Plan de l'article

• Introduction

• « L’indépendance confisquée » (Ferhat Abbas)

— L’été 1962 ou la prise du pouvoir par le fln

— Ben Bella au pouvoir

• Houari Boumediene ou la construction du « modèle algérien » (1965-1978)

— L’État et les institutions

— Le « développementalisme » algérien

— L’Algérie dans les relations internationales

— Une société en pleine mutation

• Le blocage du système (1979-1988)

— Chadli Bendjedid ou l’illusion du renouveau

— La montée des contestations

— Une situation explosive

• Des émeutes d’octobre 1988 à la « seconde guerre d’Algérie »

— Le choc d’octobre 1988 et ses conséquences

— L’Algérie dans la guerre

• Conclusion : sortir de la crise

• Bibliographie

Introduction

Le 3 juillet 1962, l’Algérie indépendante ferme dans la joie la douloureuse « parenthèse » de la colonisation. Tout reste à faire : sortir de l’état colonial, de cette économie extravertie conçue uniquement par rapport à la métropole et en fonction du million d’Européens qui y vivent, bâtir un État, ou, pour reprendre l’heureuse expression de Benjamin Stora, « inventer » une Algérie qui, tant géographiquement que culturellement, ne semble s’imposer que dans les esprits.

Nul doute que l’histoire de l’Algérie depuis l’indépendance est avant tout l’histoire de l’émergence d’une « identité algérienne », qui emprunte tout à la fois aux modèles républicain, islamique et nationaliste. Devant les contradictions et les doutes, la synthèse se révèle des plus difficiles pour le régime autoritaire qui parvient rapidement au pouvoir. Après trente ans de cette transition menée par le fln, la crise actuelle que connaît l’ancienne colonie française témoigne de son échec. Se fondant sur le mensonge d’un « peuple unanime » et revendiquant l’héritage exclusif du combat pour l’indépendance, le fln ne parviendra pas à pallier cette absence de légitimité démocratique ou même à cacher l’ombre tutélaire et omniprésente de l’état-major.

Octobre 1988 marquera la fin d’une époque lorsque le régime vacille et semble se libéraliser. Quatre ans plus tard, l’interruption du processus électoral à cause de la trop forte poussée du fis referme cette courte parenthèse pour plonger l’Algérie dans une guerre civile larvée. Mais où va l’Algérie ? Comment comprendre cette histoire que nombre d’historiens qualifient de « cyclique », croyant revivre une seconde fois cette guerre d’indépendance qui marque si profondément l’identité algérienne ? Il ne fait en tout cas aucun doute que cette crise place l’Algérie face aux choix qui furent les siens depuis 1962.

« L’indépendance confisquée » (Ferhat Abbas)

L’été 1962 ou la prise du pouvoir par le fln

Les accords d’Évian sont signés le 18 mars 1962. Le 26 septembre suivant, Ben Bella prend le pouvoir avec l’appui de l’armée. Entre ces deux dates, l’unité de la nation algérienne semble sérieusement menacée. La population, dans la misère la plus totale, assiste désolée et inquiète aux « batailles » que se livrent les anciens chefs du fln.

La proclamation de l’indépendance

Le 1er juillet 1962, un référendum entérine, à une écrasante majorité, les accords consacrant l’accession de l’Algérie à l’indépendance. Le gpra, formé à Tunis en 1958 et conduit par Ben Khedda, s’installe triomphalement à Alger dès le 3 juillet. Le pays est en liesse, la population célèbre la victoire des maquisards dans une joie qui, très tôt, s’accompagne de l’inquiétude des lendemains. La guerre civile menace le pays dès lors que diverses forces politiques prétendent au pouvoir : le gpra bien sûr, mais aussi « l’armée des frontières », forte de 31 000 hommes stationnés au Maroc et en Tunisie, le cnra ensuite, organe suprême de la révolution et enfin les chefs des wilayas refusant toute soumission à l’état-major général.

La situation sociale est tout aussi préoccupante que la situation politique. La guerre d’indépendance a totalement désorganisé le pays, qui, déjà, se vide de ses forces les plus productives : techniciens, cadres, fonctionnaires, médecins… Cette perte est considérable dans un pays où seulement 10 % des enfants d’âge scolaire vont à l’école. L’économie est totalement déséquilibrée : le secteur industriel ne représente que 27 % de la production globale, la majorité de la population se consacre soit à un artisanat local déjà déclinant, soit à l’agriculture traditionnelle, incapable d’assurer la subsistance des populations locales. Dans les centres urbains, le chômage sévit et les bidonvilles se multiplient.

La division des vainqueurs

Dès la proclamation de l’indépendance, les structures de l’État colonial s’effondrent. Le « wilayisme », ce régionalisme condamné pendant la guerre, sévit plus que jamais, tout comme le clientélisme. La lutte entre les clans s’exacerbe. Le ppa, issu du Mouvement national algérien de Messali Hadj, est interdit dès le 1er juillet, alors que les maquis messalistes du Sud saharien de Si Abdallah Selmi sont éliminés par l’« armée des frontières », qui fait son entrée sur le territoire algérien.

À l’intérieur du fln, le rapport de force s’enclenche en juin 1962, lors du congrès du Conseil national de la révolution algérienne (cnra) réuni à Tripoli. Ahmed Ben Bella, dont le prestige et l’influence ne cessent de croître, met en question la légitimité du gpra. C’est lors de ce congrès que le fln affirme ses principes idéologiques. « La Révolution démocratique populaire doit être menée par la paysannerie, les travailleurs et les intellectuels révolutionnaires. » Nul doute que ce programme d’inspiration marxiste pose les bases du socialisme algérien. Une révolution agraire et la « socialisation des moyens de production » sont annoncées, tout comme la promotion de la culture nationale arabo-islamique. Le consensus idéologique relatif autour de ces valeurs ne parviendra pas cependant à créer une base suffisante pour éviter les luttes de clan.

Le 22 juillet, Ahmed Ben Bella, entouré de Mohamed Khider et de Houari Boumediene, chef d’état-major de l’Armée de libération nationale (aln), annonce la constitution du « bureau politique ». Alors que des chefs historiques comme Mohamed Boudiaf ou Krim Belkacem s’insurgent contre ce coup de force institutionnel rapidement qualifié de « fasciste », les premiers affrontements ensanglantent le pays. Le « groupe de Tlemcen », alliance du fln et de l’armée, scelle l’avenir du pays et présente le vrai visage du futur pouvoir. Cette période d’anarchie favorise de nombreux « règlements de comptes » qui aboutissent à l’exécution de nombreux harkis ou d’Européens.

Le peuple algérien, cette masse d’affamés et d’analphabètes, ces hommes et ces femmes plongés pendant des siècles dans l’obscurité la plus effarante ont tenu contre les chars et les avions, contre le napalm et les services psychologiques, mais surtout contre la corruption et le lavage de cerveau, contre les traîtres et les armées « nationales » du général Bellounis. Ce peuple a tenu malgré les faibles, les hésitants, les apprentis dictateurs. Ce peuple a tenu parce que pendant sept ans, sa lutte lui a ouvert des domaines dont il ne soupçonnait même pas l’existence.
Frantz Fanon,
Les Damnés de la terre

La victoire de Ben Bella

Rapidement, le gpra doit s’incliner et Ben Khedda démissionner. Malgré l’accord du 5 septembre faisant d’Alger une « ville démilitarisée », l’armée de Boumediene investit la capitale le 9 septembre. Dans l’immédiat, seule la wilaya de Kabylie résiste encore : l’appropriation du pouvoir est quasi complète et les contrepoids potentiels éliminés. La liste unique des candidats à l’Assemblée nationale est plébiscitée à 99 %, tandis que les différentes composantes de la coalition de Tlemcen se répartissent le pouvoir. Ahmed Ben Bella devient chef du gouvernement, Ferhat Abbas président de l’Assemblée. Déjà, les premières voix s’élèvent pour dénoncer la « trahison » des premiers combattants de novembre. Ce sera la thèse de Ferhat Abbas, celle de « l’indépendance confisquée ».

Ben Bella au pouvoir

Dans la société algérienne existe une puissante aspiration au changement, une volonté forte d’amélioration des conditions d’existence. Le fln de Ben Bella opte alors pour une voie socialiste de développement, seule capable, selon les dirigeants, de « rattraper le retard accumulé pendant cent trente ans de domination coloniale », c’est-à-dire de répondre à la demande de la population.

L’État-fln

Le 25 septembre 1962, l’Assemblée nationale constituante proclame la naissance de la République algérienne démocratique et populaire. Le fln réorganisé s’affirme rapidement comme un parti unique : toutes les autres formations sont interdites. Tout va se jouer désormais à l’intérieur du Front. En janvier 1963, la puissante ugta passe sous l’égide du fln. Ce parti puise sa légitimité dans l’histoire encore très récente de la guerre d’indépendance. Mais, paradoxalement, le pouvoir réel lui échappe peu à peu, au profit de Ben Bella tout d’abord, mais surtout du colonel Houari Boumediene, bientôt nommé premier vice-président du Conseil. Véritable courroie de transmission des volontés de Ben Bella, le fln sert essentiellement à la création d’une inutile et coûteuse bureaucratie partisane. La constitution adoptée en août 1963 se révèle en fait un « paravent juridique », incapable cependant de masquer la concentration du pouvoir autour du seul chef de l’État.

Les débuts difficiles du socialisme algérien

Outre les premières mesures qui visaient à provoquer le départ des Européens jugés inassimilables et dangereux, Ben Bella s’applique à poser les bases du socialisme algérien.

En 1963, celui-ci se veut avant tout la poursuite d’une révolution paysanne. Les dernières propriétés coloniales sont nationalisées tandis qu’apparaissent les premières unités agricoles « autogérées ». En 1965, ce secteur s’étend sur deux millions d’hectares et emploie 115 000 ouvriers. Cette politique improvisée et anarchique va se révéler un échec catastrophique, accélérant l’exode rural. Combiné à un processus d’appropriation des espaces laissés vacants par les « pieds noirs », ce mouvement d’afflux vers les villes marquera durablement le paysage urbain. Au déracinement s’ajoute le chômage qui touche une grande partie de la population, notamment à cause de la grave crise que connaît une industrie vétuste et totalement désorganisée. Le dérapage démographique – la population augmente de 3 % par an – combiné au recul de la production agricole laisse présager des difficultés à venir. L’émigration vers la France constitue alors une « soupape » à même d’alléger la pression sur le marché du travail. Au printemps 1965, le seuil des 450 000 Algériens en France est dépassé.

Les bases d’une politique étrangère audacieuse

Admise à l’onu le 8 octobre 1962, l’Algérie et sa « diplomatie de maquisards » se révèle vite un acteur très actif de la scène internationale. De cette époque datent quelques-unes des constantes qui ont marqué ensuite la politique étrangère de l’Algérie. Les dirigeants tentent alors de théoriser l’expérience acquise pendant les années de lutte armée. On décèle ainsi trois postulats de base : la lutte contre l’impérialisme et le colonialisme, le soutien des mouvements de libération, la coopération internationale tant avec les pays du tiers-monde qu’avec les puissances socialistes. Partie intégrante du Maghreb arabe, l’Algérie pratique le « neutralisme positif et le non-alignement » – article 2 de la constitution. Se posant en champion du panarabisme, elle obtient l’appui de l’Égypte et une aide militaire de l’urss. Cela ne suffit cependant pas à contrebalancer ses relations commerciales avec la France, qui demeure le premier fournisseur de l’Algérie. La violation manifeste des accords d’Évian – confiscation des terres des agriculteurs européens – fit croire à une tension des relations entre Paris et Alger. Les autorités algériennes, redoutant que la France ne leur « coupât les vivres », tentèrent aussitôt de la désamorcer. L’accord de 1965 sur l’exploitation du pétrole algérien, se voulant d’ailleurs exemplaire, témoigne des « bonnes » relations entre les deux pays.

Malgré la volonté affirmée de réaliser le Maghreb arabe unifié, les relations s’enveniment rapidement avec Rabat et aboutissent même en octobre-novembre 1963 à la « guerre des sables » au sujet du tracé de la frontière saharienne.

Isolement et chute de Ben Bella

Ancien adjudant de l’armée française, politicien habile et charismatique, Ahmed Ben Bella n’est ni un intellectuel ni un théoricien de la Révolution et se coupe rapidement des réalités économiques. Boudiaf, Abbas ou encore Khider, tous trois anciens chefs historiques du fln, prennent bientôt leurs distances avec le pouvoir. Hocine Aït Ahmed fonde en septembre 1963 le ffs – front des forces socialistes – qui passe aussitôt dans l’opposition – c’est-à-dire rejoint le maquis. Au premier congrès du fln, en avril 1964, c’est le clan Boumediene qui est visé. N’osant pas s’attaquer directement à celui-ci, Ben Bella cherche à réduire son influence en renvoyant les proches de l’armée au sein du gouvernement – notamment Abdelaziz Bouteflika. L’armée décide alors de renverser le président de la République. Le 19 juin 1965 à 1 h 30 du matin, Ben Bella est arrêté, un Conseil de la
Révolution assumant désormais tous les pouvoirs.

Le gouvernement avait essayé d’imposer au peuple algérien un régime socialiste autoritaire sans en avoir les cadres ni les moyens.

Houari Boumediene ou la construction du « modèle algérien » (1965-1978)

L’État et les institutions

L’État-armée et le déclin du fln

L’arrivée de Boumediene au pouvoir coïncide avec l’installation définitive des militaires au pouvoir. Le coup d’État du 19 juin 1965, qualifié a posteriori de « sursaut révolutionnaire », inaugure un régime où le pouvoir d’État se perpétue exclusivement par le haut, par la cooptation au sein d’un groupe détenant la force armée. Dans l’immédiat, un gouvernement est formé le 10 juillet 1965, dirigé par l’austère colonel Boumediene, ancien instituteur en Égypte ayant rejoint le fln en 1954 et promu, depuis 1960, chef d’état-major de l’aln. Homme secret et inflexible, idéologue volontaire, il a peu de considération pour le fln qui, malgré sa réorganisation, demeure sans pouvoir réel, et s’appuie sur l’armée pour gouverner. Grâce à la redoutable sécurité militaire, il élimine peu à peu ses opposants : Mohamed Khider en 1967 et Belkacem Krim en 1970 – ce dernier avait annoncé la création en octobre 1967 du Mouvement démocratique de renouveau algérien. Aït Ahmed et Boudiaf vivent en exil à l’étranger. Le Conseil de la Révolution lui-même est épuré : seul Abdelaziz Bouteflika, inamovible ministre des Affaires étrangères, conservera ses fonctions. L’accentuation du caractère autoritaire de l’État ne fait donc guère de doute.

Une société encadrée

Les structures du nouveau pouvoir algérien sont rapidement renforcées de façon à encadrer totalement la population. Ainsi, la Charte communale du 18 janvier 1967 confère aux assemblées populaires communales, élues au suffrage universel sur proposition du parti, le soin de gérer les affaires de chaque commune. La Charte de la wilaya – département – du 25 mai 1969 crée sur le même modèle une assemblée populaire de wilaya. Celle-ci est dirigée par le wali, une sorte de préfet nommé par le pouvoir central.

Les entreprises constituent elles aussi un cadre adapté à la fois pour maintenir la population dans le giron du pouvoir et pour servir d’instrument au « tournant socialiste » décrété en 1971. Des assemblées de travailleurs sont élues – mais le pouvoir reste détenu par le conseil de direction. L’encadrement du « citoyen-travailleur » par le syndicat et le parti est total.

1976 : l’achèvement de l’édifice constitutionnel

Le 19 juin 1975, Boumediene annonce un programme institutionnel précis : une Charte est rédigée. Elle doit devenir le guide idéologique pour la décennie à venir. Elle sera soumise à la discussion populaire et donnera lieu à des débats passionnés. Elle est adoptée le 27 juin 1976 avec 98,5 % de « oui ». L’Algérie est présentée comme un pays divisé en classes mais non en ethnies, le rôle de l’État est exalté comme héritier de la lutte de libération nationale et expression du peuple. La Charte prétend aussi à la fusion des sphères politique, économique et religieuse, l’islam étant partie intégrante de l’idéologie de l’État. Le socialisme, enfin, est déclaré « option irréversible ». La Constitution de novembre 1976 se veut alors la traduction juridique des principes de la Charte. La première assemblée populaire nationale est élue le 25 février 1977. Ces élus, sélectionnés par le parti, sont en fait davantage des fonctionnaires que des représentants du peuple. L’objectif, de toute façon, n’est nullement d’assurer les bases d’un État de droit mais « d’intégrer » la société au système édifié par le régime.

Le « développementalisme » algérien

La théorie des « industries-industrialisantes »

Boumediene croit qu’il est possible de passer rapidement du sous-développement au stade industriel. La théorie des « industries-industrialisantes », inspirée par les économistes François Perroux et Gérard Destannes de Bernis, devient la référence majeure. Ainsi, l’industrialisation, proclamée « priorité des priorités », est censée être la locomotive qui entraînera l’agriculture. Les industries de base, dites « industrialisantes », doivent renforcer l’intégration de l’économie nationale par les effets qu’elles exercent en amont (effets d’approvisionnements) et en aval (effets de débouchés). L’idée que l’édification accélérée d’une industrie lourde est une base nécessaire au développement est à cette époque partagée par nombre d’analystes. Soixante-dix sociétés nationales sont créées, considérées comme la colonne vertébrale de l’économie et la base du programme de développement lancé par Belaïd Abdesslam.

La stratégie des hydrocarbures

Les accords d’Évian reconnaissaient la souveraineté de l’Algérie sur le Sahara et ses richesses naturelles. L’État algérien ne détient pourtant, alors, que 4,05 % des périmètres d’exploration contre 67,5 % à la France. Après la nationalisation des activités de Mobil et Esso à la suite du conflit israélo-arabe de juin 1967, le tournant décisif vient de la nationalisation des richesses naturelles en 1971. C’est la « décolonisation pétrolifère », tout de suite qualifiée « d’étape la plus décisive dans la marche vers l’émancipation économique ». Une « loi fondamentale » est promulguée ; elle précise les droits et les devoirs des partenaires étrangers. L’Algérie souhaite en fait obtenir une juste rémunération de ses ventes d’hydrocarbures. En 1973, le premier choc pétrolier multiplie par trois les recettes.

Mais la stratégie des hydrocarbures revient aussi à développer les capacités de production de pétrole et de gaz. Au fil des années, la moitié des investissements industriels est tournée vers ce secteur crucial pour l’économie algérienne. Ainsi, une part importante des ressources pétrolières sert à forger les moyens de produire plus… de pétrole et de gaz. En fait, le régime militaro-autoritaire tente aussi de réduire son manque de légitimité politique par la redistribution de cette manne des hydrocarbures.

Des résultats limités

Très rapidement, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes initiales. Le système productif a été largement bouleversé, suite aux différentes vagues de nationalisation qui touchent même le secteur bancaire en 1966-1967. Malgré les énormes investissements consentis, la croissante reste trop lente. La production intérieure brute atteint 36,6 milliards de dollars en 1981, ce qui situe l’Algérie encore loin derrière la Libye mais devant la Tunisie et le Maroc – en production par habitant. La production des industries lourdes ne dépassera pas 30 % des capacités. En effet, les programmes sont surdimensionnés et les technologies sophistiquées difficilement maîtrisées. La surconcentration des moyens de financement dans le secteur des biens de production, enfin, l’appel systématique aux firmes étrangères se traduit par un fort endettement : de 2,7 milliards en 1972, la dette extérieure atteint 23,4 milliards en 1979, accentuant l’étranglement budgétaire.

L’agriculture sacrifiée

La priorité est accordée à l’industrie au détriment de l’agriculture. Dès lors, la « révolution agraire » engagée en novembre 1971 est vouée à l’échec. Transformation autoritaire de l’agriculture, cette « révolution » a pour objectifs principaux de répondre aux besoins alimentaires du pays et de développer la position de l’Algérie sur le marché international pour l’exportation des produits agricoles. Débutée sans enthousiasme, cette tentative de réforme articulée autour des coopératives et du secteur autogéré s’enlise dans l’incohérence des choix réalisés. Le niveau d’autosuffisance alimentaire, qui se situait à plus de 70 % en 1969, n’est plus que de 30 % en 1980. La soumission certaine du monde paysan à la logique de l’industrialisation débouche naturellement sur un échange ville-campagne inégal entraînant un exode rural croissant de l’ordre de 100 000 personnes par an.

L’Algérie dans les relations internationales

Le grand dessein tiers-mondiste

Boumediene – et son inamovible ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika – obtient ses plus importants succès sur la scène internationale. À la conférence des non-alignés qui se tient à Alger en septembre 1973, l’Algérie apparaît comme un État révolutionnaire qui apporte son soutien à tous les « mouvements de libération » et entend bouleverser les rapports Nord-Sud. Elle y gagne un incontestable prestige dans le tiers-monde. Cette recherche inlassable de solidarités entre États du « Sud » se fonde sur une conception économique des relations internationales.

En fait Boumediene se place sur ce point dans la continuité de la politique étrangère amorcée par Ben Bella. Après l’annulation de la conférence d’Alger prévue pour l’été 1965, la relance diplomatique s’opère par l’adoption de la Charte dite des « 77 » en octobre 1967. Ce groupe, qui réunit les pays en voie de développement dans le cadre de la cnuced, insiste sur les efforts internes que doivent accomplir les pays.

Dans le même temps se pose l’épineux problème des relations avec la France. Alors que les dernières bases françaises sont évacuées, la crise entre Paris et Alger prend une nouvelle dimension, au moment de la nationalisation des hydrocarbures en 1971. À la suite du conflit israélo-arabe d’octobre 1973, l’Algérie teste « l’arme du pétrole ».

Le conflit du Sahara occidental

Le conflit du Sahara occidental envenime les rapports inter-maghrébins à partir de la « marche verte » organisée par le roi du Maroc Hassan II, au début de 1976. Alors que l’Algérie s’était appliquée à se réconcilier avec ses voisins maghrébins – par le « traité de fraternité, de bon voisinage et de coopération » du 15 janvier 1969 –, la situation se tend à nouveau à cause du territoire du Sahara occidental sur lequel l’Espagne, le Maroc et le « Front Polisario » veulent avoir la haute main. L’Algérie soutient le Front et accueille les réfugiés civils sur son territoire. Quelques escarmouches ont même lieu entre les Forces armées royales et l’Armée nationale populaire algérienne. À la mort du président Boumediene, en décembre 1978, le conflit n’est pas réglé. Nul doute que cette crise va freiner la « progression tiers-mondiste » de l’Algérie. Le gouvernement saura alors se replier, laisser passer l’orage et remonter lentement la pente.

Une société en pleine mutation

En à peine vingt années, le paysage culturel et social se modifie profondément.

Le lancinant problème démographique

Dans les années soixante, la révolution sanitaire provoque une chute de la mortalité au Maghreb, qui n’est pas accompagnée, en Algérie notamment, d’une chute de la natalité. En 1974, lors de la Conférence mondiale de la population, ce pays se classe parmi les pays anti-malthusiens et affirme que « le développement est le meilleur contraceptif ». Enfermé dans une idéologie tiers-mondiste nataliste, l’Algérie frôle un record mondial avec 8,1 enfants par femme en 1975. Il faudra attendre 1983 pour que les autorités prennent conscience des effets pervers de ce dérapage et adoptent un programme national en vue de la maîtrise de la croissance démographique.

Cette baisse de la fécondité est aussi allée de pair avec la scolarisation féminine. Nul doute que, pour le pouvoir, la formation et l’enseignement constituent un défi, condition nécessaire à la réussite du programme de développement. De 700 000 en 1961, le nombre d’enfants musulmans inscrits dans les classes primaires, atteint 2 millions en 1970, et 4,5 millions en 1980. Pour les encadrer, des milliers de « moniteurs » sont recrutés, parmi lesquels 11 000 instituteurs français qui apporteront leur aide.

Enfin, la vague d’émigration débutée depuis l’indépendance se poursuit. Même si le contrôle aux frontières se veut plus sévère, plus sélectif que dans le passé, il existe encore d’importants déplacements en direction de l’ancienne métropole. Malgré le mythe du « retour » véhiculé par la propagande, une population d’origine algérienne s’enracine en France, durablement, sans projet de retour.

Algérianité et arabisation

La révolution algérienne entendait réarabiser l’Algérie « dépersonnalisée par le colonialisme ». Dès l’indépendance, cette volonté d’arabisation s’affirme progressivement dans l’enseignement. Il s’agit évidemment de tourner définitivement la page du colonialisme et de fonder une culture algérienne renouant avec la « tradition orale des poètes errants ». Dès lors, la conception « du passé, faisons table rase », s’impose. L’Algérie refuse donc de s’associer au mouvement de la francophonie et amorce un combat contre la perpétuation de la langue française. Cette politique d’arabisation a plusieurs conséquences. Tout d’abord, elle durcit les oppositions entre élites arabophones et élites francophones que le système éducatif, paradoxalement, continue largement de reproduire. Ensuite, dans le domaine idéologique, la généralisation de la langue arabe permet d’augmenter l’influence des courants panarabistes et des courants de l’islamisme politique.

La culture devient aussi un instrument de propagande pour légitimer le pouvoir. La manipulation de la mémoire historique, lieu de la légitimation symbolique du fln, magistralement décrite dans l’essai de Benjamin Stora, participe à la frénésie commémorative. L’historiographie officielle transforme ainsi la période coloniale française en insurrection continue et fait disparaître les noms des principaux acteurs de la guerre de libération.

L’étatisation de l’islam

À la bataille pour l’arabité se superpose celle de l’islamité. La religion musulmane a échappé à la déstructuration provoquée par le colonialisme ; mieux, c’est elle qui a constitué le pôle de résistance. L’idée de libération fut ainsi transcrite dans le langage de la guerre sainte, du jihâd. On comprend alors pourquoi les autorités, depuis l’indépendance, tentent de s’appuyer sur la politique d’arabisation, qui ferait dériver sur l’État la légitimité dont l’islam est dépositaire. Le gouvernement de Boumediene s’engage dans cette voie avec beaucoup plus de résolution qu’un Ben Bella, dont les convictions progressistes le détournaient de s’appuyer sur un courant trop marqué de traditionalisme social. Le 16 août 1976, le vendredi est décrété jour de repos obligatoire. La constitution et la charte ainsi que les statuts du fln définissent la place et le rôle de l’islam dans les institutions. La religion est utilisée comme instrument pour contenir une possible progression des courants laïques et démocratiques, et surtout comme arme de légitimation du pouvoir.

En marge de cette centralisation du champ politico-religieux se développent dès les années soixante-dix des mouvements islamistes cantonnés dans la clandestinité et l’exclusion. L’option socialiste des dirigeants algériens, la dissolution des mœurs et les « principes destructeurs importés de l’étranger » sont pêle-mêle dénoncés, notamment par l’association Al Qiyam (les valeurs) constituée en 1964 autour de Hachemin Tidjani.

Le blocage du système (1979-1988)

Les années quatre-vingt sont marquées par une remise en cause, dans tout le Maghreb, des États-nations construits sur des modèles importés, essentiellement sur le modèle français, jacobin et centralisateur. Faut-il se réclamer du nationalisme arabe ? De la Umma islamique (communauté des croyants) ? Dans cette ambivalence du concept national, des brèches apparaissent, dans lesquelles les islamistes pourront s’engouffrer.

Chadli Bendjedid ou l’illusion du renouveau

Une indéniable « décrispation »

À la mort de Houari Boumediene, le 27 décembre 1978, Chadli Bendjedid est désigné à sa succession, en tant qu’« officier le plus ancien dans le grade le plus élevé ». Devant sa place à un compromis au sein de l’armée davantage qu’à une quelconque légitimité propre, ce nouveau président ne dispose pas de la marge de manœuvre de son prédécesseur. Il obtiendra pourtant trois mandats et restera au pouvoir jusqu’en 1992. Homme de l’Est comme Boumediene, ancien sous-officier de l’armée française, Bendjedid parvient à écarter les « barons » du boumedienisme, notamment Bouteflika, en s’appuyant sur la puissante police politique et le bureau politique du fln.

Dès son arrivée, le nouvel homme fort s’attache à libéraliser tant le jeu politique que la sphère économique. Si Ahmed Ben Bella est libéré, le fln reste le parti unique. La réorganisation du parti en 1980 tend même à renforcer le contrôle sur la société. Le congrès extraordinaire du fln en 1980 confirme la concentration du pouvoir au bénéfice du chef de l’État et la multiplication des interventions sur la scène internationale – périple africain de mars 1981, négociation de la libération des otages américains en Iran, médiation dans la guerre Iran/Irak… –, Bendjedid tente d’insuffler un second souffle à un régime algérien qu’il sait déjà affaibli. Le rôle des services de sécurité et de renseignement est réduit, l’armée modernisée. En matière économique, Chadli élabore un plan quinquennal (1980-1984) qui donne la priorité aux secteurs négligés (agriculture, hydraulique, habitat…) et à un début de réhabilitation du secteur privé.

Un processus limité

L’ouverture n’aura été que timide. Le fln, qui a perdu progressivement la légitimité historique issue de la guerre d’indépendance, est depuis longtemps discrédité par la bureaucratie, l’affairisme et le carriérisme. Même si les procès pour abus de pouvoir ou concussion se multiplient, la plupart des procédures sont étouffées. La corruption atteint des proportions inégalées. La pratique des « commissions » pour l’implantation des sociétés étrangères sur le territoire algérien se développe à grande échelle.

De même, le pouvoir tente de maintenir à tout prix un unanimisme de façade. Il n’existe toujours qu’un seul syndicat et qu’un seul journal, El Moudjahid : aucun débat n’est possible. L’histoire officielle elle-même a institué ses repères, construit sa propre légitimité, effacé toute démarche pluraliste.

La montée des contestations

Devant l’aveu d’échec d’un pouvoir incapable de se réformer apparaissent les premières contestations violentes de l’ordre établi depuis 1962.

Le choc du « printemps berbère »

Boumediene s’est appliqué à imposer une conception arabo-islamique de la nation. La charte de 1976 avait ainsi omis toute référence à la langue et à la culture berbère au nom de l’unicité d’un mouvement fondé exclusivement sur l’islam et l’arabité. En mars 1980, le gouvernement interdit une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri à l’université de Tizi-Ouzou, à l’occasion de la parution de son livre Poèmes kabyles anciens. Peu après, une grève générale éclate en Kabylie. Le « printemps berbère », mené notamment par Salem Chaker et Saïd Sadi, secoue l’édifice institutionnel et idéologique algérien, en remettant en cause le choix d’« identité algérienne » réalisé par le pouvoir. L’effet de ce « printemps » produit un contre-discours public d’une réelle ampleur dans un pays fonctionnant sur le principe de l’unanimisme. Les émeutes déclenchées en Kabylie sont sévèrement réprimées.

Islam et fondamentalisme d’État

La soumission de l’islam à des valeurs officielles est réaffirmée dans la charte nationale de 1986, nouvelle référence idéologique. Plus que jamais, l’État instaure « un ordre public religieux » fondé sur l’islam comme religion du socialisme algérien.

C’est justement cette nationalisation de la religion qui est refusée par les mouvements islamistes, qui dénient à l’État algérien, contrairement au Maroc par exemple, toute légitimité religieuse. Dès lors, les incidents se multiplient entre groupes « laïques » et islamistes. Des maquis apparaissent en 1983, animés par des combattants qui reviennent d’Afghanistan. En avril 1985, 135 islamistes accusés d’appartenir à une organisation clandestine, le mia, passent en procès.

Dans un premier temps, le régime semble multiplier les concessions aux intégristes, non encore perçus comme une menace véritable. C’est ainsi que le « code du statut personnel et de la famille » est adopté le 29 mai 1984. Celui-ci maintient la polygamie et l’inégalité des droits entre les sexes, au mépris total de la constitution de 1976. Les islamistes en profitent pour revendiquer l’application intégrale de la charia.

Une situation explosive

Une économie à la dérive

Les faiblesses béantes des plans successifs de développement apparaissent dès la fin des années soixante-dix. Malgré une croissance relativement élevée – 7,5 % en moyenne entre 1970 et 1980 –, de graves déséquilibres menacent l’ensemble du système productif et obligent Chadli à une sorte de « pause », incarnée dans le plan quinquennal adopté en 1980. Le secteur privé est encouragé, la privatisation de l’agriculture engagée. En fait, le pari de la nouvelle équipe gouvernementale est la relance de l’industrie de biens de consommation, à partir du secteur privé.

Les résultats sont décevants. Le chômage n’est pas entamé sérieusement et les rendements agricoles demeurent à un faible niveau. Le projet d’une indépendance économique doit laisser la place à un triste constat d’échec : le président Chadli ne peut que constater, à partir de 1984, la faillite économique du modèle algérien. La chute des prix du pétrole, à partir de 1983, avait déjà sérieusement amenuisé une rente énergétique devenue vitale pour l’économie algérienne.

La dette extérieure, qui avait permis au pays de lancer son programme de développement, se transforme désormais en véritable fardeau. Celle-ci représente 40,2 % du pib en 1982 et atteint 68 % dix ans plus tard. Le service de la dette, en 1989, absorbe à lui seul les trois quarts des recettes d’exportation. L’étranglement budgétaire, lié à la dette et à la chute des rentrées de devises, impose à l’Algérie d’énormes sacrifices, à l’instar du plan d’austérité draconien adopté en 1985. Enjeu de politisation longtemps tabou, par nationalisme politique, le rééchelonnement de la dette est désormais à l’ordre du jour.

La crise sociale

La société algérienne à l’aube des années quatre-vingt-dix ne ressemble que peu à celle de 1962. Ainsi, le taux d’urbanisation atteint 50 % en 1988. Ce bouleversement est non seulement géographique, mais aussi social et culturel. Cependant, ce brusque mouvement d’urbanisation se traduit vite, comme dans la plupart des pays du tiers-monde, par une véritable « crise des villes ». La crise du logement, l’insuffisance criante des équipements hydrauliques se conjuguent avec l’éclatement de la cellule familiale traditionnelle et le chômage très élevé chez les jeunes, pour déboucher sur une situation à bien des égards explosive.

Si l’Algérie échappe en 1984 aux « révoltes du pain » qui touchent le Maroc et la Tunisie, la population n’en est pas moins excédée par l’étalage des richesses et l’arrogance d’une nouvelle caste de privilégiés. Le fossé se creuse entre deux sociétés. Dans la Casbah d’Alger, des manifestations éclatent pour réclamer l’amélioration des conditions de logement. C’est cette mise en accusation du fln et de la classe politique par les jeunes notamment, qui aboutit aux manifestations sanglantes d’octobre 1988.

Des émeutes d’octobre 1988 à la « seconde guerre d’Algérie »

Le choc d’octobre 1988 et ses conséquences

Avec les émeutes d’octobre 1988 s’ouvre le « printemps d’Alger », marqué par la disparition du système de parti-unique, la floraison des partis, mais aussi par l’engrenage tragique de la violence.

« Octobre noir »

Dans la soirée du 4 octobre 1988, des manifestations, essentiellement composées d’enfants et de jeunes, éclatent à Alger, pour protester contre la hausse généralisée des prix et la raréfaction des produits de première nécessité. Le lendemain, le centre commercial d’Alger est saccagé. Le 6 octobre, plusieurs bâtiments publics sont incendiés. Alors que les troubles s’étendent bientôt aux principales villes algériennes, l’armée réagit et tire sur la foule dès le 8 octobre. Le bilan officieux de ces émeutes fait état de 500 morts. « Plus rien ne sera comme avant octobre 1988. » Jusque-là, l’armée était restée relativement à l’abri du discrédit, notamment grâce au paratonnerre du fln et au Service national qui laissait aux jeunes de l’ex-aln l’image d’un corps auquel ils n’étaient pas étrangers. En 1988, prise dans les luttes internes d’un système où elle est, en vérité, le plus important partenaire, l’armée intervient massivement en mitraillant la population. On comprend le poids de ces événements dans les consciences. Dans ces émeutes, les activistes islamistes ont montré leur importance, même s’ils ne sont pas les initiateurs du mouvement, largement spontané. Le séisme est tel que le passage au multipartisme s’organise rapidement.

Le « printemps d’Alger » ou la brève libéralisation du système

Chadli Bendjedid décide le 10 octobre 1988 de faire approuver par référendum une nouvelle constitution qui abolit le rôle dirigeant du fln. Le 27-28 novembre, le 6e Congrès du parti avalise les réformes, en particulier la séparation du parti et de l’État. La nouvelle constitution, qui est acceptée par le peuple le 23 février 1989, ne fait plus référence au socialisme, ni au fln.

L’éclosion des partis politiques est alors impressionnante. Les uns sortent de la clandestinité : le Front des forces socialistes (ffs), fondé en 1963 et dirigé par Hocine Aït Ahmed ; le Parti de l’avant garde socialiste (pags), créé en 1966 et continuateur du Parti communiste algérien ; d’autres sont créés : le fis ou le Rassemblement pour la culture et la démocratie (rcd). Quant au mda de Ben Bella, il apparaît au grand jour avec la reconnaissance du multipartisme. Une course pour le pouvoir, laissé vacant par un fln en déclin, s’enclenche.

La libéralisation permet aussi l’apparition d’associations ou de journaux indépendants qui se multiplient. Par la loi du 3 avril 1990, le gouvernement « réformateur » de Mouloud Hamrouche met fin à près de trente ans de monopole de l’État sur les médias écrits et audiovisuels. On dénombre alors pas moins de 169 périodiques, dont la moitié sont écrits en français : Le Quotidien d’Algérie, El Watan, Le Soir d’Algérie, s’imposent sur le marché au détriment des journaux issus du secteur public. Le processus de démocratisation est réel, même si le fln reste le parti dominant.

Le gouvernement de Kasdi Merbah, mis en place dans la foulée des émeutes d’octobre 1988, entend par ailleurs réformer le fonctionnement des entreprises et relancer la croissance. Le moyen choisi par le pouvoir est l’autonomie concédée aux entreprises publiques et l’encouragement du secteur privé. Le passage à l’économie de marché est un objectif clairement annoncé. La fin de la guerre du golfe en 1991 fait baisser les cours du pétrole, ce qui remet à l’ordre du jour le problème du rééchelonnement de la dette. Le fmi conditionne son aide à un programme d’ajustement draconien, qui risque de faire s’empirer une situation sociale déjà explosive. De même, les réformes économiques se heurtent à d’énormes difficultés. La vieille garde du fln, tout d’abord, n’est pas convaincue de la nécessité des réformes. Ses militants s’opposent au changement au nom de la défense de « l’orthodoxie socialiste ». Ils n’ont qu’un souci : préserver leurs privilèges. L’absence d’une culture démocratique et économique, ainsi que le défaut de consensus social freinent la portée des réformes. Avec le développement de la violence et le retrait des firmes étrangères, l’économie algérienne s’enfonce peu à peu dans la crise.

La montée du fis

Pour la première fois depuis son indépendance, l’Algérie s’engage en 1989 dans un processus de démocratisation. Le Front islamique du salut, qui a pour but annoncé l’instauration d’une « république islamique », profite du rejet massif du fln pour s’imposer comme la principale force politique algérienne. La stratégie du pouvoir consiste alors à affaiblir au maximum les partis progressistes, notamment en s’appuyant sur les islamistes. Le président Chadli fait venir d’Égypte des enseignants religieux et des prêcheurs fondamentalistes, ou choisit même Abassi Madani, le futur leader du fis, pour prendre le contrôle de la mosquée d’Al-Argham. Le 12 juin 1990, on assiste, lors des élections municipales et régionales, à un raz de marée du fis. Il rafle quasiment tous les conseils municipaux des grandes villes : c’est l’échec flagrant de la stratégie de l’armée et de la classe politique au pouvoir. Il faut dire que les principales forces de l’opposition démocratique, dont le ffs, n’étaient pas présentes pour ces élections.

La guerre du golfe accentue les clivages au sein des forces politiques en Algérie. Si tous les partis condamnent la réaction occidentale, la position à l’égard du régime de Saddam Hussein ou de l’Arabie Saoudite, est loin de faire l’unanimité. On assiste d’un côté au retour en force des accents populistes, tiers-mondistes et volontiers antisémites des partisans de l’unité de « la nation arabe », et de l’autre à la montée d’un message radical, prônant le Djihad et le refus de la démocratie, assimilée à l’Occident et à l’irréligion.

Les premières élections législatives pluralistes sont prévues pour le 27 juin 1991. Le fis, en désaccord avec le mode de scrutin, choisit l’affrontement dans la rue et appelle à la grève générale. Abassi Madani et Ali Benhadj, les deux leaders du fis, sont arrêtés : c’est un tournant majeur pour le régime en pleine recomposition. Malgré ces événements, le processus électoral reprend. Le premier tour des législatives, le 26 décembre 1991, donne aux islamistes 188 sièges, laissant loin derrière le ffs et le fln. Bien que le fis ait perdu plus d’un million de voix par rapport aux élections municipales de juin 1990, l’armée « démissionne » le président Chadli qui s’apprêtait à cohabiter avec le fis. Un « Haut comité d’État » instaure l’état d’urgence le 11 janvier 1992 et fait appel à Mohammed Boudiaf, l’un des chefs historiques du fln.

Les spécialistes restent divisés pour expliquer cette montée du fis. Son discours passe en force dans une jeunesse en quête d’identité et de mémoire. Une explication strictement électorale reviendrait à faire du fis un parti ayant profité d’un triple phénomène : le vote-sanction des Algériens voulant rejeter le fln ; le vote par défaut, dès lors que les principaux partis démocratiques ne se présentaient pas aux élections ; le vote refuge, enfin, pour un parti ayant su capter le courant d’expression provoqué par les sanglants massacres d’octobre 1988. Cette explication a cependant le défaut de faire du fis un parti nouveau, apparu ex nihilo. On recense diverses thèses cherchant à comprendre plus profondément les raisons du phénomène islamique.

Une première analyse fait référence à l’inexorable montée, mondiale, du religieux dans l’espace public. Le fis profiterait ainsi d’une dynamique internationale que divers éléments permettent de fonder. C’est ainsi que le premier groupe armé créé en Algérie, en 1985, dirigé par Mustapha Bouyali, n’avait aucune culture islamique mais avait appris assez de slogans radicaux auprès de ses amis iraniens et afghans pour se considérer comme une autorité en matière religieuse.

Une autre explication, de type économique, prenant plus en considération les racines algériennes du « phénomène-fis », est également avancée. Depuis 1988, l’Algérie sort d’une économie centralisée, bureaucratisée et se dirige vers l’économie de marché ; il s’agit de permettre aux acteurs économiques de s’émanciper du pouvoir politique et de l’ordre social existant. En même temps qu’ils favorisent activement ce passage à une économie de marché, les islamistes proposent des remèdes à ses conséquences : éthique religieuse de la solidarité, entraide chaleureuse…

Une dernière explication, celle de Benjamin Stora, tend à faire des islamistes les « nouveaux héritiers du nationalisme ». Les militants islamistes retrouvent ainsi les intonations de l’arabo-islamisme introduites par les premières organisations algériennes dans les années trente : les oulémas d’Abdelhamid Ben Badis, pour qui « l’islam est ma religion, l’Algérie ma patrie et l’arabe ma langue ». Le fis pousse la logique populiste et anti-intellectualiste du fln, en la colorant de religiosité. La force de l’islamisme consiste à proposer une nouvelle rupture avec l’État actuel, en retrouvant les mots et le vocabulaire de l’ancienne fracture avec l’État colonial.

L’Algérie dans la guerre


Le déchaînement de la violence

Après l’interruption du processus électoral, les islamistes tentent d’enfermer le pouvoir dans la logique infernale du « tout sécuritaire ». En six mois, le pays a basculé dans une guerre civile ouverte. Le 26 août 1992, une bombe éclate dans l’aéroport d’Alger, attribuée à des islamistes – en fait plus ou moins manipulés. Désormais, le terrorisme frappe aussi la population civile. Lasse des exactions et du terrorisme, la société algérienne a l’impression d’être prise en otage. Les années 1992-1995 auront semblé les plus terribles du conflit. Pourtant, les tractations organisées début 1995 par la communauté catholique de San Ediglio pour tenter de mettre sur pied une opposition algérienne ne donnent rien. En 1997, une grande opération de « nettoyage » contre les maquis islamistes est lancée pour répondre aux massacres qui se succèdent. Malgré le message répété des autorités selon lequel le terrorisme « vit ses derniers soubresauts », la barbarie continue, comme en témoignent les massacres des villages de Bentalha, Rhaïs ou Beni Messous en octobre 1997. Certaines sources n’hésitent pas à avancer le chiffre de 100 000 victimes depuis le début du conflit en 1992.

Acteurs et divisions

Le « bloc » du pouvoir, s’il paraît aujourd’hui le plus solidement implanté, n’en demeure pas moins la proie de crises internes régulières. Nul doute que ce « camp » est lui aussi responsable de la situation et se livre à des violations massives des droits de l’homme. Bien que l’opacité demeure la première caractéristique du régime, on peut recenser trois pôles de pouvoir : les chefs de l’armée, la Sécurité militaire et une apparence de pouvoir civil. La primauté de l’armée constitue évidemment une constante depuis l’indépendance. Aujourd’hui, les officiers sont divisés en clans qui se partagent le pouvoir – et les flux financiers, puisque les préoccupations du commandement sont avant tout d’ordre matériel. La très puissante sécurité militaire, la police politique du régime, constitue elle aussi un véritable État dans l’État. Héritière du malg, elle quadrille la société, infiltre les médias, la police, les partis politiques et les groupes islamistes armés. L’organisation de ce système est difficile à cerner, car fonctionnant sur des clans aux contours mouvants qui se font et se défont en fonction des rapports de force du moment. Il n’est pas rare que des attentats attribués aux islamistes proviennent en fait de règlements de compte entre clans adverses. Pour certains observateurs, l’annulation des élections de janvier 1992 vise aussi à renvoyer le président Chadli devenu dérangeant par sa politique de libéralisation et de réforme. L’assassinat du président Boudiaf peut de même être mis au compte des « barons » du pouvoir. Les faiblesses de ce système ne sont plus à démontrer. Ainsi, son fonctionnement même exclut une centralisation du commandement pourtant indispensable. La lutte contre les islamistes a permis de légitimer tout moyen : état d’urgence, suspension des libertés, hégémonie politique de l’armée… Certes, les militaires ne sont pas parvenus, en 1999, à éradiquer la violence, mais ils l’ont réduite à un niveau qui ne les menace plus.

La guerre civile, depuis 1996, implique encore un peu plus la population dans la lutte contre les islamistes. Ainsi, on assiste à la multiplication des groupes d’autodéfense armés par le pouvoir. Ces « patriotes », comme ils se dénomment, n’hésitent pas à riposter avec une terrible sauvagerie. Nul doute que le désarmement de la population, après un très hypothétique retour de la paix, ne sera pas chose facile.

Dans ce cadre, il est impossible de comparer l’Algérie à une démocratie naissante : le gouvernement « organise », sous haute surveillance, les scrutins présidentiel, législatif et municipaux. La nouvelle loi fondamentale, adoptée en novembre 1996, accorde les quasi-pleins pouvoirs au chef de l’État, lui-même un militaire. Après l’élection présidentielle de novembre 1995 – remportée sans surprise par le candidat de l’armée, Liamine Zeroual –, une nouvelle formation, le rnd, créée pour jouer le rôle de parti de pouvoir, remporte les législatives de juin 1997, après à peine quelques mois d’existence. La démission surprise de Zeroual en septembre 1998 n’est que la dernière péripétie en date au sein de cette démocratie de façade. C’est le général Mohamed Lamari, chef d’état-major, qui a demandé et obtenu la démission d’un président accusé de ne pas être assez docile et d’être trop favorable au fis. Les dernières élections présidentielles, qui ont mené Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, sont révélatrices de ce blocage complet du système démocratique. Se fiant aux organisations internationales, on a tout lieu de croire que les accusations de « bourrage des urnes », disparition de fichiers électoraux et autres fraudes massives sont fondées.

En face, le camp islamiste est en proie à une extrême division. Réunion de composantes diverses, le fis, créé en 1989, est avant tout un « front », c’est-à-dire une coalition non homogène. Dès que l’administration Chadli ferme les yeux, le fis lance son propre organe, al-Munqidh, et met sur pied sa propre police. Le mia (mouvement islamique armé), créé par Makhloufi, devient rapidement le bras armé du fis. En 1991, la scission du mia devient inévitable, dès lors que les éléments les plus radicaux rompent avec le fis. Le mia donne donc naissance à l’ais, inféodé au fis, et au gia qui commence à signer ses propres crimes à partir de 1992. Antar Zouabri prend alors le commandement du groupe islamique armé.

C’est l’intervention des militaires contre le parti, en juin 1991, qui a marqué le début de l’engrenage de la violence. Les islamistes se posent alors en champions de la violence légitime, bien que l’utilisation de la lutte armée prenne des significations différentes dans les diverses mouvances fondamentalistes : instrument pour l’ais, elle se révèle à terme une fin en soi pour les membres des gia. Cela reflète bien les contradictions de l’islamisme politique algérien. Les gia, principalement composés des membres de l’organisation Tafiroua Hidjra, d’anciens « Afghans » ou de délinquants, regroupent une multitude de groupuscules locaux, extrêmement cloisonnés, qui font du Djihad une obligation religieuse. Les gia entrent dans une course pour le leadership de la mouvance armée qui pousse les différents groupes à multiplier les coups d’éclat et les attentats spectaculaires. Dans les zones qu’ils contrôlent, ils terrorisent la population et imposent un ordre social rigoriste et violent au nom de la charia. En n’hésitant pas à s’en prendre aussi directement à la population, coupable de ne pas avoir rejoint le maquis, les gia ne tardent pas non plus à constituer des bandes délinquantes ou à adopter des comportements mafieux en recourant au racket ou à divers trafics.

Au fil des mois, avec la montée en puissance du terrorisme et de la répression militaire, le champ politique algérien se recompose. Deux grands groupes apparaissent : les « réconciliateurs », favorables au dialogue entre Algériens et les « éradicateurs » qui le refusent. Le clivage partage la société civile, comme l’armée.

Dans le camp des « réconciliateurs », on trouve le fln, le ffs, le mda de Ben Bella… Lamine Zeroual, dès son arrivée au pouvoir, se pose en partisan d’un « dialogue sérieux », ce qui trouve un écho chez certains leaders islamiques modérés. Les deux camps se rencontrent même en novembre 1993. Au cœur de l’été 1994, les choses se précipitent quand les États-Unis pressent Alger « d’élargir sa base politique ». Les principaux créanciers de l’Algérie subordonnent l’aide économique et le rééchelonnement de la dette extérieure à l’ouverture d’un dialogue.

Le camp des « éradicateurs » dénonce avec force ce dialogue, estimant qu’il s’agit d’une capitulation devant les exigences islamistes. Mohamed Louari, considéré comme un tenant de la « ligne dure », obtiendra ainsi la démission de Zeroual. Il est soutenu par une partie de l’opposition démocratique, notamment le rcd de Saïd Sadi, qui sait qu’elle risque d’être la grande perdante de futures négociations. Si le mot d’ordre officiel reste le dialogue, la répression ne semble jamais avoir faibli.

Les répercussions à l’étranger

La dimension internationale de cette guerre civile vient complexifier encore un peu plus les données du problème. L’entrée de la France dans l’engrenage a lieu dès 1994 lorsque Charles Pasqua assigne à résidence, à Folembray, des militants islamistes avant de les expulser vers le Burkina Faso. Le 24 décembre de la même année, un avion d’Air France est détourné par un commando du gia. La vague d’attentats de l’été 1995 et l’assassinat l’année suivante des sept religieux français du monastère de Tibehrine, rapprochent un peu plus la France du drame algérien.

Face à la multiplication des massacres et aux protestations de l’opinion internationale, le régime algérien autorise la venue de deux missions d’enquête, du Parlement européen et de l’onu, en février et juillet 1998. Celles-ci ne mettront pas en difficulté le pouvoir qui, malgré les rapports accusateurs des organisations internationales comme Amnesty International, continue d’être soutenu par les principaux États étrangers – France et États-Unis notamment.

Conclusion : sortir de la crise

L’élection d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République algérienne, n’est que la dernière péripétie en date d’une démocratie de façade ; elle ne change en rien les termes du problème si ce n’est qu’elle renforce le camp des « éradicateurs » à l’origine de la démission de Zeroual : le processus de sortie de crise reste entièrement à accomplir. Malgré une campagne menée sur le thème du rassemblement, le désistement des autres candidats en lice et les révélations de nombreuses organisations internationales sur les fraudes lors du scrutin, ont révélé le caractère superficiel de la démocratie, en fait contrôlée par des hommes inconnus du grand public, et l’extrême division d’une population en grande partie résignée.

Tout progrès devra passer dans l’avenir par une remise en cause de cette « culture de guerre » (Benjamin Stora) qui constitue le plus sérieux obstacle à l’apparition d’un nationalisme à base d’esprit républicain et d’islam tolérant. La pluralité, tant ethnique qu’idéologique, n’est pas compatible avec le langage manichéiste et outrancier tenu aux jeunes Algériens depuis des générations. Outre le défi de la crise économique ou du poids écrasant de la dette, se dresse en Algérie le dilemme qui est de savoir comment vivre son identité arabo-musulmane sans pour autant basculer dans l’obscurantisme. Débat crucial pour l’ensemble des pays arabes, ce combat entre islamisme politique et républicanisme musulman se combine dans l’ancienne colonie française avec les contradictions de la construction nationale.

À partir du moment où aucun des camps qui s’affrontent ne semble en mesure de l’emporter militairement, peut-être la solution vient-elle des partisans du dialogue, refusant la spirale de la violence des « éradicateurs » des deux bords. Cependant, tout rapprochement des modérés, comme en 1995 ou même en novembre 1993, prêts à accepter les règles contraignantes d’une démocratie pluraliste, se heurte aux intérêts bien ancrés de certains clans du pouvoir : l’armée détient sans nul doute une grande partie des réponses aux problèmes politiques.

Julien Rocherieu

Chronologie

1962 18 mars : signature des accords d’Évian. Le lendemain intervient un cessez-le-feu en Algérie.
7 juin : adoption du programme de Tripoli par le cnra.
1er juillet : référendum en Algérie. Les accords consacrant l’accession à l’indépendance de l’Algérie sont adoptés.
3 juillet : proclamation de l’indépendance de l’Algérie.
22 juillet : luttes intestines dans l’Algérie indépendante. Ahmed Ben Bella et ses amis annoncent à Tlemcen la formation d’un « bureau politique ».
9 septembre : l’aln commandée par Boumediene fait son entrée à Alger
1963 29 mars : décrets sur l’autogestion.
8 avril : Khider démissionne ; il est remplacé par Ben Bella.
8 septembre : la constitution est approuvée par référendum. Instauration du parti unique.
1964 16 avril : le 1er Congrès du fln adopte la « charte d’Alger ».
1965 19 juin : Boumediene démet Ben Bella et déclare assumer tous les pouvoirs.
1968 20 mai et 12 juin : nationalisation de nombreux secteurs industriels.
1969 15 janvier : traité d’Ifrane qui établit des rapports de bon voisinage entre le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie.
23 mars : adoption de la charte de la Wilaya.
1971 24 février : nationalisation des pipe-lines, du gaz naturel et de 51 % des avoirs des sociétés pétrolières françaises.
16 novembre : ordonnance sur la révolution agraire.
1973 9 septembre : le 4e sommet des pays non alignés se réunit à Alger.
1974 Avril, à l’onu, Boumediene prône un « nouvel ordre économique international ».
1976 27 février : le Front Polisario proclame la « République arabe sahraouie démocratique », avec l’appui de l’Algérie.
27 juin : référendum sur la charte nationale.
19 novembre : la constitution est adoptée par référendum.
1978 27 décembre : décès de Boumediene ; le 7 février, le colonel Chadli est désigné président de la République.
1980 20 avril : trois jours d’émeutes à Tizi-Ouzou. Les insurgés réclament la reconnaissance de la culture berbère en Algérie.
1982 2 novembre : violents incidents à la cité universitaire Ben Aknoun entre « progressistes » et « islamistes ».
1984 9 juin : adoption du « code de la famille » qui restreint les droits de la femme.
1985 Avril : procès des 135 islamistes du mia.
1986 16 janvier : adoption de la nouvelle « Charte nationale » par référendum.
1988 16 mai : normalisation des relations diplomatiques avec le Maroc.
4-10 octobre : émeutes à Alger. Le bilan officieux fait état de 600 morts.
3 novembre : référendum pour la modification de la constitution.
27 novembre : le fln accepte la séparation du parti et de l’État.
1989 14 septembre : légalisation du fis, créé quelques mois plus tôt.
1990 12 juin : victoire du fis aux élections municipales.
1991 5 juin : affrontements meurtriers entre islamistes et forces de l’ordre. L’état de siège est instauré. Mouloud Hamrouche est nommé premier ministre.
15 juin : appel du fis à la grève générale.
30 juin : Abassi Madani et Ali Benhadj sont arrêtés et emprisonnés.
26 décembre : le fis obtient 188 sièges au premier tour des élections législatives.
1992 11 janvier : les blindés se déploient dans les principales villes. Chadli doit démissionner, l’Assemblée est dissoute et les élections annulées.
14 janvier : un Haut Comité d’État présidé par Boudiaf prend le pouvoir.
Juin : assassinat de Boudiaf.
26 août : attentat à l’aéroport d’Alger.
1994 30 janvier : la présidence de l’État est confiée au général Zeroual.
1er juin : l’Algérie obtient un rééchelonnement de sa dette extérieure.
15 juillet : les usa pressent Alger d’élargir sa base politique.
5 août : 17 Algériens sont assignés à résidence, en France, à Folembray.
26 décembre : un airbus d’Air France est détourné par un commando du gia.
1995 13 janvier : les principaux partis d’opposition signent une plate-forme commune sous l’égide de la communauté catholique de Sant’Egidio.
Juillet : une vague d’attentats frappe la France.
1996 15 novembre : adoption d’une constitution accordant des pouvoirs très étendus au chef de l’État.
1997 5 juin : élections législatives remportées par le rnd, parti du pouvoir.
1998 11 septembre : Zeroual annonce sa démission et la tenue d’élections législatives anticipées.
1999 Avril : Abdelaziz Bouteflika est élu à la présidence de la République. Il était seul en lice après le retrait des autres candidats pour fraude massive.

BIBLIOGRAPHIE

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Revues et articles

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· « La guerre sans fin », Stora Benjamin, L’Histoire, avril 1999, n° 231.

· « La nébuleuse du pouvoir », Duteil Mireille, Esprit, janvier 1995.

· « La prise du pouvoir par le fln », Ageron Charles-Robert, L’Histoire, avril 1999, n° 231.

Source: Cairn