Hommage au dramaturge Mohia

«Ce festival tend à redynamiser et à encourager ces jeunes et à valoriser le rôle des étudiants (l’université) dans la société», a lancé le président de l’association «Cirta».

La 2e édition du Festival culturel de l’amitié en hommage au dramaturge Mohia, organisée par l’association estudiantine culturelle et scientifique Cirta de l’université M’hamed-Bougara de Boumerdès, placée sous le patronage du Haut commissariat à l’amazighité, a levé le rideau dimanche dernier à la Maison de la culture Rachid-Mimouni, en présence de ses anciens amis, de quelques personnalités de la culture et une assistance dont la majorité est étudiante.

Ces derniers sont venus gratifier cet homme au grand parcours militant et pour ses sacrifices pour le combat identitaire. Cirta est une association estudiantine, à caractère culturel et scientifique, agréée par les autorités locales depuis le 19 septembre 2003. Créée dans un contexte particulièrement difficile, l’association s’est fixé des objectifs qu’elle entend réaliser dans le cadre de son programme dont la promotion de la culture et du savoir au sein de la wilaya, ainsi qu’à l’université. La création d’un lieu de réflexion et de débat, la stimulation par de nouvelles expériences individuelles et collectives qui contribuent à définir ce que nous sommes et qui génèrent l’autodéveloppement.

L’association Cirta, n’est pas restée dans la théorie, au contraire, depuis sa création, en 2003, elle ne cesse de donner le meilleur d’elle-même avec la volonté de sa composante en organisant de nombreuses activités à divers horizons, où sont tenus un concours de poésie d’expression amazighe et dont le jury est composé d’éminentes personnalités, de même qu’une série de conférences ont été animées par d’illustres écrivains de la trempe des Zaoui Amine, Merahi Youcef, Adli Younès ainsi que Mme Sidi-Saïd. Par ailleurs, des soirées artistiques ont été animées par de talentueux artistes, à l’exemple de Si Moh, Belaïd Tagrawla...pour ne citer que ceux-là. Sur le plan scientifique et préventif, des journées contre le sida se sont tenues avec des expositions et des conférences pour la prévention.

Dans son intervention, avant l’ouverture officielle du festival dont le coup d’envoi a été donné par le grand comédien Chérif Bouyahiaoui, le président de l’association estudiantine culturelle et scientifique Cirta, et chargé de préparer le festival, a indiqué que «ce festival qui est une manifestation culturelle et scientifique, tend à redynamiser et à encourager les jeunes et à valoriser le rôle des étudiants (l’université) dans la société». «Un festival ne doit pas être uniquement un support d’attraction, sinon il devient un événement folklorique», a lancé notre étudiant.
Et d’ajouter qu’«un festival a besoin d’un temps pour unir le public, le Festival culturel de l’amitié y tient là sa clef de réussite». En dépit de son très jeune âge, ce nouveau-né est déjà dans le circuit des grands. Les spectateurs qui ont suivi le festival ont témoigné de la réussite de l’édition précédente intitulée
«Si Muhand U Hand...100 ans déjà». Les artistes et les médias ont également témoigné de la capacité de ce festival malgré le manque de moyens.

D’après les observateurs, cet événement a glané des échelons en un minimum de temps. D’ailleurs, cette manifestation, qui était, au départ, à la limite de notre université, a très vite, dès la 2e édition, pris les contours d’une manifestation «nationale». Dans ce contexte, le président de l’association a souligné que «cette manifestation constitue actuellement le plus important rendez-vous estudiantin dans la wilaya de Boumerdès».

Parcours singulier
Pour honorer la mémoire de Mohia, cet homme de l’ombre qui est méconnu auprès des siens, de son vrai nom Mohia Abdellah, est écrivain, poète et traducteur en langue amazighe. Mohia Abdellah est né un 1er novembre 1950 à Iazzugen (Azazga). Sa famille est originaire d’At Rbah (commune d’Ibudraren) dans la célèbre tribu des At Wasif mais son père, tailleur de profession, s’est installé depuis quelques années à Azzugan. Mohia a passé une partie de son enfance dans cette région avant que sa famille ne déménage à Tizi Ouzou. Interne au lycée Amirouche à Tizi Ouzou, le jeune Mohia était un brillant élève, il décroche son Bac en 1968. Il rejoint l’université d’Alger où il poursuit des études supérieures en mathématiques. Il obtient sa licence en 1972. Il participe à un concours qu’il obtient, il est alors autorisé à s’inscrire à l’Ecole d’ingénieurs en hydraulique en France. En 1973, il part en France, plus précisément à Strasbourg, mais au cours de la même année, il rejoint Paris.
Il intègre le Groupe d’études amazighe créé à l’université, Paris VIII (Vincennes). Il sera un des animateurs des revues publiées par ce groupe: Bulletin d’études amazighe (BEA) puis Tisuraf. En parallèle, il travaille comme veilleur de nuit dans un hôtel du 7e arrondissement. Il a animé la troupe Asalu à partir de 1983. C’est autour de cette dernière qu’un atelier de traduction-adaptation s’est constitué.
Pendant de nombreuses années, il a tenu un commerce d’alimentation générale à Paris. Il a, par ailleurs, enseigné l’amazighe à l’ACB. Il a publié des poèmes, des nouvelles ainsi que de nombreuses traductions, vers le kabyle, de pièces de théâtre (plus d’une vingtaine), nouvelles, poésies...
Pour les troupes participantes, les choses sérieuses ont commencé, la preuve, celle d’Amizour de Béjaïa, nommée T4, n’a laissé personne insensible avec sa représentation qui a donné un plus à cette première journée du Festival avec sa pièce intitulé L’qahwa Algerian de Nordine qui relate le marasme que vit la jeunesse algérienne. Cette pièce est constituée de quatre tableaux avec diverses pistes narratives dans l’écriture.
Elle relate une dualité entre Da Lakhal, propriétaire d’un café, un vétéran de la guerre de Libération aux principes rigides, très à l’aise financièrement, avec plusieurs rentes, et son serveur L’Hocine, jeune chômeur et universitaire.
Pratiquement, ce jeune a tout fait pour vivre de son diplôme, mais hélas toutes les portes lui sont restées fermées. Il a tenté el harga vers l’étranger, mais cela aussi n’était pas à sa portée. L’espoir est perdu, au point de devenir un revendeur de drogue pour subvenir aux besoins de sa famille nombreuse dont il est le tuteur. Pratiquement, il n’y a aucune joie dans sa vie, même sa fiancée l’a quitté dans ces moments difficiles. Et c’est la goutte qui fait déborder le vase. Comme, L’Hocine a un bagage intellectuel, des scènes d’éclaircissement n’ont laissé personne austère. A la fin, la victime du système fut arrêtée par la police, alors que son gros bonnet est passé par la grande porte. La lueur d’espoir était le jeune Agur, qui a préféré la culture pour assurer une génération de défi.

Un riche hommage
L’association estudiantine culturelle et scientifique Cirta, a prévu un programme avec une ouverture riche en couleurs avec la présence d’artistes connus sur la scène tels que Omar Fatmouche, Hamida Aït El Hadj, Mourad Khan, Younès Adli, Youcef Aït Mouloud, Aggoune,...Cette 2e édition qui se poursuivra jusqu’à mercredi prochain verra la participation des troupes de théâtre d’expression amazighe à un concours qui ne laissera personne indifférent puisque la concurrence sera rude avec des conférences et des projections de films. «L’objectif de la manifestation est de préserver nos valeurs ancestrales, promouvoir le patrimoine culturel et créer des espaces d’échange entre les différentes cultures», a souligné, le président de l’association. Par ailleurs, l’organisation d’une manifestation de cette envergure, qui nécessite beaucoup de moyens, est une véritable force renouvelée chaque année.
En dépit de cela, tous les efforts tendent vers l’amélioration des conditions de déroulement de cette importante manifestation.
L’Association en charge des préparatifs du festival a lancé un appel à toutes les personnes concernées pour prendre part au sauvetage du Festival culturel de l’amitié.

par Idir AMMOUR

Source: Berberes.com