26 mai 2008
Béchar-2e festival de la musique Gnawi
L’initiative est probante
« Spiritualité,
soufisme, sacré, rite, possession, extase, transe. Tagnawite, diwane,
gnawa, ousfane. M’louk, koyou, bordj. Maâlem, mkadem, lila, m’bita.
Autant de vocables et d’autres encore souvent associés au gnawi.
Tantôt pour le qualifier et désigner ceux qui le pratiquent, tantôt pour expliquer l’emprise qu’il ne cesse d’avoir sur les corps et les âmes. C’est la première lecture qu’on vous offre sous forme d’invitation, à l’entrée du cinéma municipal de la ville de Béchar où se déroule l’essentiel des activités spirituelles et ludiques du 2e Festival de la musique gnawi.
L’ouverture artistique est revenue à la troupe artistique Ahl Diwan de Kenadsa, patrie de l’immense association El Ferda et territoire d’inspiration incomparable du non moins immense Alla El Fondu, vivant actuellement en France. Sur scène, l’atmosphère gnawi gagne vite en intensité, en vitalité, en tissu d’écoute. Les standards sont entonnés en groupe, des incantations sont lancées, des airs connus reviennent, la parenté est là, celle du lieu mais aussi des longs métissages que les siècles et les initiatives ont façonnées. C’est une mise en condition, une mise en situation. Danses, guembris et karkabou sont aussi bien dans l’affirmation identitaire que dans la signature du signe collectif. Des spectateurs entrent en complicité avec l’orchestre, s’insinuent dans la perméabilité des chansons-invocations, des chansons-phares, des chansons bouts de phrases et bouts d’héritage maghrébo-africains. Ahl Diwan raccourci les étapes et les continents.
L’équipe de la ville qui a vu naître Malika Mokeddem et de Yasmina Khadra revendique à la fois le grand écart culturel et l’authenticité des airs locaux. Il y a une affirmation mais aussi des emprunts que les enfants de la grande zaouïa de Sidi M’hamed Ben Bouziane, basée au ksar de Kenadsa, assument sans rougir parce que le gnawi est une affaire transfrontalière avant d’être un héritage d’un lieu précis, d’une époque précise, d’une peuplade précise. Un choix que revendique haut et fort avec danse extatique à l’appui la troupe de Sidi Blel de Relizane, un choix où la tradition africaine de nos arts musicaux profanes et religieux est mise en évidence, rehaussée, réhabilitée à travers des chants et des danses qui vous forcent à retourner sur la traces de vos ancêtres, nos ancêtres africains, à ré-arpenter les sentiers de la longue marche de l’humanité dans sa partie Sud.
Les airs mystiques (incontournables dans des espaces de connivence pareils) sont dans la fortification d’une croyance esthético-philosophique mais aussi dans la transversalité artistique, dans la communauté d’héritage. Il y a une offre culturelle collective dans laquelle l’idée de mouvement n’est pas une affaire de manifeste à lire, mais une émotion à entretenir et à partager à l’ombre des aînés et de tous ceux qui ont su sauvegarder l’âme où les âmes d’une identité plusieurs fois assiégée, des dizaines de fois aliénée, jusqu’à aujourd’hui minorative.
Le collectif Diwan Dzair apporte à son tour ses sonorités du couple karkabou ( castagnettes)- tambour. Encadré par de vénérables musiciens blanchis sous le harnais de l’air gnawi, les jeunes éléments de l’équipe donnent la réplique aux grands (au sens propre et au sens figuré) dans un superbe échange. Voix et corps valorisent la prestation, se font un pour s’impliquer dans la constitution du goût d’un public enthousiaste, unanimement acquis, unanimement partie prenante. Fumigènes et costumes de scènes à forte connotation africaines participent à la nuit sonore bécharienne, consolident la superbe initiative du commissariat du Festival de la chanson gnawi orchestrée par Hocine Zaïdi.
Diwane Casbah amplifie le message. Là également, on est sur une écoute à deux générations, le passage à témoin se réalise avec une parfaite harmonie, jeunes instrumentistes et moins jeunes traversent les âges pour conforter une expression, enrichir un patrimoine, inscrire une passation de consigne artistique. Diwane Casbah ne se contente pas d’être le collectif algérois, il est dans la transmission pour que l’identité ne soit pas uniquement un trésor qu’on cache, mais une sensibilité à partager. Notons qu’une série de conférences-débats autour de la musique gnawi est programmée à la maison de la culture du chef-lieu de la wilaya, en marge des soirées musicales qui se tiennent au cinéma municipal de la cité de Hasna El Bécharia. Encore un repère, un solide repère !
Source: El Watan
Edition du 26 mai 2008
> Culture

Appétits esthétiques
Au
deuxième jour du festival gnawi, c’est déjà l’effervescence à
l’intérieur de la salle du cinéma municipal de la ville de Béchar —
espace de toutes les représentations — et à l’extérieur. Beaucoup de
jeunes occupent les lieux, beaucoup dansent sur les airs gnaouis.
Les huit interprètes de la troupe Tihertyne (Tiaret), tout de noir vêtus, ouvrent le bal sur des airs anciens. L’ambiance chauffe vite, une ambiance festive avec des morceaux d’incantations religieuses repris intégralement. Le guembri cède un peu de place à la guitare électrique et au synthétiseur. Bismillah ou Bordj Chahada — mode musical et incantatoire — est repris en chœur avec la prééminence pour une sorte de porteur de voix. La salle répond. Rythmes gnawis et ghiwanis se donnent la réplique, s’enchevêtrent. Qui est ceci et qui est cela ? On est dans l’expérimental et ça crée de l’effet ; car, par delà de tout, la musique arrive à abolir les frontières : des airs se nourrissent d’autres airs et des mixages s’insinuent dans d’autres mixages.
Les éléments de Tiaret donnent la nette impression de bien connaître leur métier, il y a une bonne maîtrise de la scène, une belle entente vocale, une chorégraphie travaillée avec soin. Manifestement, il y a de la joie de jouer et de la technicité dans la confrontation des genres musicaux, de l’ouverture sans complexe sur les autres sous l’emblème du séculaire genre gnawi. La troupe Mejber de Béchar inscrit sa prestation sur le même registre. Le tempo est presque à l’identique. Le diwan est joué sur le mode sacré avec des instruments modernes. Le religieux est décliné en versants ouvertement festifs, ouvertement joyeux, ouvertement intergénérationnels. Le profane est convoqué. Le mariage avec l’ancien et le nouveau, notamment dans sa partie instrumentale, opère avec beaucoup de réussite. Il y a l’observance des règles du spectacle en milieu fermé. Les anciens airs gnawis, par parties importés d’Afrique subsaharienne, sont revisités avec des sonorités nouvelles, parfois radicales dans la manière de transmettre cet art ancestral qui s’enseigne à l’oreille et au corps, sans distinction. La contemporanéité dans l’art de transmettre des émotions n’est plus prisonnière des gardiens du temple gnawi, de tous les gardiens et de tous les temples. Le divertissement peut aller avec l’imploration du pardon de Dieu. Les formes populaires, empruntées à la culture populaire, sont exécutées sous l’autorité d’une batterie qui prend l’essentiel de la scène du cinéma municipal. Le corps interprète l’air et le joue au sens théâtral du terme. Là aussi, le public adhère sans retenue, chante avec le collectif artistique, danse dans les travées. La rencontre avec la salle est une jouissance partagée sans barrières. Les rites religieux et païens se confondent dans des arrangements musicaux qui ne se refusent aucune liberté dans l’art d’imbriquer les instruments d’hier et d’aujourd’hui. Il y a de la révolution dans l’air, une révolution respectueuse néanmoins du legs des anciens, mais révolution quand même. Avec la troupe Ahl Touba de Sidi Bel Abbès, la solution est inversée par rapport aux deux prestations données en soirée. Nous assistons à un retour plus que prononcé au gnawi des origines. Un gnawi des zaouïas. La compagnie bel-abbésienne, qui semble dès le départ affectionner le genre dans ses rituels de « mise en espace » et « mise en forme », ouvre son répertoire avec le genre « tergou sergou », un bordj fortement apparenté à la sensualité du style musical et spirituel des confréries religieuses venues du Sud. Elle l’achève en entamant avec fougue Bordj Ali, une parenté philosophique et musicale qui pourrait avoir un fort lien avec les légendes de dissidences qui ont entouré l’itinéraire du compagnon du prophète Mohamed et la dimension chiite qui s’en est suivie. Encens (bkhour), jeu de couteaux et longue imploration de Dieu ont constitué l’essentiel de la prestation de cette association, née en 2007, dans une ville éclectique, la ville de tous les goûts et de tous les appétits esthétiques. La ville de Abdelmoula El abbassi et de Raina raï.
Source: El Watan
Edition du 27 mai 2008
Air du temps
25 mai 2008
La Colline oubliée
Mouloud
Mammeri, La Colline oubliée
Gallimard, Collection Folio, numéro 2353, 224 pages. ISBN: 2070384748. Pages 29 à 35.
Présentation :
1939,
au cœur des montagnes de Haute Kabylie. Dans un village gouverné
par les valeurs et les coutumes ancestrales, les existences se déroulent
au rythme des saisons. Mokrane y est né, y a grandi et y vit
dans l'alternance des douleurs, des espoirs, des vengeances. Au moment
de la guerre, la mobilisation et le départ des hommes engendrent
un désarroi confusément ressenti comme une malédiction
sur le village. Les habitudes et les mentalités changent, l'ordre
colonial commence à ébranler l'harmonie séculaire
d'un monde enchanté sentant sa fin prochaine.
Glossaire
Aourir
: village berbère de Kabylie.
Aroumi : l'Européen, et en particulier le Français.
Baraka: pouvoir surnaturel d'un saint.
Cheikh : en arabe, « ancien ». Sage, chef de tribu. Titre
honorifique, d'usage multiple, désignant un dignitaire.
Tajmaït : assemblée du village.
Takoravt : cimetière de Tasga.
Taleb : étudiant d'une école coranique.
Tasga : village du narrateur.
Timechret : sacrifice de moutons ou de bœufs fait par tout un village
à certaines occasions.
Iroumien : pluriel de Aroumi.
De toute façon on ne parlait plus que de cela, les femmes à la fontaine, sur les routes, les hommes sur la place publique, dans les cafés, les marchés. Pour des raisons diverses et par une étrange inconséquence chez ces hommes et ces femmes qui n'en auraient à subir que les ruines, c'était presque dans l'allégresse qu'on attendait la guerre. Enfin un grand événement, essentiel, puisqu'on y laissait la vie, général, puisqu'il affectait tout le monde, allait briser la monotonie de vivre. Comme si chacun était fatigué de n'attendre chaque jour que ce qu'il avait connu la veille, ils augmentaient encore du poids de leur consentement exprimé ou tacite la course folle vers la solution stupide. Du reste tout les y poussait : le bourrage de crâne de la presse, celui de la radio, des racontars à l'origine soigneusement calculés, la misère. Cette grande veulerie et cette indigence qui depuis des années s'étaient abattues sur Tasga et tous les autres villages de la montagne allaient peut-être trouver là leur remède ? Tous en étaient arrivés sinon à la vouloir, du moins à vaguement l'attendre.
Depuis
longtemps en effet, notre cité souffrait d'une maladie étrange,
insaisissable. Elle était partout et nulle part; elle semblait
disparaître quelques mois, puis fondait brusquement, terriblement,
comme pour rattraper le court moment de répit qu'elle nous
avait laissé. On avait essayé tous les remèdes ;
rien n'y faisait, d'autant plus que nul ne savait exactement quelle
était la cause du mal, quel saint on avait offensé,
en quoi les jeunes avaient dépassé la juste mesure ou
les vieux fait à l'assemblée des raisonnements faux
et pris des décisions injustes.
Deux
ans de suite toutes les sources avaient tari, et il avait fallu descendre
chercher l'eau très bas, dans la vallée. La grêle
avait brûlé le blé en herbe ; on avait éteint
dans le même été quatre incendies à quelques
jours d'intervalle dans la même forêt d'Ifran. Les enfants
ne se battaient plus; ils s'asseyaient en rond sur la place, comme
les vieux, et parlaient d'automobiles ou du prix des denrées,
ils ne jouaient pas, comme nous jadis, aux chacals, aux sangliers,
aux jeux aventureux qui nous menaient jusqu'à Aourir et plus
loin ; il n'était jamais question parmi eux de batailles
à coups de pierres ; et les vieux qui nous les interdisaient
à cause des blessures et des ravages que les deux camps faisaient
dans les champs, finirent par regretter que nulle troupe jamais ne
couchât les moissons dans sa course rapide. Il naissait toujours
autant d'enfants, mais c'étaient surtout des filles; il y avait
aussi beaucoup de morts, mais c'étaient plutôt des garçons
qui mouraient. Un vent maléfique soufflait sur Tasga ;
tous les vieux se souvenaient d'être sortis tête nue sous
la neige ; il avait suffit à notre cordonnier de rester
sous le vent du nord le temps de ferrer son âne : on l'a
enterré le lendemain. Un si brave homme, qui vous raccommodait
des chaussures pour presque rien.
Mais
le plus grave n'était pas là, le plus grave, c'était
cette tristesse qui suintait des murs ; ces ânes lents
qui descendaient la pente de Takoravt, ces bœufs somnolents, ces femmes
chargées semblaient s'acquitter sans joie d'une corvée
insipide qu'ils avaient tout le temps de finir : il semblait
qu'ils avaient devant eux l'éternité, alors ils ne se
pressaient pas ; on aurait dit que les hommes et les femmes n'attendaient
plus rien, à les voir si indifférents à la joie.
Et
puis trop de jeunes gens partaient pour la France, où ils allaient
gagner de l'argent. La terre ne pouvait pas suffire à tous
les besoins. Nos grands-pères avaient deux fois moins de besoins
et quatre fois plus de terre que nous. Alors tout le monde partait.
Cela avait commencé par les deux fils du cordonnier, après
la mort de leur père ; puis Mebarek était parti,
Ouali, Ali, puis Idir, mais de celui-ci on ne pouvait rien dire ;
ce n'était certainement pas pour travailler qu'il était
parti ; et on ne savait même pas s'il reviendrait.
Alors
les rues vidées des groupes bruyants, brutaux et gais de tous
ces jeunes gens partis gagner de l'argent devinrent propres et froides.
Les jeunes filles, que personne n'attendait maintenant sur les places,
ne cherchaient plus que le nombre exact de cruches qu'il leur fallait,
alors qu'autrefois elles repassaient si souvent qu'elles devaient,
comme disait Ouali, verser leur eau dans des jarres percées ;
encore ne venaient-elles que lentement et sagement et aux fontaines
les plus proches, au lieu que jadis elles riaient et se détournaient
et allaient chercher l'eau de l'autre côté du village.
Et les fontaines et les chemins, privés des rires et des jeux
des jeunes filles, étaient devenus austères et sereins
comme les raisonnements des sages.
D'ailleurs
il y avait trop de jeunes filles, il y en avait tant que cela devenait
inquiétant. On n'en avait jamais tant vu à Tasga, car
les jeunes gens ne se mariaient plus. Ils disaient comme les Iroumien
qu'il leur fallait d'abord gagner assez d'argent pour deux ;
ils croyaient, les impies, que c'est du travail de leurs bras que
sortirait la nourriture de leurs enfants ; ils ignoraient que
c'est Dieu qui comble et Dieu qui appauvrit. Nos aïeux étaient
sages qui se mariaient d'abord, sachant bien que c'est une nécessité
naturelle et un devoir envers Dieu et la loi du prophète et
qui ensuite tâchaient de pourvoir aux besoins de la maison,
car Dieu est clément et miséricordieux.
Mais
il n'y avait pas que cela. Il y avait aussi que les discussions à
la tajmaït devenaient de plus en plus un long dialogue entre
le cheikh et mon père. Il n'y avait plus à Tasga d'orateur
qui pût parler longuement et dignement ; les vieux, parce
qu'après le cheikh et mon père, ils n'avaient rien à
dire, les jeunes parce qu'ils étaient incapables de prononcer
en kabyle un discours soutenu ; quand par hasard l'un d'eux prenait
la parole, on voyait s'abaisser une à une les têtes barbues
et ravagées de tous les vieux assis en ligne sur les dalles
du fond; un malaise les parcourait tous, car les discours des jeunes
ressemblaient aux conversations des épiciers : ils étaient
secs, froids, sans ordre, sans citations, ils ne visaient à
rien qu'à la solution d'un petit détail précis,
leur grand mot était « lmoufid », le minimum :
alors qu'est-ce que l'assemblée pouvait attendre de harangues
qui visaient ouvertement au minimum ?
C'était
comme si Sidi Hand-ou-Malek, le Saint qui veillait depuis près
de quatre siècles sur notre village et notre tribu tout entière,
s'était désintéressé de nous. Il y avait
partout comme un avilissement, une fatigue de vivre, et, n'était
le respect dû à leur ancêtre aimé de Dieu,
c'était à se demander si aux prières de nos marabouts,
la baraka du grand saint ne restait pas muette, comme s'il ne nous
aimait plus, sourde comme si elle n'entendait plus nos voix.
Il
est vrai qu'on avait tout fait pour mériter cette malédiction.
Le maquignon de chez nous n'avait-il pas eu un jour l'audace de proposer
à l'assemblée que fût supprimée Timechret,
le sacrifice de moutons ou de bœufs que le village tout entier faisait
à la petite aïd ou au début du printemps ?
« Cela coûte trop cher et puis à quoi cela sert-il ? »
Même un faux taleb, récemment arrivé de l'Université
d'El-Azhar au Caire, avait dit que c'était péché
dans notre religion, mais Dieu lui pardonne d'avoir émis ce
blasphème, il est si jeune.
Cependant
la majorité des hommes du village était de cet avis.
Le dernier argument avait emporté les derniers scrupules :
« À quoi ça sert ? » À la fin de la
harangue du maquignon la rumeur d'approbation avait été
si forte que le cheikh, sentant la partie perdue, avait levé
la séance avant qu'aucune décision fût prise :
on déciderait à la prochaine réunion; il espérait
qu'entre-temps Dieu éclairerait les aveugles
-
Nous trancherons cela plus tard, dit-il, s'il plaît à
Dieu. À chaque jour suffit sa peine.
Et
de cela inlassablement il parlait à mon père et à
tous les vieux
-Nous aurons une timechret cette année, leur disait-il, cette
année et toutes les années qui seront avant celle de
ma mort, puis, après moi, que les gens de Tasga fassent comme
il est écrit qu'ils feront.
Source: Homme moderne
23 mai 2008
Le "Journal" de Mouloud Feraoun
Le Journal de Mouloud Feraoun
Le Journal de Mouloud Feraoun, écrivain algérien kabyle assassiné en 1960 par l'OAS.
Algérie 1966 - Emancipation de la femme
ALGERIE 1966 - EMANCIPATION DE LA FEMME
Emancipation de la femme algérienne en 1966 Le parcours de la femme algérienne révolutionnaire.
Vidéo: La Kabylie en 1946
Images, de la grande Kabylie, filmées en 1946 et diffusées dans les actualités françaises en janvier 1947.
Juifs d'Algérie en Israel (1961)
21 mai 2008
El guanche Bereber
Les Guanches (Igwanciyen) sont les premiers habitants connus des îles Canaries. Ces peuples, d'origine berbère, vivaient encore à l'âge de pierre lors de l'arrivée des Européens pendant le Moyen Âge. Leur culture a disparu en tant que telle, mais a laissé quelques vestiges. Il subsiste des témoignages de leur langue, quelques expressions, et les noms propres de leurs chefs qui restent portés comme noms de familles : ces témoignages permettent de les relier aux dialectes berbères. La chanson "El guanche Bereber" interpretée par le groupe Canarien: Almogaren, est une adaptation de la célebre chanson de Idir "Avava Inouva"
18 mai 2008
Guerre d’indépendance de l’Algérie : L’image, source et objet de recherche historique
Étudier une période historique donnée par la photographie, c’est le choix novateur fait par Marie Chominot pour sa thèse de doctorat en histoire, sous la direction de Benjamin Stora, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales, qu’elle a soutenue mercredi dernier.
La photo est en effet encore une sourc inhabituelle dans l’univers de l’historien. La jeune chercheuse, qui a étudié « la photographie pour la guerre » et non « la photo de la guerre », a présenté le résultat de six ans d’investigations, de consultations, de collecte et d’analyse d’archives photographiques en France et en Algérie sous l’intitulé de « Guerre des images, guerre sans images ». Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954 - 1962). Un travail salué par l’ensemble du jury présidé par Omar Carlier, professeur à l’université Paris VII, comme « un travail exceptionnel », « d’une très grande honnêteté », « rigoureux ».
Dans un résumé succinct de sa thèse, — trois volumes dont un consacré à 1200 photos dont certaines sont inédites —Marie Chominot explique que « pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), conflit qui n’a pas officiellement le statut de guerre, les deux camps en présence incluent la photographie dans des stratégies de légitimation et de communication complexes, mettant en œuvre une véritable politique images…La photographie se trouve au cœur d’une vaste entreprise de maîtrise de la guerre : elle sert à faire la guerre (comme auxiliaire du renseignement), elle sert aussi à la dire ». « Dans le but de maîtriser le récit confié à l’opinion publique par les médias, l’armée a organisé une forme de monopole de production et de diffusion des images photographiques, s’efforçant de tarir à la source la réalisation de photographies par des journalistes civils, tout en alimentant régulièrement le système de diffusion médiatique qui se fait par conséquent le relais, consentant mais forcé, d’une vision univoque. »
Directeur de thèse de Marie Chominot, l’historien Benjamin Stora a rappelé que 200 000 clichés ont été pris par l’armée française, représentant une « source considérable ». Sans compter les archives privées en France, mais aussi en Algérie, que Marie Chominot a pu consulter lors de deux séjours en Algérie et dont plusieurs sont inédites. Marie Chominot « a croisé de manière judicieuse des archives officielles, des archives dissidentes, marginales », a précisé son directeur de thèse. Relevant les différents intérêts du travail de Marie Chominot, Benjamin Stora a souligné que « cette thèse participe du renouvellement de la recherche sur cette période ». Elle a permis de « dévoiler cette guerre invisible et sans nom ». Et participe donc de « la reconnaissance de cette guerre ».
Son deuxième intérêt est de montrer que l’image est source et objet de recherche historique, ajoute le professeur d’histoire. De son point de vue encore, le troisième intérêt réside dans le fait qu’un travail d’enquête a été mené en Algérie. « Ce travail permet de sortir d’un système de représentation hégémonique », « le détour par l’Algérie est essentiel ». Un autre intérêt est que le travail de Marie Chominot « montre pour la première fois comment la reproduction photographique par l’armée française alimentait les circuits médiatiques, intégrant ceux qui seront les précurseurs des journalistes embarqués ». « Cette façon de faire, novatrice, nous conduit à réfléchir sur l’actualité d’aujourd’hui. La guerre d’Algérie a inauguré une période, celle du contrôle des images mis en œuvre par les Etats », précise encore Benjamin Stora.
Pour sa part, Abdelmadjid Merdaci, maître de conférences à l’université Mentouri de Constantine, a observé que cette thèse permettrait de réfléchir à des champs inexplorés en Algérie. Elle montre aussi « le caractère inégalitaire » du conflit tel qu’il apparaît à travers la production et la mise en circulation des images, « met en lumière ce que Marie Chominot appelle pragmatisme algérien, qui utilise des images de toutes origines pour organiser un système de confrontation à l’Etat français, au discours français », « redéfinit la nature du conflit du point de vue de ceux qui parlaient au nom du FLN », « la question de la multiplicité des acteurs et des territoires de cette guerre ». Selon l’universitaire algérien, « la société française a construit sa cécité, elle ne voit pas, ne veut pas voir, ne doit pas voir ». « Il est important aussi de dire comment le régime algérien a produit de l’amnésie sur cette période. »
La thèse de Marie Chominot se compose de deux parties : des photographies dans l’Algérie en guerre ; des photos pour faire la guerre, des photos pour la dire. Et de sept chapitres : vers un monopole militaire ? l’infrastructure photographique de l’armée en Algérie ; la photo auxiliaire du renseignement ; en Algérie, conquérir les cœurs ou terroriser les esprits ; maîtriser le (s) récit (s) de la guerre ; dans le camp français une production hors des cadres ; le versant algérien de la « guerre des images ». Photographier au maquis ; une stratégie de visibilité maximale : témoigner, publier, communiquer ; faire feu de tout bois. La création des services spécialisés (photographie et cinéma) auprès du GPRA, les journalistes étrangers, collecter, archiver.
Source: El Watan
Edition du 19 mai 2008 > France-Actualités
Mots clés Technorati : Thèse, Guerre d'Algérie, Colonialisme, Algérie française, Guerre et image
Francophonie: l’Algérie pourrait rejoindre le club international à Québec
Québec et Ottawa espèrent réaliser un coup d’éclat au Sommet de la francophonie d’octobre en convainquant l’Algérie d’annoncer à Québec son adhésion à l’Organisation internationale de la francophonie.
Les deux gouvernements redoublent d’efforts pour
rallier au club francophone cet État qui se laisse tirer l’oreille
depuis longtemps, bien qu’il constitue un des plus grands pays
francophones du monde. La ministre québécoise des Relations
internationales, Monique Gagnon-Tremblay, fera d’Alger la première
étape d’un voyage en Afrique à partir du 23 mai. Elle y a été précédée
la semaine dernière par le représentant personnel de Stephen Harper
auprès de la francophonie, Jacques Bilodeau.
Ce dernier y aurait
reçu des signaux positifs du gouvernement algérien à propos d’une
éventuelle adhésion pour le Sommet de Québec. «De ce qu’on entend comme
signaux de la communauté algérienne, ils n’attendent qu’une invitation
officielle du Canada et du Québec et ils adhéreraient à la francophonie
à Québec», indique une source aux Relations internationales. La
ministre espère donc repartir d’Alger avec un accord de principe.
Indépendante
depuis 1962, l’Algérie a longtemps considéré le club francophone comme
un «prolongement néocolonial». Mais elle a amorcé un rapprochement avec
l’OIF il y a six ans. Son président, Abdelaziz Bouteflika, a pris part
en tant qu’invité spécial aux Sommets de Beyrouth (2002) et Ouagadougou
(2004). Il a délégué son ministre des Affaires étrangères au dernier
sommet, celui de Bucarest, en 2006. En mars dernier, le président
français Nicolas Sarkozy a réitéré le souhait que l’Algérie adhère
enfin à l’OIF.
Contrairement à la France, le Québec veut mettre
la pédale douce à l’acceptation de nouveaux membres au sein de l’OIF
–qui en compte 68 au nom du principe de «l’approfondissement avant
l’élargissement».
Monique Gagnon-Tremblay estime qu’une
redéfinition des critères d’adhésion doit d’abord assurer que les pays
candidats font des efforts concrets pour faire progresser le français.
La dimension politique de la francophonie attire de plus en plus de
pays où on n’enseigne même pas cette langue.
Mais à Québec, on
souligne que ces réserves ne s’appliquent nullement à l’Algérie, un des
pays comptant le plus de francophones au monde (16 millions). À l’égard
des critères d’adhésion énoncés en 1997, celle de l’Algérie ne pose
d’ailleurs aucun problème. «Ils ont tous les critères», note notre
source.
Hormis l’Algérie –si son adhésion se concrétise–, il
apparaît peu probable que le Sommet de Québec donne lieu à un autre
élargissement de l’effectif de l’OIF.
Martin Pelchat
Source: Le Soleil
Québec, mercredi 14 mai 2008
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15 mai 2008
Mugar, rencontre celto-berbère
Entourés d’une dizaine de musiciens..., les flûtistes Youenn Le Berre, Nasredine Dalil et Michel Sikiotakis vivent le métissage comme une fête. (Libération)
Groupe Mugar
L'aventure musicale Mugar autour des trois flûtistes Nasredine Dalil, Youenn Le Berre
et Michel Sikiotakis a été crée en juin 1996 à l'occasion du festival "Printemps Celte" de La Grande Halle de La Villette à Paris.
Ils ont travaillé dans un esprit de rencontre et de métissage des univers musicaux de leurs cultures d'origine : celte et berbère. Répertoire traditionnel et compositions originales, emprunts et échanges, mélanges et confrontation tissent ce spectacle atypique qui fait de la différence une source de création renouvelée, à la croisée de la tradition et de la modernité.
Le succès ayant été immédiat, ce qui ne devait être qu'une expérience est devenu un spectacle tournant en France et à l'étranger. Un premier CD "kabily-touseg" est paru en 1998, et a été très bien reçu par le public et par la presse. Le deuxième album "Penn ar Pled" est sorti en septembre 2005.
- Lahouhari Bennadjadi : gumbrit et choeur
- Nasredine Dalil : flûte traversière, chant, bendir, karkabou
- Abdenour Djemaï : banjo
- Philippe Hunsinger : bouzouki et guitare
- El-Hadj Khalfa : t'bel, choeur et zorna
- Youenn Le Berre : flûte traversière, cornemuse, tin-whistle, flûte basse, chant
- Jean-Bernard Mondoloni : bodhrán et didjeriddo
- Jean-Claude Philippe : violon
- Céline Rivaud : violon
- Michel Sikiotakis : flûte traversière, tin-whistle, low-whistle, choeur, bombarde
- Yann Lemêtre : son façade
Biographie
" Autrui en tant qu'autrui, n'est pas seulement
un alter ego, il est ce que moi je ne suis pas " Emmanuel Levinas
Confrontations, croissements, rencontres, surprises… Le voyage de Mugar
continue avec gourmandise et clairvoyance. Gourmandise pour les rythmes qui
embrasent les mélodies. Gourmandise pour ce festin d'instruments qui
se sentent bien dans un même voyage.
Clairvoyance car, sous leurs très beaux accents, les musiciens du groupe ne sont pas dupes. La musique ne résoud pas tout. Mais faire vivre des musiques aux langues différentes oblige à se connaître et à se reconnaître.
À l'écoute de Mugar, on peut être perplexe. D'où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Leur musique se déroule, syncopée, belle, flatteuse. Parfois elle se fait grave, comme pour nous dire que les rencontres entre les peuples ne sont pas toujours faites dans l'allégresse. Puis le groove renaît, sourd lancinant. Alors résonnent tous les territoires de l'Afrique. Et quand le banjo se mêle de ces histoires de peuples, puis la flûte, le violon à d'autres instruments riches des épopées celtes. On comprend que les membres de Mugar ont une vraie préoccupation : se rencontrer, se comprendre, et écrire ensemble des pages de l'histoire de la musique des tribus qui forment l'humanité.
Cette recherche semble être la ligne que suivent les musiciens de Mugar, personnages aguerris à toutes les confrontations.
Au travers de compositions traditionnelles, de créations, de mixités
limpides, chacun trouve sa place, amène sa culture, son lyrisme, sa force.
Et soudain, sereinement, comme un vent du désert les voix viennent rappeler
que la musique est fête mais que certains des porteurs de mélodies
viennent de peuples pour qui, encore aujourd'hui, chaque jour se gagne durement.
Malgré cette forme d'allégresse, les musiciens de Mugar ne sont
pas que de doux rêveurs. Ils savent bien d'où il viennent. Et leur
vie à chacun permet ces rencontres évidentes.
La bande peut sembler hétéroclite mais la cohésion est
totale.
Les musiciens on compris une chose fondamentale : de l'écoute et de la
compréhension de l'autre ne peut qu'apparaître le beau.
Philippe
Krümm (pour la sortie de Penn ar Bled)
La terra incognita de Mugar
Prenez trois flûtistes : Youenn le Berre, Michel Sikiotakis, Nasredine Dalil, Des flûtistes du genre fureteurs, curieux, partageux. Le premier issu de "Gwendal", le second de "Taxi Mauve", le troisième sommité du milieu musical berbère. Des as de la flûte traversière, mais également des adeptes de la bombarde, de la cornemuse, du sax, du bendir, du karkabou... bref des oiseaux aux plumages chamarrés. Ajouter un combo de musique irlandaise, -"Broken String"- une combinaison de fiddles, flûtes irlandaises, biniou, bodhrán, tin-whistle, guitares. Ajouter une rasade de chant, épicer avec d'autres étrangetés du type ghaita ou t'bel et, à l'issue de ce "work in progress", vous avez une gourmandise acoustique qui invite à un voyage inédit. Car, avec Mugar (en référence au mot qui désigne un lieu de rencontre de caravanes dans le grand sud algérien) on est entraîné vers une contrée étrange, géographie hybride de paysages celtes et d'horizons berbères, terra incognita née du plaisir à retrouver les correspondances secrètes qui existent entre deux musiques enracinées dans des aires culturelles têtues. Ce mariage, que d'aucuns appelleront concept, pouvait accoucher d’un adroit collage comme la vogue des musiques du monde nous en proposent depuis quelques temps. Mais, rien de cela ici et, sans utiliser le terme trop galvaudé de métissage, reconnaissons que ce répertoire reflète la connivence et le plaisir qu'on des musiciens férus de partage populaire à jouer ensemble. Fondées sur des similitudes mélodiques berbero-celtes, les compositions pratiquent le cache-cache de la tradition et de la contemporanéité, le jeu de miroirs entre l'impro soliste et la démarche orchestrale. Et c'est avec une jubilation que notre équipage brouille les codes. Preuve par le vif de "l'effet" Mugar, ces concerts magiques à la Grande Halle de la Villette à Paris où de jeunes maghrébines dansaient dans le même mouvement un motif berbère puis un thème d'inspiration irlandaise pendant qu'un public celte était tout esbaudi de pouvoir partager un morceau de sa culture pour une fois bien au delà de l'arc atlantique.
Frank
Tenaille (pour la sortie de Kabily-Touseg)
Source: Mugar
