris, 1973.
BESSON Ferny Sahara Terre de vérité FAMOT, PARIS 1977.
GRANIER
J.-C., " Rente foncière en eau et régulation économique dans le Gourara
algérien", in Revue Tiers-Monde, Tome XXI, N°83, 1980, pp.649 à 664.
ADAM A., "L’Agadir berbère : une ville manquée", R.O.M.M., n° 26, 2ème semestre 1978, pp 5-12.
COMMINARDI F., "Au cœur des monts des Ksours : Le qsar de Chellala Dahrania", Études et documents berbères, n°8, pp. 135-158.
BACHMINSKI J. et GRANDET D., Cinq études urbaines et architecturales sur le Sud-
Ouest algérien, USTO, Oran, 1985.
LAZHARI
A., Contribution à l’histoire de la région de Taghit, Bechar, novembre
1988.
MITA Equipe, le Tracé géométrique comme mode de lecture des ksour/ Cas
du ksar de Taghit, in Maghreb, architecture, urbanisme patrimoine,
tradition et modernité, 1990.
LEHUREAUX,
Le Sahara, ses oasis, 1953, documents algériens Série Economique,
n° 102 du 25 septembre, L’artisanat traditionnel dans le département
d’Alger et le Territoire de Ghardaïa, 1953.
REVUES :
BASSET R., "Les Ksour berbérophones du Gourara", Revue Africaine, t. LXXXI, n°3&4, trim. 1937.
RAMES C., "Béni Abbés. Étude historique géographique et médicale", AIPA, t. XIX, n°1, mars 1941.
REBOUL E., "Le Gourara,.étude, géographique et médicale", AIPA t XXXI n° 2 juin 1953.
CHAVAILLON
Nicole L’Atérien du Foum el Hartani au Sahara nord-occidental
(République Algérienne) Extrait du Bulletin de la Société Préhistorique
Française, Tome 62, 1985
HENSENS
J., Qsour et quasbas du Maroc, réflexion sur l’évolution de l’habitat
rural traditionnel, prix Agha Khan d’architecture, Maroc, 1986.
LAUREANO P., les ksour du Sahara algérien. Exemple d’architecture
globale, Icomos, information n°3, juillet/septembre 1987.
DUROU, Jean-Marc. L’Exploration du Sahara, Arles, Acte Sud (« Babel,
n° 236 »), 2002.
THESES :
BENABBOU M., "Une oasis du Sahara occidental : Timimoun", thèse 3° cycle, Paris V, 1972.
MOUSSAOUI.
A, "Logiques du sacré et modes d’organisation de l’espace dans le sud
Ouest algériens", Thèse de Doctorat nouveau régime, IDEMEC Aix En
Provence, 1994.
DJERADI.
M.A, "Les Ĝubba-t des monts des Ksour entre le temporel et le
spirituel", Thèse de Magistère, Département d’architecture USTO ORAN,
Décembre 2002.
COMMUNICATIONS
I.
BEHABANI et K. MAHROUR, la Casbah d’Alger : ressourcement, tradition et
modernité, communication au colloque international sur les tissus
urbains, Oran, 1988.
BIBLIOGRAPHIE GENERALE
ATACHI
(El) et MOULA-AHMED, Voyages dans le sud de l’Algérie et des Bats
barbaresques de l’Ouest et de l’Est Traduit sur deux manuscrits arabes
de la Bibliothèque nationale d’Alger par Adrien Berbrugger. In
Exploration scientifique de l’Algérie pendant les années 1840. Sciences
historiques et géographiques. IX, Paris, Imprimerie Royale, chez
Langlois et Leclerc, Victor Masson, 1846.
DAUMAS (Général) mœurs et coutumes de l’Algérie Tell, Kabylie, Sahara,
Paris, libr. Hachette, 1853.
DAUMAS
(Le général E.) Les chevaux du Sahara et les moeurs du desert avec des
commentaires par l’émir Abd-El-Kader Paris, Michel Levy Frères, 1858.
— MICHEL LEVY Le Grand Désert.- Du Sahara au pays des Nègres. 4°édition. Paris.. 1860
COLOMIEU V. (Cdt) Voyage dans le Sahara algérien de Géryville à Ouargla 1862. 1863.
DAUMAS Eugéne Général les chevaux du Sahara et les mœurs du Désert - Edit. : PARIS, Michel Levy - 1864
CHOISY (Auguste) Le Sahara Souvenirs d’une mission à Goléah. Plon 1881.
R.
BASSET, Recueil de textes et de documents relatifs à la philologie
berbère. Chp. 2.Dialectes du Sud oranais et de Figuig. Bulletin de
correspondance africaine, 4’ année, T. Il,1885.
DAMON L’Expédition du Touat. Conférence faite à la réunion des officiers de Sidi-Bel-Abbès. Paris, Lavauzelle, [1896]
COLLECTIF.
La Géographie, bulletin de la société de géographie. MASSON ET Cie
EDITEURS, 1905, tome XII, n ° 4, 15 octobre 1905.
BERNARD Augustin. LAROSE Emile Les confins Algéro-Marocains., Paris, 1911.
BERNARD, LACROIX N. Historique de la pénétration saharienne Alger Mustapha 1900.
TILLION, La conquête des Oasis sahariennes, Lavauselle, Paris, 1903.
DE CHAMPEAUX, A travers les oasis sahariennes, Chapelot, Paris 1903
HUGUET (Dr), Dans le sud Algérien ; cartes des ksour du M’Zab
CORTIER Exploration au Sahara ( régions de Tinghert et de Teguidda-N-tisemt ) Paris,Société de Géographie,1909.
FLAMMAND
G.-B.-M., Recherches géologiques et géographiques sur le haut pays de
l’Oranie et sur le Sahara (Algérie et territoires du Sud). Lyon, Rey,
1911.
BOVET, Marie-Anne (de) De Paris aux Dunes du Souf et retour en vingt et un jours. Alger, George & Lacan, 1924
BERNARD
Augustin, LARNAUDE M. (directeurs) Excursion B4, Algérie, Sahara
Algérien (Congrès International de Géographie, Paris 1931) Librairie
Armand Colin, Paris - 1931
BERNARD, A. / LARNAUD, M. Algérie. Sahara algérien. (Excursion du 28 septembre-12 octobre 1931). Paris, Colin, 1931
BETIER et DUSSERT, Les mines et les carrières en Algérie, Ed. Laros (Paris), 1932, 411 pages.
Gerville-Réache, Léo & Mathieu, J.R. L’enfer du sel. Paris : éditions des Portiques, 1932
BOVET M.A.de Le désert apprivoisé -Randonnées au Sahara - N.E.ARGO 1933
AMIS
DU SAHARA Les Amis du Sahara. Tourisme saharien. Numéro spécial de
l’Association Les Amis du Sahara. Saison 1934-1935 n° 12 juillet 1934.
Alger, Imprimerie Rives.
ARMAGNAC (Lieutenant d’) Le Sahara carrefour des races. Alger, Baconnier, 1934.
GREVIN Emmanuel Tourisme au Sahara, voyage au Hoggar Librairie Stock 1936.
GERS José Au M’Zab, désert dans le désert. Bruges, Saint-Charles, 1936.
BERGER Vincent, L’Appel du Sud. Casablanca, Editions Interpresse, 1936.
ALBANE Comtesse d’ Mirages du Sahara. Editions Mame. 1936
ANDRE, Marie L’ermite du grand désert - Le Père Charles de Foucauld Toulouse-Paris, éd. De l’Apostolat de la prière, 1937.
COLLECTIF (expéditions dirigées par André Vuillemin)
Guide du tourisme automobile et aérien au Sahara, 1938 Shell éditeur, Alger - 1937,
TERRASSE H., Kasbas berbères de l’Atlas et des oasis, Paris, 1938.
Docteur
MALAKOWSKI et D. DOUARD La traversée du Sahara seul en vélomoteur par
le garde républicain Douard. Paris, Les Editions de France, 1939.
BERNARD Augustin Sahara Afrique occidentale Paris ARMAND COLIN 1939.
BELLAIR
Pierre Les sables de la dorsale saharienne et du bassin de l’Oued Rhir
Gouvernement général de l’Algérie, Alger – 1940.
CUSSAC J. Père Sahara - Le Pays et La Mission Reproduction De Photographies Procure Des Pères Blancs Paris 1941.
MONOD Théodore [Afrique, Sahara] Méharées - Exploration au vrai Sahara. Editions Je Sers,Paris nouvelle édition de 1941.
COLONEL PIERRE VEISS ;Le Secret du Sud Berger-Levrault 1942.
DOYON
René-Louis. EBERHARDT Isabelle, Au pays des Sables. Précédé de
Infortunes et ivresses d’ une errante par -René-Louis Doyon. Sorlot,
Paris, 1944
BERNARD
Augustin ;Géographie Universelle - T11 Afrique septentrionale et
occidentale, 1ère Partie, Publiée sous la direction de P. Vidal de la
Blache et L. Gallois. Tome XI, 1ère partie.
CAPOT-REY, Problèmes des oasis algériennes, 1944. [Afrique, Sahara]
BERAUD-VILLARS, L’Empire de Gao. Un état soudanais au XVe et XVIe siècles. Paris, Plon, 1942.
PUIGAUDEAU Odette de La grande foire aux dattes - Adrar mauritanien. Plon, Paris nouvelle édition de 1948.
[BADER
(Marie)], Général BETHOUART, Jean LEPELTIER, Général MOLLE, Si Mohammed
LAKHDAR, Théophile-Jean DELAYE, Paul-Émile SARRASIN, Père COUDRAY, Léon
POIRIER et Mme Paul REVOIL-[Cahiers Charles de Foucauld]. Cahiers
Charles de Foucauld - Vol. 9/3e série- Le Maroc, (publication
trimestrielle). VICHY, Imprimerie Wallon, 1948.
BARADEZ
Jean FOSSATUM AFRICAE, recherches aériennes sur l’organisation des
confins sahariens à l’époque romaine. Ed. Arts & Métiers
Graphiques, 1949. COLLECTIF (La documentation Française) l’économie
pastorale saharienne,note documentaire N 1730 et carte N 58 :le Sahara
des Nomades, P .Centre de hautes études d’administration Musulmane,LA
documentation Française vers 1950. FRISON-ROCHE R. et TAIRRAZ Georges
Le grand désert Arthaud / , 1951.
FONTAINE Pierre BOU-SAADA porte du désert DERVY 1952.
FONTAINE
Pierre Touggourt capitale des oasis DERVY 1952. COLLECTIF (L. Balout,
R. Capot-Rey, L. Chadenson, A. Cornet, J. Dubief, J. Lagrula,
M. Lelubre) Travaux de l’institut de recherches sahariennes, tome VIII,
1952.
COLLECTIF. Travaux de l’Institut de Recherches Sahariennes. Tome VIII.
Numéro Spécial publié à l’Occasion du XIXe Congrès Géologique
International. Alger. Univertsité d’Alger. 1952
BALOUT
L. , MAUNY R. Bibliographie préhistorique, Maghreb Sahara - Soudan,
Année 1953 Libyca, Anthropologie - Archéologie préhistoriques, Extrait
du tome II, 1954.
COUVERT Léon En flânant dan l’oasis. Une vie de légionnaire.
Dervy-Livres 1955,
BERQUE J., Structure sociales du Haut-Atlas, P.U.F. (Paris), 1955, p.383.
BIROT
P. , CAPOT-REY R. , DRESCH J. Recherches morphologiques dans le Sahara
central Imp. Imbert, Alger, in-8, broché, extrait des Travaux de
l’Institut de Recherches Sahariennes (Tome XIII 1955).
BALOUT
Lionel Les Hommes préhistoriques du Maghreb et du Sahara. Inventaire
descriptif et critique. Paléolithique-Epipaléolithique-Néolithique.
Publication du Gouvernement Général de l’Algérie, Direction de
l’Intérieur et des Beaux-Arts, Service des Antiquités, 1955.
BRITSCH Jacques - Perspectives sahariennes - Ch. Lavauzelle 1956.
CORNET Pierre Sahara Terre de demain, Nouvelles Editions Latines 1957.
MARÇAIS G., "L’urbanisme musulman", Alger, 1957, 2 volumes
BISSON (Jean). Le Gourara. étude de géographie humaine. Alger, (1958).
BLAUDIN
de TH., Essai de bibliographie du Sahara Français et des régions
avoisinantes. Paris, Arts et Métiers Graphiques/Klincksieck, 1960.
CAMPS G., Aux Origines de la Berbérie. Massinissa ou les débuts de l’histoire. Libyca,
Archéologie, Epigraphie, T. Vlll,1’ sem. 1960.
Cuny Hillaire Les Déserts Dans Le Monde Pas D’illustrations Payot Paris 1961.
BENICHOU
(A. ) Botanique saharienne. Recherches critiques sur l’Olivier de
Laperrine suivi de P. BOURREIL - Etude anatomique du limbe des
innovations des aristida de l’Afrique du Nord et du Sahara, Mémoire n
6. Alger, impr. La typo-litho, 1962.
MARÇAIS G., "L’art musulman", Paris, PUF, 1962.
COLLECTIF
Les oasis. Reliure, toile de l’éditeur sous jaquette, 27X21 cm, 1962,
235 pages, photos noir et couleurs, publié sous le patronage du conseil
général des oasis, n 50 de la revue Richesses de France, Delmas
DUBIEF
Jean. Le Climat du Sahara. Tome I et Tome II, fascicule 1 (seuls
parus). Alger, Institut de recherches sahariennes, 1959 et 1963. ALIMEN
Henriette, CHAVAILLON Jean, DUPLAIX Solange Minéraux lourds des
sédiments quaternaires du Sahara Nord-occidental CNRS, 1964,
Publications du Centre de Recherches sur les Zones Arides, Centre
National de la Recherche Scientifique, Série : Géologie, N° 4.
C.
ROUBET et Collaborateurs Bibliographie Maghreb - Sahara, Anthropologie,
préhistoire, ethnographie, 1966 -Libyca, Anthropologie - Préhistoire -
Ethnographie, Tome XV, 1967. BIBERSON Pierre Contribution à l’étude du
pléistocène du Sahara Atlantique Ed. du C.N.R.S., Paris – 1968.
AUMASSIP G. Le gisement néolithique d’El Bayed Lybica – 1968.
BEUCHER
Françoise Etude palynologique de formations néogènes et quaternaires au
Sahara nord-occidental Ed. CNRS, Paris - 1969.
BERQUE J., "Le Maghreb d’hier à demain", Paris, Seuil, 1969, 351p.ACATOS Sylvio Sahara Editions Artis Bruxelles 1970.
CLAUZEL Jean - Cours sur le Sahara, avec les illustrations de Michel VALLET - A Paris, chez l’auteur 1970.
ARMEN
J.C. (Explorateur, poète et peintre). L’enfant sauvage du grand désert.
Préface de Théodore MONOD. Richement illustré. Neuchâtel 1971.
BOURDIEU P., la Maison kabyle ou le Monde renversé, in -Esquisse d’une théorie de la pratique, Droz, Paris / Genève, 1972.
DOUCHAN GERSI La derniere grande aventure des Touaregs-Expedition Tassili-Hoggar-Tombouctou Robert Laffont 1972
RAPOPORT Amos., "Pour une anthropologie de la maison" , Paris, Dunod, 1972, 208 p.
ALIMEN
Marie-Henriette, MATEU Joaquin Gravures rupestres de l’Oued Lacba,
nouvelle station du Sahara nord-occidental Separata de estudios
dedicados al profesor Dr. Luis Pericot, Universidad de Barcelona,
Instituto de Arqueologia y Prehistoria 1973.
DUBOIS Jean-Louis Safari au Sahara. Editions Duculot. 1974.
BERQUE J., "Le Maghreb : Histoire et société", SNED, Duculot, Alger, 1974, 227
BEDJAOUI Mohammed. Lumières de la Saoura. Photographies Alain Sebe. Paris, Editions Delaroisse, sans date.
ZERITOUM J., Trames planes, Bordas, Paris, 1977.
IBN KHALDOUN, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique du Nord
traduit de l’arabe par le baron de Slane, Paris, Geuthner, 1978 T. III.
BERQUE J., "L’intérieur du Maghreb : XVème -XIXème siècle", Paris, Gallimard, 1978, 552p.
FRISON-ROCHE Roger, TAIRRAZ Pierre, 50 ans de Sahara ARTHAUD 1976.
FRISON-ROCHE, Roger Djebel Amour Paris, Flammarion, 1978.
PACHINO
F., l’habitat traditionnel en Algérie, dossier documentaire N° 7 (La
maison et les matériaux de construction), C.R.A.U. Alger 1979.
COLLECTIF
Cahier N° 1 programme "marges désertiquesî : Recherches sahariennes
Editions du Centre National de la Recherche Scientifique, CNRS, Paris -
1979, Centre Régional de Publications : Marseille.
BONNET (Dr André). Souvenirs Sahariens et Nord-Africains. PARIS, La Pensée Universelle, 1980.
PETRUCCIOLI A., Islam et territoire, Epau, Alger, 1980.
BERQUE J. Ulémas, fondateurs insurgés du Maghreb. XVIP siècle. Pans, Sindbad, 1982.
BOURGEOT (André) Désert (Le) des Kel Ahaggar Ed. Chaîne Graphique 1982.
RIVAIS
C., Structures, fonctions, représentation, hiérarchies architecturales
et sociales, Institut des sciences sociales, novembre 1985.
AUMASSIP Ginette, Le Bas-Sahara dans la préhistoire Editions du CNRS, Paris – 1986.
P.R.
BADUEL, Habitat traditionnel et polarités structurales dans l’aire
arabo-musulmane, in Habitat, Etat et société au Maghreb, CNRS, 1988.
BEDOUCHA
G., "L’eau l’amie du puissant. Une communauté oasienne du Sud
Tunisien", Paris, éd. archives contemporaines, 1987, 427 p.
I. EBERHARDT, le Sud oranais, 1” partie, Hauts-Plateaux, in Ecrits sur le sable,
Pans, Grasset, T. I, 1988.
K.
BENAMARA, Aperçu historique du haut sud-ouest Algérie (Des origines à
l’arrivée de l’islam) (5000 av.JC au début du 8 siècle).
DUVOLLET
(roger). Villages d’Algérie et Oasis du Sahara. Nouveaux proverbes et
dictons Arabes ( d’algérie - tunisie maroc - sahara). IN-4. couverture
souple illustré ,256 pp. Imprimerie Vesuliènne . Vesoul. 1987
IMESH/ THOMANON, Timimoun, habitat du Sahara, 1988.
DONOR Jean-Yves PARIS-DAKAR. Les déserts de Gilbert Sabine. Editions Solar. 1989.
BORGNE (Bernard) Sahara. Photogr. de R. Jumel et B. Borgne. P., éd. du Griot, 1991.
GOHIER Jacques, l’aventure Mehariste Yves Salmon éditeur 1991.
DUBUFFET,
Jean, Sahara, Jean DUBUFFET, Baudoin Lebon In-8 Broché Paris Ed.
originale 1991 Catalogue de l’exposition de Jean Dubuffet "Sahara" à la
Galerie Baudoin Lebon du 13 avril au 25 mai 1991
GOETZ François. Meharistes et Touaregs, Récit saharien. La Pensée
Universelle Editeurs, Paris, 1992.
DAUTHEVILLE A.-F. Sahara. Numéro 178. 1993.
AUMASSIP Ginette Chronologies de l’art rupestre saharien et nord africain Editions Jacques Gandini, Calvisson – 1993.
COLLECTIF
(CNRS, Groupement de recherche 0848) Méthodes d’approche de la
préhistoire saharienne, Les gisements : reconnaissance et exploitation
CNRS Editions, Alif Tunis, Editions Bouchène Alger, 1995
COLLECTIF
Sahara, Preistoria e storia del Sahara, Prehistory and history of the
Sahara, Préhistoire et histoire du Sahara, numéros 1 à 10 Centro Studi
Luigi Negro, Pyramids snc, Milano, 1988 à 1998.
DAUMAS ; ABD-EL-KADER ; OUSSEDIK Les chevaux du Sahara Ola 1998.
ESTIBAL Sylvain, DUROU Jean-Marc Théodore Monod une vie de saharien vents de Sables, 1998.
ARTICLES :
BLONDEL
J. Données écologiques sur l’avifaune des Monts des Ksours (Sahara
septentrional). 1962."Article de 42 pages dans ""La Terre et la Vie"".
BOURCART
Jacques, MALYCHEFF V. Premiers résultats de recherches sur les sables
du Sahara Plaquette in-8, sans couverture, extrait du Bulletin de la
Société géologique de France, 4, XXVI, 1926.
REVUES
AFRIQUE
du NORD. SAHARA.- Grands Lacs.- N° spécial historique et documentaire
sur le Sahara. Paris. Revue mensuelle des Missionnaires d’Afrique.
53°année. N°5-6. 1°mars 1937.
COLLECTIF Le Saharien, supplément au N° 96, annuaire Amicale des sahariens / , 1986.
DUVOLLET
Roger. Alger et Oran – le Sahara – le Sud Tunisien. Chez l’auteur,
Vesoul, 1988. Collection Afrique du Nord. Tome VIII. 1 fascicule
MANUSCRITS :
WATEAU
D. A la recherche de la flore saharienne : Lettres de, médecin major de
2e classe de la compagnie saharienne du Touat, à Timimoun.
Source: Algeria Strabon
Les Saint-simoniens en Algérie
Les réseaux de « l’association » comme « réseaux de la soumission » (1)
El Watan, 31 août 2006
Le texte qui suit aborde la contribution des saint-simoniens(2) au mythe de « la bonne colonisation ». Il s’intéresse également à des notions, des pratiques et postures, qu’ils ont initiées ou encouragées dans le cadre colonial, telles que l’association universelle, le réseau de soumission, la guerre préventive, le droit à la colonisation ou l’ethnocentrisme, auxquels s’ajoute la mythologie de la jonction mutuellement avantageuse, sinon fraternelle entre l’Occident et l’Orient.
De la « bonne » colonisation
Ce que nous nommons saint-simonisme colonial équivaut à l’idée de « colonisation de progrès », c’est-à-dire à la « bonne » colonisation. Des études, des essais, des rééditions de textes d’époque, des articles de presse sur la colonisation de l’Algérie s’accordent à reproduire, en ces temps de révisionnisme colonial et de relativisme post-moderne, l’idée selon laquelle il y eut une « bonne colonisation », ou, énoncé plus subtilement, qu’il y eut, à côté d’une mauvaise colonisation, une bien « bonne ». Au moment où est rédigée cette étude, cette idée a pris corps dans un projet de loi(3) « visant à la reconnaissance de l’œuvre positive de nos concitoyens qui ont vécu en Algérie pendant la période de la présence française ». Car « ce n’est pas insulter l’avenir que d’effectuer un travail de mémoire lucide et équilibré » et dissimuler cette « œuvre positive » serait « une erreur historique ». Indépendamment de cette loi, les discours post-coloniaux, provenant de divers horizons politiques, vantant la positivité coloniale, ne sont pas sans lien avec celles de courants d’idées, nés au XIXe siècle, héritiers pour certains de l’esprit des Lumières, qui, au-delà de leurs clivages minorant ou ignorant la nature du colonialisme, ont célébré le triomphe de la « civilisation », tel Victor Hugo : « C’est la civilisation qui marche contre la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c’est à nous d’illuminer le monde. » Mais ces discours ne sont pas exclusifs à la sphère politique contemporaine. En parcourant quelques études savantes, publiées entre 1991 et 2000, consacrées aux saint-simoniens, nous pouvons lire(4) que « les saint-simoniens, dans leur grande majorité, sont pour une colonisation, mais en douceur qui éviterait un choc frontal avec les populations arabes ». Une autre étude nous dit que « ... Enfantin verra quant à lui dans la colonisation de l’Algérie une chance historique d’accélérer la fusion des civilisations européenne et orientale. Il est, à bien des égards ,regrettable que son souhait de voir la conquête algérienne produire “une association avec le vaincu, qui lui soit, en définitive, aussi avantageuse qu’au vainqueur”. (Enfantin dixit), ainsi que « ses conseils relatifs au respect à témoigner aux populations assujetties et à leurs institutions n’aient pas été plus écoutés ». Enfin une troisième, en présentant l’ouvrage d’un saint-simonien, en l’occurrence Ismail Urbain, de son vrai prénom Thomas, acquis à une colonisation « humaniste » et qui néanmoins « ne perd jamais de vue les intérêts de la France », estime que « l’administration militaire » a su prendre de « sages et utiles mesures » pour les colonisés et que ceux-ci « ont accompli des progrès considérables ». Les mythes, nous le savions, ont la peau dure. Ils nous disent que le saint-simonisme colonial refusait oppression et asservissement et a su porter, ou aurait pu porter, non seulement la « fusion » civilisationnelle, mais aussi « douceur » du contact et « respect » au colonisé s’il avait été « écouté » et appliqué.
Le « réseau rédempteur »
Notre propos, quant au rôle des saint-simoniens dans la mise en place des réseaux coloniaux de la guerre, del’économie, du commerce, de la science, des moyens de communications et de transport et ceux de la « soumission » se limitera, dans le cadre de ce travail, à la période qui va de 1830 à 1848. Il est bien évident que leur action a été bien au-delà de cette date. Mais la période arrêtée n’est pas arbitraire. En effet, en même temps qu’elle cristallise plusieurs durées de la colonisation, elle est le moment où ont été inventées lois, doctrines et ingénieries coloniales, nourries d’idéologies diverses et contradictoires, mais toutes légitimatrices de l’asservissement des autres. Si l’année 1830 n’est pas encore significative de l’action des saint-simoniens en Algérie, elle est toutefois indicative de la participation zélée et brutale d’officiers polytechniciens, tel Lamoricière, qu’une fulgurante « carrière » coloniale conduira en 1848 au poste de ministre de la Guerre dans le gouvernement de Cavaignac, ce général concepteur de la mort par enfumage de milliers d’Algériens et sabreur impitoyable du prolétariat parisien, dont certains membres, déportés en Algérie, participeront à l’écrasement de leurs frères dans l’oppression. Mais l’intérêt est tel que dès 1831, le journal saint-simonien Le Globe affirme que la colonisation va procurer aux peuples arriérés les sentiments religieux, c’est-à-dire association, lumières et aisance. En 1833, l’homme d’affaires saint-simonien E. Pereire propose de rattacher l’Algérie à la France et de la diviser en trois départements Alger, Oran et Constantine. Il suggère aussi d’y instaurer un même tarif douanier, de relier par les bateaux à vapeur Marseille à Alger et de lancer la construction de voies ferrées reliant Alger à Oran et Bône (Annaba) trois villes portuaires et celle-ci à Constantine. La primauté accordée par les saint-simoniens à ces systèmes de communication s’appuie sur leur vision réticulaire de l’univers, que le « réseau rédempteur » de la science doit « enlacer ». Ce projet saint-simonien articulé à des réseaux de communications-lignes de chemins de fer, bateaux à vapeur, tarif douanier —formulé par un acteur de premier plan de l’Eglise saint —simonienne, fonde le choix de l’année 1848 comme date butoir de notre propos. C’est en effet en novembre 1848, sous le régime Cavaignac, que le projet sera inscrit dans la Constitution de la IIe République, entérinant ainsi le décret de mars 1848 pris par le précédent gouvernement, se réclamant de la démocratie et de l’humanisme et formé de républicains, tels Ledru Rollin ou Lamartine, respectivement ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères, mais aussi de personnalités saint-simoniennes marquées à « gauche », tel Lazare. H. Carnot, ministre de l’Instruction publique, ce qui, soit dit en passant, annule la thèse du clivage à cette époque, défendue encore aujourd’hui par des légataires du mouvement, entre saint-simoniens de gauche et de droite. Triomphe de l’armée coloniale, l’année 1848 est aussi la synthèse d’une époque qui, de la Monarchie de juillet à la proclamation de la IIe République, consacre un large consensus des élites françaises, toutes tendances confondues, quant au bien-fondé de la colonisation.
Les premiers saint-simoniens en Algérie
Les militants et sympathisants saint-simoniens, principalement les partisans d’Enfantin, ont eu une relation soutenue à l’Algérie, que ce soit dès 1830, pendant la guerre de conquête ou durant le processus colonial. Certains d’entre eux ont cumulé ces trois moments, tel Lamoricière. Ils y ont mis leurs idées, leurs projets, leurs connaissances, leurs fantasmes, leurs préjugés, un savoir-faire militaire et un rapport à la guerre, qui conduisit certains d’entre eux aux pires atrocités. L’Algérie fut une « carrière » pour eux, au même titre que l’Orient pour les savants, militaires et politiques britanniques. Un Orient qu’ils soumettront et fabriqueront à partir de doctrines prônant la supériorité de la « race européenne » sur un homo arabicus-islamicus(5), défini comme « une espèce d’abstraction » a-historique, figée et immuable. L’Algérie fut aussi un laboratoire où ont été conçues et appliquées théories et techniques d’assujettissement et de liquidation de toute résistance (6). Les premiers témoignages de saint-simoniens proviennent d’officiers polytechniciens, tels Lamoricière ou son ami Bigot. Grâce à eux, cette idéologie circule au sein de l’armée. « (...) Nous avions été longtemps les seuls saint-simoniens de l’armée d’Afrique ; (...) nous avions fini par amener à nous plusieurs de nos camarades ». Lamoricière symbolisera longtemps l’idéal saint-simonien et une guerre, dont il dit qu’elle « est une œuvre d’apostolat auprès de gens qui n’entendraient de longtemps des raisonnements qui ne seraient point appuyés par des baïonnettes. Je regarde la conquête comme un puissant moyen d’importation d’idées ». Mais dans les faits, avec ou sans baïonnettes, les saint-simoniens et les autorités occupantes « ne cherchent nullement à répandre leur religion dans les milieux arabes », c’est-à-dire les « bienfaits de la science et de la civilisation ».
Exploration scientifique et rectification identitaire
Faute de « lumières », la France engage, parallèlement à une guerre impitoyable, des actions de « découverte » et de recension menées par des officiers formés aux sciences de l’époque. La nécessité de connaître, de maîtriser et de dompter le pays est une affaire d’Etat. C’est ce que confirme, en 1833, le ministre de la Guerre en joignant aux institutions scientifiques de préparer l’exploration totale de l’Algérie et de réaliser des cartes géographiques, « instrument le plus utile pour (...) la colonisation de l’Afrique ». Ce volontarisme d’Etat et ces préparatifs donnent naissance en 1839 à la Commission d’exploration scientifique d’Algérie. En sont membres plusieurs saint-simoniens, dont Enfantin, nommé rapporteur pour la partie historique et ethnographique et le capitaine Carette. En font également partie I. Urbain, en qualité d’interprète, le docteur Warnier et des sympathisants. Aux premières découvertes succède une vaste entreprise d’exploration d’une société devenue, malgré elle, objet d’études et mobilisant toutes les sciences disponibles : géographie, histoire, ethnographie, antiquités, géologie, agronomie, chimie, etc. Les objectifs ne se limitent pas à l’accumulation d’informations scientifiques. Il faut explorer scientifiquement et fabriquer idéologiquement l’Algérie pour justifier la colonisation. Auxiliaire de la conquête, la science doit donner « naissance » à un pays défait, une naissance fondée sur la rectification de son substrat historique et identitaire, entre autres. Cette entreprise est aussi le moment d’une connivence entre savants, politiques et militaires, qui ne se limite toutefois pas à la commission d’exploration et est partagée par les « avant-gardes fraîches et joyeuses de la colonisation », pour citer J. Berque. C’est en liaison avec ces lignes de conduite et ce contexte que la contribution théorique et pratique des saint-simoniens doit être saisie.Indépendamment de l’action des officiers polytechniciens, la contribution des civils, dont certains étaient aussi polytechniciens, a été inséparable du cadre étatique, qu’Enfantin pose et admet d’emblée : « L’esprit d’association et la plus grande de toutes les associations : le gouvernement, peuvent entreprendre avec ensemble, avec ordre une colonisation scientifque ». L’inscription de leur contribution dans le cadre étatique - la commission d’exploration dépend de l’armée, son chef est colonel - ne leur interdit pas l’autonomie d’action, la promotion de leurs idées et projets et leur propagation auprès de l’administration coloniale, de personnalités influentes au sein du pouvoir d’Etat, et des milieux de la finance. Leur poids grandit et en 1845 Enfantin peut déclarer : « Nous ne permettrons plus à personne de mener les affaires de l’Algérie qu’en étant d’accord avec nous ». Fondamentalement, leur contribution participe à la mise en place d’un réseau de la colonisation multiforme articulé aux urgences, aux besoins de l’économie et à l’excédent démographique, ce qu’indique, au lendemain de la Révolution de juillet 1830, le maréchal Gérard au général Clauzel : l’Algérie doit devenir « un vaste débouché pour le superflu de notre population et pour l’écoulement des produits de nos manufactures »
Techniciens et idéologues de la colonisation
Si la technique coloniale s’identifie, entre autres, à l’action d’établir des plans et de placer des hommes pour asseoir et pérenniser la domination, alors nous pouvons estimer que les saint-simoniens, civils et militaires, ont été des techniciens de la colonisation, inspirant, guidant, influençant ou anticipant les décisions et les choix des responsables militaires, civils et des entrepreneurs. A cet effet, Enfantin se fait technicien de la colonisation au plan économique, mais aussi idéologue de la colonisation de peuplement, « ... qui doit être européenne, chrétienne et non française exclusivement, quoique faite sous la domination française », dira-t-il.Parmi ces techniciens, son ami le capitaine Carette. Dès son arrivée, en 1835, il se lance, bien avant la commission d’exploration scientifique, dans la recension des possibilités de mise en valeur du territoire, des richesses matérielles et des ressources naturelles, offrant ainsi des perspectives pratiques à la science, à l’armée et à l’industrie françaises. Ses travaux, cités par Enfantin, portent sur les voies de commerce, les tribus et s’appuient sur des cartes géographiques qu’il confectionne. La Kabylie et le Sahara l’occupent particulièrement. Ethnographiant les Kabyles, ces « aborigènes », qui parlent une « langue pauvre », il procède à un « inventaire de questions » « qui se rattachent (...) aux intérêts français », c’est-à-dire « la délimitation, la division, la configuration et l’aspect du sol », les « habitudes de travail et d’échange », ainsi que « l’état politique ou les relations des tribus entre elles ». Cet inventaire est essentiel car « la domination de la Kabylie (sic) est une affaire industrielle ». Pour le Sahara, il déclare que sa « domination (...) est une affaire commerciale ». La jonction coloniale entre l’Algérie et l’Afrique passe inéluctablement par la conquête et le contrôle des anciennes voies de communication.Enfantin débarque à Alger en décembre 1839, nommé par décision royale sur intervention d’un oncle général. Il doit s’occuper en liaison avec l’armée « de travaux concernant l’ethnographie, l’histoire, les mœurs et les institutions ». Accueilli comme le messie par ses amis d’Alger, il dit des « indigènes » qu’ils croisent : « J’ai vu hier soir une danse de nègres ; ... ce n’est séduisant ni par la musique, ni par les entrechats, ni par l’odeur. (...) L’autre jour, j’en ai vu une autre, de filles publiques juives et mauresques, et je me suis dit : comment ! Il faudra que ce soit moi qui raconte comment toutes ces gotons chahutent. » Pour voir la guerre, il obtient, par « faveur spéciale » d’un général, dont l’interprète n’est autre qu’Urbain, l’autorisation d’accompagner une expédition. Pendant 15 jours, il suit une colonne et assiste aux exactions commises sur les populations.
Construire un « réseau colonial »
Les écrits sur la colonisation d’Enfantin ne peuvent être considérés comme l’expression de son seul point de vue. Ils sont aussi ceux d’un groupe social dont l’objectif avéré est « la soumission des indigènes ». Ils expriment une vision du monde qui permet de saisir, au-delà du rôle et de l’action des individus, le rapport dialectique qui fonde leurs pratiques et leur système d’idées. A cet égard, le saint-simonisme colonial est aussi une « ... discipline extrêmement systématique qui a permis à la culture européenne de gérer - et même de produire - l’Orient du point de vue politique, sociologique, militaire, scientifique et imaginaire pendant la période qui a suivi le siècle des Lumières », comme le note E. Saïd.Discours sur l’infériorité des autres, donnée comme dogme et évidence, ils sont à ce titre « un ensemble de positions, d’attitudes, d’idées partagées » mis en œuvre par une « collectivité à un moment de son histoire ». Les registres qu’il aborde - scientifiques, économiques, politiques, culturels- font partie, certes avec des variantes, du paradigme de l’infériorité ontologique des Autres.Lieu d’une production de données à prétention scientifique, son discours est un condensé ethnocentriste sur l’histoire, la culture, la religion. Il participe ainsi pleinement des préjugés et des théories sur la race de son époque - encore vivaces aujourd’hui sous formes d’idées reçues et d’évidences - quels que soient par ailleurs les élans généreux, en apparence, du discours saint-simonien sur l’Orient, ou l’habillage humaniste de propos dont la finalité visait la rectification et la péjoration de l’histoire plurimillénaire de l’Algérie et de son substrat identitaire pluriel et complexe.Au chapitre de l’expédition militaire, il reprend la propagande officielle et légitime le « droit de conquête » et « la possession de l’Algérie » « légitime et irrévocable ». Cette légitimité, proclamée au nom d’une « guerre préventive », notion aujourd’hui réactivée, s’appuie sur l’impérative nécessité de délivrer « les mers de la piraterie algérienne », alors qu’en 1830, la course n’existe plus suite au processus de déclin du monde ottoman et à sa terrible défaite à la bataille de Navarin (1827).
Rationaliser, organiser la colonisation
Imprégné des métaphores organicistes, il considère que « la tête » de la colonisation « doit être française... ». Rappelant qu’aux « efforts d’occupation » il fallait « joindre des efforts de colonisation » et « accompagner nos actes inévitables de destruction de puissantes tentatives de production », il souhaite faire partager à « notre gouvernement de l’Algérie » la question suivante : « Dans quel sens faut-il modifier les institutions, les mœurs et les usages des indigènes pour les élever au sentiment de civilisation, d’association, dont nous fûmes toujours les représentants les plus généreux... ». C’est cela « civiliser l’Algérie et nous en avons la prétention ». Mais qu’est ce qu’une telle « association », articulée à la mise en place d’un « réseau de la soumission », pour reprendre une de ses récurrentes et implacables formules ? « Réseau organisateur », le réseau de la soumission doit favoriser la dissolution des grandes tribus, constituer (...) vigoureusement les douars et détruire les structures sociales existantes. » Notons que ces propositions, datant de 1843, seront systématisées en 1863 par le sénatus-consulte et le développement des « douars » comme unité administrative. Les « indigènes » doivent, en effet, être enserrés, enfermés dans ces petites structures pour faciliter leur intégration au « réseau de la soumission » coloniale.Cette généralisation des douars se justifie d’autant plus que « l’islamisme né dans une tribu ne s’est jamais montré très habile à fonder des villes ».Pour lui, l’Algérie « n’est pas le seul pays musulman où il y ait peu de villes ; des tribus nomades et des fermes isolées, telle est la vie générale des sociétés musulmanes », ajoutant que « les villes de l’Algérie devaient renfermer une population molle et lâche d’esclaves parquée comme un troupeau ». De cette péjoration, doublée d’une ignorance de la civilisation urbaine arabo-musulmane, il en conclut qu’« il sera donc prudent de ne pas essayer de leur imposer trop et vite cette vie sociale des cités. En vérité, cette position est au fondement de la colonisation de peuplement : un secteur d’activités modernes, celui du colonisateur, formé d’espaces de développement et de prospérité et, à la périphérie, le maintien et la multiplication des structures traditionnelles des colonisés, anémiées, dévitalisées, avec une société « indigène » plongée dans le dénuement social et mue par une dynamique de régression du fait de la destruction des solidarités et des anciens équilibres économiques, sociaux, une société ensauvagée et déculturée, en un mot et pour citer Enfantin, une société « déterminée » par un « réseau de soumission ». Sur les formes de la colonisation, contrairement à ce qui est prétendu par la vulgate historique, Enfantin et les saint-simoniens n’ont jamais été hostiles à sa dimension militaire. Comment pouvaient-ils l’être, puisque la colonisation militaire, tel un bulldozer, déblayait le terrain pour la colonisation économique civile et l’accompagnait organiquement ? Les critiques qu’il adresse aux militaires sont tactiques, car l’essentiel réside dans « l’ordre selon lequel ces deux espèces de colonisation doivent être commencées et progressivement développées ». Les deux formes doivent coexister et s’influencer réciproquement, le triomphe de la colonisation n’est envisageable que si on militarise les civils, plutôt que de « civiliser » les militaires.Plus fondamentalement, la colonisation sera de peuplement ou ne sera pas. A cet effet, n’est-ce pas par cette forme d’occupation que l’idée de peuple européen et chrétien, née de la fusion sexuelle entre de nombreuses nationalités d’Europe prendra corps en Algérie ?
Pour ne pas conclure
La part prise par les saint-simoniens dans l’asservissement de la société algérienne a été centrale, tant dans la justification idéologique, que dans la production et la banalisation d’un sens commun colonial largement partagé, indépendamment de la mise en place stratégique des réseaux de la colonisation. A cet effet, leur action en Algérie cède trop facilement le pas, comme en témoignent, encore aujourd’hui, de nombreuses études et publications, à une réputation de scientifiques, d’industriels, d’intellectuels ou de commis de l’Etat, altruistes, humanistes, guidés par l’esprit de « l’association universelle » et de « la fusion » de l’Orient et de l’Occident. Une telle réputation relève du mensonge historique. A cet égard, l’idée de « l’association universelle », doit être sérieusement bousculée. Cette notion au long cours historique, le plus souvent maniée comme une évidence, ne fonctionne-t-elle pas, encore aujourd’hui, comme un rapport d’inversion et de dissimulation de ce que fut la réalité coloniale ? Peut-on sérieusement penser de cette « association » en la dissociant du « réseau de soumission » d’hier et des formes nouvelles qu’il prend aujourd’hui ? Association et soumission n’ont-elles pas été et ne sont-elles pas cette dualité, faussement contradictoire, du colonialisme, une sorte de dualité dans le même sens : la domination et l’ethnocentrisme ? Le saint-simonisme, au-delà de ses variantes, dans son rapport à la question coloniale ne bénéficie-t-il pas à ce jour, dans les champs de la connaissance et de l’histoire des idées, au même titre que d’autres courants de pensée, héritiers ou non des Lumières, d’une impunité épistémologique qui lui permet de conserver à moindre frais et à trop bon compte, une sorte de pureté, de générosité et de noblesse d’intention ? Ultime interrogation, au-delà du saint-simonisme colonial, l’héritage intellectuel et politique de Saint-Simon a-t-il pu nourrir et justifier, positivisme oblige, les théories de l’exploitation et de la domination coloniales, tout en les occultant ? Il y a dans cette interrogation, il nous semble, une vaste exploration et réévaluation scientifiques à entreprendre sur les écrits, les idées, les courants de pensée et les actes, qui, tout en revendiquant l’héritage émancipateur des Lumières européennes, ont légitimé, avec décontraction, la domination et la négation des autres. Seul un tel travail, pour peu qu’il s’appuie sur des procédures résolument critiques, contradictoires, pourra révéler que de nombreux discours drapés d’humanisme ou d’amitié contiennent dans leur fondement une culture, spontanée ou réfléchie, pratiquée et admise, de la domination et de l’infériorité des autres, toujours prête à resurgir du fait de son essentialisation et de sa naturalisation séculaires. Dénaturaliser, « desessentialiser » ces discours, ces pratiques et ces postures, voilà une tâche passionnante et citoyenne, au-delà de sa dimension scientifique.
(*) L’auteur est chercheur.
1- Cette étude, abrégée pour la circonstance, a été présentée au colloque « L’actualité du saint-simonisme » qui s’est déroulé en juin 2003 à Cerisy-La-Salle.
2- Dans une lettre adressée à Bugeaud en février 1845 Enfantin, père suprême de l’Eglise saint-simonienne, déclare à propos de l’Algérie : « Quant à moi, j’y ai mis ma vie... ».
3- Projet de loi UMP n° 667, déposé le 5 mai 2003 et soutenu par100 députés.
4- Respectivement : A. Picon, A. Pignol et M. Levallois.
5- Smaïl Hadj Ali, l’homo-arabicus, in La Semaine, n° 25 6- Voir notre étude sur les zaouias. In El Watan du 31 mars et 1er avril 2004.
Smaïl Hadj Ali
Source: Algeria Watch
24 janvier 2008
Auteurs algériens: guide bibliographique
Soumya Ammar Khodja : "Rien ne manque" Le Reflet, 2003
Parfois, parler de littérature journalistique peut n'être pas une critique. La réalité que vivent les Algériens peut les amener à vouloir témoigner à chaud. La nouvelle est alors le médium idéal. Témoigner. La litanie des manques, des terreurs, des privations, des humiliations est ce qui rappellera le plus le reportage. Ensuite, plus secrètement, l'écriture fait remonter la part incompressible de noblesse, qui, toutes les littératures issues de l'oppression le confirment, continue d'accompagner l'être humain soumis à des conditions de vie dégradantes. C'est ce que dit l'expression "rien ne me manque" que les Algériennes prononcent dans un sursaut d'humour et de dignité lorsqu'elles se sentent toucher le fond.
Ici, ce sont les femmes, humiliées par les humiliés, qui tiennent haut le flambeau. Leur parole n'est pas entachée par les compromissions que les hommes ont dû concéder aux Molochs successifs. Leur incorruptibilité s'enracine dans une culture plusieurs fois millénaire, qu'elles semblent maintenir intacte pour qu'elle puisse resservir demain. L'histoire le martèle : reconstruire une société est une affaire de femmes.
-
Kébir Ammi : "La fille du vent" L'Aube, 2002
Voici l'histoire de Hania, la petite prostituée morte sous les coups de ses proxénètes. Mais ce n'est pas possible que la vie soit aussi horrible, aussi terrible : aussi Hania, avant d'être précipitée dans les feux de l'enfer, sera sauvée par un ange qui l'emmène à tire d'aile dans un lieu sûr... d'où elle voit le monde et raconte son histoire.
-
Salim Bachi :
-
"Le chien d'Ulysse" Gallimard, 2001
-
"La Kahena" Gallimard, 2003
-
Argos, vieux chien fidèle, est dans l'Odyssée le seul qui reconnaisse son maître, Ulysse, à son retour de Troie. De même le chien du narrateur lorsque celui-ci rentre chez lui, petit matin, après une hallucinante virée, : saisis de paranoïa, les siens lui tirent dessus, le prenant pour un membre du GIA : exit le chien.
Salim Bachi se place dans l'héritage bien digéré de Kateb Yacine. Comme son grand aîné, il embrasse une totalité sociale et culturelle qui plonge ses racines dans la longue histoire, particulièrement celle de Cyrtha, la ville numide dont il fait un emblème. Pour ce qui concerne l'histoire récente, le roman réussit tout aussi bien à créer un continuité en dénouant l'intrication de trois générations dans l'usage de la haine : les pères fondateurs, ex-moudjahidine reconvertis dans la lucrative lutte anti-terroriste, leurs fils aux ailes brisées et petits-fils chômeurs hashischi.
Mais il y a aussi beaucoup d'amour dans ce livre écrit dans une langue lumineuse, sensuelle, sinueuse, saturée d'images torrentueuses et authentiquement poétique. Le trait d'humour macabre resserre encore le filet jeté sur le lecteur. Il faut lire cet auteur et ne pas oublier son dernier ouvrage La Kahena paru chez Gallimard.
-
Rabah Belamri :
-
"Regard blessé" Gallimard, 1987
-
"L'olivier boit son ombre" Edisud, 1989
-
"L'asile de pierre" Gallimard, 1989
-
"Femmes sans visage" Gallimard, 1992
-
"Mémoire en archipel" Gallimard, 1994
-
A la veille de l'indépendance, dans un village meurtri par la guerre, Hassan, quinze ans, commence à perdre la vue à la suite d'un décollement de rétine. Devant l'impuissance de la médecine moderne à guérir l'enfant, la mère recourt à la magie noire et aux médecines traditionnelles : marabouts, sorciers et charlatans multiplient les traitements cocasses et dangereux. L'adolescent vit une double tragédie : les progrès implacables de son mal et les échos qui lui arrivent du drame que subit alors son pays. Pourtant, il est des choses vitales et imprescriptibles qui sont toujours à vif en lui : le désir que lui inspirent les jeunes filles qu'il sent vivre autour de lui, la beauté de la nature kabyle, bref, un bruissement sensuel du monde qui, loin de se refermer sur la blessure, s'ouvre au contraire par la grâce de la poésie, de la magie, du rêve.
Ce thème du regard - Belamri était devenu aveugle à l'adolescence -, se retrouvera dans les autres romans, tous marqués au sceau de l'autobiographie, ainsi que dans la poésie. La langue, très belle est le plan où peuvent coexister une réalité proprement abîmer et un imaginaire tourné vers une lumière poétique plus secrète. Ce très grand écrivain est mort dans son exil français en 1995.
-
Slimane Benaïssa :
-
"Les fils de l'amertume" Plon, 1999
-
"Le silence de la falaise" Plon, 2001
-
"La dernière nuit d'un damné" Plon, 2003
-
En exil en France, cet écrivain et dramaturge (ses pièces sont publiées aux éditions Lansman, spécialiste belge du théâtre contemporain, voire leur site) a décliné sous la forme romanesque l'ambiance et les niveaux de langue de son théâtre. L'humour, la dérision sont ici aussi la seule réponse à l'aveuglement.
Les fils de l'amertume retrace le parcours presque parallèle de deux cousins germains qui se retrouveront finalement de part et d'autre d'un pistolet : l'un, intégriste, appuie, l'autre, journaliste, tombe. Le thème de l'aveuglement terroriste se retrouvera dans les autres romans, dans le dernier notamment, qui est un voyage dans l'enfer intérieur de trois islamistes s'apprêtant à faire exploser un avion. L'un d'entre eux renoncera au dernier moment : c'est le possible chemin vers la rédemption qui laisse espérer une issue...
-
Djillali Bencheikh :
-
"Mon frère ennemi" Séguier, 1999
-
"Voyage au bord de l'enfance" Paris-Méditerranée, 2000
-
Deux romans d'initiation d'un jeune algérien, au tout début des années 50. Les troubles d'une sexualité naissante, les rapports conflictuels avec la famille et les rumeurs de la guerre qui commencent à se faire entendre sont les thèmes d'une littérature de la nostalgie, fortement autobiographique. L'auteur vit en exil en France.
- Anouar Benmalek :
- "L'amour loup" Pauvert, 2002
- "Les amants désunis" Calmann-Lévy, 1998
- "L'enfant du peuple ancien" Pauvert, 2000
- "Ce jour viendra" Pauvert" Pauvert, 2003
C'est un des écrivains importants de la
génération née pendant la guerre. Pas étonnant que l'histoire soit le moteur
et la toile de fond de ses romans. Une manière qu'a la littérature, selon son
expression, de prendre la réalité à bras-le-corps. L'amour loup : un
an avant les manifestations d'octobre 1988, un algérien s'éprend d'une
palestinienne. Sa quête le mènera de Moscou à Beyrouth, en passant par l'Asie
centrale et retour. Chaque étape de ce livre dépeint une fracture : les
premières révoltes contre le pouvoir en Algérie, la désespérance sans fin
des Palestiniens piégés dans les camps de réfugiés au Liban, la répression
en Syrie... Le roman décrit un monde qui se termine et un autre qui commence,
le passage d'un enfermement à un autre. Ce livre traite de la
"malédiction" d'être arabe à la fin de ce XXè siècle.
L'enfant du peuple ancien creuse l'histoire
algérienne du XIXè. Les premières révoltes anti-coloniales conduisent des
hommes en déportation en Nouvelle Calédonie. Là, ils seront embauchés comme
auxiliaires pour chasser le canaque. Vérité chez soi... Autre exemple, Les
amants désunis, une histoire d'amour qui se noue pendant la guerre de
Libération et se détériore au même rythme que la société
post-indépendance.
-
Latifa Ben Mansour :
-
"Le chant du lys" La Différence, 1995
-
"La prière de la peur" La Différence, 1997
-
"L'année de l'éclipse" Calman-Lévy, 2001
-
Après l'histoire de Mériem, d'une enfance à Tlemcen sur fond de guerre d'indépendance, dans Le Chant du lys et du basilic, voici dans La prière de la peur, celle Hanan, jeune algérienne vivant à Paris, qui décide de regagner définitivement l'Algérie. Un attentat à l'aéroport d'Alger lui emportera les deux jambes. Elle se réfugie chez ses ancêtres, à Aïn et Hout, accompagnée de l'aïeule, Lalla Kenza qui lui transmettra un trésor : la culture ancestrale des Berbères sous la forme de contes et de poésies que Hanan couche sur le papier, avec acharnement, jusqu'au bout, tandis que s'approche son terme... Le dernier roman revient sur la question des femmes comme dépositaires de l'espoir et du renouveau : Hayba s'est réfugiée à Paris après avoir perdu un mari et une fille dans un attentat. C'est l'enfant qu'elle porte qui sera le socle sur lequel elle tentera de se reconstruire.
-
Maïssa Bey :
-
"Cette fille là" L'Aube, 2001
-
"Entendez-vous dans les montagnes ?" L'Aube, 2002
-
"Au commencement était la mer" L'Aube, 2003
-
"J'ai tout simplement envie de dire ma rage d'être au monde, ce dégoût de moi-même qui me saisit à l'idée de ne pas savoir d'où je viens et qui je suis vraiment. De lever le voile sur la société dans laquelle le hasard m'a jetée, sur des tabous, des principes si arriérés, si rigides parfois qu'ils n'engendrent que mensonges, fourberie, violence et malheur."
Ce thème des origines est traité de manière opiniâtre, dès ses premières nouvelles et tout au long de ses romans. Dans le contexte de l'Algérie en guerre civile, cela prend un relief encore plus terrible : orphelines de la guerre d'indépendance, esclaves, femmes violées cherchant à avorter, la liste est longue des turpitudes qu'elles subissent.
Entendez-vous dans les montagnes ? imagine la rencontre dans un train de la fille d'un combattant du FLN mort sous la torture et d'un homme qui y participa. Maïssa Bey, dont le père, un instituteur, est mort dans un centre de torture, est mal à l'aise avec la filiation : ce héros est un absent, tandis que le système qui le célèbre tue, pille, asservit. L'écriture devient alors arme et catharsis.
-
Fayçal Chehat :
-
"Hommes perdus au pays du cul du diable" Paris-Méditerranée, 2000
-
"Celle qui n'aimait pas les hommes" Paris-Méditerranée, 2003
-
Dans un train, deux jeunes gens sont saisis par un coup de foudre, mais n'osent ni ne peuvent se toucher : "voici qui résume l'irrémédiable séparation des femmes et des hommes dans toutes les sociétés arabes et musulmanes. Je pense que celui qui n'a pas vécu ne pourra jamais se représenter cette sorte d'apartheid qui existe entre les deux parties de l'humanité dans nos sociétés. Je crois que tous les maux en résultent." dit Chehat en parlant de son roman "Hommes perdus..." où, au soir de sa vie, le narrateur, Ali, cloué dans un fauteuil roulant, retrace le destin de ses trois amis : Hamid, Kader et Malik. Au menu : désillusions, trahisons, mensonges et toujours tant de frustrations dans le champ amoureux.
-
Abdelkader Alloula (1939-1994):
-
"Les généreux" Actes Sud, 1995
-
"Les sangsues" Actes Sud, 2002
-
"Le pain" Actes Sud, 2002
-
"La folie de Salim" Actes Sud, 2002
-
"Les thermes du bon dieu" Actes Sud, 2002
-
Tour à tour acteur, metteur en scène et auteur dramatique, il fait des débuts en 1969 avec Les sangsues, une fresque humoristique sur l'univers bureaucratique, et Le pain, où défilait déjà sur scène le petit peuple d'Oran, héros ordinaires ballottés entre inquiétude et espoir, Alloula sera dans le même temps l'interprète à succès de La folie de Salim en 1972, sa propre adaptation du Journal d'un fou, de Nicolas de Gogol. Poursuivant ses réflexions sur le théâtre populaire, il interroge la forme traditionnelle de la halqa (la ronde des spectateurs autour d'un conteur, sur les places de marché au Maghreb) qui préfère selon lui "le récit, le dire, à la figuration de l'action."
Drôle et truculent, l'arabe populaire d'Alloula a la vitalité de la langue parlée et la rigueur de la langue écrite, comme en témoigne la trilogie, tout à la fois épique et, réaliste, des Généreux, composée de Les dires, Les généreux et Le voile.
Les balles qui l'ont couché le 10 mars 1994, n'ont pas su le couper de ces petites gens d'Oran qui avaient trouvé en lui une voix, comme le témoignera son enterrement, où ils étaient des milliers.
-
Tahar Djahout (1954-1993) :
-
"Les chercheurs d'os" Seuil, 1984
-
"L'invention du désert" Seuil, 1987
-
"Les vigiles" Seuil, 1991
-
"Le dernier été de la raison" Seuil, 1994
-
L'évolution stylistique du romancier (qui se considérait davantage comme un poète qui écrit aussi des romans) porte la trace du tournant pris par l'Algérie au lendemain de l'indépendance. Dans Les chercheurs d'or, la phrase est plus ample, la description des montagnes de Kabylie où l'on cherche des dépouilles des héros de la guerre est lyrique. Si une fêlure sonne déjà, c'est dans les romans suivants, urbains, qu'elle se fait jour, tandis que l'écriture devient hachée, haletante. Les vigiles met en scène un personnage qui a inventé un génial métier à tisser et qui tente de le proposer au service des brevets. Mais quelqu'un qui invente dans un monde de trabendistes corrompus, est forcément dangereux : les vigiles auront le dernier mot, comme l'a eu leur bras armé le 26 mai 1993. Dernier mot ? pas certain...
-
Youcef Sebti (1943-1993): "L'enfer et la folie" Bouchêne, 2003
Du poète assassiné le 22 décembre 1993, Jean Sénac disait : "Ce brasier fraternel, s'arc-boute à la dénonciation, la colère, la profanation des tabous, une ironie grinçante. Révolte en forme de bistouri qui, d'abcès en abcès, s'achemine vers un hypothétique santé." A lire, aujourd'hui, ce recueil de poèmes écrits entre septembre 1962, au lendemain de la guerre de libération et octobre 1966, seize mois après le coup d'état de Boumediene, le chemin de cette santé hypothétique paraît introuvable.
"Sa poésie est sans concession ni lyrisme, la haine, née du colonialisme, de la guerre, de la bureaucratie, des interdits, de l'injustice, celle faites aux femmes et aux miséreux, devient ici sauvagement nourricière. Lus après les années meurtrières qui ont ensanglanté l'Algérie, les mots libèrent de terribles et prémonitoires images, exhalent des visions hallucinées, mais restent toujours dans la quête du sens." (M. Harzoune, Peuples et migrations)
-
Aziz Chouaki :
-
"L'étoile d'Alger" Balland, 2002
-
"Les oranges" Mille et une nuits, 1998
-
Les oranges, souvent repris au théâtre, fait défiler 170 ans d'histoire algérienne par la conscience d'un personnage, sorte de marabout, que viennent habiter des dizaines d'autres. L'étoile d'Alger, c'est Moussa, musicien funambule, rêvant de succès international. Avec talent et énergie pour tout bagage, il promène son fol espoir entre les boites douteuses et les producteurs véreux en se vivant en héritier du rock et chantre de sa Kabylie dressée contre l'arabo-islamiste au nom de son passé. Mais dans un entourage où peu à peu s'imposent les valeurs de l'islamisme radical, il est progressivement marginalisé. Ses amis musiciens émigrent un à un, Canada, Paris... Rattrapé par la misère quotidienne, largué par sa fiancée, il se laisse aller, came, alcool. Peu à peu la santé mentale vacille et un jour, l'altercation avec un barbu moraliste se termine avec la mort du susdit. La prison, on y réfléchit, on se sent moins seul avec le Coran : le saut dans la gueule de Dieu, l'adhésion à ce qui le révulsait le plus, lui, le Kabyle.
-
Vincent Colonna : "Yamaha d'Alger" Tristram, 1999
Inspiré d'un personnage réel, le truculent Hocine Dihimi, dit Yamaha, assassiné en 1995, ce roman suit le périple de Maurice, un obscur journaliste français débarqué un jour à Alger pour un reportage. Il va croiser la figure du jeune Yamaha, une star locale, animateur du fan club de l'équipe de foot du quartier Belcourt, histrion génial, inachetable, capable de faire gagner son équipe et chantre d'une Alger des pauvres.
Maurice tente de reconstruire la vie et l'oeuvr de Yamaha. C'est à la fois une aventure initiatique où la carotte est un belle beurette du nom de Souad, et une prise de conscience de la réalité d'Alger qui, derrière les stéréotypes colportés par la presse, montre un double visage : sourire et révolte.
-
Mohammed Souheil Dib :"La quête et l'offrande" Marsa, 2003
Chargée par son père de lui rapporter des feuilles de l'arbre qui guérit la nostalgie, Mathilde recherche ce qui reste du domaine familial de Kistara, abandonné par les siens lors du terrible départ de 1962. Elle se retrouve dans un univers bouleversé par les soubresauts de l'histoire et que la logique est incapable de déchiffrer. Nous n'en saurons pas plus de cette quête ; peut-être est-elle justement le motif principal de l'écriture de ce roman dont le sujet est l'instance même de l'écriture qui se retourne sur elle-même pour créer son propre univers et devenir... l'offrande ?
-
Mourad Djebel : "Les sens interdits" La Différence, 2001
"La complexité arborescente est avant tout la mise en mots d'un désir littéraire obsédant [...] où le baroque déploie toutes les possibilités de la mémoire. La structure romanesque épouse le labyrinthe où s'enferme Maroued, qui veut comprendre le sens (interdit) de la disparition de Yasmina, dont il fut l'amant. Comme Proust, Mourad Djebel se voue à la remontée obsessionnelle du temps. Récit en abîmes, son roman possède son fil conducteur. L'Algérie est ici réalité historique, fable, énigme, métaphore du suicide planétaire et, peut-être, acharnement d'une fatalité humaine où la mort serait plus forte que la vie. L'image essentielle est un pont de Constantine. Avec ses amis Larbi et Nabile, Maroued déplie les couches successives d'un mystère qui dépend outrageusement de l'histoire particulière de l'Algérie mais, comme chez Kafka, bute sur l'inaccessible secret de notre solitude. Plus qu'un témoignage historique, Les sens interdits (le titre doit être saisi à travers les multiples implications) entremêle tous les registres de l'écriture : récit, enquête, méditation, poème, mélopée, lancinante interrogation..." (Hugo Marsan, Le Monde)
-
Abdelkader Djemaï
-
"Sable rouge" Michalon, 1996
-
"Mémoires de nègre" Michalon, 1999
-
"Dites-leur de me laisser passer" Michalon, 1998
-
"31 rue de l'Aigle" Michalon, 2000
-
"Un été de cendres" Michalon, 2001
-
"Camping" Seuil, 2002
-
"Gare du Nord" Seuil, 2003
-
Ce journaliste exilé en France a choisi de dire la vie quotidienne en Algérie par le biais du conte, en unités narratives closes où la réalité s'est condensée puis enfermée dans une forme inquiétante de fantastique. Un été de cendres par exemple : Sid Ahmed est fonctionnaire à la direction générale des Statistiques. Tombé en disgrâce pour avoir contesté un chiffre officiel, il survit dans un cagibi qui lui sert de domicile depuis que sa femme est morte. Pour se préserver de la folie ambiante, il est maniaque... à la folie. Dans son abri, il survit en observant l'univers urbain se gangrener lentement, une autre folie prévaut...
Dans Sable rouge on trouvait ce thème du camp retranché où, face à l'invivable présent, on fait remonter un passé aux couleurs de l'enfance (Camping et son univers à la Tati). Mémoires de nègre revient au conte à l'orientale. Golo (Tiens...) est un richissime vieillard obsédé par la question de la postérité. Pour la résoudre, deux décisions : épouser une jeune beauté, Nadia, et demander un plumitif débutant d'écrire l'épopée de son clan, où lui, Golo, apparaîtra en majesté, guerrier, saint et mâle dominant comme disent les anthropologues. Mais très vite, le scribouillard ne pense plus qu'à la jeune épouse, au corps de la jeune épouse, un virus qui déclenche une fièvre durable.
-
Nabile Farès :
-
"Yahia pas de chance" Seuil, 1971
-
"Un passager de l'Occident" Seuil, 1971
-
"Le chant des oliviers" Seuil, 1972
-
"Mémoire de l'absent" Seuil, 1974
-
"L'exil et le désarroi" La Découverte, 1976
-
"La mort de Salah Baye" L'Harmattan, 1980
-
L'œuvre romanesque s'articule autour des thèmes du déplacement, de la migration, des exils et des ruptures. Par les femmes il gardera la proximité de la parole, de la langue berbère, du chant, des contes et des mythes millénaires, bref, de la culture de l'oralité. Enfant de la guerre, il adhère au FLN à 20 ans en 1960, poursuit ses études de philosophie, d'anthropologie et enseigne en université.
Son travail d'écriture repousse les techniques narratives, les procédés de la confession (c'est le sujet même du premier roman, Yahia pas de chance : la guerre est inracontable cas la langue de "l'Organisation" ne connaît pas la vibration de la nature, des mythes), ou quelque forme de réalisme que ce soit, qui, selon lui, sont trop proches de la littérature officielle. Son écriture participe ainsi d'un travail "d'élaboration secondaire" par laquelle émerge sa propre parole.
Ainsi se cuisine une esthétique propre, subjective, une écriture de bris, d'éclats, de télescopages, d'anamnèses, de dissémination du récit, de circulation entre langues (l'écrit français et l'oralité arabe, berbère ou même espagnole) qui ont plus à voir avec des façons de poète. L'humour, le recours fréquent au calembour ne sont pas un jeu gratuit mais renvoient au colonisateur sa violence en minant la sacralité de sa langue. De même s'emploie-t-il à travers les mythes, comme ceux de l'ogresse ou de la Kahena, à travers les éléments naturels, comme la terre, le fleuve, l'obscurité, la lumière, à rendre compte de la circulation des symboles et de leur recyclage dans de nouveaux contextes politiques.
L'œuvre de cet écrivain majeur dans l'espace maghrébin est malheureusement occultée au prétexte "d'hermétisme", alors qu'il faudrait l'accueillir comme on l'a fait des grands auteurs sud-américains avec qui il partage cette séduisante instabilité que donne la marche sur les lignes de fracture culturelles. (Cet article sur un auteur peu présent en librairie emprunte à Nourredine Saadi)
-
Mélina Gazsi : "L'armoire aux secrets" L'Aube, 1999
Farida - Mélina Gazsi, nous sommes dans une pure autobiographie - est née à Paris en 1955, au début de la Guerre d'Algérie, d'une mère bretonne marchande des quatre-saisons et d'un homme parti sans laisser d'adresse. La jeune femme se lancera par petites touches, à la recherche de ce père disparu mystérieusement et dont la mère ne parle jamais. Sa quête le conduira à Alger où elle finira par le découvrir en 1992, chargé de lourds secrets. Émouvantes retrouvailles, très vite gâchées par de nouveaux silences. Ce rendez-vous impossible avec son enfance lui fera découvrir l'Algérie d'aujourd'hui, celle qui est à nouveau en proie à la guerre.
-
Salima Ghezali : "Les amants de Shahrazade" L'Aube, 1999
Fin des années 1990, une maison dans un douar où vivent shahrazade, veuve, ses deux fils, la belle-fille enceinte. Allers-retours entre présent et passé, deux époques que tout oppose Shahrazade qui vécut l'indépendance comme un fol espoir et subit le présent comme un tourment. Cette femme est la conscience de l'Algérie : elle a subi les militaires français, les perquisitions de l'armée algérienne sous la dictature, à présent celle des unités anti-terroristes. Mais Algérie elle l'est d'autant plus que, de ses deux fils, l'un islamiste radical, l'autre un laïc épris de justice. Dans une ambiance cauchemardesque - incendies, massacres, nuits de veille à attendre parfois un raid des terroristes, parfois une perquisition de l'armée, deux maux dont on ne sait quel est le pire -, Shahrazade tentera de ne pas perdre la tête et de protéger celle qui porte l'espoir, sa bru, enceinte de deux jumeaux.
Salima Ghezali montre combien l'horreur s'origine dans une sexualité masculine mal vécue, c'est à dire hors l'amour. On en ressort éclairé et conscient que le salut ne viendra d'aucun camp, la machine qu'ensemble ils constituent est en mécanique ce que l'on appelle un couple : ça entraîne un tas de pièces tant qu'on lui fournit du carburant.
-
Ghania Hammadou :
-
"Le Premier Jour d'éternité" Marsa, 2001
-
"Paris, plus loin que la France" Paris-Méditerranée, 2001
-
Dans cette intrigue, évolue une ronde de personnages dont l'âme est marquée par la guerre de libération nationale. Au centre de ce petit monde se trouve Zahra, la mère, mais aussi figure emblématique, symbole d'une permanence et d'une certitud qui la désigne comme l'incarnation du pays. Devenue veuve, elle choisira, avec sa fille qui s'acharne à entretenir vivant le souvenir du père absent, l'émigrant en France.
Le voile de la fiction romanesque s'effiloche souvent au cours de la narration pour laisser entrevoir une réalité que les femmes perçoivent plus intensément : les femmes du monde arabe qui écrivent sont dans un corps à corps avec la mémoire, avec ce qu'elle sont, ce que la société voudrait qu'elles soient et qu'elles rêvent de devenir.
-
Abdelmajid Karouah :
-
"Le nœud de Garonne" Autre temps, 1999
-
"L'ombre du livre" Noir et Blanc, 1999
-
"Par quelle main retenir le vent" Noir et Blanc, 2000
-
La violence a poussé hors d'Algérie le poète, avec toutes ses meurtrissures. C'est le temps de la séparation et de l'exil, il est journaliste en région toulousaine. Le nœud de la Garonne est une sorte de journal poétique, à la fois pérégrination solitaire en terres nouvelles et voyage douloureux dans la mémoire. C'est aussi le flot de la parole algérienne sur les berges d'un fleuve attentif. De la Casbah au pays Cathare, les hommes ont en partage la souffrance et l'espérance.
Son recueil Par quelle main retenir le vent, préfacé par Tahar Djaout en 1986n évoque ce qu'aurait pu être l'Algérie si les poètes avaient eu la parole.
-
Dalila Kerchouche : "Mon père, ce harki" Seuil, 2003
Elle a découvert à l'adolescence que son père avait été harki, donc, à ses yeux, un traître. Interrogé, le père se murait dans le silence. Alors elle part à la recherche du passé, et ce roman est le récit de cette quête. Tout d'abord, le parcours en France, camps après camp, lui permet de mesurer l'étendue de l'humiliation faite, puis traversant la Méditerranée, elle va tenter de découvrir les origines du drame. Voyage risqué dans le douar parental où un maquis islamiste sévit sans être inquiété. L'appréhension de la dramatique histoire familiale se fait en même temps que celle de l'Algérie contemporaine.
-
Ameziane Kezzar : "La fuite en avant" Paris-Méditerranée, 2002
Fraîchement débarqué de sa Kabylie où il enseignait les sciences physiques à l'université d'Azazga, et où ses idées berbéristes et son comportement résolument "moderne" lui valurent d'être mis à pied, Akli erre sans papiers dans un Paris indifférent ou, côté police, franchement hostile. La découverte de la réalité française est une douche froide qui déclenchera un repli sur les moments heureux de son passé. Devant l'échec prévisible de la migration, il est conduit à s'interroger sur les raisons qui l'on poussé à quitter femme et enfants. Jusqu'à la veille du départ , il a mis en balance ce qu'il quittait et ce qu'il espérait trouver. C'est une jeunesse algérienne (amours, révoltes, espoirs nés du printemps berbère...) qui défile sous les yeux du lecteur, une jeunesse, semble nous dire l'auteur, qu'il est de la responsabilité du pays d'accueil de ne pas gâcher davantage...
-
Aïssa Khelladi :
-
"Peurs et mensonges" Seuil, 1997
-
"Rose d'abîme" Seuil, 1998
-
"Spoliation" Marsa, 2001
-
"Le Paradis des fausses espérances" Marsa, 2001
-
Les romans de Khelladi sont des tentatives pour exorciser le cauchemar en le mettant en scène. Dans Peurs et mensonges, un journaliste rédige une confession-réquisitoire à la demande d'un juge, dépassé par l'absurdité de son rôle. Comment départager assassins et victimes dans cette mêlée confuse, , ce suicide collectif d'une nation qui semble replonger dans la nuit des temps ? A voix basse, l'auteur décrit une descente aux enfers où ne survivent ni chagrin, ni pitié.
Rose d'abîme se place du point de vue d'une femme, Warda, mariée malgré elle à un fanatique de Dieu qui entraînera, comme dans une fatalité, toute sa famille dans un monde d'horreur. Ici aussi, le réquisitoire dissèque les instincts brutaux, le fanatisme des hommes, l'enfermement des femmes.
-
Waciny Larêej :
-
"Le miroir des aveugles" Gollias, 1998
-
"Fleur d'amandier" SIndbad, 2001
-
"La gardienne des ombres" Actes Sud, 2002
-
"L'impasse des invalides" Aden, 2002
-
"Les balcons de la mer du nord" Actes Sud, 2003
-
Ayant perdu dans des circonstances atroces la femme qu'il aimait Salah craint de voir se réaliser la sinistre malédiction frappant les Beni Hilal : leur lignée est menacée d'extinction à moins qu'un être "au cœur brûlant d'amour" ne parviennent à engendrer une descendance. A ce malheur s'ajoutent les difficultés quotidiennes, celles des humbles qui, dans une région abandonnée de Dieu et du gouvernement, sont obligés de se livrer à la contrebande. Fleurs d'amandiers mêle la geste hilalienne à la réalité contemporaine pour mettre le doigt sur déréliction des descendants des conquérants arabes.
Yacine, le sculpteur des Balcons de la mer du nord, s'est reclus dans l'attente d'une probable fatwa lancée à son encontre. Une invitation à Amsterdam est l'occasion d'entamer une remontée vers le jour, au long d'un parcours initiatique qui refermera une boucle.
-
Leïla Marouane :
-
"Ravisseur" Julliard, 1999
-
"La fille de la Casbah" Julliard, 1999
-
"Le châtiment des hypocrites" Seuil, 2001
-
Répudier pour une faute inexistante, la marier à un voisin complaisant en s'assurant qu'il la répudiera luis-même trois mois plus tard, n'est pas une démarche ordinaire pour un père de sept enfants. En organisant cette farce, Monsieur Zeitoun a le sentiment de respecter tous les codes moraux que la société algérienne lui impose. Il est l'époux, sévère mais juste, qui châtie la femme coupable, le père irréprochable qui veille à la pérennité et à l'exemplarité de son foyer, le croyant sincère qui respecte pieusement les lois de DIeu. Ravisseur, le premier roman de Leïla Marouane avait opté pour la farce drolatique pour mieux enfoncer le clou.
Dans le second, la peinture de mœurs à la façon d'un film néo-réaliste italien couvre de plus en plus mal le pessimisme. Une femme tente de se libérer de l'emprise familiale, religieuse et étatique qu'elle subit comme une torture en se jetant dans les bras d'un affairiste qui ne lui donnera que de brèves illusions : mais où est donc l'amour ? Le ton du dernier roman s'aggrave encore. Fatima, enlevée et séquestrée dans un maquis islamiste, est relâchée après avoir subi tous les sévices. De retour à Alger elle tombe dans la zone la plus noire avant une remontée qui s'achèvera dans l'exil. Trois récits proches du roman noir pour dire le peu d'illusions restantes.
- Rachid Messaoudi : "Un Algérien au Paradis" Le Toit, 2000
Alger, le 26 mai 1993, Tahar, journaliste et écrivain, sort de chez lui pour se rendre à son travail. Les balles l'atteignent en pleine tête. Plongé dans le coma, il revit les moments forts de sa vie qui se confondent avec l'histoire de son pays. Ce livre est roman-document construit autour du personnage Djaout, figure emblématique de toute une génération avide de démocratie. Des photos de Francine Bajande, prises en Algérie entre 1997 et 1999, ponctuent ce récit. Le livre se ferme sur une interview de Arezki Metref, qui fut l'un des proches de Tahar Djaout.
- Jean-Pierre Millecam :
- "Et je vis un cheval pâle" Gallimard, 1978
- "Un vol de chimère" Gallimard, 1979
- "Une légion d'anges" Gallimard, 1980
- "Choral" Gallimard, 1982
- "La quête sauvage" Calman-Lévy, 1985
- "Ismaël et le chien noir" Al Manar, 1998
Ce pied-noir qui s'engagea contre l'Algérie coloniale n'a pas pu quitter sa terre, qu'il a trouvée prolongée au Maroc où il vit et enseigna. C'est un écrivain pour happy few, dont l'œuvre romanesque s'ancre dans l'histoire du Maghreb. Les romans "algériens" constituent une vaste fresque qui se situe pendant et après la guerre d'indépendance, et mettent aux prises des protagonistes - de toutes races et confessions - que seuls les évènements séparent, tandis que la fraternité vraie transcende les cultures et se réalise dans une même précarité face à l'histoire.
Il est recommandé de lire ce très grand styliste de la langue épique, aux accents qui raviront les amateurs d'Hemingway.
- Malika Mokeddem :
- "Les hommes qui marchent" Grasset, 1990
- "Le siècle des sauterelles" Ramsay, 1992
- "L'interdite" Grasset, 1993
- "Des rêves et des assassins" Grasset, 1995
- "La nuit de la lézarde" Grasset, 1998
- "N'Zid" Seuil, 2001
- "La transe des insoumis" Grasset, 2003
Elle est parmi les nomades du grand erg occidental, et ses premiers romans témoignent de cette culture assez peu présente dans les lettres algériennes. La forte trame autobiographique ne masque pas les incursions descriptives dans un univers fascinant où le passage de l'histoire contemporaine a laissé autant de plaies qu'ailleurs dans le pays. Plusieurs récits (Les hommes qui marchent, Le siècle des sauterelles) nous montrent les ravages que la guerre d'indépendance fit chez ces héritiers d'Abd el-Kader.
Mais la narratrice a des aspirations qui dépassent ce cadre, dont elle subit les pesanteurs et les contraintes dans sa vie de femme. Ce désir d'émancipation prend racine dans une tradition orale qui se transmet par les femmes. Aussi, face aux dénis qui les frappent, à la destruction de leur univers social, dont sont responsables la guerre, mais aussi les nouveaux maîtres, et malgré tout l'attachement à la splendeur et à l'harmonie du mode de vie, elle décide d'aller étudier la médecine. Oran puis Paris, le pas est fait, une autre vie commence...
Une autre littérature aussi, qui, sans oublier le substrat qui fait les grands écrivains, intègre des formes narratives et des thèmes plus "occidentaux". N'Zid marque ce virage. Une femme émerge lentement d'une perte de conscience. Elle se découvre seule à bord d'un voilier qui dérive. Voici encore le thème de l'identité à conquérir, mais en même temps elle l'inscrit dans le sillage homérique.
Le dernier titre alterne la remontée dans l'enfance, découverte de la lecture sous la tente, là-bas, et le présent du récit, ici, marqué par la fuite de l'homme aimé.
- Mohamed Mokeddem :
- "Fils de ta mère" Nadeau, 1999
- "Nuit afghane" Philippe, 2002
- "Mémoire de la chair" Albin Michel, 2002
Sa mère, veuve de guerre sans pension (pour quoi faire ?) en vient à la prostitution. Lui, le fils, apprend à se battre pour survivre physiquement. Il deviendra documentaliste de cinéma et sera envoyé couvrir la guerre Iran-Irak. Sa vision des choses ne plaît pas, à son retour d'Algérie, il est menacé de mort et échappe de peu à un attentat. La nuit qui suit est une nuit afghane : c'est, en Algérie, une nuit d'angoisse dans l'attente de tous les dangers. Il se jette dans le premier avion pour la France où il vit depuis. Deux romans pour le raconter avec des mots d'une très grande force, pour se libérer d'une histoire fantastique, incroyable, mais devenue presque banale dans ce pays.
- Fadela M'rabet : "Une enfance singulière" Balland 2003
Quel psychiatre nous dira la terreur de la naissance répétée d'une petite fille ? Elle souffrira toute sa vie de cet accueil sans youyous, réservés aux garçons et éprouvera constamment le besoin de se faire pardonner. Comme si elle se sentait toujours de trop. Comme si elle se sentait toujours de trop. Comme si elle devait une reconnaissance éternelle à son père de ne pas l'avoir enterrée vivante à la naissance.
Une enfance singulière est d'abord le récit d'une enfance algérienne. Celle d'une petite fille à qui sa grand-mère , Djedda, dont la maison est un peu celle du bonheur, fait découvrir la vie. A ses côtés, l'enfant apprend le monde - et en particulier le monde des femmes. Oncles et tantes, frères et sœurs, parentèles et voisins, l'univers de la narratrice est simple, chaleureux, même si la cohabitation avec les pieds-noirs n'est pas toujours exempte de sous-entendus.
- Abdennour Nouiri : "Mériem ou la déchirure" Marisi, 1998
Sarah, jeune journaliste suisse, arrive pour la première fois à Alger à la recherche d'une famille qu'elle n'a pas connue. A la veille des évènements d'octobre 88, elle rencontre ses racines mixtes, judéo-arabes et musulmanes, et de multiples drames.
-
Zahia Rahmani :"Mose" S. Wiespieser, 2003
Moze est un harki qui a échappé à
la liquidation réservée par le FLN à ceux en qui il ne voyait que des
traîtres. Emprisonné en 1962, il s'évade en 1967 et parvient à gagner la
France avec sa famille. Là, il s'enferme dans le silence, sombre dans l'alcool,
est pris de crises au cours desquelles il terrorise sa famille. Moze a un
secret, mais en travers de la gorge. Le 11 novembre 1991, il salue le monument
aux morts du village et va se jeter dans la mare.
C'est dix ans après que sa fille, la narratrice, l'auteur, tente
d'expliquer et de comprendre. A Moze, tout fut confisquer, dénié. Moze n'a
rien, n'est rien. Moze est mort avant sa mort. Il ne fut pas un père, pas un
soldat, pas un civil, n'eut pas de patrie ; trahir ses frères lui enleva son
ascendance, la trahison du pays qu'il crut servir lui enlève sa descendance.
Moze est dépossédé de tout, même de sa dépossession. Pas de place en
Algérie pour le corps du traître, pas de lieu parmi les morts, pas de place
dans le souvenir des vivants, honte à sa mémoire, lui qui leur avait appris la
honte de leur honte.
Un jour, la fille entend un politicard quelconque dire "nous ne serons pas les harkis de la droite !" Voilà l'insulte que lui a léguée son père, voilà l'accueil que la France réserve au souvenir de ceux dont elle fit ses zombies.
Oui, sans doute, mais quelque chose est sauvé, réparé, ce n'est pas la commission nationale de réparation qui l'a fait, c'est le travail d'une femme devant les instances de la langue que son père, qui la parlait mieux que ses maîtres, lui a donnée. Salut, Moze, longue vie à ta mémoire...
-
Alain-Julien Rudefoucault : "J'irai seul" Seuil, 2003
De cette violence là, en Algérie toujours, l'écrivain Alain-Julien Rudefoucault fait la matière de son roman : un livre en forme de reconstitution de la mémoire, un récit vécu comme la dernière chose à laquelle se raccrocher pour penser à nouveau. Car comment vit-on après avoir vu (et participé, parfois) à tant de meurtres ?
-
Noureddine Saadi :"La maison de lumière" Albin Michel, 2000
"Il y a une littérature du cru, celle de la nourriture nécessaire, rapide, et la littérature du cuit ; celle-là, a besoin d'un long temps de cuisson dans la mémoire. Mon roman vient de là, engrangeant dans les histoires d'une demeure (bâtie par les Ottomans, habitée par un marchand juif puis par un général français, en déshérence à l'indépendance de l'Algérie), des généalogies de vies obscures qui ont gardé et entretenu les lieux. Pour dire autrement, par le je de la subjectivité, la tragédie de ce merveilleux et douloureux pays que je n'habite plus et qui m'habite toujours,. Un livre que je voulais, hors de toute autobiographie, fait de morceaux de moi-même." (N. Saadi)
-
Boualem Sansal
-
"Le serment des barbares" Gallimard, 1999
-
"L'enfant fou de l'arbre creux" Gallimard, 2000
-
"Dis-moi le paradis" Gallimard, 2003
-
"Pour être à mille lieues du roman à thèse, Le serment des barbares n'en développe pas moins une idée forte : les malheurs présents de l'Algérie doivent être recherchés dans la falsification de sa mémoire. Il est impossible de construire un avenir commun qui tienne debout en s'inventant un passé gangrené de mensonges. Et Sansal attaque de front la vache sacrée, le grand tabou, le mensonge premier : la guerre d'indépendance présentée comme le récit sans faille de la lutte héroïque du Bien contre le Mal, de la Lumière contre l'Obscurité, etc." (C. Lepape)
L'enfant fou de l'arbre creux reprend ce même thème de la mémoire trafiquée. Dans le bagne de Lambèse, un amitié se noue entre deux condamnés à mort. L'un français, est accusé de meurtre après qu'il a remué les eaux troubles du passé, la guerre d'indépendance, dans un village de sa vraie mère, Algérienne. L'autre est un jeune algérien qui a sombré dans la violence par ennui, désespoir. Dans ce huis clos, un enfant fou, ou prétendu tel, est attaché à un arbre dans la cour de la prison. Mais la simple amitié de ces deux hommes qui se découvrent un destin commun éclaire ce récit et laisse pénétrer la lumière.
Une construction en artichaut fait le cœur de Dis-moi le Paradis ne se trouve qu'une fois la lecture avancée. C'est le portrait d'une tribu qui semble avoir traversé les siècles sans qu'ils l'aient modifiée. L'un des protagonistes, l'une des voix plutôt, raconte comment il la découvrit au cours d'une campagne de prophylaxie. Auparavant on aura visité le Bar des Amis, où on refait quotidiennement le monde ou au moins l'Algérie, connu un ex-souteneur de Barbès, visité une prison et un hôpital sans trop les différencier...
- Leïla Sebbar :
- "La jeune fille au balcon" Seuil, 1996
- "Sept filles" Thierry Magnier, 2003
- "Fatima ou les Algériennes au square" Stock, 1981
- "Shérazade, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts" Stock, 1983
- "Les carnets de Shérazade" Stock, 1985
- "Le fou de Shérazade" Stock, 1991
- "Le silence des rives" Stock, 1993
- "Je ne parle pas la langue de mon père" Julliard, 2003
Il y a un peu plus de vingt ans, elle publiait Si je parle la langue de ma mère. Son dernier livre a pour titre, Je ne parle pas la langue de mon père. Entre les deux, il y a des histoires de lointaines enfances, de silence, d'exil. Avant, il y a eu des récits de femmes, toujours venues d'un ailleurs. Si étendue que soit la palette de ses thèmes, de la trilogie Shérazade aux récits de guerre, on ne la trahira pas en disant qu'elle est un écrivain de l'exil.
L'exil habite entièrement une pensée tout en choisissant un lieu où il se fixe de préférence : l'enfance, ou la terre, ou les images qui restent après que tout a disparu. Oui, mais l'exil qui la fonde, qui la constitue, c'est celui de la langue qu'elle n'a jamais parlée, la langue de son père devenu de ce fait l'étranger bien-aimé. Il n'est dès lors pas étonnant que ses romans soient peuplés de figures d'étrangers, de Nègres, d'Arabes, de Juifs, de femmes, de tout ceux que l'Occident impérial désigna si longtemps comme les autres.
- Habib Tengour
- "L'épreuve de l'arc" Sindbad, 1997
- "Les gens de Mosta" Sindbad, 1997
- "Le poisson de Moïse" Paris-Méditerranée, 2001
La vie étudiante à Alger, années 1980. Toute la misère sexuelle d'un jeune homme confronté au défaut d'éducation, à la méconnaissance de l'amour. L'épreuve de l'arc, c'est l'odyssée du premier acte amoureux, failli, recommencé jusqu'à ce que se manifeste le sentiment qui conduit à l'abandon de soi et au vrai désir. En filigrane, la critique d'un État et d'une société d'hommes qui n'ont pas su voir que cette haine, cette peur des femmes allaient être le ferment des terribles évènements qui défigurent l'Algérie d'aujourd'hui.
Mostaganem, sa ville natale... En une quinzaine de textes brefs, il évoque le pays et l'enfance, l'exil et le retour, le temps présent et la mémoire qui se mite. Il se souvient du jour où la Mangano est morte, il chercha en vain quelqu'un avec qui partager ce deuil. Le temps du colon avait fait naître un bonheur du combat qui s'est perdu. Pourquoi ?
- Daniel Timsit : "Suite baroque, histoire de Joseph Slimane et des nuages" Bouchêne, 1999
Voici un très beau texte sur la période qui suivit le coup d'État de 1965. L'auteur nous plonge dans le milieu des ultras, que tentent de retrouver l'esprit de la révolution de 1958. Ils se rendront compte qu'ils ont été manipulés par l'armée, dont la réaction et leur échec renforceront définitivement l'emprise sur la société algérienne.
Trois destins qui se croisent, de l'espoir à la désillusion et au renoncement final, et qui sont comme des étoiles dans un ciel : fixes tout en tendant au rapprochement.
- Rachida Titah :
- "Un ciel trop bleu" L'Aube, 1997
- "La galerie des absentes" L'Aube, 1996
Le premier est un recueil de vingt courtes nouvelles qui observent le basculement soudain dans la folie de personnages ordinaires déstabilisés par l'irruption de la barbarie. Certaines mettent en scène des personnages précis : une petite fille fascinée par le bleu de la mer pendant que sa mère est déchiquetée lors d'un attentat ; un bébé naît dans les fourrés du maquis algérien. D'autres évoquent des êtres mal définis en proie au regret ou au remord pour des raisons confuses. D'autres enfin sont des récits allégoriques socio-politiques qui veulent transcender les souffrances d'une Algérie déchirée et celle de son peuple en mutation.
Le second est un essai, ou plutôt une enquête sur la présence de la femme dans la poésie amoureuse, les arts et les chants traditionnels du Maghreb. Curieusement, elle y est en majesté, séductrice, irrésistible ; pas de trace de la femme au foyer. La colonisation la confirmera dans son rôle d'odalisque oisive ou au contraire dans celui de l'épouse mystérieuse et cloîtrée. Ce n'est qu'à l'indépendance que la femme brisera ses clichés et s'imposera comme combattante. Pourquoi dès lors ce repli actuel sur des positions tellement réactionnaires qu même le colon n'adoptait pas ?
- Abderrahmane Zakad : "Trabendo" Marsa, 2001
A Alger dans les années 1990, Malika, une femme divorcée originaire de la Casbah, doit faire vivre ses trois enfants. N'ayant aucun diplôme, mais douée d'un caractère entreprenant et du sens des relations humaines, elle se lance dans le trabendo, ce commerce parallèle, illégal, qui envahit un pays en mal de production et ivre de consommation. Le roman, bien documenté et animé par un agréable verve populaire, nous guide sur les pas de cette femme d'affaires d'un genre particulier et nous fait partager ses tribulations. Trabendo est aussi un voyage à la découverte des paysages de l'Algérie profonde que sillonne Malika, vers l'est en direction du Caire et vers l'ouest en direction de Fès, deux villes envoûtantes où elle vivra aussi les prémices d'un nouvel amour... L'intrusion d'une femme dans un domaine réservé aux hommes est source de drôleries, mais aussi d'une mise en coupe réglée de toutes les formes de domination masculine. Son combat pour l'émancipation, pour la vie, Malika, le mène aussi pour eux.
- Hafsa Zinaï-Koudil : "Sans voix" Plon, 1997
C'est une cinéaste très engagée qui transpose son univers pictural à l'écrit. Elle pratique un cinéma vérité, très réactif aux événements, très proche du documentaire. De même en littérature, elle crée des personnages qui seront des archétypes représentant une posture, une place dans la société, un certain regard sur ce qui se passe. Ainsi Sans voix suit les itinéraires de trois personnages qu'un enlèvement va faire interférer : une jeune femme séquestrée par un groupe de terroristes barbus, un jeune officier de l'armée et un vieux croyant qui ouvre les yeux sur la dérive de sa religion.
Source: Librairie Gaya
Suggestions de lecture
Articles de journaux et de magazines
Confrontation par les langues.
Anthropologie et Societés; 1/1/1996; Gilbert Grandguillaume; 9598 words;
Entre religieux, le juridique et le politique: l'ethique: reflexion sur la nature du rigorisme moral promu et sanctionne par les assembles villageoises de Grande Kabylie.
Anthropologie et Societés; 1/1/1996; Alain Mache; 12771 words;
Antennes celestes, les emirs-apparatchiks et le peuple: l'espace public en question.
Anthropologie et Societés; 1/1/1996; Ratiba Hadj-Moussa; 12573 words;
Parente et politique en Mauritanie: essai d'antropologie historique: le devenir contemporain des Ahl Sidi Mahmud, confederation bidan de L'Assaba.
Anthropologie et Societés; 1/1/1998; 1201 words; <>
Les enfants de la Republique sont aussi des migrants: l'ecole, un laboratoire ethnopsychiatrique.
Sante Mentale au Quebec; 9/22/2006; Duvillie, Rebecca; 9026 words;
Visage de la femme: entre la shari'a et la coutume.
Anthropologie et Societés; 1/1/1996; Mohammed H. Benkheira; 10246 words;
Regard aveugle: anticlericalisme par exces d'humanisme universaliste en Algerie.
Anthropologie et Societés; 1/1/1996; Fanny Colonna; 12203 words;
Rai, norme sociale et reference religieuse.
Anthropologie et Societés; 1/1/1996; Marie Virolle; 7967 words;
Source: Highbeam Encyclopedia
Cartouches gauloises, film
|
Le Synopsis du film - Par André Ruellan
Printemps 1962: l'Algérie va devenir indépendante, et les enfants craignent tout autant les Français, les Algériens et les harkis au gré de l'odeur du tabac que répandent abondamment des soldats français énervés, ainsi que des balles qui couinent, tandis que deux petits copains français et algérien sont confrontés au drame de la guerre et du départ de l'Algérie...
L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
Par Jacques Coulardeau | ||
Par André Ruellan Le côté historique est assujetti à un raccourci insidieux que ne manqueront pas de constater les appelés de l'Armée à cette époque et qui se sont tapés des années de bled et de dangers. Par exemple, la simple évocation de l'OAS est apparemment absente. Mais passons: il s'agit avant tout de retenir le côté plein d'humanité des réactions enfantines, au gré de superbes images ocrées, et d'une reconstitution très précise de cette époque et de ses objets. Question interprètes, le naturel est de rigueur, mis à part les excès grimaçants d'un lieutenant pour le moins psychopathe, et bravo pour cet hommage à Luis Bunuel et ses fameux " Olvidados ". Source: Nord-Cinéma |
23 janvier 2008
Festival du film amazigh 2007 : une nouvelle génération algérienne
La 7ème édition du festival national annuel du film amazigh (berbère) a eu lieu à Tlemcen, Algérie, du 11 au 15 janvier 2007. Festival itinérant, il avait déjà été organisé à Alger en 1999, puis à Tizi Ouzou, Oran, Bobigny, Annaba, Ghardaïa et aura lieu à Sétif en 2008. Le directeur de la télévision algérienne s'est engagé à acheter les droits des films ayant reçu l'olivier d'or, le trophée du festival.
En attendant que le festival d'Alger ressuscite de ses cendres, c'est dans la sphère culturelle amazigh qu'a subsisté le dernier festival de cinéma en Algérie, lequel prend à cœur, en l'absence de toute école de cinéma (1), la formation de jeunes réalisateurs et d'animateurs de ciné-clubs par des stages successifs. C'est ainsi que le festival leur proposait ainsi qu'aux journalistes un stage sur la critique cinématographique animé par des membres de la Fédération africaine de la critique, lequel a débouché sur la constitution d'un comité chargé de préparer la constitution d'une association algérienne de la critique de cinéma.
Le festival rassemblait en un panorama et une compétition une partie des films récents dont la langue de tournage et/ou le sujet sont de culture amazigh. La compétition à laquelle nous nous attachons ici comportait une quinzaine de films de fiction et documentaires, ainsi qu'un film d'animation de 6 minutes, Zim et Zam de Matoub Massinisa.
Le mot amazigh recouvre les cultures dites berbères et les dialectes de la langue tamazigh qui compte 20 millions de locuteurs : en Algérie, kabyle (taqbaylit), touareg (tamasheq, tamahaq, tamajaq), chleuh, chaoui (tachelhit), chenoui, mozabite, chelha, tagargrent ; au Maroc, chleuh, rifain (tarifit), zayane, ghomara ; au Mali, touareg ; en Tunisie, chelha ; en Lybie, nefoussa ; en Mauritanie, zenaga ; en Egypte, siwi. Le tamazigh est souvent transcrit en caractères latins mais il a son propre alphabet conservé par les Touareg : le tifinagh.
Si le souci de mémoire et de documentation patrimoniale est constant dans les films comme en témoignaient les trois longs métrages historiques tournés en tamazigh, La Colline oubliée d'Abderrahmane Bouguermouh (1994), président du jury et honoré par le festival, Machaho de Belkacem Hadjadj (1995) et La Montagne de Baya de feu Azzedine Meddour (1997), la revendication identitaire amazigh ne s'exprime plus en terme d'opposition à la dominance de la culture arabe mais comme une volonté d'expression au sein d'un ensemble composite. Le tournant opéré par le pouvoir algérien en avril 2002 qui a reconnu le tamazigh comme langue nationale a permis au festival du film amazigh de conquérir peu à peu une place officialisée en 2005 jusqu'à son parrainage par le président Bouteflika et par la ministre de la Culture Khalida Toumi.
Une jeune génération
Il faut que le problème soit crucial en Algérie pour que les jeunes
réalisateurs qui tentent aujourd'hui l'aventure cinéma dans un pays en
convalescence s'y frottent aussi souvent : soumis à la pression
sociale, les jeunes diplômés au chômage tombent dans une désespérance
les menant jusqu'au suicide. Quelle alternative trouver pour survivre ?
Alors que Smaïl Messaoudi penche pour l'émigration dans son 24' Quelqu'un d'autre (Yiwen n niden) où
le jeune Farid cherche à embarquer clandestinement dans un bateau vers
l'eldorado occidental, la solution proposée par Mohamed Yargui dans Au bout du tunnel (Ad-bin tifrat) aux jeunes de son pays est autrement plus réjouissante.
L'argument de ce 15' qui a obtenu l'olivier d'or, le prix du jury dans
la catégorie fiction, est minimal : un jeune se retrouve au chômage, se
désespère puis retrouve une raison de construire sa vie. Cela n'empêche
pas ce court métrage d'être passionnant de bout en bout, tant le fil
narratif est servi par un langage de cinéma plutôt que par des mots.
Dès le début, les choses sont posées avec finesse. Un simple
panoramique sur la chambre où le réveil sonne situe le jeune Youcef qui
loge chez ses parents. En quelques plans bien rythmés, il se prépare
pour rejoindre son travail. De la saisie informatique pour un
ingénieur, ce n'est pas la panacée mais au moins existe-t-il
socialement. Il s'agit pourtant d'un pré-emploi et l'ombre du patron
qui vient envahir le mur annonce à Youcef qu'il ne peut le garder.
Ainsi symbolisée, l'annonce de son supérieur s'apparente à un coup du
destin.
Sous le choc, le jeune licencié arpente la ville. Mohamed
Yargui excelle à exprimer par l'image ce que Youcef ressent : une allée
bordée d'arbres l'enserre dans un étau, une plongée sur un chantier
rappelle la dureté de la recherche d'emploi.
Plus encore, en préférant aux dialogues des voix intérieures qui
l'agressent, reflets des normes sociales contraignantes, il révèle la
schizophrénie d'une société qui demande à ses jeunes de réussir sans
leur en donner les moyens. La solitude de Youcef le mène vers la mer
tandis que la géographie des escaliers de la ville de Bedjaïa sous-tend
sa progression mélancolique. Des jeux de perspectives en tous sens
permettent à Yargui de maintenir la tension de cette quête angoissée.
Cette mélancolie si commune aux cinémas de la Méditerranée est-elle
mortifère ? Non, Youcef se bat en cherchant un emploi de boutique en
échoppe. Il arrive au bout du tunnel lorsqu'il comprend qu'une
qualification manuelle lui permettra de sortir du cercle de la folie.
Réussir sa pâte sera un accomplissement dont la saveur rend à Youcef le
sourire qui l'avait quitté.
Il y a certes les lourdeurs de certains raccords ou les maladresses
d'une mise en scène appliquant les recettes d'école, mais ce premier
court métrage se détache par son souci d'exprimer par la symbolique de
l'image ce que ressent un personnage qui prend en mains son destin. Il
augure d'un talent en formation, celui de Mohamed Yargui et de son
équipe d'amis amoureux de cinéma de Bedjaïa, mais aussi celui d'une
jeune génération qui se saisit de la caméra pour prendre en charge son
devenir en imposant ses propres thèmes dans une société en renaissance
où tant de choses sont encore figées.
Le stage de réalisation organisé durant le festival 2006 avait ainsi permis de tourner collectivement un amusant 5', Tout va bien, sur
un couple sans cesse dérangé alors qu'il répète Roméo et Juliette mais
qui continuera contre vents et marées, à l'image de la détermination de
ces jeunes réalisateurs face aux difficultés. Ce film d'atelier explore
sans lourdeur l'échelle des plans et les angles de caméra qui
soutiennent son propos.
S'il y a quelque chose que partagent bien ces premiers courts métrages montrés à Tlemcen, c'est la sincérité. Et cela malgré le manque de moyens. Smaïl Messaoudi avait déjà son scénario de Quelqu'un d'autre (Yiwen n niden) prêt en 1999. Il a tenu à le tourner tel quel en 2006 pour régler son compte avec son traumatisme de jeune diplômé au chômage. Le film en léger sépia est marqué par ce rapport au temps, une volonté insistante de représenter l'attente, le blocage, les changements de lieux d'une migration intérieure qui se fera en désespoir de cause tentative d'émigration. Une musique répétitive composée par l'acteur principal Allili Mohand Larbi qui interprète avec une belle retenue un Farid peu à peu dépossédé de lui-même, condamné qu'il est à devoir vendre ses livres sur le trottoir. Ici aussi comme chez Yargui, une échappée vers la mer et le regard au loin, l'incommunicabilité avec les femmes, la tentation d'en finir comme cette fourmi morte dans le creux de la main, les escaliers de la ville de Bedjaïa qui devient infernal miroir de son errance. Bien qu'ayant tendance au risque de lasser le spectateur à confondre temps du personnage et temps du cinéma dans son souci de faire percevoir l'attente, le court métrage coup de gueule de Smaïl Messaoudi innove autant par son non-conformisme que par son souci de se faire répondre musique, cadre et mouvement sans devoir se plier aux dialogues.
Ces trois courts métrages étaient les seuls à tenter ainsi une écriture cinéma, mais ils n'étaient pas les seuls à aborder des thèmes nouveaux, témoins d'une société qui s'interroge sur elle-même et sur son rapport à sa propre Histoire après le traumatisme de la dernière décennie. L'autonomie de moyens que permettent les nouvelles technologies favorise l'émergence de nombreux travaux qui n'auraient pu voir le jour dans un cadre institutionnel aux normes encore rigides. C'est bien sûr là que le travail critique prend tout son sens et ce n'était pas un hasard si le festival avait choisi de proposer à ses stagiaires d'ajouter ce regard à leur formation de réalisateurs avant même qu'ils ne terminent leur premier film.
Dans le contexte algérien actuel, toute initiative d'images est éminemment respectable. Cette analyse des films de la compétition n'est donc pas à prendre comme un jugement en bien ou en mal mais comme une tentative de discernement critique tel qu'il a été défini durant le stage : une distinction entre une image qui impose un discours (souvent institutionnel, religion ou Etat) ou renforce des préjugés et régressions et une image qui laisse au spectateur la latitude de penser en l'invitant à être responsable de son devenir.
Scénarios dangereux et mépris des femmes
Si le fait de prendre pour sujet le sida est courageux dans une société où il est tabou de parler de sexe, La Rencontre mortelle de Saïd Bellili (24') consterne par la platitude des images et des dialogues, mais surtout par un scénario où le héros séduit par une belle apparition se suicide après qu'elle lui ait révélé être séropositive et l'avoir entraîné dans son malheur. Terrible façon de culpabiliser ainsi les femmes, lesquelles ne sont d'ailleurs que ramenées à leur place traditionnelle dans les films présentés qui n'innovent jamais en la matière. Au contraire, les pires clichés sont parfois encouragés comme dans L'être cher (Aeziz akken yebyu yili) d'Ahmed Djenadi, un long métrage où une jeune femme a du mal à supporter son beau-père particulièrement agressif et acariâtre. On découvrira peu à peu que le comportement exagéré du beau-père est causé par la belle-mère comploteuse qui aurait placé dans sa chambre un objet maléfique pour lui jeter un sort. Une sorcière en somme : sous prétexte de dénoncer l'abandon par leurs enfants des vieux dans les hospices et sous couvert de bons sentiments pour faire verser une larme lorsque père et fils se réconcilient, le film encourage ce travers encore fréquent dans la société de tenir une personne responsable de ses maux en lui attribuant des pouvoirs maléfiques. En passant, il suggère que tout le monde peut se réconcilier si le bébé à naître est un garçon plutôt qu'une fille…
De même que Plus belle que l'ange (Touf Tanir't) du Marocain Abdellah Dari, un de ces quarante films en tamazigh tournés chaque année au Maroc pour une distribution locale en vidéo, L'être cher a toutes les caractéristiques des productions à petits budgets dites "populaires" : fixité des plans où des acteurs doivent surjouer pour exister par leurs seuls dialogues et le font avec force mimiques, montage linéaire haché où les scènes dialoguées en champ-contrechamp alternent avec des déplacements, platitude d'une image sans perspectives, musique dramatique appuyée, absence absolue de métaphores et de hors-champ. Cette esthétique de feuilleton télé concourre à supprimer ce qui empêcherait une identification immédiate aux personnages. Ce sentiment de proximité dicte au spectateur ce qu'il doit ressentir et ne lui laisse pour choix que d'adhérer aux solutions du scénario.
Se voulant humoristique en stéréotypant à outrance son personnage, Le Curieux de Sami Allam met en scène un homme avare qui croit avoir fait une bonne affaire en achetant un appartement bon marché. Il se révèle victime d'une machination qui rend borgne tous ceux qu'une voix mystérieuse rend trop curieux. Il n'est pas sûr qu'on puisse voir dans ce 22' sans rythme ni poésie la dénonciation d'un intérêt trop marqué pour surveiller la vie des autres et c'est finalement ses propres personnages que le film méprise.
Soucieux de traiter du manque de communication dans le couple, un thème nouveau qui pourrait contribuer à davantage d'égalité, Mesri Lahouari enfonce le clou dans Le Cadeau avec force zooms, gros plans, voix intérieures, effets spéciaux et dramatisation. Un couple qui ne communique plus retrouve le dialogue après avoir douté de leur amour mais ici encore, la femme ne peut être reconnue que lorsqu'elle est mère.
Nécessaire vigilance
Cette nouveauté des thèmes ne saurait ainsi diminuer l'importance d'une
vigilance critique, ce qu'illustrait également l'ensemble des
documentaires présentés.
La Femme chaouie de Haya Djeloul est supposé dresser le
portrait d'une femme chaouie dans un coin reculé des Aurès. Elle est
filmée dans ses gestes quotidiens traditionnels, du ramassage des dates
à celui du bois, de la confection du beurre aux galettes. L'image est
parfaitement touristique, en zooms et panoramiques avant d'explorer les
détails du paysage tandis qu'un commentaire omniprésent est plaqué sur
une musique de chants traditionnels en continu et une image décorative
qui transforme les gestes en folklore. L'harmonie n'est qu'apparente :
les contradictions de la vie réelle ne sont jamais abordées. Ce
discours sur une femme qui en 52 minutes n'a jamais droit à la parole
offre le spectacle nostalgique d'un musée tandis que la période de la
guerre de libération est évoquée par des images de propagande de
l'époque ou des extraits de La Bataille d'Alger. C'est bien
l'institution qui parle derrière l'image dans ce produit de la
télévision algérienne. Mystifier l'activité humaine empêche de rétablir
la continuité de l'héritage. Cette illusion du réel entrave la
construction collective d'un lien entre le passé et le présent.
Entendre le réalisateur indiquer que le film sert de support
pédagogique dans des cours de cinéma "pour sensibiliser aux signes
paralinguistiques" donne des frissons dans le dos.
Si La Femme chaouie est un musée, L'Imzad de Tifaoui, une musique féminine touarègue, produit par le CNRPAH, est un livre. Le docte commentaire ethnologique ne s'arrête jamais de commenter l'image ou plutôt l'image d'illustrer ce texte savant par ailleurs tout à fait intéressant mais inadapté au cinéma ou à la télévision car il mobilise l'espace de compréhension au détriment de l'image elle-même. Rien n'y fait : la multiplication des plans, les fondus enchaînés, toute la grammaire cinématographique ne peuvent restaurer une communication et l'on oublie vite tout ce que l'on n'a fait qu'entendre plutôt que percevoir. Dommage : cette vielle monocorde jouée par des femmes sur des chants signifiants est en voie de disparition, et avec elle la symbolique correspondante. Les femmes ne reprenant pas la tradition, c'est la transmission de la cosmogonie qui se dilate et ainsi les repères de la culture tamasheq.
Trois documentaires de meilleure facture étaient réalisés par des Algériens "de l'extérieur" et abordaient des thèmes qui ont longtemps fâché. Produit par France 3 Méditerranée et France 3 Corse, Slimane Azem, une légende de l'exil de Rachid Merabet (52', 2005) s'attache à la mémoire du père de la chanson identitaire kabyle mort en 1983 qui a dû s'exiler lorsqu'il fut accusé de traîtrise par le FLN pour avoir voulu protéger en 1958 son village face à la supériorité armée des troupes françaises. Il n'a jamais pu revenir en Algérie et c'est paradoxalement cet entre-deux culturel qu'il a si bien chanté, ce va-et-vient du vécu immigré, alors que "on lui avait enlevé le mythe du retour". La répression de la langue tamazigh aura contribué à sa dimension légendaire et c'est cela que le film cherche à mettre en avant, sans jeter de l'huile sur le feu mais en insistant sur la vision universelle de ce poète qui fut le premier artiste d'Afrique du Nord à recevoir un disque d'or. Comment convoquer la mémoire ? Pas de tournage en Algérie pour des raisons de production. Ce seront donc, classiquement et sans pouvoir dépasser ce regard à distance, les paroles des proches, les rares images d'archives, les chansons : un savant dosage en cercle permet à l'émotion de sourdre lorsqu'à travers une compréhension sensible du personnage, c'est le vécu de l'immigré et de l'exilé que l'on ressent.
Reste que le temps télévisuel n'est pas le temps du cinéma : jamais le
film ne nous laisse écouter Slimane Azem plus que par bribes.
Frustration. C'est aussi cette fragmentation qui marque le traitement
du documentaire qui a obtenu l'olivier d'or de sa catégorie : Les Âmes de l'exil de
Saïd Nanache (52', 2006). Un exemple : le film s'attache à la
complainte d'une vieille dame qui se sent abandonnée par ses quatre
fils émigrés. Quand ils ne sont pas morts, ils ne lui rendent plus
visite. Elle est filmée en train de prier. La séquence est coupée en au
moins trois plans de proximité : de devant en plongée, de côté, de
derrière. Dans toute culture, la prière est un acte éminemment
respectable. Ne faudrait-il pas pour cela un peu de distance, voire un
peu de cache dans l'écran comme un rideau, et un plan fixe qui ramène
la mise en scène à un regard plutôt qu'à cette façon rythmée de montrer
du doigt ? La prière n'est pas un spectacle, ni cette femme si souvent
réduite par une caméra qui la domine. La misère non plus : ce n'est pas
parce que cet œil scrutateur du pré-générique explore les infiltrations
d'eau et les détails de la pauvreté de l'ancien combattant d'Indochine
qu'il dénonce mieux la ridicule retraite que lui offre la France qu'il
a servie une quinzaine d'années. La simple inscription de ce personnage
dans son environnement aurait suffi, plutôt que de chercher à nous
imposer une pensée. L'indécence et l'indiscrétion ne démontrent rien de
plus que leur propre volonté de régir la réflexion. Même chose pour la
vieille femme : sa dignité est sans cesse concurrencée par le rythme
qu'imposent les changements d'angle de caméra où l'insert
d'illustrations imagées de son propos. Elle n'est plus dès lors sujet
autonome mais objet de la démonstration d'un réalisateur qui enfonce le
clou par son commentaire.
Est-ce la télévision qui oblige ou bien l'intégration d'un modèle qui
finit par se générer de lui-même par crainte d'ennuyer ? Le film se
fait hommage aux femmes mais les respecte-t-il ? En quoi Menad Embarek
valorise-t-il son sujet dans son 52' Au "non" de Vinci lorsqu'il
l'isole dans un café, sur un banc public ou sur le mur blanc d'une
association de culture berbère dont nous ne verrons jamais les locaux
au lieu de le filmer dans son environnement de vie ? Pourtant, Claude
Vinci, le déserteur qui face aux exactions françaises avait choisi le
FLN, mériterait davantage de respect. Le spectateur aussi. Ce n'est
qu'après la moitié du film qu'il apprendra que Vinci est un chanteur,
un écrivain, un homme qui a l'habitude de la scène. Sa prestation si
sympathique d'acteur-né s'écroule, déjà écorchée par la valse des
échelles de plans durant son témoignage. Vinci n'est pas Slimane Azem
mais on lui coupe aussi la parole pour illustrer par une multitude
d'images d'archives ou par un reportage en Algérie où il est absent,
remplacé par le réalisateur. Il aurait peut-être aimé être là mais le
fait qu'il ait été communiste après s'être engagé auprès du FLN a-t-il
entravé un voyage de mémoire ? Vinci n'est pas Slimane Azem mais c'est
un bon chanteur : pourquoi lui couper la voix dès les premiers mots de Celle que je n'aurais pas voulu faire
pour le remplacer par son disque, ou bien ne pas lui laisser chanter
plus d'une phrase du déserteur de Boris Vian à la fin du film ? Sa voix
ne nous aurait-elle pas autrement émue ?
Qu'il s'agisse du communiste Vinci ou du Berbère Azem, ce sont des
sujets qui fâchent encore. Claude Vinci montre que le combat
anticolonial n'opposait pas des pays mais des visions politiques et que
dans chaque peuple, on pouvait compter les progressistes et les
conservateurs. Avec Slimane Azem, c'est un pan entier de la culture
algérienne qui a été reniée. L'existence de ces films est par elle-même
l'espoir d'une mémoire qui se détache des mythes pour aborder la
réalité en face. Il ne s'agit pas de réinterpréter le passé à la
lumière de ce qui a suivi mais de dégager à travers les actes de ceux
qui se sont engagés leur lucidité et leur prémonition, leur désir d'une
société ouverte à toutes ses composantes dans l'utopie d'une vie
commune.
Il faut le dire bien fort : ces sujets sont magnifiques et le
réalisateur a pour responsabilité de les valoriser. Le documentaire qui
cherche un financement télévisuel est contraint à une négociation mais
son rôle est d'instiller un maximum de cinéma dans le film,
c'est-à-dire une image qui laisse au spectateur son autonomie de pensée
et au sujet filmé son expression propre.
C'était bien l'enjeu de la vigilance critique menée au cours de ce festival. Un comité a été désigné pour préparer la création d'une association algérienne de la critique cinématographique qui permette à l'Algérie de prendre sa place dans la dynamique de la fédération africaine (www.africine.org). En alliant l'énergie des jeunes qui en veulent à l'expérience et la documentation des anciens, ce pays peut reprendre la place qu'il mérite dans le grand dialogue critique qui écrit peu à peu l'histoire des cinématographies d'Afrique.
Déjà, le commissariat du festival a créé un magazine trimestriel de bon niveau, Asaru Cinéma,
dont le premier numéro est sorti en ce mois de janvier 2007, avec un
dossier sur l'état et les perspectives du cinéma en Algérie et des
contributions notamment de Si El Hachemi Assad, Mohamed Bensalah,
Mokrane Mariche, Salim Aggar, Hind Oufriha, Sadia Saïghi.
www.filmazigh.org [NDLR: l'adresse ne semble pas exister]
asaru@filmazigh.org
Festival du film amazigh
Bibliothèque nationale d'Algérie
BP 127, El-Hamma, Alger
Tel/fax : +213 (0)21 67 91 12
1. L'Institut national du cinéma (INC) créé à Ben Aknoun en 1964 avait
formé Mazif, Belloufa, Allouache etc. mais a vite été délaissé puis
fermé. Depuis, aucun institut de formation n'a vu le jour en Algérie.
Descriptif des films
- Âmes de l’exil (Les)
- Au'Non' de Vinci
- Au-delà du tunnel (Ad-bin tifrat)
- Cadeau (Le)
- Curieux (Le)
- Être cher (L') - (Eziz akken ibghu yili)
- Femme chaoui (La)
- Imzad de Tifaoui, une musique féminin...
- Plus belle que l'ange (Touf Tanir't)
- Pratiques sociales et valeurs du M'Zab
- Quelqu'un d'autre (Yiwen n niden)
- Rencontre mortelle (La)
- Slimane Azem - une légende de l'exil
- Tout va bien
- Zim et Zam
par Olivier Barlet
publié le 18/01/2007
Source: Africultures

