La langue berbère, variété et unité (1)

La dépêche de kabylie Edition du 18/03/2006

La comparaison avec les autres dialectes peut aider, dans certains cas, à retrouver la base de dérivation. Ainsi, en kabyle, wlelles " s’obscurcir " et qlelles " être brûlé par le soleil, avoir le teint foncé " peuvent être rattachés, une fois le redoublement reconnu et les préfixes (expressifs ?) w et q retirés, à une racine LS ou WLS " être obscur ", attestée en chleuh, avec iles " être obscur " et tillas " obscurité " et dans les parlers du Maroc central, tallast, pl. tillas " obscurité ".

Les différences entre les dialectes berbères, si elles sont réelles, ne dissimulent pas moins une unité de fonds qui s’expriment par des structures et notamment un vocabulaire commun très important.

Si beaucoup d’auteurs insistent aujourd’hui sur la diversité de la langue berbère –en fait quelle langue ne l’est pas, à des degrés divers ?- ils omettent souvent de signaler son unité profonde.

Des différences d’ordre phonétique et lexical peuvent empêcher la compréhension entre les locuteurs de dialectes, notamment quand les distances qui les séparent, sont grandes. Mais en fait, il suffit d’un temps d’adaptation plus ou moins long, toujours selon les dialectes, pour que les échanges et donc l’intercompréhension s’instaurent.

A Alger, les commerçants mozabites et les clients kabyles ou chaouis se comprennent, en utilisant chacun son dialecte, et les auditeurs de la chaîne 2, d’expression amazighe, suivent les émissions dans différents dialectes.

C’est que l’ensemble des dialectes présente des structures et surtout un vocabulaire communs qui constituent des sortes de passerelles entre eux. Nous tenterons, dans cet article et les suivants, de montrer ce fonds commun, qui pourrait servir un jour de base à la constitution d’une sorte de berbère standard, qu’on pourrait notamment utiliser à l’école.

La racine

Il est facile , en consultant n’importe quel dictionnaire de berbère, de reconnaître, dans une série de mots, des éléments radicaux communs. Ces éléments forment, selon la terminologie des linguistes sémitisants , la racine.

Celle-ci, définie comme un ensemble de consonnes, reçoit, par l’ajout de voyelles et, accessoirement d’affixes, sa coloration phonique . En fait, c’est cet élément ajouté, appelé schème , qui permet de donner une existence réelle au mot, la racine, elle, étant virtuelle. (Sur la racine et le schème, voir J. CANTINEAU, 1950.)

Pour la racine berbère commune GHN " lier , attacher ", on a les développements suivants dans trois dialectes :

-kabyle :eqqen " lier, attacher, atteler, par extension : fermer les yeux, porter des bijoux, promettre, rendre impuissant, etc.,tuqqna " fait de lier, imposition du henné (mariés), promesse, nouement de l’aiguillette’’, ameqqun, " gerbe, brassée, fagot ", tameqqunt, tamuqqint, pl. timuqqinin " bouquet, botte ", aseghwen, pl. iseghwan, aseqqun, " corde d’alfa " etc.

-touareg : eqqen " lier, garrotter ", ughun, " fait de lier, de garrotter ", amûghen, pl. " homme qui lie (pèges, puits, livres), homme qui rend les autres incapables de comprendre, homme dont l’esprit est paralysé " , asaghun " lien ", aghan, pl. ighannân " corde ", taghant, " rêne ", asaghun, " lien de genou (du chameau ) ", ognen, " bijoux’’, tameqqunt, pl. timeqqân " cercle d’arrêt passé au feu rouge , posé sur une morsure ou une plaie pour éviter qu’elle s’infecte ", teweghne, " paquet de forme allongée " etc.

-tamazight (dialecte du Moyen Atlas, Maroc) : eqqen " lier, attacher, ligoter, appliquer un produit sur (henné), porter, fermer, boucher, être fermé, interdire à la femme adultère répudiée d’épouser son amant’’, taghuni, " fait de lier, d’attacher etc. ", taghuni, " chaussures’’, asqqen, asghun, " corde ", tamaqqant, " tamis à mailles serrées ", tighini, " interdiction faite à la femme adultère répudiée d’épouser son époux, (interdiction formulée par l’ancien époux) " etc.

Comme en sémitique, la racine berbère est sentie : cela veut dire qu’elle est une réalité vivante de la langue et non, comme en indo-européen, par exemple, une reconstruction.. En effet, dans la majorité des cas, il est toujours possible de reconnaître un rapport entre les mots dérivés et la base de dérivation. Ainsi, en kabyle, tamaqqunt " bouquet " est rattaché au verbe eqqen , un bouquet étant, par définition, un assemblage de fleurs, de plantes, de feuillages souvent attachés. Mais le rapport peut-être vague et n’évoquer qu’un lointain écho dans l’esprit : ainsi, le locuteur kabyle ne rattache plus le mot tawaghit " malheur " au verbe agh " prendre ". Les deux mots sont étymologiquement rattachés mais dans l’usage, ils sont devenus indépendants l’un de l’autre. Parfois même, la base de dérivation a disparu et il ne reste plus que le dérivé.

C’est le cas, dans les dialectes dits du Nord, de argaz " homme " que l’on rattache habituellement à une racine verbale RGZ " marcher ", attestée en touareg sous la forme reoeh < regez " marcher au pas ", d’où araoeh " collection de personnes à pied, marchant au pas " et amerreoeh " vagabond, personne qui erre " (Ch. de FOUCAUD, opus cité, p. 1599)

Les accidents phonétiques et la morphologie peuvent rendre difficile la reconnaissance du mot mais on peut, dans la majorité des cas, dégager, avec un degré plus ou moins grand de certitude, les racines.

La comparaison avec les autres dialectes peut aider, dans certains cas, à retrouver la base de dérivation. Ainsi, en kabyle, wlelles " s’obscurcir " et qlelles " être brûlé par le soleil, avoir le teint foncé " peuvent être rattachés, une fois le redoublement reconnu et les préfixes (expressifs ?) w et q retirés, à une racine LS ou WLS " être obscur ", attestée en chleuh, avec iles " être obscur " et tillas " obscurité " et dans les parlers du Maroc central, tallast, pl. tillas " obscurité ".

Variations phonétiques

Les transformations phonétiques, quand elles reposent sur des correspondances régulières, sont assez faciles à déterminer. Ainsi, quand on sait qu’une partie des h touareg , du Hoggar, correspond à z dans les dialectes dits du nord, on classe sans hésiter, touareg : ehe " mouche " avec Kabyle, chaoui, chleuh etc. : izi, de même sens. Le k du berbère commun devient c en mozabite aberçan ‘’noir’’ devient le kabyle aberkan, l devient r dans certains dialectes du Rif , arim devient le kabyle alim ‘’paille’’ etc. La variation peut même se produire à l’intérieur d’un même dialecte où certains phonèmes subissent des modifications régulières : ainsi, dans certains parlers kabyles, l devient y : ifeyfey devant ifelfel, dans les parlers de l’aire tamazight du Maroc central, l évolue en j etc.

Réduction et étoffement des racines

En plus de l’altération de ses radicales, la racine peut subir un amenuisement. Certaines radicales dites faibles, comme w et y, peuvent chuter régulièrement et ne réapparaître qu’occasionnellement dans un dérivé : ainsi : aru " écrire ", tira " écriture " dans la plupart des dialectes mais tirawt " lettre " en touareg ; ered, ired " blé " dans la plupart des dialectes, ayerd en ghadamsi, iéay, aééay " être lourd " partout, iéviy en chleuh … On a posé l’hypothèse d’un ancien h , dit protoberbère tombé partout mais conservé comme h en touareg de l’Ahaggar et comme b spirant en ghadamsi. Ainsi le mot id’ " nuit ", est réalisé ehov, en Touareg, ibev, en Ghadamsi. Un autre h, également protoberbère, apparaît dans divers parlers touaregs et dans quelques dialectes du nord et en ghadamsi :tala (Kabyle, Chaouia etc.) tahala (Touareg, et Rifain) " fontaine, source " ; ehere (Touareg) " menu bétail ", ahruy (Chleuh) " mouton " etc.

Métathèses

L’ordre des phonèmes d’un mot commun peut changer d’un dialecte à un autre. Ce phénomène, appelé " métathèse " ne gêne pas la reconnaissance des mots mais il peut poser des problèmes quand il s’agit, dans la réalisation d’un dictionnaire de berbère commun, de procéder à la classification des racines. Ainsi, pour la racine signifiant " donner ", on a toute une série de formes : Touareg : ekf et intensif hakk ; Ghadamsi : ekf et intensif ibekk ,Maroc central : fek, kef ; k : efk, sans oublier les formes rétrécies de Néfousi, Siwi et Wargli etc. : uc, où f est tombé et où k est passé à c.

Extensions sémantiques de la racine

L’une des conditions de la racine berbère est de conserver, dans tous ses dérivés, et à travers les dialectes, un minimum de sens commun. En fait, la plupart des mots que nous avons relevés présentent le plus souvent non pas un signifié commun, mais plusieurs ainsi que des extensions de sens et des sens figurés communs. Voici deux exemples

racine DKL :

-dukkel " être ensemble, réunir ", seddekkel " rassembler ", adukkel " fait d’être rassemblé " (Touareg)

-ameddukel " compagnon, ami, amoureux " (Wargli )

-ddukel " se lier d’amitié, aller ensemble " amddak°el " ami, compagnon " et

mdukkal " se lier d’amitié, être amant " (Maroc central)

-ddukel " aller ensemble, prendre comme compagnon ", amdakkel

" compagnon " (Chleuh)

-ddukel " aller ensemble " amddakel " ami, compagnon, camarade " (Kabyle ) etc.

racine FS :

-ifsas " être léger, p. ext. : être agile " (Touareg)

-efsus " être léger " (Wargla)

-fsus " être léger, p. ext. : être vif, rapide " (Maroc central)

-ifsus " être léger, p. ext. : être rapide, vif " (Chleuh, Rifain, Kabyle)

Même quand, dans certains cas, les sens des mots mis en rapport paraissent différents, il demeure toujours un minimum de signification qui autorise le regroupement dans une même racine.

La disponibilité de la racine est telle qu’elle peut connaître des développements inattendus. On assiste à une pléthore de mots qui, s’ils n’étaient pas liés par des signifiés communs, donneraient l’impression de relever de racines différentes. On peut citer, comme exemple caractéristique, la racine FL : elle présente partout , avec le verbe fel, le sens général de " quitter, partir " et produit, selon les dialectes, toute une série de mots relevant de divers domaines :

-le tissage : fel " ourdir " (Mzab, Wargla) , " monter le métier à tisser "(Chaoui) ; taseflut "chaînette de tissage", tisseffilt " fil de trame ", asfel " cordon de soie pour maintenir le foulard sur la tête " (Maroc central)

-le relief : aseffalu "falaise" (Maroc central) ceffelet " monter jusqu’au sommet d’une élévation (montagne, dune) " atafala " trou d’eau à fleur de sol " (Touareg)

-la construction : asfel " toit fixe ou mobile d’une maison ", afella " surface supérieure " (Touareg), afella " terrasse ", iflu " madrier, battant de porte ", tiflut " porte " (Chleuh)

-notions et objets divers : efele " canal souterrain de captage des eaux " (Touareg), tiflet " canal amenant l’eau de la rivière " (Chleuh) tuffalin " attelles faites de roseau " (Maroc Central) tufflin " attelles ", acacfal " sorte de porte-manteau placé au-dessus des poutres ", asfel " charme, rite magique de transfert d’un mal " (Kabyle)

(A suivre)

par M.A Haddadou


La langue, variété et unité (2)

Les mots berbères

La dépêche de kabylie Edition du 20/03/2006

Le mot berbère est, rappelons-le, la combinaison d’une racine et d’un schème. Si cette définition suffit pour décrire la forme du mot, elle ne renseigne guère sur sa nature grammaticale. Si le locuteur n’envisage que des mots – awal, pl. awalen, en berbère – l’analyste, ainsi que le pédagogue, le berbère étant enseigné aujourd’hui, ont besoin de procéder à leur classification, de distinguer des catégories précises pour mieux comprendre l’organisation de la langue.

Mais les distinctions ne sont pas toujours évidentes parce que les catégories syntaxiques (on dit traditionnellement les parties du discours) ne sont pas séparées par des cloisons étanches. Cette remarque ne vaut pas seulement pour le berbère mais pour un grand nombre de langues où des catégories qui possèdent des aptitudes communes, se chevauchent souvent

Le berbère a-t-il connu, comme on l’a supposé pour le chamito-sémitique un état exclusivement nominal ?

On sait qu’en berbère, comme dans d’autres langues d’ailleurs (cf. le français boire, l’anglais love) un même mot peut servir de nom comme de verbe : laz’, llaz’ "avoir faim et faim", fad, Ifad "avoir soif et soif" ; le mot étant le même, la distinction ne se fait que par le contexte ou des marques morphologiques qui indiquent à quelle classe appartient le mot : lluzagh "j’ai faim" (verbe) et laz’ amuqq°ran "la grande famine" (nom). En fait, la période de confusion doit remonter à une époque très ancienne et les mots qui peuvent servir à la fois de noms et de verbes sont extrêmement rares (à notre connaissance, ils se réduisent même aux deux mots cités, laz’ et fad) .

Les études berbères se sont évertuées, pendant longtemps, à calquer leurs analyses sur celles des langues européennes, notamment le français. C’est ainsi que dans les manuels de grammaire, il est question d'article, de nom, de verbe, de possessifs, d'adjectifs et d’adverbes, conçus, sur le modèle de la grammaire française, comme des catégories aux contours bien précis. On trouve un écho de ces analyses chez les meilleurs auteurs, comme André Basset, Karl Prasse et plus particulièrement Mouloud Mammeri dont les ouvrages servent de base à l’enseignement du kabyle.

Les études de type structuraliste modernes, comme celles de Salem Chaker ou Fernand Bentolila qui tiennent mieux compte des réalités de la langue, procèdent à des analyses plus rigoureuses. D’ailleurs les auteurs n’abordent qu’indirectement la question des catégories syntaxiques, préférant analyser directement les unités.

Ainsi, F. Bentolila distingue, dans son inventaire des unités du parler des Aït Seghrouchen du Maroc, plusieurs classes : le nom, le nombre, les modalités nominales, les pronoms personnels, mais sans proposer une classification. S. Chaker fait de même dans son analyse du kabyle, mais cet auteur consacre en 1983 un article à la question. L’étude s’inscrit dans le cadre d’une réflexion générale sur l’analyse des parties du discours, selon le modèle proposé par P. Garde et appliqué aux langues les plus diverses. S. Chaker distingue quatre grandes catégories :

-le verbe

-le nom

-les connecteurs ou relationnels

-les déterminants divers

Selon l’auteur, les deux premières catégories appartiennent au lexique et constituent des inventaires ouverts, les deux autres appartiennent à la grammaire et forment des inventaires fermés. Mais il reconnaît aussitôt que la ‘’distinction lexicale/grammaticale n’a pas ici la netteté des définitions qu’en propose la linguistique générale’’ .

D’ailleurs, la catégorie des connecteurs ou relationnels qui réunit les prépositions, les subordonnants et les conjonctions, provient d’anciens noms grammaticalisés. Le lien avec le lexique est encore décelable pour la plupart des prépositions : fell "sur" et afella "haut", ghef "sur" et ixef, ighef "tête" etc. La même remarque peut-être faite à propos des déterminants divers ou adverbes. Si certains fonctionnent réellement comme des adverbes, c’est à dire des déterminants du prédicat ou de monèmes dans la terminologie fonctionnaliste, d’autres conservent en partie des fonctions du nom. C’est le cas de zik "avant", en kabyle, qui peut être précédé d’une préposition (si zik ), d’un possessif (si zik nnsen) etc.

"C’est toute la constellation des connecteurs et des déterminants autonomes qui est caractérisée par ces chevauchements fonctionnels inversants."

En fait les unités du berbère se répartissent en deux grandes catégories : celle des éléments lexicaux qui sont en inventaires ouverts et qui ne cessent de s’enrichir d’éléments nouveaux, celle des éléments grammaticaux qui forment des inventaires fermés.

Les notions de nom, de verbe, d’adverbe, de préposition, telles qu’employées traditionnellement ne recouvrent pas tout à fait la réalité du berbère, et si on doit les utiliser, parce qu’elles offrent l’avantage d’être très employées, il faut préciser, à chaque fois, leurs caractéristiques.

Ainsi, les numéraux, les pronoms et les adjectifs doivent être rattachés au nom.

La caractéristique essentielle des noms de nombre, en berbère, est d’être des déterminés, et non, comme dans beaucoup d’autres langues, des déterminants. Ainsi, dans sin yergazen "deux hommes", c’est argaz qui est déterminant et sin déterminé, le rapport de subordination étant marqué par l’état d’annexion. Dans la plupart des dialectes, la série des nombres est, à partir de 3 ou 4, empruntée à l’arabe. Il n’ y a que quelques dialectes, comme le touareg, le chleuh et partiellement le mozabite qui ont conservé la numérotation berbère.

Les pronoms sont des substituts de noms parce qu’ils ont, dans l’énoncé, des fonctions nominales (dont celle de servir de prédicat) et les substituts non personnels, comme les déïctiques et les interrogatifs, connaissent les modatités de genre et de nombre. La plupart des pronoms et des substituts non personnels sont communs à la quasi totalité des dialectes même si le vocalisme et la structure consonantique peuvent connaître des variations.

L’adjectif appartient également à la sphère du nom dont il porte les marques de genre et de nombre :

-ikerri aberkan, pluriel akraren iberkanen "mouton noir", taqcict tacebêant, pl.tiqcicin ticebêanin "une jolie fille" (kabyle)

Il peut aussi assumer la fonction de prédicat dans la phrase nominale :

-d awessar "il est vieux" (Chaoui)

Certains auteurs, comme Willms et F. Bentolila pensent qu’il n’y a pas d’adjectif en berbère. Bentolila préfère parler de noms apposés qui "du fait de leur contenu sémantique sont souvent utilisés pour qualifier un autre nom auquel ils sont apposés". Il est vrai que certains dialectes, comme le touareg et le ghadamsi, ne possèdent pas d’adjectifs qualificatifs au sens traditionnel de mot qui s’ajoute au nom pour en exprimer la qualité.

En touareg, les mots qui fonctionnent comme adjectifs dans les dialectes dits du nord, sont toujours des noms ; ils incluent bien l’idée de qualification mais ils ne peuvent se joindre à un nom :

amellal "antilope addax ( animal de couleur blanche)" devient kabyle, tamazight du Maroc central, chleuh etc. :

amellal "blanc"

ezeggagh "animal de couleur rouge" devient Kabyle, Maroc Central, Cheuhl etc. azeggagh,

azeggagh "rouge"

En touareg, comme en ghadamsi, c’est la forme verbale qui exprime l’idée de qualification :

Touareg : (adrar) maqqeren "grande (montagne), lit. : (la montagne) étant grande"

Ghadamsi : (tandja) mellalen "(terre) blanche", lit. "(terre) étant blanche".

Au demeurant, cette forme existe également dans les dialectes dits du nord (Chl : itri ghezzifen" comète, lit."étoile étant longue", K : Tala zeggaghen "fontaine étant rouge" dans la toponymie etc.), mais dans ces dialectes, l’adjectif est bien établi, avec des schèmes spécifiques et même un suffixe adjectiveur, -an :

-aberkan "noir" (verbe ibrik "être noir") (kabyle)

-aseggan "noir" (verbe isgin "être noir") (chleuh)

-amoqq°ran "grand" (verbe imghur "grandir") (chaoui)

Les prépositions, les conjonctions de coordination et de subordination forment un ensemble hétéroclite, différant d’un dialecte à un autre, avec, dans beaucoup de dialectes, des emprunts à l’arabe et, un peu partout une grammaticalisation de noms et de syntagmes nominaux. En fait, toutes ces particules, y compris les prépositions qui semblent former une série stable, gardent des attaches avec le nom. Ainsi, en touareg :

-d’effer "derrière, après, de derrière", également "postérieur" et, p. ext. "ouest".

-dennedj "au-dessus de", p. ext. : "en amont"

-edis n "à côté de, auprès de" et edis "côté"

-dagh ammas "à l’intérieur de, auprès de" ammas "milieu".

Dans le glossaire des racines communes que nous présentons en annexe, la plupart des prépositions sont rattachées aux noms dont elles sont issues : K : ghef "sur" et ighef/ ixef "tête, sommet" ; To : full "sur" et afella "sommet" etc. Un grand nombre de prépositions sont communes : n, s etc. mais elles connaissent des variations phonétiques et, partout, des formes allongées.

La classe des adverbes est également hétérogène et comme celle des fonctionnels, ses éléments proviennent de la grammaticalisation d’unités lexicales. D’ailleurs, certains adverbes peuvent encore fonctionner comme des noms et même des prépositions en fonction de leurs positions dans l’énoncé. Ainsi, en kabyle :

Adverbe : iteddu defer-is "il marche derrière lui"

nom : tamma n defir "la face de derrière, le verso".

Préposition : defir wexxam "derrière la maison"

(A suivre)

par M.A Haddadou


Le berbère, variété et unité (3)

Le processus de production lexicale

La dépêche de kabylie Edition du 05/04/2006

Comme dans les autres langues chamito-sémitiques (le phénicien, l’arabe, l’hébreu, etc.) le système de production du vocabulaire en berbère en est la dérivation. Celui-ci recourt aussi – et c’est là peut-être son originalité dans le groupe- à la composition et plus spécialement à la composition synaptique qui est à la base, dans la plupart des dialectes , de la formation de nombreux vocabulaires de spécialité.

La dérivation

On a pris l’habitude, à la suite des sémitisants, de distinguer, en berbère, deux types de dérivations : la dérivation d’orientation et la dérivation de manière.

Dans la dérivation d’orientation, le rapport entre l’affixe de dérivation et la base lexicale est immédiatement perçu par le locuteur. Les affixes sont en nombre réduit et sont réutilisables avec n’importe quelle base, y compris les bases empruntées.

Dans la dérivation de manière, le rapport entre l’affixe et la base n’est pas toujours perceptible, les affixes sont très nombreux mais ils ne sont plus disponibles pour de nouvelles formations et il arrive fréquemment que le locuteur ne les sépare plus de la base. Autre procédé de la dérivation de manière : le redoublement complet ou partiel associé à des valeurs expressives diverses.

La dérivation d’orientation

C’est le verbe qui fournit la plupart des bases de dérivation.

Le point de départ est la racine, ensemble de consonnes qui va prendre différents corps (ou schèmes), par l’introduction de voyelles et d’affixes.

En théorie, à une base verbale correspondent des dérivés verbaux, des dérivés nominaux et, dans les dialectes qui connaissent l’adjectif, les dérivés adjectivaux.

Les dérivés verbaux sont obtenus par adjonction d’affixes dérivationnels :

-s- de sens actif

-t- (variante tw, pw), mm- et n-, de sens passif

-n-, -nn (variantes : my-, mm-), de sens réciproque

Certains affixes peuvent se combiner et donner de nouvelles significations, comme par exemple le passif-actif, combinaison des marques du passif et de l’actif : "faire être fait, etc.

Comme en sémitique, et plus spécialement l’arabe, les latitudes dérivationnelles de la racine berbère, peuvent être très grandes. La racine qui garde, dans tous ses dérivés, un minimum de sens commun, fournit, par le jeu de l’alternance vocalique ou de l’ajout d’affixes, d’un grand nombre de mots :

Exemple du verbe kabyle bibb ‘’porter sur le dos’’ pour lequel on peut avoir les dérivés suivants : sbibb ‘’faire porter sur le dos’’, mbibb ‘’être porté’’, sembib ‘’faire être porté’’, mmbibb ‘’se porter l’un l’autre’’ et tous les noms allant avec ces verbes : abibbi, tibibbit, asbbibi; etc.

Ce mécanisme de formation paraît très productif, même si on enregistre des cases vides.

En fait, ni le kabyle, ni aucun autre dialecte berbère n’exploite toutes les potentialités du système.

Des contraintes diverses peuvent empêcher la réalisation de certaines unités : contraintes phonétiques excluant des suites inhabituelles (par exemple, la succession de deux affriquées ou de deux labiales est ressentie comme lourde en kabyle : *pwaççar "être rempli" est possible mais pas réalisé, de même que *mbges "se ceindre réciproquement"), contraintes sémantiques excluant certaines significations (par exemple, absence de forme active pour un verbe de sens essentiellement passif comme mmet "mourir" : *smet "faire mourir" n’étant réalisé nulle part). Le système comporte également des cases vides ou trous lexicaux.

Des notions déterminées par des traits sémantiques précis, "le nom d’agent", "le nom d’instrument", "le verbe de sens réciproque", etc., ne sont pas réalisés en tant qu’unités linguistiques. Ainsi, le kabyle n’a ni *tasefaî "balai, torchon" ni *timsirewt "accoucheuse", pourtant formés sur des verbes vivants, esfev "essuyer" et arew "accoucher" et construits sur des modèles de formation attestés – ici des schémes de nom d’instrument et d’agent. Dans la mesure où il n’y a pas d’incompatibilité phonique ou sémantique, ces lacunes relèvent du système de la langue.

Dans les dialectes où l’emprunt lexical est massif, comme le siwi ou le chaoui, certaines séries morphologiques ne comportent plus que deux ou trois dérivés :en plus du verbe à la forme simple, le nom d’action verbale et accessoirement le verbe de sens actif et son dérivé nominal.

Le plus souvent, c’est l’emprunt arabe qui occupe la case vide, ce qui provoque une rupture des séries morphologiques et une destructuration, plus ou moins grande, selon les dialectes, du vocabulaire.

Les dérivés les mieux attestés en berbère sont le verbe actif (dérivé à sifflante) et le nom d’action verbale , on note aussi pour les formes verbales, un réciproque.

Le dérivé actif a, généralement une valeur causative : "faire faire quelque chose", mais on assiste, dans certains cas à une lexicalisation du s- ; le cas le plus connu dans un grand nombre de dialectes est celui de ssired, qui, tout en exprimant l’idée de "faire que quelqu’un ou quelque chose soit lavée" a aussi le sens simple de "(se) laver".

Le nom verbal est parfois appelé nom abstrait parce qu’il renvoie à une action ou à l’état dans leur généralité. Ainsi, en touareg, terese est "le fait, l’idée d’enflammer" et non "l’enflammement", conçu comme une chose concrète.

On oppose parfois un nom d’action verbale à un nom de sens concret qui, lui, envisage l’état ou l’action dans leur manifestation. Quand les deux formes existent, elles peuvent être distinguées, soit par une alternance phonétique (vocalique ou consonantique), soit par une alternance de genre ou de nombre . Ainsi : -abuzen "fait d’être cuit sous forme d’abazin, plat composé d’herbes et de farine)" et abazin "plat d’herbe et de farine" (verbe : bbuzen "être cuit sous forme d’abazin") (Kabyle), akmas "fait de nouer", akemmus "ballot" (verbe ekmes "nouer, attacher") Maroc Central)

Dans beaucoup de cas, les deux types de noms, "abstrait" et "concret" se confondent, la distinction, quand elle existe, est seulement d’ordre sémantique : -urar "fait de jouer, de danser et, jeu, danse" (kabyle ), abaradj "fait de se vanter, vantardise" (Touareg) ghamus "fait de couvrir, couverture" (Maroc central)

Le nom d’agent est attesté dans tous les dialectes et souvent avec les mêmes schèmes. Le plus répandu est le schème à préfixe am- / -an, fém. tam- / tan- , variantes ams-/ ans-, tams-/ tans-: -amellaz’u "homme affamé" (ellaé "avoir faim") (Kabyle), analmad "élève", asalmad "enseignant" (verbe elmed "apprendre") (Touareg) -amgallu "celui qui prête serment (verbe ggal "prêter serment") (Maroc central).

Du fait de l’emprunt lexical en berbère qui a destructuré les séries morphologiques, beaucoup de verbes n’ont plus de noms d’agent. Le type en am-, par exemple, n’est plus productif qu’en touareg et, dans une certaine mesure, en chleuh et en tamazight du Maroc central. Il est devenu rare en kabyle, en chaoui , en mozabite et dans beaucoup d’autres dialectes.

L’agent instrumental ou nom d’instrument traduit la force ou l’objet inanimé qui intervient dans l’action ou l’état décrit par le verbe. Ainsi : eddez "piler", tamaddazt "pilon" (Kabyle), -zdey "attacher", azedday "lien d’attache des colliers de labour", mrey "frotter", tamerrayt "frottoir, râpe" (Maroc central)-sew "boire", amesu "abreuvoir" (To)

Mais une fois de plus, toutes les potentialités du système ne sont pas utilisées et on note des variations d’un dialecte à un autre : ainsi alors que le touareg forme le nom du musicien, amawat, à partir du verbe commun wet ‘’frapper, jouer’’, les autres dialectes utilisent l’emprunt arabe aghennay.

La dérivation à partir de noms est moins fréquente. Mais c’est un fait attesté dans la plupart des dialectes.

Un modèle de formation assez répandu est la formation de noms d’agent ou d’instrument par adjonction du préfixe –am(s) à une base nominale : -amessdrar "montagnard" (ams + adrar "montagne"), amessbrid "piéton, voyageur" (ams + abrid "route, chemin ") (Kabyle), -amattahov "homme qui a le mauvais œil" (am + tahoî "œil") (To), tamettadent "nom d’un petit boyau" ( tam + adan "intestin) -imeîw "larme " (im- + tiî " œil ") (Chl)

Le verbalisateur permet, dans certains cas, de former des verbes à partir de nom. L’exemple pan-berbère le plus connu est celui de siwel "appeler, parler", de awal "mot, propos, p. ext. langue". On ajoutera deux exemples kabyles : smiîîew "larmoyer" (de imeîîi "larme") et ssignew "être couvert, en parlant du temps " (de igenni "ciel").

On a discuté du caractère berbère de l’affixe de relation i-/ -y, formateur, dans beaucoup de dialectes, d’adjectifs et de noms d’agent.

Si la plupart des auteurs considèrent qu’il est emprunté à l’arabe, certains croient à son origine berbère. On cite des exemples où le i- / -y ne semble pas emprunté. L’exemple le plus probant est celui qui exprime, dans plusieurs dialectes, l’idée de "droite", "côté droit" : Chleuh : afusi ; Nefousi: afusay, le Kabyle : ayfus où le i-/ y- a une position de préfixe. Aux exemples habituellement cités, on ajoutera des mots warglis où le suffixe, ajouté à des bases berbères exprime l’idée de manière. Ainsi : -sednani "à la manière des femmes, en parlant d’un homme", de tisednan "femmes", -rgazi "à la manière des hommes, en parlant d’une femme", de argaz " homme "zelmad’i " en allant vers la gauche, de façon gauche", de azelmad’ "gauche, côtégauche", aghyuli "à la manière des ânes", de aghyul "âne"

(A suivre)

par M.A Haddadou


Le berbère, variété et unité (III)

Le processus de production lexicale

La dépêche de kabylie Edition du 17/04/2006

La composition est un autre procédé employé par le berbère pour former son vocabulaire. Le type appelé “composition synaptique’’ a fourni de nombreux vocabulaires spécialisés.

On a pris l’habitude de considérer la composition comme marginale en berbère. En réalité, c’est une procédure de formation courante qui a fourni, dans tous les dialectes, des vocabulaires spécialisés.

Rappelons d’abord que, par composition on désigne la formation d’une unité sémantique à partir d’autres unités susceptibles d’avoir un fonctionnement dans la langue. Ainsi, en français : timbre-poste, chemin de fer, pomme de terre, chacun des éléments de chaque composé ayant, dans la langue, une existence autonome: timbre, poste ; chemin, fer, pomme, terre.

Le critère de mobilité des éléments peut être également évoqué pour définir le composé berbère : alors que les affixes des dérivés n’ont pas d’existence autonome, les éléments du composé se retrouvent à l’état libre. Ainsi en kabyle suffegh "faire sortir" est un dérivé issu du verbe effegh "sortir", le préfixe "causatif" s- n’étant pas autonome, alors que tiferzizwit "mélisse" est un composé, formé de tiferets "aile" et tizizwit "abeille", les deux mots pouvant fonctionner séparément dans le discours.

Les deux types de composés

On distingue, en fonction des modèles de formation, mais aussi du point de vue de la productivité, deux types de composés :

-les composés par simple juxtaposition de mots, sans lien syntaxique entre eux, ou composés proprement dits. C’est le cas de timbre-poste, chaise-longue.

-les composés par lexicalisation de groupe de syntagmes (ensemble d’unités linguistiques), réunis par une préposition ou composés synaptiques. C’est le cas de chemin de fer, pomme de terre…

Cette distinction se retrouve dans les anciens ouvrages de lexicologie et de sémantique, comme le Traité de formation des mots composés de A. Darmesteter (1874) où une différence est faite entre les juxtaposés qui sont les composés proprement dits et les composés où les éléments rapprochés gardent la forme du syntagme.

Cette dernière forme de composition a été longuement décrite par Emile Benveniste qui lui a donné le nom de synapsie ou de composition synaptique. Le mérite lui revient d'avoir montré son caractère syntaxique et surtout sa grande productivité.

En berbère, la composition par simple juxtaposition d’unités est partout figée et les modèles ne sont plus disponibles pour de nouvelles formations. Il y va autrement de la composition synaptique qui est constamment sollicitée pour des créations. C’est là un fait qui n’est pas propre au berbère mais à la plupart des langues :

"Tous les vocabulaires techniques, écrit Benveniste, font appel (à la composition synaptique) et d’autant plus aisément qu’elle seule permet l’unification détaillée du désigné et la classification des séries par leurs traits distinctifs."

Les composés proprement dits

On en trouve dans tous les dialectes berbères mais comme nous l’avons souligné plus haut, ils sont tous figés et les modèles ne sont plus disponibles pour la formation d’unités nouvelles. Les composés berbères présentent quelques traits caractéristiques que l’on peut résumer ainsi :

1-les éléments juxtaposés renvoient toujours à une seule et même réalité. Le composé commute avec des mots simples : tiferzizwit commute avec ajedjdjig ‘’fleur’’, lwerd ‘’rose’’ etc.

2-la relation entre les deux termes du composé n’est pas logique mais sémantique : ainsi, en kabyle, la mélisse, tiferzizwit, n’est pas une ‘’aile d’abeille’’ mais une plante comparée à une aile d’abeille.

3-les marques verbales et nominales sont absentes. Le composé présente un caractère archaïque qui s’exprime essentiellement par l’absence d’actualisateur pour chacun des éléments : ainsi, on a tiferzizwit et non deux mots séparés, chacun avec ses marques : tiferet-tizizwit.

Les marques du genre et du nombre se rapportent toujours à l’ensemble du composé et non à chacun de ses éléments séparément : ainsi tiferzizwit, pl. tiferzizwa et non tifriwin-tizizwa.

Modèles de composition proprement dite

Les deux modèles les plus répandus sont le modèle nom + nom et le modèle nom + verbe : on les retrouve dans tout le domaine berbère et certains composés sont communs.

-modèle nom + nom

-agh°esmar "mâchoire inférieure" (ighes "os" + (t)amar(t) "menton, barbe"

muccbarra "chat sauvage" (mucc "chat" , forme disparue en kabyle et remplacée par une autre forme, sans doute d’origine expressive : amcic,) + barra "dehors, extérieur", emprunté à l’arabe) (Kabyle)

-ighezdis "côté (corps)" (ighes " os " + idis "côté, flanc" (Maroc Central) ighesdis, même sens (Kabyle)

-ikinksu "couscousier" (ikin "marmite" + seksu "couscous" (Chleuh)

Modèle verbe + nom

-merez’biqes "pic-vert" ( erz’ "casser" + ibiqes "micocoulier, variété d’arbre très dur") (K)

-mejjghyul "hyène" ( mejj "ronge" + aghyul "âne") (Maroc Central)

-tellghenja "louche habillée en mariée et promenée lors des rogations de la pluie" (tell "envelopper” + aghenja "louche, cuiller à pot") (Chleuh)

Les composés synaptiques

Comme les composés proprement dits, les composés synaptiques combinent des unités mais quatre traits permettent de les distinguer

1 – le rapport de composition est immédiatement perçu par les locuteurs : en effet, les éléments du composé sont toujours attestés en synchronie et donc identifiables: contrairement aux composés proprement dits dont l’un des éléments peut ne plus être utilisé (exemple du kabyle muccbarra , cité ci-dessus)

2 –les termes conjoints sont toujours séparés par une particule, ou joncteur, absente dans la composition par simple juxtaposition

3 –les termes conjoints se conforment aux contraintes syntaxiques et morphologiques synchroniques (voyelle initiale, état d’annexion)

4 – les modèles de composition synaptique sont très productifs, contrairement aux modèles de composition proprement dite qui sont figés.

Le modèle de formation est partout identique :

nom + joncteur n "de" + nom

Le joncteur n " de " est souvent assimilé :

-tara bbuccen < tara n wuccen "bryone, plante" (lit. "treille du chacal") (Kabyle)

-tikzinin wwuccen “variété d’ortie" ( lit. : "orties du chacal") (Rifain)

Le touareg recourt à un joncteur plus complexe, démonstratif wa "celui" + n ; fém. : ta + n :

-atri wa n teserriî "comète" (lit. "étoile celle de la ligne")

-tallit ta n tasese "mois musulman de chawal, suivant le mois de jeûne", lit. : "mois de celui du fait de boire".

Les éléments formant les composés varient d’un dialecte à un autre, mais dans ce domaine aussi on relève des formations communes ainsi que des termes opérateurs communs, à la base de certains vocabulaires. C’est le cas de uccen "chacal" (ibeggi en touareg), avec le sens de "sauvage" dans le secteur des plantes, tiî "œil" et imi "bouche", avec le sens d’ "ouverture", ixef / ighef "tête", avec le sens de "bout", afus "main", dans le sens de "moyen de préhension" etc.

Voici quelques domaines où la composition synaptique fournit des vocabulaires.

Botanique

-ibawen bbuccen "lupin", lit. : "fèves du chacal -iles n tfunast "bourrache" , lit. "langue de vache"

-ayefki n teghyult "cérinthe" , lit. "lait d’ânesse" (Kabyle)

-aghu n teslitt "euphorbe", lit. "lait de la mariée"

-iles ufunas "bourrache", lit. "langue de bœuf"

-tamezzught n tili "papillonacée", lit. "oreille de brebis" (Maroc Central)

-tinifin n yezgaren "oseille sauvage" , lit. "navets des bœufs"

-tilkit n wwuccen "bourrache", lit. "pou du chacal"

-ad’il n wwuccen "belladone", lit. "raisin du chacal" (Chleuh)

Faune

-ad’egal n ehod’ "chauve-souris", lit. "le beau-père de la nuit" (Touareg)

-aghyul ggid’ "rinolophe", lit. "âne de nuit"

-tagmert n rrsul "libellule", lit. "jument du Prophète" (Kabyle)

-aghyul n dzizwa "bourdon" , lit. "âne des abeilles"

-aghyul n tsk°rin "bécasse", lit. "âne des perdrix" (Maroc Central)

Temps et atmosphère

-tislit bbenz’ar "arc-en-ciel", lit. "fiancée de la pluie"

-tameghra bbuccen "phénomène combinant la pluie et le soleil en même temps" lit. "noces du chacal" (Kabyle)

-agaras n walim "voie lactée ", lit. "voie de paille"

-tigemmi n tayurt "halo de la lune", lit. "la maison de la lune"

-tit’ n unz’ar "ouest" , lit. "l’œil de la pluie" (Chleuh)

Corps humain

-adrar bb°afud "tibia" , lit. "mont du genou"

-tibbura bbudem "tempes" , lit. "portes du visage" (Kabyle)

-timelli n tiî "pupille" , lit. "blanc de l’œil"

-tifiyi n tuxsin " gencive ", lit. " chair des dents " (Chleuh)

Objets

-azerg n uzdir "meule dormante", lit. "meule du bas"

-azerg n ufella "meule volante", lit. "meule du haut" (Chleuh)

Parenté, vie sociale

-amghar n tadart "chef, responsable de village" lit. : "chef du village" ( un des rares cas où amghar conserve le sens de "chef")

-tamett’ut n baba "marâtre" , lit. "épouse de mon père" (Kabyle)

-tis n ti "grand-père paternel" (Touareg)

 

par M.A Haddadou

Source: berberes.com